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CHAPITRE XII

Les fausses tapisseries. — Les faux émaux et vitraux. — Les faux bijoux et miniatures, etc.

De matière précieuse en matière précieuse, nous en arrivons à la tapisserie.

A vrai dire, la tapisserie ignore, du moins dans les grandes pièces, l’artifice du truquage. Il faudrait égaler les tapissiers du passé pour oser toucher à leurs pièces et, comme toujours, on n’en fait que le simulacre. Nous avons dit qu’une tapisserie sans bordure (de même qu’une gravure sans marge), n’était qu’une jolie femme sans tête; c’est orienter le lecteur sur la nécessité de combler cet écueil lorsqu’il se présente.

C’est ainsi qu’une bordure seule, incite à rechercher le motif qu’elle encadrera, et voici une autre occasion de recourir à la fraude.

Comme le but du truquage est toujours vénal, on se préoccupe peu de la qualité de beauté apportée par

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l’arlifice, pourvu que l’illusion y soit, et la bordure, pour être « intéressante » (de même que le motif à encadrer) commercialement parlant, devra donc être peu coûteuse. C’est pourquoi nos ravaudeurs de tapisseries collectionnent-ils, tant et plus, les moindres déchets qu’ils rabouteront ensuite, selon les besoins de la cause. Qu’est-ce qu’une bordure, en somme? Un ornement de même largeur, d’une tonalité égale, et cet accord convient excellemment à nos fraudeurs, non moins à l’aise lorsqu’il leur faut faire, à l’instar du jeu de patience, une composition avec des figures disparates raboutées. De loin vous y serez pris. Leurs combinaisons de morceaux raccommodés, restaurés, reconstruits à l’aiguille, se fond parfaitement, à distance, sur le travail à la broche. D’ailleurs, le « vieux « jouit d’une immunité générale, sa détérioration lui fait un glorieux cortège, et toutes ces pièces consolidées, réparées, reprises, sont autant de témoignages vénérables desquels on est victime.

Les marchands le savent, et ils ne s’émeuvent pas de votre perspicacité qu’ils vous retournent malicieusement en ignorance. S’il s’agit d’une tapisserie excessivement décolorée, ils la remontent à l’aide de teintures, de couleurs à l’aquarelle, et même de pastel. C’est ainsi encore, qu’ils font des raccords, qu’ils dissimulent des taches, alors que les trous reçoivent soit des bouts d’étoffe assortie au grain et à la tonalité de l’ensemble delà tapisserie, soit des morceaux de tapisserie.

Toutefois, il est à noter que les raccords artificieux

sont toujours exécutés avec des laines (ou des soies)

Fio. 104. — Fausse dentelle de Chantilly'.

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plus claires que le ou les morceaux à réassortir — dans les fonds surtout — parce que les laines (ou les soies) employées pour ce réassortiment, n’ayant plus la qualité des anciennes, ont tendance à baisser de ton etque les ravaudeurs de tapisserie préfèrent rejoindre le ton du morceau ancien, à l’aide de couleurs à l’aquarelle ou de gouaches plus ou moins salies, patinées.

Etant donné le prestige des chefs-d’œuvre du passé, il apparaît que les pires hardiesses soient autorisées, surtout en matière de tapisserie, et l’œil se raccroche ici, à un ensemble de colorations qui l’emporte sur l’examen du détail.

Nota hene. Il ne faut pas confondre toutes les tapisseries^ aux chairs rehaussées de peintures, dans la réprobation de la fraude. Quelques-unes, mais c’est l’exception, ont été ainsi traitées, elles sont même fort rares et on les connaît.

Voici maintenant les meilleurs moyens de dérouter l’artifice. De même qu’en matière de tissus, de tapis, etc., il importe de connaître initialement les principaux procédés de fabrication : la haute et la basse lice, qui concernent le travail au métier, au peigne et à la broche, tel qu’on l’exécute dans les grandes manufactures, et la tapisserie à l’aiguille, telle que les dames la pratiquent chez elle.

