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CHAPITRE XIII

Le truquage des bronzes

Les fausses médailles, armes et armures, etc.

Nous avons noté au passage, précédemment, les prétentions du carton-pâte. Nous développerons un peu ici, ces prétentions d’ailleurs odieuses, mais qui pourraient illusionner, du moins à l’œil, l’amateur pressé. Le plâtre moulé a remplacé avaricieusement ies belles sculptures en pleine matière, du passé.

Pâtisseries en rosaces aux plafonds, trophées aux lambris, moulures à l’entour des glaces et des cadres, à vrai dire ne sauraient nous tromper longuement sous l’empâtement de la couleur qui les associe à leur fond en faux bois, en faux marbre. Le cadre en carton-pâte, doré et patiné, encore, dont nombre de tableaux modernes et aussi tant d’autres reliefs plus orgueilleux que délicats, affectionnent la parure à bon marché, ne mentira pas au delà de l’effet immédiat. Toutes ces contrefaçons, au surplus, sonnent le

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creux ; elles partagent en cela le sort desmoulagesen plâtre métallisé, d’un poids non moins révélateur.

N’hésitons donc pas à frapper la matière pour réprouver et, de la sorte, elle nous parlera franchement, malgré qu’il en coûte à un vulgaire zinc estampé, d’être découvert, caché sous de hautaines dorures et ciselures de contrebande I

Les artifices du moulage dans nos musées, outre qu’ils ont souvent gâté les originaux, ont vulgarisé honteusement la fraude du beau, et nous ne parlons pas des copies non moins désastreuses. Il faut donc se méfier des reproductions de bronzes connus (pour nous en tenir à ce métal), et, le procédé que nous avons dénoncé à propos dès vrais poinçons incorporés à des pièces d’étain fausses, se retrouve ici. Dans les débris de ferraille où l’on puise tant d’éléments captieux, on découvre aussi bien des vieilles boucles pour vieux souliers truqués, que des vieux cuirs pour faire des ceintures de chouans» authentiques », et pourquoi ne voudriez-vous pas que, par la même occasion, quelques marques de contrôle anciennes ne tombent pas sous la main de nos brocanteurs?

Et voilà l’origine de tant de chandeliers et de candélabres officiellement estampillés à leur base que l’on a simplement soudée à un fût neuf, pour authentiquer l’ensemble. Et voilà l’histoire de tant de pièces d’orfèvrerie modernes vouées à l’ancien, grâce à quelque fond de gobelet, par exemple, aux marques véritables de Louis XV, transposé avantageusement

sur une rutilante cafetière de nos jours. Ne croyez

Fig. 109. — Broche (verso) ornée de cristaux taillés et montés &• la manière ancienne.

pas d’ailleurs, que les cartels (avec un cartouche en

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émail où figure un faux nom d’horloger célèbre) échappent à cette supercherie, et nous allons, à propos du bronze toujours, nous arrêter à quelques moyens pratiques qui concernent son identification en général.

Attention à la qualité des soudures généralement mal faites ou d’un alliage grossier, et surtout à la couleur du bronze doré!

Les bronzes dorés anciens [fig. 111) recèlent en leurs creux, une patine roussâlre, une sorte de vernis incorporé à la matière, que des frottis ne sauraient enlever, alors que des teintures artificielles, gommes, résines et autres, au contraire, n’y résisteraient pas. L’envers des vieux cuivres aussi, s’il est brillant alors que son endroit est patiné, doit s’avouer vaincu; sans compter que la façon des vieux cuivres était fort soignée, tandis que la nôtre est plutôt sommaire. Les vieux cuivres sont d’un poli et d’un onctueux extraordinaires, au recto, s’entend ; ils présentent rarement des trous ou des boursouflures qui trahiraient plutôt le sabotage cher à nos productions actuelles. Aussi bien, si les truqueurs s’entendent parfaitement à vieillir l’or avec du nitrate de potasse, cela ne remplace pas faction du brunissoir et celle des temps, le cuivre est alors irisé, mal réparti sur l’ensemble de la pièce et sans résistance à f acide. D’ailleurs, le plus souvent, le cuivre reçoit une dorure économique qui s’accorde avec une ciselure bâclée. Elle sent sa récente extraction du moule.

L’étude du métal nous amène à parler des médailles.

