CHAPITRE V
La Décoration. La Sculpture : Biard, Prieur, Pierre Sarrazin, Simon Guillain, les Anguier, etc., et les graveurs en médailles : Dupré et Warin.
Nous avons précédemment constaté l'infériorité de la sculpture vis-à-vis de la peinture, à l'époque qui nous occupe. Or, du même coup, nous soulignâmes sinon la décadence de l'architecture, du moins son indécision, la timidité de son élan, timidité dont nous trouverons l'écho dans la gaucherie du meuble, soli-
daire de l'architecture avant la poussée majestueuse du règne de Louis XIV. Nous savons, toutefois, que cette indécision, que cette timidité engendrées par l'esprit inquiet et triste de cette époque autant que par l'épuisement momentané de notre génÂe, après les
Fig. 71. — Dessin à la sépia{Musée du Louvre), par Claude Gelée.
brillants efforts précédents, nous valurent un art monumental des plus intéressants, tout un style comme écrasé, certes, par son lourd héritage esthétique et sous le poids des soucis politiques, mais un style trapu de cette force emmagasinée, qui se recueille pour prendre d'autant mieux son élan.
Examinons donc l'esprit de la sculpture décorative
sous Louis XIII, avant d'aborder la statuaire. Tout d'abord, la stylisation cède plutôt le pas à la copie naturelle. Les guirlandes de fruits et de fleurs s'empâtent, elles pèsent lourdement au long des entablements et des plates-bandes. La flore et la faune fraternisent dans des arrangements touffus. Les cartouches triomphent pesamment ; leurs bords s'enroulent en bourrelets, tandis que d'autres rotondités sourient à cet enthousiasme général pour les masses accusées et sans air; lourds piliers, balustres, bases et pieds de meubles épais. Des faunes, des mascarons et des grotesques hantent à plaisir des entrelacs faits de banderoles découpées. Les rinceaux se raidissent, et la distinction, enfin, le goût nerveux, la fantaisie même de la Renaissance, s'altèrent dans la complication.
« A la grâce claire, aux types élancés de la Renaissance, écrit Lechevallier-Chevignard {Les Styles français) succèdent des formes plus puissantes, une ordonnance plus opaque; les cartouches sont lourds et réduits parfois à de simples surfaces géométriques; mais, ce qui différencie principalement les deux styles, c'est l'apparition d'un élément nouveau, la fleur naturelle prodiguée en guirlandes et en gerbes ou massée par bouquets tombants. Jamais peut-être, le goût de la peinture décorative ne fut plus répandu chez les particuliers que sous le règne de LouisXIII et durant la jeunesse de Louis XIV. » Cette dernière observa-
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tion est à rapprocher de l'affranchissement démocratique de l'architecture.
Récapitulation et autres caractères distirxtifs: la feuille d'acanthe, pierre de touche des styles, s'atrophie, elle est courte et massive ; la palme est détournée de son sens naturel dans l'enroulement successif des motifs répétés ; la frise se dégage de l'esprit de la nature : le chapiteau est plus spécialement corinthien; les trophées, plus importants que sous la Renaissance, deviennent fréquemment le motif central et dominant d'un ensemble décoratif ; l'ornementation de ses panneaux, souvent de forme octogonale, représente des grotesques, des culots, des palmes, des fruits, des fleurs naturelles en guirlandes, en bouquets, en gerbes, des rinceaux à enroulement confus, des draperies, dont la lourdeur plus saisissante dans la sculpture que dans la peinture, est toujours accusée par l'inégalité des saillies et des volumes.
On voit aussi des bucrânes, mais ces ornements, renouvelés de l'antique, domineront surtout sous Louis XVI et au premier Empire, époques où l'imitation de l'antique fut la plus servile.
