CHAPITRE X
Causerie sur nos gravures.
Les compositions décoratives qui débutent, ne nous inspirent aucune observation en dehors de celles que nous notâmes dans notre texte. En vérité, elles se situent entre la Renaissance par la fantaisie, et le style Louis XIV par la lourdeur. D'ailleurs, en ce qui concerne les vases, panneaux et encadrements que nous donnons, bien qu'ils soient rigoureusement empruntés à des recueils du temps de Louis XIII, nous n'hésitâmes pas à les confondre intégralement
dans le xvne siècle, puisqu'ils sont signés de Jean Lepautre (1618-1682), artiste chevauchant sur les deux époques Louis XIII et Louis XIV. Cependant, il faut retenir certains détails d'ornementation Louis XI II caractéristiques (têtes de chérubins ailés, fig. 5), bossages, cartouches à bords retournés {fig. 8), godrons, guirlandes de fruits (fig. 9), draperies et autres ordonnances de composition à compartiments géométriques qui communient dans cet aspect de sobriété, de riche pesanteur et de gravité que nous avons décrit.
Fig. 38. — Porte et fronton (château de. Selles-sur- Cher). Le fronton se ressent de l'esprit de la Renaissance mais il est plus lourd, ses sculptures ont aussi plus de relief. A noter les palmettes échevelées du bandeau ; le cartouche à enroulements du fronton ; Tordre symétrique et géométrique des moulures de la porte. Voir sur l'autre fronton (fig. 15), de la même provenance, le développement du cartouche similaire au précédent, ses enroulements inspirés de ceux du cuir. La sobriété et l'épaisseur des ornements et des moulures, l'aspect robuste général, sont assez éloignés de la Renaissance malgré qu'ils en gardent la forme constructive.
Fig. 39. — Château de Louis XIII à Versailles.
L'ancien pavillon de chasse de Louis XIII situé dans la cour de marbre du palais, fut agrandi parles soins de Le Vau et reçut son entier développement, à la mort de cet architecte, avec Jules Hardouin-Mansard, son successeur dans les travaux royaux. Le Vau prolongea le petit château en pierres et briques auquel, suivant Tordre de Louis XIV, il ne devait pas toucher, par deux ailes, à Test. J. Hardouin-Mansard construisit, à son tour, les ailes du nord et du sud, fit surélever d'un étage les bâtiments dus à son prédécesseur, et il établit la « galerie des glaces », sur une terrasse située à la partie centrale. Après le grand Roi, Louis XV demanda à Gabriel, son architecte, d'ajouter des pavillons ainsi que l'Opéra et, plus tard, les souverains qui se succédèrent à Versailles, plièrent à leur agrément et restaurèrent le somptueux château que Le Nôtre avait situé dans un décor de jardin* d'une architecture harmonieuse.
Fig. 40. — La Place des Vosges (Paris). Autrefois place Royale, cette place entourée de bâtiments du temps de Henri IV et de Louis XIII, fut construiteen briques et pierre sur remplacement du palais des Tournelles, palais démoli en 1565 par Catherine de Médicis, après la mort de Henri IL Les trente-sept pavillons symétriques qui composent cette place, aux harmonieuses galeries couvertes, sont l'œuvre de
Claude de Châtillon. Au milieu de jardins charmants, récemment reconstitués dans le goût de l'époque, se dresse la statue équestre de Louis XIII par Cortot et dont le cheval est dû à Dupaty. Cette statue érigée en 1829, remplace une autre du même roi commandée par Richelieu et renversée en 1792. La superficie de la place est de 19.000 mètres carrés.
Fig. 43. — Mascarons du Pont-Neuf . On remarquera que les mascarons mis ici en évidence, tous différents, sont maintenant débarrassés de l'esprit antique. Ils ne représentent plus des satyres et des faunes; leur figure grimaçante, d'expression tour à tour humaine ou diabolique, est d'aspect nouveau.
Fig. 52. — Palais du Luxembourg (façade sur le jardin), par Salomon Debrosse. Pour avoir une idée de l'architecture conçue primitivement par Debrosse, il faut supprimer par la pensée, l'avant-corps de logis, qui date de Louis-Philippe et les deux pavillons qui le flanquent. La façade sur la rue de Tournon [fig. 53), elle, bien que restaurée également, a été respectée dans sa conception initiale. Le Sénat occupe ce palais depuis l'année 1879. Palais du Sénat sous l'Empire, palais de la Pairie sous la Restauration et sous Louis-Philippe, il fut rendu au Sénat sous le second Empire. De 1871 à 1879, la préfecture de la Seine y
siégea, avant le retour enfin, de ce bâtiment, à ladestination que nous lui voyons depuis cette dernière date. Le Petit Luxembourg, palais contigu au palais du Luxembourg, fut construit par ordre de Richelieu qui l'habita avant d'occuper le Palais-Royal. Sous la première République, le Petit Luxembourg abrita le gouvernement directorial ; il sert aujourd'hui d'habitation au président du Sénat.