Ah ! la multitude des médailles anciennes ! Ah ! la richesse de nos médailliers, qui cumulent si ingénument les jetons et les pièces, toute une fausse monnaie imposante ! Sans compter que ce trouble s’accuse à la pensée de l’immense quantité de médailles, d'une signification non moins embarrassante, que Benvenuto Gellini exécuta pour l’ornèment du chaperon des dames et des genlilhommes de son temps ! Chacun, en commandant cet ornement, y faisait graver, suivant ses goûts personnels, son caprice et celui de l’artiste, des sujets ou des allégories qui sont devenus, naturellement, lettre moi’te pour nous.

Il est vrai que nos savants ne sont jamais à court d’imagination. Rappelons plutôt l’anecdote célèbre, contée par M. PaulEudel(Le Truquage)^ de certain pot soi-disant ancien. — digne pendant à la non moins antique et proverbiale tiare de Saïtapharnès ^^ — marqué des quatre lettres M. J. D. D. où ûn puits de science déchiffra imperturbablement quelques paroles votives à l’adresse de Jupiter, alors que ces lettres n’étaient que l’abréviation de Moutarde Jaune De Dijon !

Et quelles sottises ont dû encore être dites par tant d’érudits numismates ! Quand on songe h l’habileté des médailleurs modernes, à l’étonnant outillage actuel, aux procédés perfectionnés de la frappe et de la galvanoplastie, il ne peut guère en être autrement et, cependant, nos devins ne suspendent pas leurs oracles.

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Par la galvanoplastie, on reproduit cependant toutes les pièces, qu’il suffît ensuite de patiner, de dorer, de vieillir au vernis, ou d’oxyder. D’autre part, les faussaires, toujours à la piste de la rareté, se font un jeu d’accoler ou d’encastrer deux précieux avers et revers provenant de deux pièces sciées ou entaillées; de substituer des signes, lettres ou chiffres intéressants, à d’autres sans intérêt. On lime, en ce dernier cas, les indications sans intérêt, et on frappe à la place de nouveaux coins. Autres pratiques frauduleuses : la trempe dans un liquide corrosif qui, en attaquant le métal, dénature son décor et en interdit la vérification exacte; des reprises au burin, des restaurations visibles sur une partie pour que l’on soupçonne authentique l’ensemble de la pièce, etc. i

Malheureusement pour les fripons, il existe quelques |

moyens certains de contrôle. Tout d’abord les anciennes médailles étaient frappées et non coulées. i Attention donc aux bavures du moule qui trahit le coulage et à la fois le faux. Attention aussi, si l’on > redoute l’accolage ou l’encastrage, à l’unité entre le champ et le bord, ainsi qu’à l’harmonie des lettres (de l’avers au revers) et de la patine. De même, en pesant deux médailles, l’une frappée, l’autre fon- [ due, on s’aperçoit qu’à volume à peu près égal, la î médaille fondue est sensiblement plus lourde que ^ l’autre, et puis, pour faire disparaître le fin liseré ou î

bavure du moule sur la tranche, on a recouru à la ^

lime, autre piège à éventer. Et nous ne parlons en- ;

suite que pour mémoire, de certain métal doré qui, recouvert d’or ou d’argent, prend feu au contact de la flamme, tout comme nos louis de moderne contre-

Fig. 110. ~ Cartel en zinc estampé et doré.

façon, en verre doré, se brisent si l’on veut éprouver excessivement leur son cristallin.

Du côté de la frappe, la fraude est plus difficile à

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découvrir. Cependant, la finesse du décor, légèrement estompé, têtes ou lettres, est malaisée à imiter sous le balancier actuel, plutôt rude, sur une matière moins capricieuse que l’alliage ancien, fait de cuivre et d’étain. D’autres défections matérielles, comme le poli exagéré des flancs, peuvent encore desservir les meilleures intentions, mais les fautes de style et d’histoire, le dessin erroné de certaines lettres, renseignent bien davantage l’amateur érudit.

Quant aux patines artificieuses, il faut dire qu’elles ne sont guère tenaces. G’esf le vert-de-gris ne résistant guère à l’action du citron qui met à nu le cuivre neuf ; c’est l’eau bouillante ôtant les vernis et débarrassant le métal de tous autres ingrédients « vieillisseurs », alors que la patine des temps résiste victorieusement à ces épreuves.