Quant au cartouche, son centre est occupé par un œuf bombé, accompagné de gros enroulements, de volutes au profil arrondi qui donnent assez bien l'illusion oTu cuir, et les masques de cette époque affectionnent la représentation d'une têle de chérubin
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ailé enguirlandé de roses. Plus de légères banderoles autour des colonnes annelées, et les lignes horizontales sont coupées et morcelées (bossages) comme dominées par la ligne verticale, volontaire et implacable. La console Louis XIII est réduite à la sévérité de la palme dont nous avons dit la contrainte mais, souvent aussi, les feuillages de cette console sont troués en manière de masque humain; le balustre encore, est sans charme ornemental. Il nous faut insister, enfin, sur le masque de l'époque, sur ce chérubin, sur cette tête d'Amour si typique dans la décoration qui nous occupe, cette tête d'Amour aux ailes courtes, qu'une perle allongée orne souvent au milieu du front.
Toutes ces caractéristiques sont à retenir dans la sculpture en général, qu'elle concerne la pierre ou le bois, qu'elle avantage soit l'édifice, soit le meuble. On ajoutera ces détails à ceux que nous donnâmes au chapitre de l'architecture; ainsi se corroborera l'ensemble de beauté que nous cherchons à définir en ses nuances de manifestations les plus diverses.
Parlons maintenant de la statuaire, qui nous donne les noms de Biard, de Barthélémy Prieur, des frères Lheureux, de Jacquet, de Pierre de Francheville, etc.
Pierre Biard le Père, né à Paris en 1559, mort en 1609, travailla dans la manière de Michel-Ange qu'il avait étudié à Rome et, sans parler de quelques figures dues à son ciseau et aujourd'hui disparues,
nous citerons son chef-d'œuvre: les sculptures du
Kig 75. — Portrait au crayon (Musée du Louvre), attribué à Daniel Dumonstier.
jubé de V église Saint- Êtienne-du-M ont, k Paris {fig. 70),
sculptures d'une ornementation typique sur laquelle le lecleur méditera. Barthélémy Prieur, mort à Paris en 1611, lui, ne se rappelle guère à notre souvenir que par des figures : une statue agenouillée de Marie de Barbançon-Cany {fig. 77), première femme de J. Auguste de Thou, provenant de l'église de Saint- André-des-Arcs (musée du Louvre); une autre de Claude- Catherine de Clermont (au musée de Versailles où Ton voit aussi de l'artiste un buste de Gondi) ; les statues couchées du connétable Anne de Montmorency et de sa femme Madeleine de Savoie (au Louvre), etc. Passons ensuite sur les frères Pierre et François Lheureux dont l'œuvre semble avoir été anonymement sacrifié à la décoration architecturale ainsi que celui de Jacquet dit « de Grenoble », le plus célèbre, paraît-il, des sculpteurs du temps et dont on voit cependant, au palais de Fontainebleau, un beau bas- relief en marbre représentant Henri IV à cheval (fig. 78), et un Génie portant les armes de Navarre, dans la grande galerie du Louvre, sur la frise du rez-de-chaussée de laquelle on remarque, d'autre part, la collaboration des frères Lheureux. Quant à Pierre de Francheville, qui fut aussi peintre et architecte, il naquit à Cambrai en 1548 et mourut à Paris vers 1618.
Parmi les œuvres capitales de de Francheville, parmi celles, du moins, qui émergent à travers les années, on cite les quatre beaux bas-reliefs et les quatre
ligures, commandés par Louis XIII pour le piédeslaJ
Fig 76. — Portrait au crayon (Musée du Louvre), attribué à Pierre Dumonstier.
de la slatue de Henri IV sur le Pont-Neuf (1614). L'artiste qui travailla beaucoup en Italie, et dont on
voit au Louvre les parties décoratives subsistantes du piédestal de la statue de Henri IV susnommée, détruite en 1792, aurait vivement contribué à la diffusion de l'italianisme en France, au début du xvne siècle.
A noter encore, de de Francheville, une autre statue de Henri IV, au château de Pau.
Citons ensuite, les noms de Guillaume Berthelot (mort en 1648) qui donna indépendamment des statues du portail et des frises de la Sorbonne, des figures d'apôtres et d'évangélistes (même monument); Michel Bourdin (né vers 1579, mort en 1640), auteur du tombeau de Louis XI qui se trouve dans l'église de Cléry, ainsi que du monument funéraire de Henri IV; le Flamand Gérard van Opstal (né vers 1597, mort en 1668) qui décora les hôtels Carnavalet et Lambert, etc.