A chaque mode d’exécution, à chaque manufacture (Gobelins, Beauvais, Aubusson, etc.), un point différent, et pareillement pour la tapisserie à l’aiguille. Initions-nous donc à ces aspects divers, en examinant

l’esprit de chaque trame, afin de ne pas prendre un jeune Aubusson pour un vieux Gobelins, afin de ne pas payer pour un vieux Beauvais, un quelconque décor floral dû à l’ingéniosité banale de quelque vieille fille.

Et puis, pour déjouer l’artifice des teintures, on pourra les soumettre à l’action simpliste du coup d’éponge ou du doigt mouillé; de même, si l’on écarte légèrement les mailles de la laine, en même temps qiîe l’on vérifiera la chaîne ou le canevas^ (chaîne s’il s’agit d’une tapisserie de haute ou de basse lice, canevas s’il s’agit d’un travail à l’aiguille), on pourra éventeî l’artifice de la teinture, si celle-ci n’a pu imprégner la laine dans toute son épaisseur. Pareillement, on tâchera d’approfondir le mystère de certaines rentrailures, d’une sincérité douteuse et, pour toutes ces observations, il faudra le plein jour qui, par exemple, confondra honteusement certains rafistolages exécutés avec des laines teintes à l’aniline aux

1. Pour déjouer la vérification du canevas ancien ou moderne, on a simplement plongé le canevas trompeur dans un bain d’eau pure (ou additionnée de thé fort ou d’ocre) afin d’ôter l’apprêt du neuf,

2. Aujourd’hui, la tapisserie est sortie fâcheusement de sa sobriété décrrative. On fait maintenant des tableaux en tapisserie et, po'jr reproduire toutes les couleurs du tableau, il a fallu avoir recours à des couleurs chimiques, sans résistance. Les anciens tapissiers ignoraient le chimiste, d’où la solidité de leurs tons mesurés. Quant à la matière essentiellement précieuse de la tapisserie ancienne, elle a sombré pareillement, devant l’ébauche de nos peintres modernes, mais cela échappe à notre sujet.

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Ions crus et fugitifs, si mal harmonisées avec les autres laines délicatement passées, fondues.

Méfions-nous donc des embûches tendues à la vérification de notre vue et de notre toucher, et, s’il nous est impossible de confondre les étoffes peintes dites en « imitation de tapisserie », d’un si mauvais goût, avec celles qui nous occupent, ne prenons pas pour de belles tapisseries, de laborieux « arlequins », de pitoyables raboutages de verdures {fig. 105).

Mettons-nous pareillement en garde contre les tapisseries modernes ou les tentures genre tapisserie, copieusement décolorées au soleil ou déteintes à l’humidité, à moins qu’elles ne soient encore légèrement enfumées. Présentés très haut, sur le mur de quelque hôtel des Ventes, ou dans l’ombre propice d’une boutique misérable, ces similis illusionnent souvent de la manière la plus malencontreuse.

Malheureusement, il en fut souvent de la tapisserie comme de la céramique. Les plus célèbres manufactures se pillèrent et, si les vieux modèles d’Aubusson revivent sur les métiers modernes d’Aubusson, si le Beauvais d’aujourd’hui ne dédaigne pas de reprendre parfois ses anciens cartons, les Gobelins anciens furent aussi imités par le Beauvais ancien. Sans compter qu’à Bruxelles, à la fin du xvii® siècle et au XVIII® siècle, on ne se fit pas scrupule de tisser des compositions exécutées auparavant par les Gobelins. D’où des erreurs et des contradictions fatales qui, d’ailleurs ouvrent le champ à toutes les discussions et

hypothèses. Erreurs et incertitudes basées d’autre part, sur le choix de sujets flamands traités àn dehors des Flandres, sur l’anachronisme de certains sujets mal identifiés ou improprement nommés par leurs auteurs mêmes, à travers les époques, sur le désac-

Fig, 105. — Bordure en tapisserie ancienne faite de morceaux ^ rentrayés. '

cord entre le style d’une bordure avec son sujet, sur l’origine même de tant de compositions d’inspiration française et de réalisation étrangère.