Il est vrai que, vraie ou fausse, la pièce antique se doit à la maculature qui la pare, au point que la monnaie ou la médaille la plus authentique n’aurait plus de valeur si on la nettoyait. Ne vous avisez pas non plus de rayer avec une lame quelconque la surface de la pièce; ce moyen, qui vous permettrait de mettre à nulemétal neuf si la pièce est fausse, vous est interdit. Et vous voyez d’ici encore, le parti que tire le marchand peu scrupuleux de ce respect consacré, providence éventuelle du contrôle I

C’est ce même marchand qui saura intercaler des médailles fausses parmi des vraies, dans un collier, par exemple, et qui excellera pareillement dans le

bijou, à donner frauduleusement du poids k la riche matière, en fourrant avec quelque alliage de plomb, des chaînons en or creux, placés çà et là, à côté de chaînons en or plein. Allez donc, après cela, vous fier exclusivement au poinçon de contrôle qui, d’ailleurs, figure sur un chaînon impeccable !

Il n’empêche qu’en dépit des connaisseurs, les médailles soi-disant uniques — les plus inquiétantes, encombrent jalousement les collections. Qui n’a pas sa médaille unique? Il en est de cela comme des coqs de montres anciennes, plus nombreux certainement qu’il n’y eut jamais de montres anciennes !

Nous voici maintenant aux armures, non moins innombrables, et il y a longtemps cependant, que les armures ne courent plus les rues I Mais alors, que deviendraient les panoplies, sans elles, et leur cortège de dagues, de masses d’armes, de boucliers, de rapières? La fonction crée l’organe, comme la soif de l’amateur encourage la fraude.

Bref, notons, en nos préliminaires, les observations techniques fondamentales suivantes : les armures et armes véritables sont en acier : elles ont été forgées. Leur métal est travaillé, embouti au marteau, et chacune de leurs pièces est rivée. Repoussons donc immédiatement, les armes et armures en fer battu, sans épaisseur ni aspect, ainsi que leurs expressions similaires en fer-blanc. De même, considérons pour fausses, au premier coup d’œil, les pièces fondues, ainsi que celles sur lesquelles on remarque des traces

de soudure^ ou de brasure. On ne soudait ni ne brasail aux temps qui nous occupent.

D’autre part, il faut savoir que les armures anciennes, pour être à la fois plus souples et plus résistantes, étaient faites de deux pièces de tôle amollies au feu et battues ensemble, de manière à les unir. Il importe donc que le connaisseur consulte cette doublure pour tâcher de découvrir des parties soulevées, décollées, qui constituent l’authenticité. Les clous, également, ont leur importance, en matière de contrôle. Dans les armures véritables, les clous, généralement, répondent à un but d’utilité. Attention donc aux clous fastidieusement ornementaux. Toutefois, à propos de cette utilité, il est bon de ne pas oublier que, parfois, des clous supposés sans objet, au premier coup d’œil, se justifient, au contraire, comme soutiens de garnitures de cuir intérieures, le plus souvent disparues.

Une autre particularité à noter, dans les casques véritables : ils sont faits d’une seule pièce, les visières seules sont rajoutées.

Dans l’ensemble enfin, il importe de ne pas perdre de vue, si l’on veut reconnaître le style des armures, que celles-ci sont solidaires du vêtement, à chaque époque. C’est ainsi par exemple, que, sous François on aperçoit des « crevés » sur la parure de fer des guerriers.

1. On soudait seulement certaines pièces de raccommodage, des accrocs, et ces armures rapiécées-là ont fatalement disparu.

Revenons maintenant aux moyens employés pour paimer frauduleusement le fer : nous connaissons les moyens de le rouiller en l’enterrant et en l’arrosant

Fig. 111. — Véritable candélabre de style Louis XF, cuivre doré et ciselé.

d’eau ou d’acide ; nous savons aussi qu’il suffit de l’exposer aux intempéries, mais il y a des moyens plus rapides de précipiter l’oxydation, en l’impreignant par exemple, d’acide chlorhydrique.

Grâce à cet artifice, on obtient, d’autre part, une étonnante profusion d’érosions qui illusionnent très favorablement le «gogo». Aussi bien, on arrive à exprimer la vénérable rouille noire au moyen d’un vernis noir, parcimonieusement distribué, grâce à un soigneux effaçage après l’enduit complet et, quant à la superbe patine du bronze, réservée aux similiglaives antiques, nous n’ignorons pas qu’on la réalise en provoquant des verts-de-gris quasi spontanés, notamment sous l’action du sel mouillé de vinaigre et du jus de citron.

