CHAPITRE VI
L'architecture intérieure. — Le meuble
Nous avons traité des caractéristiques de l'architecture extérieure, nous allons maintenant pénétrer dans l'hôtel qui a succédé, ainsi que nous l'avons dit, au palais. Puis, au fur et à mesure, nous sèmerons des meubles dans les pièces, maintenant substituées à la salle unique. Effectivement, en même temps que quelque intimité naîtra dans les édifices devenus plus amènes, des cloisons couperont avantageusement la
grande salle qui, depuis le moyen âge, semblait interdire le recueillement, banalisait la vie en contredisant à la satisfaction des aises. C'en est donc fait des tapisseries provisoirement affectées auparavant, à la séparation des pièces. Les pièces auront dorénavant une affectation spéciale, architecturalement conçue, elles seront coupées, plus ou moins, dans la grande salle du passé et, par conséquent, réduites.
Il s'ensuit que les meubles vont commencera devenir plus nombreux ainsi que plus portatifs, malgré qu'il faille attendre le xvme siècle, pour atteindre à la quantité et à la légèreté du mobilier dans le confort définitivement établi. Et les meubles encore, à l'époque qui nous occupe, auront une destination conforme à l'utilité et à la convenance des pièces. On prétend que Marie de Médicis aurait pris modèle sur l'hôtel de Mme de Rambouillet pour la construction de son palais du Luxembourg. Cela ne nous étonne guère, étant donnée l'avance prise par la marquise sur la civilisation qui devait suivre; avance due à la délicatesse des sentiments comme à la correction des mœurs exaltées dans la politesse, innovée, ainsi que nous le savons, par la grande dame. Car, ces raffinements, ce bon ton, toutes ces distances observées symboliquement par l'individu mis en garde contre les écarts du goût et du langage, devaient se répercuter fatalement, se réaliser matériellement, dans la demeure, par au-
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Fig. 89. — Monument funéraire des ducs de Longueville (Musée du Louvre), par François Anguier.
tant de séparations et de préparations à l'accès de la ruelle.
Au reste, Mme de Rambouillet, de santé chancelante, avait singulièrement indiqué, à l'époque de Louis XIII, l'emplacement du salon dans la chambre à coucher. Lorsqu'elle était alitée, la marquise recevait ses amies intimes dans sa ruelle. C'est ainsi qu'on appelait l'espace circonscrit par la muraille et le paravent qui isolait du reste de l'appartement les lits. Ceux-ci ne touchaient alors, à la muraille, que par le chevet, c'est-à-dire laissaient accès autour d'eux, par trois côtés. Delaposealanguiede Mme de Rambouillet, et puis, parce que les sièges étaient rares, dériva l'habitude que les femmes prirent de recevoir assises et entièrement vêtues, sur leur couche, et notre moderne alcôve n'est autre chose que le souvenir de la ruelle.
Ainsi donc, tandis que s'échangent les belles paroles et les manières distinguées chez les grandes dames qui tenaient ruelle ouïes fréquentaient, et après avoir reconnu à Mme de Rambouillet le mérite des premières marquesde courtoisie, en France, ainsi que leur retentissement sur la disposition plus délicate de nos appartements, nous poursuivrons notre examen de l'architecture intérieure.
Le plancher se substitue maintenant aux dalles, des plafonds à caissons {fig. 93 et 97) commencent à peser sur les têtes, mais les pièces s'éclairent plus convena-
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blement, grâce à des fenêtres symétriques où de grandes vitres s'enchâssent dans des cadres en bois. Cette meilleure distribution du jour, indiquée d'abord
Fig. 90. — Portrait-médaillon en bronze de Nicolas Brularl de Sillery (1613) [Musée du Louvre], par Guillaume Dupré.
par la suppression des meneaux de la Renaissance, tient aussi à une architecture moins subordonnée à la façade; cette façade, du moins, étant plus esclave de la nécessité intérieure que préoccupée de briller à
l'extérieur, comme cela était une loi, auparavant.
C'était un pas vers la construction pratique et vers l'architecture rêvée, si Ton peut dire, qui serait de satisfaire parfaitement les besoins sans laisser de demeurer esthétique. Or, nous verrons par la suite, ces deux vertus se refuser malheureusement à cette conciliation idéale. Plus les siècles iront, plus les commodités de Thygiène sembleront absorber le côté artistique de l'architecture, nos jours ensont une preuve. C'estdai s la solution étonnamment confortable de nos immeuble^ actuels, que l'art de l'architecte trouve sa consolation. Il est vrai que notre génie national a quelque droit de se reposer su* ses lauriers, en attendant la mise au point du style architectural moderne, si séduisant déjà, à travers ses recherches.