Mais, ces nuances dépassent notre présente étude et, de joyaux en joyaux, car, répétons-le, la matière de la tapisserie est inséparable, par sa préciosité, de la riche matière, nous en arrivons à l’émail.

Nous ne dirons guère que quelques mots sur les émaux, d’autant que leur imitation échappe à une stricte démonstration. Effectivement, en dehors de l’aspect esthétique, l’émail du cuivre se dérobe à la sûreté du contrôle. Rejetons cependant, de prime abord, les pâles imitations dues à des peintures à l’encaustique, à la cire, dites « émail », bonnes tout au plus à illusionner l’amateur simpliste, ainsi que les artifices non moins misérables du mica ou du verre peint, du métal coloré, etc.

Avant de parler du passé, examinons les sources de l’émail moderne. Elles sont intarissables, d’où le trouble de l’amateur et la joie des fraudeurs, grands utilisateurs de déchets.

N’oublions pas que les déchets et autres imperfections rejetées à la sortie du four comme sans valeur, sont guettés par les truqueurs qui, d’une chose invendable, déjà mutilée et patinée à moitié, font une antiquité des plus rémunératrices.

D’autre part, nous avons vu patiner des vieux cuivres et, naturellement, c’est un jeu pour l’antiquaire malhonnête de confectionner des vieux reliquaires, ciboires et châsses, qu’il rehaussera ensuite, d’émaux de sa façon. Parfois même, un reliquaire authentique, mais sans grande valeur, sera décoré d’émaux factices qui l’enrichiront à souhait. C’est le truc des étains et des cuivres déjà vu aux décors repoussés après coup.

Les fausses vieilles icônes ne se comptent plus,

peintes qu’elles sont ou émaillées, sur des feuilles de cuivre froissées, cassées, oxydées exprès ! Et sur le métal, l’émail mis au four, s’est écaillé, fendillé ; il a éclaté... Enfouissez maintenant dans la terre, durant quelques jours, votre truquage, et arrosezle d’un corrosif quelconque ; retirez-le ensuite, en laissant sécher l’enduit argileux qui le macule et... servez chaud au novice, après un léger coup de brosse.

Avez- vous en mémoire l’histoire extraordinaire du chef reliquaire de saint Martin [fig. 106)? Ce chef aux rares émaux, dont malheureusement il existe un double exemplaire aux non moins rares émaux, d’où un doute singulièrement préjudiciable à l’authenticité des deux chefs-d’œuvre à la fois.

A vrai dire, si le snobisme ne s’en mêlait, qui se pâme sur la moindre ruine ou simili-ruine, on trancherait bientôt l’indécision susdite, en condamnant d’un seul coup, au point de vue esthétique, l’énigme de ces deux saints ; mais il y a la richesse de leur parure, l’auréole de leur passé (?) et l’art encore une fois, pactise avec l’archéologie.

Bref, comme à Sèvres et à Limoges, l’art de l’émailleur a conservé toute sa force et, comme d’autre part, l’initiative privée en pareille matière, ne demeure pas moins intéressante, on saisit que le faussaire n’a, le plus souvent, qu’à altérer dans le sens du vieux pour les vendre plus chers, les émaux modernes. Ajoutez à cela la ruse des émaux ajoutés, intervertis, des

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vrais émaux mêlés à des faux, et vous nagerez dès lors, dans la confusion la plus déconcertante.