Or, pour déjouer ces tours, il suffit souvent d’une friction sur le métal et le papier de verre est l’ennemi Je la rouille superficielle.

La rouille noire elle, doit cependant davantage nous laisser rêveurs, étant donné qu’elle s’applique fréquemment à cacher les soudures et autres brasures qui la trahiraient.

Si l’on poursuit l’énumération des trucs du faussaire, on trouve tout d’abord l’imitation du poli remarquable des vraies armes. On l’obtient assez bien, en frottant patiemment le métal avec un chiffon doux humecté d’encaustique à l’essence ; toutefois, un œil averti ne se trompe guère au reflet plutôt terreux ainsi acquis en place du gris bleu franc du vieil acier authentique.

Le véritable damasquinage (/?^. 115), d’autre part, dont les opérations autrefois étaient si précieuses, a été remplacé vulgairement parla damasg'ttme; c’est-à-dire

qu’au lieu d’insérer des fils d’or ou d’argent dans des sillons ciselés en plein métal, fils d’or sertis après coup dans le refoulement des bavures, on se contente aujourd’hui de glisser des mixtures d’or, ou de l’or en feuilles, dans les méandres d’un dessin mordu à l’acide et, lorsque l’on a limé les reliefs du métal précieux au niveau de l’acier, le travail de damasquine est achevé.

Or, pour distinguer le damasquinage de la damas- ~ quire, il suffirait d’aller chercher avec un outil fin, le fil d’or continu qui se trouve enfoui dans la première de ces opérations. Ce fil se déroulerait alors dans toute l’étendue du dessin, au fur et à mesure qu’on le tirerait, tandis que, dans le second cas, on ne rencontrerait que du métal désagrégé.

Autre mode d’imitation du damasquinage : on dore (ou on argente) à la pile et, à l’aide de potasse caustique, l’or (ou l’argent) est dissous, hormis aux endroits protégés par un vernis, qui constituent le dessin se détachant alors, doré (ou argenté) sur le métal. Des retouches de ciselure ensuite, achèvent l’illusion.

Voulez-vous maintenant une lame de Damas ? Les moirages même les plus délicats ne déconcertent pas le truqueur. Il matera simplement sur l’acier brillant des dessins simulant des ondes capricieuses, et souvent on sera pris au piège. Non moins mystifié sera-t-on encore, si l’imitation du moirage a été obtenue au moyen de réserves et d’acide, ce dernier corrodant la matière à l’entour des endroits protégés.

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Retenir ces artifices et les dévoiler n est point néanmoins, tâche aisée, et il faut un long examen de la matière avant de se prononcer. Toutefois il importe d’être davantage en méfiance, lorsque l’on se trouve en présence d’une pièce intrinsèquement sans valeur, car on eut tout intérêt à lui donner du prix, et alors nous assistons au retour de la manœuvre décrite lors des meubles, étains, cuivres, etc. , embellis après coup, d’ornements, de sculptures.

En revanche, on conçoit qu’une pièce, coûteuse par elle-même, puisse se passer de ces enjolivements qui, outre qu’ils feraient double emploi, seraient fort onéreux. D’ailleurs, c’est toujours de l’économie dont sont victimes les plagiaires, qu’ils incrustent l’ivoire dans les crosses de pistolet ou qu’ils le niellent. La riche matière est plaquée au lieu de faire corps avec le bois, on la ménage aujourd’hui, contrairement aux temps jadis, et les nielles sont exécutées sur de vulgaires dessins sans esprit ni volonté — souvent même au mépris du style de la pièce qu’ils parent! N’avonsnous pas déjà été mis en alarme par les similis meubles de Boulle? C’est là, d’ailleurs, que nous les guettons ces altérations, pour crier au voleur! Attention donc, aux fausses incrustations; même, d’aucuns les simulent avec un trait noir ou à l’aide de la pyrogravure ; cette dernière pratique convenant surtout à des ornements jalousement ménagés dans lès crosses et fûts de fusils. Et naturellement, puisqu’il s’agit de singer la beauté, vous ne serez pas surpris que la

pyrograYure s’emploie à des mélails analogues à ceux du meuble où nous la vîmes jouer la marqueterie,

Fig. 112. — Candélabre imitation de style Louis XV

silhouettant des ornements, sur un même que des teintures varient de couleurs, pour simuler des applications de bois d'essence différente. La pointe incandescente rappelons-le, ne se borne point à marquer l’emplacement et les joints du placage

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frauduleux, elle grave des filets, elle taille même des motifs de sculpture...