Fig. 54. — Fontaine de Médicis, par Salomon Debrosse. Cette fontaine rustique, érigée en 1620 et pour laquelle Marie de Médicis avait fait construire à Arcueil un aqueduc destiné à amener au Luxembourg les eaux de la fontaine de Rungis, dut être déplacée lors des nombreux remaniements effectués vers la fin du second Empire. Ornée de sculptures dues à Ottin (le groupe principal représente Polyphème surprenant Acis et Galate'e, il date de 1852 et se substitua, dans la niche centrale, à la nymphe qui s'y voyait autrefois), cette fontaine, pour ainsi dire dénaturée par de nombreuses restaurations, se trouve maintenant dans le jardin du Luxembourg.
Fig. 55. — Portail de Véglise Saint-Gervais, par Salomon Debrosse. Le portail de cette église parisienne, seul, est de Salomon Debrosse. Il date de 1616, alors que l'église qui présente un mélange de3
styles gothique flamboyant et de la Renaissance, remonte à 1420. Ce portail offre l'aspect original des trois ordres, dorique, ionique et corinthien superposés. Il demeurera le type du portail d'église adopté par la suite, pendant près de deux siècles. A remarquer sur les portes, les ornements géométriques de pur Louis XIII, la torsion contrariée des palmes, tout un ensemble de décor à cloisons rigides. Salomon Debrosse à qui plusieurs auteurs donnent inexactement le nom de Jacques au lieu de Salomon, était le neveu de Jacques Androuet Ducerceau.
Fig. 57. — Porte Dauphine ou Baptistère de Louis XIII (palais de Fontainebleau). Ce monument singulier avec son dôme élégant qui couronne un premier ordre sans aménité, date de Henri IV, il a été restauré en 1862. Il est situé dans la cour Ovale. D'après la légende, le baptême de Louis XIII aurait été célébré sous ce dôme. On remarquera que les dômes, sous Louis XIII (voir aussi ceux des figures 31 et 47), sont aplatis et carrés. La couverture en ardoises disposées en écailles de poisson, n'est pas moins caractéristique.
Fig. 58. — Ancien palais abbatial de Saint-Germaindes-Pres (rue de l'Abbaye, à Paris). Construit en 1586 par le cardinal Charles de Bourbon, proclamé
par Mayenne, roi de France, en compétition avec Henri IV, ce bâtiment en briques et pierre fut restauré en 1699 etvendu comme biennational. Le sculpteur Pradiereut là son atelier, de 1823 à 1833, et des œuvres religieuses et philanthropiques y siègent maintenant. C'est dans ce palais habité par les religieux desservant l'église abbatiale de Saint-Germain-des-Prés et où mourut son fondateur (1594), qu'eurent lieu les massacres de septembre 1793. L'ancien hôtel Tubeuf devenu l'hôtel de Mazarin et actuellement dépendant de la Bibliothèque nationale (sur les rues des Petits-Champs et Vivienne) est également en pierre et briques [fig. 56).
Fig. 59. — Naissance de Louis XIII, par Pierre- Paul Rubens (musée du Louvre). Ce beau tableau appartient à la série des vingt et une compositions retraçant la vie de la reine Marie de Médicis. Le Louvre n'en conserve que dix-huit. Ces vastes peintures dont le célèbre peintre flamand fit les esquisses à Paris en 1622, se trouvaient autrefois au palais du Luxembourg, dans l'aile droite maintenant occupée par l'escalier du Sénat. On remarquera la richesse de la composition, l'ampleur du dessin, la lourdeur généreuse des formes et du modelé du tableau ici représenté, en restituant au surplus, par la pensée, à l'épreuve en noir, l'éclat et la virulence de son coloris. Un soupçon de vulga-
rite effleure l'ensemble des chefs-d'œuvre dus à l'exubérance et à la santé de ce pinceau.
Fig. 80. — Sainte Marie- Madeleine, par Jacques Sarrazin. Cette statuette en marbre, au musée du Louvre, provient de la chapelle de l'hôtel du chancelier Séguier.