Il y a des antiquaires marrons qui font voler dans des églises, afin de les authentiquer, des émaux, des vitraux (toutes œuvres d’art vouées au décor catholique) qu’ils savent pertinemment faux et dont ils accentuent au besoin, illico^ la vraisemblance matérielle. C’est toujours la même raison de garantie qui les pousse à nous offrir leurs truquages, retour d’Amérique. Après l’odeur de l’encens, l’air de la mer! Autre sujet d’erreur : la restauration des émaux ! Il est vrai que la ressource du temps ou l’implacable bain d’alcool, vous reste pour les éventer. Si vous voyez une partie de votre émail jaunir, c’est qu’elle a été rajoutée. Simple métamorphose de la gommelaque, fatalement employée à frcjd, pour réassortir le travail

Quant aux émaux translucides, ils s’imitent à l’aide de peintures sur de l’or en feuille, préalablement collé. On emploie, à cet efiet, des laques et autres couleurs transparentes, que l’on vernit plusieurs fois pour leur donner de l’épaisseur sans nuire à leur diaphanéité. L’or ainsi, apparaît au travers de la couleur et, même, l’artifice complémentaire d’un verre posé sur le tout, achève l’illusion de la cristallisation du travail à froid en place du travail à chaud.

Certes, démasquer pareille fraude est l’enfance de l’art. Mais qui oserait vérifier la qualité des écailles de la croûte de couleur? Cette pâte de couleur qui fut

Fig. lüü. — Le chef de saint Martin (le vrai ou le faux ?).

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séchée à chaud, ne peut rivaliser avec la véritable couleur vitrifiée et, cependant, l’idée de profaner un chef-d’œuvre retient la main profane des incrédules. Sans compter que le marchand vous fera payer cher le triomphe de votre contrôle. Depuis quand abîmet-on ce qui n’est point à soi ?

Au surplus, le verre léger qui recouvre la peinture, s’oppose au contact direct, et ce verre est étonnamment irisé, désagrégé, antique ! C’est l’instant de revenir aux profltables trouvailles du sol et, si nous suivions nos truqueurs à travers les champs, nous les verrions se baisser souvent pour y ramasser les morceaux de verre, les vieux os, les débris de pots, de ferraille, de cuir et autres détritus qu’ils mettront soigneusement de côté. Ces morceaux de verre, naturellement maltraités par les intempéries, donneront, mieux que les écailles d’ablette, l’illusion du passé ; de môme ces vieux os auront des airs plus préhistoriques que l’os moderne patiné, et aussi ces débris de pots... galloromains, toute cette ferraille et tous ces cuirs... mérovingiens !

Examinons maintenant, la verrerie et les vitraux, solidaires dans la cuisson, des émaux.

Nous venons de voir les moyens naturels de représenter le verre ancien, quant aux débris du moins, et l’on conçoit que des pièces entières ou presque intactes puissent être pareillement maquillées. Il suffit ensuite d’étiqueter ces pièces, de reconstituer approximativement leur forme, si celle-ci a

subi les orages du temps et, le couronnement de l’artifice est la présentation sur un socle. Mais ceci a trait à l’antiquité et, en ce qui concerne les belles verreries de la Renaissance, les verres de Bohême, de Venise et autres réputations, on se contente de les pasticher avec un art qui n’a pas, au reste, démérité de l’ancien.

Néanmoins, comme l’ancien est seul réputé, on vieillit le moderne en érayant, en fêlant sa matière que l’on mutile même, au besoin. Aux écailles d’ablettes collées sur les parois du verre, pour obtenir l’irisation lointaine, on préférera avantageusement le vieillissement à l’air. L’enterrement dans du fumier, de préférence, n’est pas moins favorable, d’autant qu’il ajoute à l’irisation, des embus et des taches (sans oublier qu’il garnit ‘ à merveille les fêlures) d’une parfaite vraisemblance.

Marquez maintenant votre coupe, votre fiole, d’inscriptions, de chiffres, d’armoiries, et, de même qu’une vieille vitre ajoute à l’authenticité du faux dessin qu’elle recouvre, vos truquages auront pris leurs brevets et leur personnalité I

Pareillement, si vous travaillez à la meule un vieux verre de cristal sans décor, vous pouvez lui donner sinon une beauté, du moins une richesse qu’il ignorait initialement, et, dès lors, son prix est triple et quadruple. Croyez bien que les marchands ne faillissent pas à ce dernier stratagème, non plus qu’à des additions de peintures et de dorures effacées, nébuleuses à souhait. Des reconstitutions — salières et

286 l’art de reconnaître les fraudés burettes modernes, par exemple, — placées dans des vieilles montures de bois ou de métal authentiques, ne leur répugnent pas davantage. Ici, c’est le cadre qui sauve le tableau, comme là ce sera le socle.

