La tête de cire, buée à Raphaël, musée de Lille
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mililail'es que, s’ils cassaient une statue de Phidias, ils seraient obligés d’en fournir une autre du même marbre et de même dimension. »
Mais les marchands n’en sont point à cela près de créer de toutes pièces des « Phidias» pour de faux connaisseurs qui n’ont, en réalité, que ce qu’ils méritent.
Souvenez-vous plutôt de l’aventure de la tiare de Saïtapharnès {fig. 1), de cette œuvre d’art tant prônée, jusqu’au moment où l’on apprit qu’elle était moderne !
Ainsi s’évanouissait à cette révélation, le miracle de sa beauté 1 Nos savants avaient écrit monts et merveilles sur cette tiare soi-disant antique, trésor du musée du Louvre, coûteusement acquis, et ils s’étaient longuement répandus en érudition sur la description, tant esthétique qu’historique, du motif de ciselure principal...
Que d’étonnantes et doctes choses ne lurent-ils pas ces savants, sur cette ciselure qui, cependant, était ' dépuré invention moderne !
Mais, le ridicule confondit surtout la qualité de cette admiration, lorsque l’artiste polonais Chouroumousky auteur de la fameuse tiare, se dénonça... Le chefd’œuvre d’hier, soudain n’était plus, et il descendit de son trône, que dis-je, il fut honteusement exclu du Louvre !
Cela nous rappelle la visite d’un artiste chez un « amateur » dont les extases sont particulièrement acquisesàun certain buste de la Renaissance. L’artiste
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examine le buste,
de ce buste se trouve à Florence et l’amateur n’a, en
Fio. 8. — Alalante musée du Louvre.
Restaurations : Pièce aux cheveux à droite et au côté de leur nœud der- ^ rière, oreille droite, partie du sourcil et de l’œil gauche. Menton, bouche et bas du nez avec un peu des joues, bas du cou et un peu du baudrier, deux pièces à l’épaule droite, principal du bras, mains (avant-bras), poignard, son fourreau, plusieurs pièces de la tunique, pièce au jarret droit, cuisse, jambe, pied gauche avec la plinthe et l'arbre !
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sa possession, qu’un excellent moulage. « Un moulage? s’écrie l’amateur furieux, vous en êtes bien sûr? — Certain. — En foi de quoi, le moulage fut brisé. L’authenticité de l’œuvre importait donc, seule, à cet « amateur » comme il y en a tant !
Voici un exemple analogue. Il s’agit, cette fois, d’une suite au « bluff d’Antinoë » mais moins tapageuse. Le musée Guimet vient d’inaugurer de nouvelles salles et une nouvelle exposition des fouilles de M. Gayet, en Egypte. « Où est le temps, observe le Cri de Paris, oh le Tout-Paris se précipitait au musée Guimet pour admirer les momies de la pseudocourtisane Thaïs {fig. 2) et du pseudo-anachorète Sérapion {fig. 3) ? Où est le temps où M. Gayet, qui n’a jamais rapporté une inscription pour authentiquer ses dires, disait gravement au public en montrant ses macchabées : « Ceci est une prophétesse; cela c’est une bacchante. » Ces temps maintenant semblent légendaires ; cette année, l’explorateur se contente d’explorer des cadavres sans les désigner plus explicitement. »
Nous allons voir l’intérêt artistique s’envoler singulièrement aussi, dans le récit suivant : « On se souvient dit le Journal', de ce buste de cire {fig. 5) que le docteur Borde, conservateur du musée de l’empereur Frédéric, à Berlin, a payé 231.250 francs, comme étant un Léonard de Vinci authentique (l’empereur Guillaume II, au surplus, s’était porté garant de l’authenticité de ce buste!) et qui a été ensuite
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reconnu être d’un sculpteur anglais du nom de Lucas décédé à peu près inconnu.
Fig. 9. — Pompée le Grand, musée du Louvre
Restaurations : principal du nez, raccords au front, de la et au menton, cou!
« Quatre-vingt-dix œuvres de ce dernier ont vendues dernièrement aux enchères, chez Christie, Londres, et, malgré la réclame faite à Lucas par
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l’affaire de Berlin, le montant de la Tente ne s’est élevé qu’à 10.000 francs.
« Un groupe : Mère et Enfant, àoni la facture rappelait beaucoup celle du fameux « buste de Léonard » du docteur Borde, n’a pas dépassé 197 francs !... »
Nous avons dit les déconvenues d’amour-propre, plutôt que les déconvenues d’art, de ces fureteurs d’antiquité à tout prix, et nous savons que le désir de faire une « bonne affaire est le plus souvent inséparable de la manie d’acquérir. Il ne s’agit plus que de s’entendre sur les nuances de cette bonne affaire.
La rareté, pour certains, se mesure au peu d’argent déboursé. On se dit connaisseur et le marchand ignorait soi-disant la valeur de son trésor. On l’a eu « pour une bouchée de pain ». Ici, c’est le marchand qui aurait été volé, il y a des exemples de cette anomalie.
Pour d’autres, la forte somme est une condition sine qua non, de la « bonne affaire ».
D’où deux sortes d’amateurs : ceux qui achètent pour le plaisir et ceux qui achètent « pour la galerie ».
Les premiers prétendent savoir acheter et, en tout cas, ils donnent toujours à leurs bibelots une valeur supérieure au prix qu’ils les payèrent; les seconds affirment « que l’on en a toujours pour son argent », et ils font sonner haut, comme une référence (et comme une garantie donnée à leur ignorance) l’importance de leurs débours. En tout cas, l’amateur qui parade devant son Velasquez « qu’il a payé un mil-
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lion » n’est pas plus intéressant que celui qui se vante
d’avoir acquis « pour cinq francs » son Corot. Il y a des extrêmes stupides.
Au résumé, les deux manières ne valent que par la
Fig. 10. — Vénus accroupie^ musée du Louvre.
Restaurations (plâtre) : principal du bras, du corps et des jambes, pieds, rocher, plinthe !
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qualité de l’achat qui justifie seule la qualité de l’acheteur, malgré qu’il y ait la différence de la joie que l’on s’offre.
D’autre part, il est piquant de remarquer que cette double clientèle ne satisfait pas moins le marchand et, pour ne pas inquiéter le marché, il importe simplement que le plus heureux des trois ne soit pas celui qu’on pense. Nous verrons, d’ailleurs, combien le marchand connaît ses clients, suivant les degrés de l’illusion à servir, du goût à satisfaire, de la manie à contenter, et, d’ores et déjà, soyons indulgents à la fraude lorsqu’elle nous venge de la sottise.