Fig. 92. — Chapelle de la Sainte-Trinité (palais de Fontainebleau). Bâtie en 1529 par François Ier sur l'oratoire de saint Louis, cette chapelle fut décorée par Henri IV et le peintre Fréminet en peignit la voûte. Il se mit à l'œuvre deux ans avant la mort de Henri IV et continua l'exécution de ses 37 caissons, sous Louis XIII. Les peintures de Fréminet ont été restaurées vers le milieu du xixe siècle, elles représentent la Chute des anges ; Noé faisant entrer sa famille dans V arche; Y Ange Gabriel recevant de Dieu tordre d'annoncer le Messie à la Vierge, etc. L'autel de la chapelle fut richement décoré par l'Italien Bordogni, sous Louis XIII. Les statues en marbre de Charlemagne et de saint Louis figurent à droite et à gauche dans des niches encadrées de colonnes de brèche violette, et les quatre anges en bronze qui surplombent les colonnes, sont attribués à Germain Pilon. Au milieu, sur l'autel, on voit un tableau d'Ambroise Dubois : la Descente de croix. On aperçoit en haut de la
gravure, au-dessus de l'autel, les pieds de deux anges de grande dimension qui supportent des écussons aux armes de France et de Navarre. Voir figures 95 et 96 le détail du décor et des portes latérales de cette chapelle.
Fig. 93. — Plafond à caissons de la précédente chapelle, œuvre de Fréminet et tribune royale. On lit sur les encadrements en stuc, couverts d'ornements dorés qui entourent ces peintures, les chiffres d'Henri IV, de Marie de Médicis, de Louis XIII et d'Anne d'Autriche. Au-dessus de la tribune royale figurent les armes des Médicis.
Fig. 94. — Porte de la tribune royale (chapelle de la Sainte-Trinité, palais de Fontainebleau). Ornements et filets se détachant en sombre (autrefois ils étaient dorés) sur des boiseries claires qui, elles-mêmes, ressortent sur un marbre vert foncé. Les panneaux de la porte sont marqués au chiffre de Louis XIII : deux L adossés que des palmes accompagnent, noués de lourds rubans et accompagnés des têtes d'Amours typiques. Au-dessus de la porte, des chérubins encore, mais d'une vérité saisissante à côté par exemple, de ceux de François Boucher, sous Louis XV. Dominant ces chérubins qui s'envolent, de chaque côté de la porte, on lit les armes des Médicis soutenues par des
figures ailées. Pour juger de l'effet de 'a partie supérieure de cette porte, voir la figure 93. Le fronton en est lourd ainsi que sa sculpture, avec ses draperies, ses écussons, ses volutes sans grâce et ses quatre enfants — plutôt des nouveau-nés, répétons-le, que des Amours.
Fig. 97. — Piaf ond Louis XIII à caissons (palais de Fontainebleau). Ce plafond se trouve dans la salle du Trône. Seul il est de l'époque Louis XIII. Les boiseries datent du grand Roi. A gauche on aperçoit le trône de Napoléon Ier dessiné par Percier ; les torchères, les tentures semées d'abeilles qui tombent du dais, sont du style du premier Empire. Dans un cadre au-dessus de la cheminée, on voit le portrait de Louis XIII d'après une peinture de Philippe de Champaigne brûlée en 1793. Cette grande salle qui servait jadis aux réceptions d'ambassadeurs fut ornée par Louis XIII en 1642, puis agrandie par Louis XIV.
Fig. 98. — Cabinet en e'bène (palais de Fontainebleau). Ce meuble d'une somptueuse tristesse, est supporté par des colonnes cannelées et annelées comme celles dont Philibert Delorme donna le premier le dessin pour la construction du palais des Tuileries. Ces colonnes, dont d'espèces de colliers et de tambours masquent ingénieusement les joints des
pierres, constituaient les colonnes dites françaises, caractéristiques dans notre architecture jusqu'au règne qui nous occupe. On remarquera la finesse et le fouillis délicat des sculptures très plates de ce cabinet concurremment avec des moulures à fort relief, le motif ondulé qui borde les compositions et sert aussi de filet. Les têtes d'Amours ailés placées entre les colonnettes, à l'extrémité supérieure du meuble, ne sont pas moins caractéristiques. Nous verrons à la figure 99 un autre aspect du même cabinet. Il est ouvert cette fois, afin de montrer le luxe de sa décoration intérieure ainsi que son aménagement aux subtiles complications.