Quant à l'escalier, pour en revenir au temps de Louis XIII, il dériverait encore de celui que l'incomparable « Arthénice » (anagramme de la célèbre Catherine de Rambouillet) avait inauguré en son hôtel. Il était situé à l'une des extrémités du corps principal, faisant ainsi valoirune succession depièces, parmi lesquelles on distinguait la fameuse chambre tapissée de velours bleu rehaussé d'or et d'argent, où se tenaient les assises de la culture littéraire, au moment. Avant cette création (l'hôtel de la marquise fut bâti en 1618 par Charles dlAngennes, marquis de Rambouillet, sur les indications de la grande dame), si Ton en croit Tallemant des Réaux, « on ne savait
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que faire une salle à un côté, une chambre à l'autre, et un escalier au milieu ».
Bref, sous Louis XIII, on voit davantage clair dans les pièces, la froideur des dalles a fait son temps, et les grandes cheminées à hotle, montant jusqu'au plafond, caractéristiques au moyen âge, ont été réduites; depuis la Renaissance, du moins, les dimensions de l'âtre sont-elles rétrécies et le manteau de la cheminée a-t-il pris davantage d'élégance.
11 nous faut maintenant, garnir ces différentes pièces avec des meubles à leur convenance. Cette convenance est réduite encore, répétons-le, à la pointe de confort qui perce. Peu à peu les besoins s'imposent et consacrent le mobilier, modelé progres-
Fig. 91. — Buste en bronze, de Louis (Musée du Louvre), par Jean Warin.
sivement sur l'habitude du geste comme sur la forme même de l'individu. Le fauteuil devra s'accommoder au personnage dont il a le dos, les bras et les pieds symboliques. La table arrondira ses angles, l'armoire diminuera sa haute taille inaccessible à la grâce, et ainsi de suite pour tous ces serviteurs de nos aises à travers le progrès ou bien le caprice de nos exigences, à travers la satisfaction de nos manies et les lois de la mode, qui, seules, bouleversent les habitudes sans consulter, le plus souvent, ni l'expérience, ni la raison.
Saluons donc l'avènement de la table ronde (alternant avec la table carrée, très fréquente, plus classique encore), dans la salle à manger; et de même, apprécions à sa valeur le charme inédit des fauteuils, canapés et paravents, garnis de riches étoffes, de dentelles, de broderies et de tapisseries.
La tapisserie débute dans l'ameublement par ces belles verdures flamandes que les tableaux des vieux maîtres nous montrent à l'envi, ces belles verdures qui sont maintenant en concurrence de beauté sur la muraille, avec les ouvrages de cuir doré d'Avignon, de Lyon et de Paris ou bien de Cordoue.
Avant de poursuivre la description du mobilier en détail, nous dirons deux mots de sa physionomie et de son histoire après la Renaissance. Il a conservé l'aspect architectural précédent. En son fronton, en ses cariatides, moulures et ornements (la torsade et les
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godrons sont ses motifs favoris), revit la façade du
Fig.92.— Chapelle de la Sainte-Trinité (Palais de Fontainebleau).
monument réduit. Point de découpures, des grandes masses, des balustres renflés, des colonnes en place de
colonnettes; le meuble est lourd, imposant et sombre, qu'il soit de bois d'ébène si indiqué pour son austérité, ou qu'il mesure étroitement l'agrément des ornements à une somme de beauté rigide et sobre.
L'ébène est réservé aux gros meubles et Ton peint volontiers en noir le bois des sièges à hauts dossiers et les lits.
La ligne générale est carrée ; les reliefs et profils sont très accusés, mais les applications ornementales qui les parent, sont de très mince épaisseur; les formes sont simples comme les silhouettes. L'ensemble de ce mobilier de grand air, né de la dépouille de la Renaissance, altéré dans la discipline, dans la répression de la grâce, se détache avec une mâle grandeur sur les tapisseries et les cuirs qui garnissent les murs.