Mais nous allons parler particulièrement de Jacques Sarrazin, de Simon Guillain, de Michel et de François Anguier, artistes qui semblent avoir marqué davantage leur époque et dont les œuvres aussi nous sont plus connues.
Au surplus, dit judicieusement M. Louis Viardot (les Merveilles de la sculpture), «compagnon de Simon Vouet en Italie, son ami et son gendre en France, Jacques Sarrazin avait eu précisément, dans la statuaire, le même rôle que Vouet dans la peinture, celui de rénovateur d'un art en décadence précoce, et de précurseur d'artistes plus grands que lui ». C'est
donc à Jacques Sarrazin que revient l'honneur de
Fig. T7. — Monument funéraire de Marie de Barbançon-Cany (Musée du Louvre;, attribué à Barthélémy Prieur.
compter parmi les premières célébrités de la sculpture, et de môme pour Simon Guillain qui fut son maître
et celui des deux frères Anguier. Jacques Sarrazin, dont l'art « sert de liaison, de transition entre Jean Goujon et Pierre Puget, entre François Ier et Louis XIV », né à Noyon en 1592, mort à Paris en 1660, se forma surtout en Italie à l'étude de Michel- Ange. L'auteur du Moïse semble d'ailleurs avoir singulièrement inspiré les artistes peintres et sculpteurs du xvne siècle. La forme somptueuse et emphatique du grand maître de la Renaissance répondait si harmonieusement à l'esprit qui triomphera surtout sous Louis XIV, Le Brun en tête !
Bref, Sarrazin de retour en France vers 1625, se fit remarquer tout d'abord par des sculptures en pierre pour Notre-Dame de Paris et pour Saint-Nicolas-des- Champs, même ville, où il exécuta quatre anges en stuc. Mais, c'est au pavillon de l'Horloge, au Louvre, que l'artiste devait donner son chef-d'œuvre : les célèbres cariatides qui ornent ce monument. Autres belles productions de Sarrazin : le Tombeau du cardinal de Bérulle [fig. 79) autrefois dans l'église des Carmélites de la rue Saint-Jacques : Deux anges portant au ciel le cœur de Louis XIII ; le Mausolée de Henri de Bourbon, dans l'église Saint-Paul; V Enfant d'or, voué à Notre-Dame-de-Lorette, par Anne d'Autriche; sans oublier, au Louvre, une figure allégorique, la Douleur, qui ornait autrefois le tombeau de l'abbé de Bernay, et deux statuettes en marbre, Saint
Fig. 78. — Statue équestre (bas-relief) de Henri IV (Palais de Fontainebleau), par Jacquet, dit « de Grenoble ».
Pierre et Sainte Marie- Madeleine [fig. 80), provenant delà chapelle du chancelier Séguier. Jacques Sarrazin, dont le style est ample et puissant, avait épousé la nièce de Simon Vouet et, l'un des fondateurs, avec Le Brun, de l'Académie de peinture et de sculpture, il y professa et en fut recteur. Son frère Pierre (1601- 1679) s'est également fait remarquer comme sculpteur. Deux mots, ensuite, de Simon Guillain. Simon Guillain, qui, sans doute, fut pensionné du roi et logé au Louvre, comme Sarrazin, son élève, naquit et mourut à Paris (1581-1658). Son chef-d'œuvre serait le monument élevé à Paris (et achevé en 1647) à la gloire de Louis XIII et de Louis XIV dont il reste, au Louvre, les deux belles statues en bronze, du roi [fig. 81) et d'Anne d'Autriche [fig. 82). On voit aussi, de cet artiste distingué, de bonnes figures décoratives à Saint- Gervais : Saint Gervais et Saint Protais; d'autre part, le Louvre conserve de lui : le Mausolée de Charlotte- Catherine de La Trémoille [fig. 83), autrefois au couvent des filles de l'Ave-Maria, page de grande allure.
Simon Guillain s'est employé, enfin, à divers travaux d'ornementation, notamment à laSorbonneet à Saint- Gervais (les Evangélistes au fronton et aux angles du portail).
Le nom des sculpteurs Anguier brille davantage que celui de leur maître. Il y eut trois frères Anguier:
François et Michel excellèrent dans la sculpture et
Fig. 79. — Monument funéraire du cardinal de Bérulle (Musée du Louvre), marbre, par Jacques Sarrazin.