Fig. 100. — Armoire à deux corps. Ce meuble montre bien les altérations de la précédente Renaissance : encombrement de moulures à gros reliefs (les panneaux demeurant plats, néanmoins), empâtement de la forme générale, goût moins fin aussi, de la forme, malgré que les sculptures ne cessent d'être admirables de fini et de richesse. Ce meuble est en bois de chêne. Cependant, dans l'armoire à deux corps [fig. 101), on saisit plus exactement l'originalité du style Louis XIII, son affranchissement de la Renaissance, sans pour cela démériter. L'énergie de ce meuble trapu aux moulures nerveuses, comme ininterrompues, la singularité de ses colonnes, l'esprit
propre de son décor, dégagent une beauté d'essence particulière. L'ornement qui occupe le panneau latéral de ce dernier meuble (fîg. 102) est purement Louis XIII, il équivaut à une signature.
Fig. 103. — Bureau du maréchal de Créqui (musée de Cluny). Ce bureau décoré de marqueterie de cuivre et d'étain sur fond d'écaillé est Tune des anciennes œuvres de ce genre que Ton puisse citer. On ne sait s'il date des prédécesseurs de A.-C. Boulle ou bien s'il est sorti de ses mains. De ce doute il résulte que Boulle ne fut peut-être pas le créateur de la manière qu'il a illustrée, si toutefois c'est au célèbre ébéniste que l'on doit les meubles plus parfaits dans le genre qui porte son nom. L'Italie et la Flandre, d'ailleurs, ont produit à l'époque qui nous occupe, des meubles et principalement des tables incrustées d'ornements d'étain. On remarquera au sommet du bureau du maréchal de Créqui, une pendule Louis XIII, bien carrée suivant l'esprit du style. Sous Louis XIV, les pendules deviendront monumentales. L'horloge dite religieuse, de la figure 126, avec ses incrustations d'écaillé et de métal, est parente du bureau précédent; elle date évidemment de la même période. Boulle n'a point encore réalisé son type d'horloge, si toutefois cette pièce peut être attribuée à ses débuts ou à ses prédécesseurs.
Fig. 106. — Bas d'armoire en ébène (musée de Cluny). On remarquera le peu d'épaisseur des sculptures par rapport à la saillie de leur cadre; le motif ondulé qui court tout autour des motifs. Ce motif ondulé que Ton verra souvent dans les meubles en ébène, est d'origine flamande. La richesse triste de ce meuble est remarquable et, de même, les somptueux cabinets, que nous donnons, portent cette gravité et cette mesure à laquelle le style Louis XIII doit sa beauté essentielle. Voir figure 127 les motifs ondulés sur le cadre représenté, et aussi sur la cassette en ivoire (fig. 134) ainsi que sur la commode (fig. 107), dont on notera d'autre part, la construction singulière, la parure d'ébène que des incrustations d'ivoire égaient à peine, et les grosses boules servant de pieds.
Fig. 108 et 109. — Tables. La première, à neuf pieds, respire encore l'esprit de la Renaissance. Sa décoration toutefois, plus sobre, moins riante, est bien dans le goût du début du xvne siècle. Cependant, la seconde, avec ses godrons et ses colonnes torses, d'une lourdeur aussi plus caractéristique, marque plus essentiellement son époque. L'une est en noyer, l'autre en chêne.
Fig. 111. — Table (palais de Fontainebleau). Elle est, de même que celle de la figure 110, en ébène incrustée
d'ivoire et témoigne du travail italien, à l'époque. On remarquera la lourdeur de ses balustres carrés, entre godrons ; ainsi que son entre-jambe singulièrement dentelé. On ne voit pas, sur notre gravure, l'incrustation particulièrement précieuse du plateau, incrustation d'ailleurs, d'un goût plutôt douteux, en son exagération.
Fig. 112. — Fauteuil en cuir de Cordoue (musée de Cluny). Ensemble carré. Dossier bas et rectangulaire comme le siège. Bâti de colonnettes torses, bases carrées. Les extrémités des bras portent des sculptures (bustes de femmes de l'époque). Cuir colorié et doré, fortement gaufré. Cornes d'abondance formant le départ d'une composition touffue. Des gros clous de cuivre bordent le cuir au capiton mesuré.
Fig. 113. — Fauteuil canne' (palais de Fontainebleau). On remarquera la complication de ses sculptures, le manque d'harmonie de ses volumes entre eux mais aussi la richesse de l'ensemble, d'un goût plus flamand que français, néanmoins. Même observation pour les deux chaises (fig. 119 et 123). Celle de la figure 119 avec l'exubérance de sa base, affirmant une origine particulièrement flamande. Les fauteuils en cuir des figures 121 et 124 ne sont pas moins lourds avec le fronton qui marque leur base. A noter la bordure de
gros clous et les deux motifs élancés également en cuivre, qui accompagnent le dossier, à son extrémité. Nous retrouverons l'esprit de ces motifs dans les petits ornements signalés aux lustres {fig. 128 et 135) et dans les chenets.