Le meuble typique, sous Louis XIII, est le cabinet. Son origine est allemande, flamande (de la Flandre espagnole) et hollandaise. Sa lourdeur, effectivement, s'éloigne de notre intelligence nationale, si toutefois elle cadre bien avec le caractère de l'époque. D'ailleurs, et c'est l'instant d'indiquer l'historique du meuble à ce moment — il a fallu, pour sa confection, faire appela l'étranger, puisque notre production est maintenant stérile. Alors, Henri IV, lassé des importations espagnoles où pesait la tradition moresque, lassé des incrustations de mosaïque, de nacre et
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Fig. 93. — Tribune royale et plafond, à caissons, encadrant les peintures de Fréminet, chapelle de la Sainte- Trinité (Palais de Fontainebleau).
d'ivoire, intempestives et souvent de mauvais goût, dues à la décadence italienne, écœuré, d'autre part, par l'invasion des conceptions germaines et néerlandaises, envoya des artistes français étudier, dans ces pays mêmes, les procédés de la sculpture sur ébène.
« Notre grande école de sculpture étant morte épuisée, écrit A. de Champeaux(Ze Meuble), la mode s'adressait à la Flandre et à l'Allemagne pour acquérir les cabinets ornés de peintures et de fines ciselures, que les ouvriers français, habitués aux œuvres plus largement traitées, ne comprenaient pas. Découragée par ce changement de goût, qui succédait à une guerre civile peu favorable aux arts, la production de notre pays s'abaissa promptement, se bornant à répéter les compositions du siècle précédent. »
Mair voici nos ouvriers nationaux de retour de l'étranger et installés par Henri IV au Louvre. C'est là que nous trouvons trace d'un « menuysier et tourneur enesbeyne et autres bois » nommé Pierre Boulle, frère ou ascendant du grand ébéniste de Louis XIV, André-Charles Boulle. L'ébénisterie naît alors, qui « substitue, dans les meubles de prix, la marqueterie sévère de ses bois de rapport aux élégantes saillies, aux gracieux bas- reliefs ingénieusement combinés par l'ornemaniste, et largement rendus par le ciseau du sculpteur ».
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De cette époque donc, date un renouveau dont l'ori-
Fig. 94. — Porte de la tribune du roi, dans la chapelle de la Sainte-Trinité (Palais de Fontainebleau).
ginalité sera plutôt le fait du règne de Louis XIII. Originalité où percent néanmoins les influences que
nous avons dites. En dehors d'un style Louis XIII purement français d'ornementation et de goût, il ne faut pas oublier, en effet, que Ton discerne un Louis XIII flamand, voire espagnol, hollandais ou allemand. L'important pour notre génie était de dominer l'inspiration des autres, et il faut constater que nous y réussîmes au point que c'est l'inspiration étrangère qui, maintenant, à travers les siècles, en réfère à la marque du fils de Henri IV.
Nous aborderons ensuite l'étude du mobilier en ses détails. Revenons à la table. Voyons-la sur un support massif énergiquement sculpté; les tréteaux ont disparu. La table est plus souvent carrée qu'ovale et ronde, mais ces dernières particularités marquent une date dans la variété de son usage et de son façonnage: elle s'oriente vers le pesant guéridon avant d'être la fragile petite table du xvme siècle.
Les quatre colonnettes torses de la table — ou bien les piliers solidement chaussés de bases ou coiffés de robustes chapiteaux — sont réunis par un entre-jambe également en torsade — si un autre pilier ne remplit pas le même but — torsade ou pilier ponctué d'un motif vertical très saillant. La colonne torse, d'ailleurs, est le plus souvent coupée, en son sommet, au milieu et -à la base, par un motif carré qui rompt agréablement la monotonie. Pour les tables comme pour les sièges, si fréquemment bâtis aussi avec des
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colonnes torses, les pieds sont exprimés par der
Fio. 95. — Une des portes latérales de la chapelle de la Sainte- Trinité (Palais de Fontainebleau).
boules ou des cubes massifs. Point de dorures, en gé-
néral, — le bois demeure à sa couleur naturelle. D'amples tapis recouvrent les tables de leurs plis rigides, et nous apercevrons au lit, des courtines majestueusement étoffées. Sous Louis XIII, le costume sera pareillement étoffé ; cetterichesse des tissus aux grands ramages d'une parfaite discrétion, qui parera les sièges (lorsque ceux-ci ne seront pas en bois nu, canné ou tapissé de cuir) répond harmonieusement à la tristesse somptueuse d'alentour. Le velours noir et l'ébène sont à la couleur du temps; leur gravité domine, elle est typique.
Du côté des sièges, voici des escabeaux, des tabourets, remplacés cependant, peu à peu, sous Louis XIII, par des pliants, par des chaises à bras (ou sans) et des fauteuils. Le pliant devient un siège hiérarchique; il est en velours rouge cramoisi, « crépine d'or et d'argent », ou garni de moquette et de petite brocatelle, à moins qu'il ne soit garni d'argent ciselé.