Sur les débris d’une base de vase réellement antique, on construira tout un vase faux ; comme pour pouvoir profiter avantageusement d’un morceau de bras certainement d’origine grecque, on modèlera, ainsi que nous l’avons vu, tout un personnage... grec; reconstitutions! restaurations!... El ce sont deux pendants subitement retrouvés pour les nécessités de la vente ; plus de dépareillage possible !

Mais nous savons tout cela, et nous passerons au vitrail.

Laissons de côté surtout, lesimitations «en toc » de cette somptueuse expression. Ah ! les aberrations de la vitrauphanie et autres élucubrations économiques, d’un goût déplorable, où le papier de couleur transparaît encadré de papier-plomb ! Et nous nous garderions encore d’oublier, dans notre énumération dérisoire, les singeries non moins douteuses, des vernis de couleurs qui jouent d’autre part, et avec quelle audace ! sur des vases dépolis (/i^. 107), la préciosité des Gallé et des Daum.

Nous renvoyons d’ailleurs, le lecteur, à la connaissance technique du verre, avant qu’il ne nous lise ; c’est cette étude élémentaire qui servira plus sûrement de base à son jugement, fortifié au surplus, par une culture artistique. Qu’il ne confonde pas tout

Fig, 107, — Un faux Galle, peintare au vernis de couleurs sur verre dépoli.

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d’abord, le verre moulé avec le cristal taillé, ni la vitrauphanie et ses dérivés, avec le vitrail.

Le véritable vitrail a une beauté qui devra émouvoir avant même que l’évidence technique ait parlé. Analysons premièrement cette beauté, matériellement, si l’on peut dire, aux qualités du dessin, à travers les caractères des temps et du style. Les couleurs devront être délicatement harmonisées, — point de tons criards — et, exigeons par-dessus tout cela, cette patine pénétrante, mystérieuse et précieuse qui a déjoué les plus noirs desseins. De même, les lettres et inscriptions ne mentent guère à leur époque, en dehors de leur lecture plus ou moins aisée. Attention à ce quelles signifient vis-à-vis du sujet ! gare à leur trait trop accusé ou à leur effacement excessif dans une partie où le sujet est en bon état.

Quantau verre ancien — nous touchons là à la partie technique — il est gondolé et légèrement dépoli sur une de ses faces, par suite d’une seconde cuisson qui solidifîaitles couleurs. [Nota hene) : les plus anciens vitraux ne remontent pas au delà du xii® siècle (observation à retenir, en présence de certains sujets antérieurs à cette date), et les pièces de verre deviennent plus grandes et les plombs^ plus espacés à partir du

1. Alors que les anciens verriers n’avaient recours aux plombs que par stricte utilité, la dimension plus ou moins grande de leurs verres limitant l’essor de la matière transparente, les verriers d’aujourd’hui, qui n’ont plus cependant les mêmes raisons restrictives, accumulent irrationnellement, et comme à plaisir, les séparations de plomb, à l’instigation du dessinateur abusé.

XIV® siècle (caractéristique encore à noter). L’art du vitrail s’éteignit avec l’art ogival, et les xvii® et XVIII® siècles ont peu brillé dans le genre ; voilà enfin qui limitera l’étendue de notre admiration. Mais cela n’est point tout, en ce qui touche à la technique, les plombs employés pour la réunion des verres anciens ont un aspect spécial. Ils ignorent la netteté et l’égalité actuelles; et leur soudure est presque invisible ou d’une grossièreté qui n’exclut pas le pittoresque. Cela tient aux moyens primitifs opposés aux procédés modernes, plus rigides, plus économiques et fatalement moins « amusants ».