Fig. 114. — Fauteuil (musée de Cluny). 11 appartient à la catégorie de ceux qui domineront, par leur dimension et leur carrure, sous Louis XIV. Cependant, le bâti godronné, sans autre ornement, ainsi que la tapisserie où le velours et la soie alternent dans un dessin qui rappelle les compartiments ménagés dans les boiseries du temps, désignent nettement un fauteuil Louis XIII.
Fig. 120 et 122. — Chaise, canapé (palais de Fontainebleau). Ces meubles sont recouverts d'une soie bleue de style Louis-Philippe. Ils sont dorés et nous les soupçonnons fort de n'être que des copies, d'ailleurs excellentes. On remarquera leur carrure et la longueur de leurs franges. L'épaisseur du siège de la chaise, accentuée par les franges, rappelle certains sièges du même style, descendant aussi bas, mais tout en cuir bordé de gros clous. Ces derniers sièges seraient plutôt d'origine espagnole. Comparer le fauteuil de la figure 118 à celui dont nous parlons ici [fig. 120) ; combien celui-ci est plus Louis XIV que l'autre, avec son
haut dossier! Toutefois, nousavons dit que le Louis XIII précéda aussi le Louis XIV dans certaine ampleur, malgré que le style du roi Soleil ait encore accusé cette ampleur. Le fauteuil de la figure 118 est en bois naturel, ses sculptures abondantes et la physionomie générale du meuble sont particulièrementtypiques de l'époque qui nous occupe, si l'on fait abstraction, cependant, de la garniture en soie cerise à ramages jaune clair marquée du temps de Louis-Philippe.
Fig. 125. — Grande armoire à deux corps (collection Gabriel Frémont). On remarquera la sobriété de son décor à compartiments moulurés. Son couronnement commence à s'arrondir et sa base prend du ventre; cette base sur laquelle on remarque un motif médian à facettes ou à biseaux caractéristique, et des panneaux (à droite et à gauche) aux rectangles d'une harmonieuse asymétrie. Les ornements en étoiles (ou à « pointes de gâteau »), ainsi que les ornements en pointes de diamant, appartiennent à la famille de ces motifs à facettes ou à biseaux, ils se réclament nettement du xvne siècle et plus judicieusement du milieu du xviie siècle, à cause de leur sécheresse, de leur sobriété, de leur tristesse ornementale. Il est vrai que, à toutes époques, il y eut, par mesure d'économie, des meubles plus ou moins ornementés.
Fig. 128 et 135. — Lustres. Les chenets de cette époque sont également en cuivre et surmontés de grosses boules comme celle qui ponctue ces lustres, à leur base. Sur ces grosses boules s'étagent souvent d'autres boules, allant en diminuant de volume jusqu'au sommet. Les grosses boules sont percées de grands anneaux et portent sur des extrémités animales. En Hollande surtout, et en Espagne, ces lustres et chenets, plutôt trapus, étaient très répandus. Les bras ou candélabres {fig. 129), ainsi que les chandeliers {fig. 130) étaient en bois ou en métal, d'une pesanteur caractéristique. L'ornement de petites boules en pyramide, visible sur les branches du lustre de la figure 135 est typique et la tige elle-même de ce lustre, avec sa succession de motifs renflés, ne Test pas moins. On retrouve dans les bâtis en bois des sièges, ces motifs renflés (godronnés) lorsque les bâtis ne sont pas simplement carrés ou bien à colonnes torses.
Fig. 131. — Cabinet. Il est en ébène. Des cariatides gainées soutiennent le corps principal. Sculptures plates à profusion, encadrées dans des compartiments géométriques bordés du motif ondulé que nous savons. Les cariatides à gaines aboutissent à des pieds en boules. Toujours le même aspect riche et grave, la pareille carrure.
Fig. 134. — Cassette en ivoire (palais de Fontainebleau). La disposition décorative en compartiments, bordés de motifs ondulés, les ornements plats en balustres, l'aspect rigide de toute cette cassette, riche mais sobre, est typique.
Pour faire apprécier d'une manière saisissante le costume et l'intérieur de la maison sous Louis XIII, dans le mouvement de la vie, nous n'avons pas cru devoir mieux choisir nos gravures que dans l'œuvre d'Abraham Bosse, spirituel et sincère évocateur de son époque.