Chaises à vertugadin, fort en vogue, ainsi nommées parce que, dépourvues de bras, elles permettaient aux femmes revêtues des vertugadins qui enflaient leurs jupes, de s'asseoir plus aisément. Chaises à vertugadin « couvertes par le siège et le dossier de cuir orangé, garni de clous argentéz » ou couvertes de tapisserie au gros point. Perroquets, sortes de pliants à dossiers. Dos des fauteuils, droit, bras presque rigides ; d'une manière générale, la carrure si frap-
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pante des fauteuils sous Louis XIV, débuta sous
Fig.96 . — Colonnes engagées et motifs décoratifs séparant les portes latérales de la chapelle de la Sainte-Trinité.
Louis XIII, qui inaugura aussi le moderne fauteuil, spacieux et commode. Chaises trapues aux bâtis
carrés, au dossier à peine infléchi en arrière, bas ou assez haut. Chaises aux moulures fortement godronnées, à bâtis torses, répétons-le, à lourds frontons sculptés, à dossiers en médaillon entouré de sculptures sans légèreté. Fauteuils tout en bois, à dossier plus étroit que le siège évasé sur sa face antérieure, en bois largement tourné et mouluré avec entre-jambe bas et massif.
« Les trois sièges nobles, en usage à cette époque, résume H. Havard, sont : la chaise à bras et à haut dossier, que nous appelons improprement fauteuil Louis XIII, le fauteuil à bras et à bas dossier, et la chaise à vertugadin, à dossier mais sans bras. » A ces sièges, le lecteur ajoutera, vers la fin du règne du fils de Henri IV, la chaise et le fauteuil pourvus d'un haut dossier, qui prendra toute son ampleur sous Louis XIV; au surplus, insistons sur le caractère hiérarchique du pliant.
Et ces sièges, ainsi que nous Pavons dit, sont souvent recouverts de tapisserie et de cuir (lorsqu'ils ne sont pas cannés ou en bois nu) adhérents au bâti à l'aide de gros clous de cuivre. Les gros clousde cuivre, dorés ou argentés, employés dans la décoration du siège tapissé de cuir de Cordoue ou de velours (à larges bandes), bordé de longues franges, sont très caractéristiques.
Les galons métalliques, les broderies et denteiles
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sont aussi, fréquemment employés à la garniture des sièges.
Fio. 97. — Plafond Louis XIII, à caissons (Palais de Fontainebleau).
Nota bene. — On commence à être mieux assis, les sièges reçoivent un peu de capiton, c'est la nais-
sance du confortable qui s'accentuera au fur et à mesure des époques. Quant aux canapés et autres meubles dérivés du siège et de la table, ils sont rares, à vrai dire. Le passé, d'ailleurs, ne nous a guère laissé juger que des plus grosses pièces, les autres s'étant évaporées dans l'usure et la décrépitude des temps. C'est ainsi qu'il serait téméraire déjuger du mobilier d'une époque lointaine sans émettre des restrictions sur tant de témoins disparus, car, plus les styles sont près de nous, plus ils nous livrent de souvenirs. Il n'en demeure pas moins acquis, cependant, que l'abondance des meubles et leur faculté portative ne date que du xvine siècle.
Mais passons à l'examen du cabinet (fig. 98 et 131). Grâce à son importance, le cabinet qui succéda au dressoir dans la chambre a persisté avantageusement dans les collections, jusqu'à nos jours.
Décrivons-en quelques-uns. Voici un cabinet en bois de cèdre, orné, sur sa façade, de huit colonnes du même bois, à bases et chapiteaux d'ordre corinthien, dorés. Sur le milieu, une niche où figure la statue équestre de Henri IV, foulant aux pieds ses ennemis. En voici un autre en bois du Brésil, à compartiments d'ivoire « ayant vingt et un tiroirs enfermés par deux battants, ornés de six pilastres d'ébène cannelés, de trois médaillons à fleurs de lis et des chiffres de Louis XIII portés sur des pieds à quatre colonnes go-
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dronnées » . Citons encore des cabinets en bois d'ébcne avec filets d'étain, ou ornés de moulures à ondes (les
HHB»
Fio. 98. — Cabinet en ébène (Palais de Fontainebleau),
moulures à ondes sont typiques, voir celles de la glace de l'a figure 127), des cabinets en nacre de perle avec des ornements en filigrane d'argent ou des peintures; des cabinets — ceux-ci plus près de
Tépoque de Louis XIV, où ces meubles furent encore en usage — décorés de marqueterie de cuivre et d'étain sur fond d'écaillé \ etc.