De la fabrication primitive dérive également certaines imperfections du verre, boursouflures et trous inconnus de nos jours. Mais rassurez-vous, on arrive tant bien que mal à réaliser les fameux trous, du moins en aspergeant de couleurs liquides le vitrage avant la cuisson. Les petites taches ainsi obtenues se fixent, s’incrustent dans la matière fusible, et font l’effet désiré derrière la couleur. Pour patiner, enfin, à l’unisson, verre, couleurs et étain, d’aucuns préconisent un frottis général dans la composition duquel entrent des ingrédients variés, souvent du noir de fumée et de l’essence de térébenthine, du beurre d’antimoine et autres patines salissantes, ou mieux « vieillissantes ».

Autres observations relatives à l’évidence du vitrail cuit : les couleurs sont solides, on ne peut les essuyer (ni à l’eau, ni à l’alcool), les gratter, ni même les rayer.

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Ainsi prendrez-vous en flagrant délit, les impressions peintes ou photographiques, les collages de papier diaphane, les vernis colorés, etc.

Au tour des miniatures maintenant ! Nous avons déjà dénoncé les photo-peintures et photo-miniatures ingénieusement placées sous verre, ainsi que les fines gravures enluminées; voici ensuite, de bonnes copies, voire des originaux d’après des figurines du temps, soigneusement peintes sur des vélins anciens, sur des ivoires jaunis. Comme nos artistes modernes n’ontpasdémérité, ils emploient avec talent les mêmes pinceaux et couleurs que ceux de jadis, et l’industrie leur fournit aussi les matières métalliques, depuis la tôle et le cuivre, jusqu’à l’or et l’argent, usités par nos pères. Point donc n’est besoin de les patiner ces supports, ils ont leur âge véritable sinon leur beauté vénérable !

Comment alors nous y reconnaître ? Comment ne pas être pris à l’artifice du cadre ancien ? du verre protecteur consciencieusement usagé, à défaut d’une sorte de vernis Martin, parfaitement imité, qui en tient lieu ! Désencadrez maintenant la miniature [fig. 108) suspecte, le fraudeur a tout prévu, il a collé au verso de son œuvre un vieux papier du temps, quelque morceau de gazette, et vous voici convaincu. Ajoutez à cela, que les miniatures se découvrent comme par hasard, dans les milieux de vieille noblesse provinciale et qu’elles s’auréolent, pour les besoins de la cause, de nomsronflants. Quelquefoisla miniature estvraie, mais

elle prête alors son masque anonyme à de grands capitaines, à de belles dames, à de célèbres courtisanes,

qui éveillent aussitôt l’intérêt de la vente. Quant à parler des retapages de la miniature — aussi redoutables que ceux du pastel — ils nous entraîneraient trop loin et, d’ailleurs, ils se trahissent souvent d’eux-

Fig. 108. ■— Fausse miniature^ cadre ancien, photo-miniature collée, au verso, sur un morceau de vieux journal.

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mêmes par la maladresse des reprises ou par la lourdeur des empâtements. Il reste cependant à souligner, dans la miniature ancienne, la douceur des rougesvermillons et des roses, la qualité des verts bleutés, l’absence de ces nuances d’aniline si crues, de ces tons enfin, si modernes, qu’ils semblent en contradiction avec la monotonie charmante et l’éclat réservé d’une facture étonnamment sobre, estompée enfin dans la brume des ans.

Et que peuvent, après cela, les trucs qui consistent à peindre de fausses miniatures sur des supports piqués de moisissure, des enluminures sur des parchemins rongés par des acides ! Est- ce que la facture elle-même, de ces miniatures et enluminures, voire de ces chromos, avec la parcimonie de leurs moyens et l’économie de leur matière (la dorure chimique peut-elle rivaliser avec l’or bruni au polissoir ?) trompe une seconde un œil avisé?