Pour en revenir aux épées anciennes [fig. 114) et avant de les quitter, nous dirons que leur fraude est trahie plutôt par la qualité de la facture. Expliquonsnous sur cette singularité imprévue, certes, en matière de faux! Les fausses épées, non plus exécutées à la main comme autrefois, sont trop bien faites.

Le pittoresque des épées de nos ancêtres résidait en l’assemblage de parties battues à l’enclume, inégales d’épaisseur et de silhouette, fatalement. Les fils de métal qui, par exemple s’enroulaient autour de la poignée et de la garde, n’étaient pas de même grosseur. Étirés au marteau, ils ignoraient notre tréfilage actuel et, pareillement, le pommeau et la lame sont d’une irrégularité caractéristique dont rougiraient peut-être nos ferronniers modernes.

Cherchons donc bien sur les armes dites anciennes, le contrôle du coup de marteau (et aussi, plutôt, la naïveté des ciselures) et retournons aux méfaits de la pyrogravure.

Voyez-la opérer maintenant, sur les vieux cuirs! Combien elle a simplifié, en matière de fauxCordoue, faridetâcheprécédente! Elle ouvre de précieuxsillons bruns où les ors se cachent discrètement, elle supprime la molette et le burin, elle tourne en tous sens mieux que le plus adroit canif, et, au surplus, les contouis de ses motifs ont une chaleur des plus séduisantes.

Lorsque des vernis colorés auront achevé l’illusion

Fig. 113. — Un faux bouclier ancien, métal estampé, rouillé et argenté sur ses reliefs.

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de richesse propre aux fameux cuirs, fort bien imités d’autre part, par certains papiers de tenture, on vieillira l’ensemble de ces truquages, on les auréolera, on les incorporera aussi à la matière déjà vieille, au moyen des habiles salissures que nous savons, en usageant, en détruisant enfin, l’aspect du neuf.

Mais s’il nous fallait parler des faux cloisonnés, exprimés à l’aide de sertis peints où s’encastrent des couleurs d’émail ou d’encaustique, nous n’en finirions pas; autant vaut ici nous borner à notre matière et, pour revenir à nos armes et armures, nous accuserons encore, après les viles contrefaçons du précieux burin, les détestables créations, adjonctions, restaurations, reconstitutions et autres réparations métalliques dues à la galvanoplastie.

De cette pratique dérivent nos plus cruelles déceptions, d’autant que notre imagination aime à voyager dans le domaine de l’inconnu, et que c’est de l’inconnu que nous arrivent les pièces les plus rares, au sortir du bain électrique ! Voyez l’engouement du public pour l’orientalisme de bazar qui nous vaut cette foison de yatagans, de kandjars, de cottes de mailles circassiennes fabriqués un peu partout en Europe !

Voyez avec quelle ingénuité souvent, nous rêvons au désert lointain, à la terre d'Afrique ! en contemplant cette multitude de flèches (plus ou moins empoisonnées) de haches et de sagaies qui encadrent des boucliers « en peau d’hippopotame » d’une non moins douteuse origine. Mais ne touchez pas à nos

panoplies non plus qu’à notre foi, car il n’y a que la sauve.

métal fondu ; fils entourant la poignée : tréfilés ; erreurs de style.

C’est à l’ombre de cette foi que l’antiquaire malhonnête exerce. C’est lui, Monsieur, qui, au gré de vos désirs, fera décolleter — aussi outrageusement que vous le souhaiterez — le corsage de telle jolie

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femme qui figure si innocemment cependant, sur telle miniature ou tel tableau ancien; c’est lui, Madame, qui trouvera précisément la petite table « rognon » que vous cherchez depuis si longtemps pour votre boudoir. Le marchand équivoque ne s’embarrasse jamais de rien, et pour cause ! Il sait les bons endroits, au besoin il les subventionne et, de ses fréquents voyages, de ruche en ruche, il dévalise de miel les abeilles, lorsqu’il ne les en approvisionne pas.

Connaître le défaut de la cuirasse, tout est là pour le malicieux serviteur de nos caprices ! Voyez-le spéculei sur le péché d’orgueil, et voici, par exemple, nos officiers d’académie « aux anges » ! Certains, du moins, qu’une gloire prématurée affole I Ceux-là peuvent trouver chez quelques débitants de rubans, un violet spécial dont la propriété est de devenir rouge à la lumière artificielle. A ruban fallacieux, lumière artificielle..., et notre modeste « palmé » serait véritablement mal fondé de se plaindre d’être soudainement promu, aux feux de l’électricité, chevalier de la Légion d’honneur !