Dans notre énumération, forcément restreint., du meuble sous Louis XIII, pour les raisons précédemment données, nous en arrivons à l'armoire.
Sous la Renaissance, l'armoire abdiqua les formes carrées et massives de l'ancien meuble de ce nom, dont l'énorme caisse dressée contre la muraille avec ses vantaux garnis de pentures et autres ferrures rébarbatives, avait des allures de portes de cathédrale. Aussi bien, dans tout lexvie siècle, les formes comme les décors sont d'une grâce et d'une fantaisie raffinées; c'est ainsi que l'armoire Renaissance, à deux corps, « celui d'en bas, large et d'apparence solide; celui d'en haut, plus étroit, élégant et svelte; tous deux avec une certaine apparence d'édicule » peut être rangée parmi les petits meubles. Avec le xvne siècle, l'armoire commence à reprendre ses larges proportions, « elle redevient, dit H. Havard dans son Dictionnaire de V ameublement, un meuble de dimensions considérables, d'un seul corps et, par conséquent, d'une seule venue, que les ébénistes sur-
1. Il est à remarquer, à propos de ce genre de décoration, qu'il était pratiqué avant A. -G. Boulle. Le fameux ébéniste de Louis XIV, devait cependant fixer sa plus grande beauté et consacrer sa caractéristique.
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montent parfois d'un couronnement héroïque, mais qui a perdu la sveltesse et la grâce qu'il avait quelques années plus tôt ». A côté de l'armoire, citons le coffre qui servait d'armoire ou de malle aux seigneurs du
Fio. 99. — Cabinet (le même que le précédent, ouvert).
xvne siècle. On s'asseyait aussi sur ces ceffres qui, lorsqu'ils seront munis de pieds et de tiroirs, deviendront des commodes, ces commodes qui pulluleront au xvme siècle !
De même que les armoires, les coffres sont copieusement sculptés; mais, naturellement, ils perdent dans la force, sous Louis XIII, la grâce de la Renaissance,
ils deviennent aussi moins nombreux. De la famille
des coffres sont les bahuts « ou coffres couverts, ornés de petits clous rangés agréablemenl ». 11 y a des coffres recouverts en cuir, au couvercle arrondi, il en est d'autres plats et simplement en bois. Les bahuts ne disparaîtront guère qu'au xvme siècle.
Passons maintenant au lit. Au xvir siècle, le lit est somptueux , mais il ne sera monumental que sous Louis XIV.
Le lit Louis XIII conserve son caractère sévère ; il est tantôt à colonnes moulurées ou torses, tantôt encadré de cariatides qui,
Fig. 100. — Armoire à deux corps.
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placées tout comme les colonnes, aux quatre coins du
Fio. 101. — Armoire à deux corps (Palais de Fontainebleau;. rectangle formé par le châlit, soutiennent un dais car-
ré, au large bandeau rigide, surmonté de panaches. Des rideaux ou courtines ferment complètement ce
lit carré, ignorant encore du moelleux si cher aux époques suivantes. En revanche, son luxe, pour être discret, n'en est pas moins grand. Il y a des li ts d e velours noir brodé de perles dont les colonnes de jais ou d'ébène sont garnies d'argent.
On nous apprend , d autre part, que Louis XIII coucha alternativement dans un lit de damas violet foncé, orné de larges broderies d'or et dans un lit de velours noir rehaussé de galons d'argent. Quant à Richelieu, on nous le montre couché moins sévèrement que son maître, dans un lit de satin blanc, cou-
Fig. 102. — Détail d'un panneau latéral du meuble précédent.
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Fie. 103. — Bureau du maréchal de Créqui (Musée de Gluny).
vert de broderie d'or ou bien tout tendu de velours rouge soutaché de crépines et passements d'or fin...
Ce luxe du cardinal est singulier à côté de la modeste chambre grise de la reine Anne d'Autriche ! Et Ton est tenté de rapprocher des tons d'âme de ces personnages, les nuances de décor choisies pour leurs rêves. A Louis XIII le noir qui personnifie si bien sa pensée triste; à Richelieu le rouge de sa volonté ardente, de sa rigueur impitoyable ; à Anne d'Autriche le gris de sa passivité humiliée. Il est vrai que la reine ne voua à la couleur grise que son veuvage. En même temps que se lève l'aube de l'ébénisterie, notons l'avènement de Fart du tapissier; le bois du meuble, dès lors, va sourire avantageusement et originalement sur la beauté des tentures aux plis comme aux tissus variés.
Fio. 105. — Coffret en or ciselé d'Anne d'Autriche (Musée du Louvre).