L’analyse seule de la couleur, une exposition brutale au soleil, suffiraient à dénoncer la supercherie, si déjà le manque de finesse, quelque sabotage dans la minutie générale, n’avaient pris les devants. A chaque époque les matériaux changent, et la conscience, pareillement, évolue aussi bien chez Tartiste que chez les fournisseurs de produits artistiques. Voilà le défaut de la cuirasse ; on faisait tranquillement des œuvres, autrefois; aujourd’hui on se dépêche de donner des impressions: les siècles sont différemment pressés et leur hâte, en même temps qu’elle vulgarise

l’art, vulgarise les matériaux de l’art. Différence d’inspiration comme de réalisation, mais gageons que notre ère du «toc» ne risque guère, plus tard, de tenter les fraudeurs. Comment s’en tireraient-ils d’ailleurs? Gomment pourraient-ils, • — du moins en ce qui concerne notre production décorative, — réaliser un bénéfice sur l’économie de la matière !

Mais nous voici au bijou ancien. Ne parlons pas du titre « Fix », essentiellement moderne, non plus que mous ne mentionnâmes le ruolz et l’alphénide, aussi parfaitement adaptés à notre faux luxe d’orfèvrerie que les ors au mercure, les doublés, etc.

Le bijou ancien a été excessivement imité, et on le reconnaît principalement à la qualité de sa monture douce au toucher et à l’œil. Gomme le meuble, il connaît aussi les moyens de se multiplier avantageusement: ainsi de deux boucles d’oreilles fera-t-on deux broches, dont une bordure rajoutée augmentera le volume; à moins qu’un simple bouton de vêtement suffise à cet effet, ou bien une boucle d’oreilles dépareillée. Souvent,^pour faire croire à la vérité d’une monture en roses — si fréquente sous Louis XVI — on se bornera à sertir à la façon des roses de jadis, quelques pierres en cristal taillé (/?^. 109). Mais il faut insister sur la ressource artificieuse des boutons en métal rehaussé de pierreries ou simplement en acier taillé. Il y eut des boulons d’habits merveilleux autrefois, et de là à les adapter au bijou, il n’y a qu’un pas.

Un autre moyen employé par le fraudeur consiste

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à orner de fausses pièces une monture véritable et mce-versa^ de telle sorte que la sincérité de l’une ou de l’autre de ces matières jette un doute favorable... au marchand. Cependant, la sertissure ancienne ne présente pas les angles aigus de notre travail moderne ; le métal ancien est doucement coupé ; au surplus sa patine ne saurait céder à l’action de la brosse comme les « vieillissages » artificiels, et les marques de l’usure, point davantage, n’ont pu être bien imitées.

Du côté de la pierre précieuse ancienne, même observation relative à la patine. Les vieilles pierres ont un éclat atténué, elles sont légèrement ombrées, et leurs facettes sont adoucies. Certes on peut arriver à élimer artificiellement les angles de ces pierres, mais en somme, l’opération est dangereuse et coûterait souvent davantage que l’artifice. L’altération interne, d’autre part, est irréalisable en dehors de l’action du temps, malgré qu’on soit arrivé à remplacer le ton jaunâtre oes diamants du Cap par un ton bleuâtre plus profitable. Et comptez-vous enfin pour rien les rubis et autres gemmes dits de synthèse ! Ces gemmes, dont le mensonge a parfois l’accent de la vérité !' Et ces camées creusés à la machine, et ces intailles également! Camées et intailles imprimés, estampés dans des ciments, dans des cires solidifiées! Bijoux fourrés ou creux, autant d’illusions économiques que nos aïeux ignoraient, tout comme nos bijoux à l’emportepièce, moulés, qui vont rejoindre dans l’arsenal du

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toc (bâti en ciment armél) les zincs « d’art », les albâtres et les stucs...

Les zincs « d’art » {fig, 1 10) en place du riche métal de bronze doré et ciselé, des albâtres et les stucs, en place de marbre, les plâtres moulés, les cartons-pâtes au lieu des sculptures en plein bois, marchent de pair avec le celluloïd, qui voudrait jouer à l’écaille dont cependant la matière inflammable est plutôt dérisoire, avec le pégamoïd qui prétend rivaliser avec le cuir... et nous verrons bien d’autre.^i misères I

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