Mais il faut nous borner et atteindre notre fin. Comment d’ailleurs, décrire toutes les fraudes I Aussi bien les vieux cuirs employés à la confection des simili-vieilles reliures, les caractères et dates d’imprimerie truqués, certaines pages entièrement refaites ainsi que les gravures, par l’opération de l’héliogravure ou à la main, à la plume, etc., nous entraîneraient à dénoncer les artifices du livre et nous nous

répéterions... Effectivement, nous parlâmes déjà des papiers vieillis, corrodés par l’acide, des impressions et des fers artificiels, des faux dessins, des altérations factices des couleurs, etc. Qu’il nous suffise donc de dire, à propos de laTeliure, que notre modernisme ici encore, n’a pas failli au progrès, en mettant à la portée de tous, les moyens de repousser, d’inciser, de dorer, de graver et de patiner le cuir, et, comme au fond, l’artifice d’art triomphe aujourd’hui sans grands risques dans tous Vm- -Poignm-d à lamanière . . , , ancienne, faux damasquinage,

les arts de la

femme, nous n’aurons guère à déplorer les erreurs dont les amateurs novices auraient été victimes. Lorsque les ingéniosités du pasticheur, voire du faussaire, réunissent la somme de la beauté la plus infime, dans

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un maximum de rapidité d’expression et d’économie de matière, il semble que la critique soit désarmée.

Il y a des dupeurs tellement naïfs et des dupes si faciles !

Laissons donc les contrefacteurs d’autographes travailler en paix pour les collectionneurs. Ils excellent à reproduire, à main levée, les écritures, ou bien ils les décalquent, ou bien encore ils les reproduisent au moyen de la photographie en facsimilé, ou bien enfin, ils usent des nombreux systèmes de polycopie mis à leur disposition dans le commerce. Bref, des examens attentifs, des comparaisons, des lavages et grattages peuvent, à la rigueur, éventer toutes ces ruses, mais, en somme, nous quitterions le domaine artistique si nous entrions dans le détail de ces fraudes et de leurs remèdes. Et cependant, si l’on se laissait aller, le chapitre des fraudes en tous genres serait des plus comiques !

Sans parler des faux billets et titres de banque, des monnaies en plomb et autres cuisantes déceptions, que de diamants, que de perles en verre !

Et puis voici les faux faux-co'ls -- sans pléonasme — en papier, en celluloïd, voire — ô comble ! — en fausse toile! Voici les « chichis » 1 Voici les fourrures en laponia^ ou peau de lapin teintée ! Voici des tissus, des robes en papier! Voici les cheveux chinois, sans valeur, vendus pour des cheveux européens ! Voici des parfums chimiques qui donnent l’illusion de la rose, de la violette, du jasmin ! Voici des vins sans

raisin, et tout le cortège des sophistications alimentaires ! Voici des chevaux truqués ! Voici des femmes peintes! Voici des fausses mâchoires ’ Et le défilé des faux timbres se prolonge dans la cohue des manies, du besoin d’illusionner, de paraître, de profiter. Il semble que ces faux timbres sont la digne suite des poinçons et signatures inauthentiques; l’oblitération officielle leur est refusée tout comme nous devons ne les accepter que sous bénéfice d’inventaire, en raison même de la gravité qu’ils se donnent.

Qu’importe que tel peintre fasse faire ses tableaux au su, sinon au vu de tout le monde! Qu’importe que tel sculpteur, que tel musicien ou que tel écrivain procèdent pareillement ! L’œuvre seule demeure, bonne ou mauvaise, malgré la signature et en dépit d’elle.

Ce n’est pas la marque du luthier ^ qui chante dans un violon, c’est son âme.

Mais, notre scepticisme doit s’incliner devant la beauté. L’incrédulité est une autre forme de l’aberration lorsque cette prédisposition à la négation manque de bases solides et, au résumé, il faut apprendre à s’y connaître, en remontant aux sources du Beau qui jamais ne désenchante. Ainsi se rit-on de ceux qui voulaient rire et, des deux côtés, jaillit le contentement.

1. La fabrique la plus renommée d’instruments de musique anciens se trouve à Florence.

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