Guillaume fut un peintre en quelque sorte écrasé par la renommée de ses aînés.
François Anguier, né à Eu en 1604, mourut à Paris en 1669. Nous le voyons d'abord chez Guillain, puis,
pour satisfaire à la loi commune, le jeune artiste gagne ntalie, d'où, bientôt revenu, il logea au Louvre
avec le titre de garde du cabinet du roi. Parmi les nombreuses œuvres de ce maître, il faut citer les Monuments funéraires de Jacques- Auguste de Thou {fîg. 84) de Jacques de Souvré (fig. 85) et des ducs de Lnngueville {fig.
89) (aujourd'hui au Louvre) qui témoignent d'une science et d'un style remarquables.
Michel Anguier né à Eu en 1614, mort à Paris en 1686, également élève de Guillain, mais davantage des artistes italiens qu'il était allé étudier à Rome, débuta, à Paris, comme collaborateur de son frèrft dont il
Fig. 80. — Sainte Marie-Madeleine (Musée du Louvre), par Jacques Sarrazin.
égala le talent, au Monument des Montmorency, à Moulins; puis il travailla au Louvre, au Val-de-Grâce et à la Porte Saint- Denis où il sculpta, d'après les dessins de Le Brun, les ornements de cet arc de triomphe. Le chefd'œuvredeMichel est son Christ en croix, dit Calvaire, de l'église Saint-Roch, à Paris, et il faut citer enfin, parmi ses meilleures pages, souvent déparées par un soupçon de lourdeur, une A mphitrite ( fi g .
86) (au Louvre), d'une belle tenue décorative.
Quanta Guillaume Anguier, né à Eu en 1628, mort à Paris en 1708, il fut peintre, répétons-le, et il se spécialisa dans l'architecture et l'ornement. Malheu-
Fig. 81. — Louis XÏII (Musée du Louvre), par S. Guillain.
reusement, ses œuvres exécutées à la manufacture des
Gobelins, sous la direction de Le Brun et pour des résidences princières, sont pour ainsi dire inconnues.
Avant d'examiner la gravure en médailles, si remarquable à l'époque , avec Dupré et Warin, nous remarquerons la gravité de la statuaire, au point de vue de la forme et du Style. Sa pesanteur aussi, son ampleur, sont davantage tangibles qu'en peinture, malgré la môme source italienne. 11 est vrai que, maintenant, la statuaire semble se réclamer de Michel-Ange, qui
Fio. 82. — Anne d'Autriche (Musée du Louvre), par S. Guilluin.
ignora la grâce et personnifia plutôt la force. Aussi bien, Rubens et l'auteur du Moïse, ne l'oublions pas, ont vivement impressionné l'expression décorative qui triomphera surtout sous Louis XIV. Mais toutefois
fiG. 83. — Charlotte-Catherine de la Trémoille, princesse de Conde (Musée du Louvre), par S. Guillain.
il faut reconnaître que si Nicolas Poussin orienta, par l'exemple, l'école de la peinture française, la sculpture, à tous les temps d'ailleurs, demeure beaucoup plus indépendante et peut-être plus originale. Il est vrai qu'elle est beaucoup moins brillante en ce moment, sous Louis XIII et que le moule classique,
si commode à la banalité, n'a point encore été coulé pour elle.
Pas davantage que Michel-Ange, Puget ne devait faire école, par la suite, et Puget est, en réalité, le sculpteur le plus original et le plus admirable du xvne siècle. Entre Pierre Puget et Nicolas Poussin, il y a toute la différence d'un chef de file et d'un chef d'école.
Mais arrivons au nom de Guillaume Dupré qui eut, le premier, l'idée d'appliquer l'art delà sculpture à la gravure en médailles. Dupré, né à Sissonne (Aisne) vers 1574, mourut en 1647. Il produisit brillamment sous Henri IV et sous Louis JCIII. Comparé à Pisanello, le grand artiste qui fit aussi œuvre de sculpteur (il exécuta la statue de Henri IV élevée après la mort de ce prince, du moins le cavalier seul, carie cheval du fameux monument érigé sur le Pont-Neuf et détruit en 1792, était l'œuvre de Jean de Bologne^) estsurtout connu par ses médailles, médaillons et monnaies, d'une technique comme d'une pensée admirables. Citons, dans ce genre, la médaille qui fut frappée en 1603, à l'occasion du mariage de Henri IV avec
1. Le cheval de bronze modelé par Jean de Bologne avait été envoyé à la reine Marie de Médicis par Corne de Médicis, et nous avons dit que les parties décoratives du piédestal de cette statue étaient dues à Pierre de Franche ville, élève de Jean de Bologne.
Marie de Médicis; les portraits de ces derniers, de
Fig. 84. — Tombeau de Jacques-Auguste de Thou (Musée du Louvre), par François Anguier.
Louis XIII enfant, de Richelieu, du prince de Condé, de JS/icolas Brulart de Sillery {fig. 90), du maréchal
de Toyras ; les coins de monnaies du règne de Henri IV et ceux de la minorité de Louis XIII, etc. G. Dupré, qui signa aussi Guil. Dupré, fut nommé par Henri IV « conducteur et contrôleur général en l'art de sculpteur sur le faict des monnaies et revers d'icelles », fonctions qu'il exerça d'abord en compagnie de Jean Pilon, et seul ensuite.
Avec Jean Warin, autre graveur en médailles, se continue la beauté de cet art. Jean Warin, né à Liège en 1604, mourut à Paris en 1672. Il vint s'établir à Paris, dès sa vingt-quatrième année et, désormais, il ne quitta plus cette ville où, le succès obtenu par une médaille de Louis XIII et par une autre de lui-même, lui valut d'être nommé garde et conducteur de la Monnaie royale. La réputation de l'artiste se poursuivit avec une série de commandes faites par Richelieu et parmi lesquelles se détache la célèbre médaille d'Anne d'Autriche tenant dans ses bras Louis XIV enfant.
Jean Warin, à qui l'on doit aussi le premier sceau de l'Académie française et un beau buste de Louis XIII (fîg. 91), appartint à l'Académie royale de peinture et de sculpture dès sa fondation, et son fils, François, lui succéda comme tailleur général des monnaies de France.
Dupré et Warin ont glorieusement illustré l'art de la médaille à l'origine. Leurs chefs-d'œuvre sont
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de précieux témoins du temps qui nous occupe ; ils intéressent à la fois l'histoire et l'esthétique. Leur nom clôt brillamment ce chapitre plutôt aride de la sculpture, aune époque de transition. Plus les siècles reculent, plus ils semblent emporter, dans la marée descendante des souvenirs, le plus grand nombre des artistes, et nous devons nous contenter d'énumérer ceux dont les œuvres ont résisté à l'oubli.
Cependant, à cette heure stagnante ou, mieux, recueillie, le déchetest relatif; nous ne sommes plus aux beaux temps de la Renaissance où les artistes étaient innombrables, tellement innombrables, même, que, malgré leur énumération très incomplote, nous n'avons que l'embarras du choix. Il est vrai que le siècle d'apothéose de Louis XIV nous dédommagera de la présente pénurie, mais aussi, à ce moment-là, la sculpture marchera de pair avec l'architecture, et, l'architecture monumentale, celle qui favorise le plus l'essor de la décoration sculpturale, sera singulièrement remise en faveur I
Dès le chapitre suivant, nous parlerons du meuble, solidaire, également, de l'architecture, et nous verrons les caprices de cette solidarité, sa communion étroite aussi, car chaque style crée son atmosphère où les personnages se meuvent, inséparables du décor, de leur décor. L'unité des styles se fond avec l'harmonie du ciel et des mœurs dont ces mobiliers, œuvreà
b'iG. 86. — Amphitrite (Musée du Louvre), par Michel Anguier.
d'art, costumes, gardent le reflet, symbolisent l'empreinte, fixent le type, même physique, si tant est que le corps réfléchit l'âme. Et nous allons voirie meuble, austère dans son ambiance d'austérité, parfaitement à sa place, aussi beau que la gravité d'un beau front soucieux
Fia. 88. — Gravure originale d'Abraham Bosse.