‹ L'art de reconnaître les styles (volume 2)Chapitre 8 sur 11 · Voir le Style Louis XIV \ du même auteur · texte numérisé non relu

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n'a pas laissé de traces rigoureusement personnelles dans l'expression décorative de son temps et, tandis que le roi de France dresse des faucons pour la chasse, le cardinal Richelieu bataille. C'est ainsi que notre art national vit d'emprunts, qu'il francise seulement, en attendant des temps plus favorables à l'établissement de sa personnalité.

A la mort de Henri IV, la fabrication de soierie lyonnaise périclite; mais enrevanche,lescuirs gaufrés, dorés, voire « écorchés », c'est-à-dire gravés, marquetés, damasquinés, martelés, nous viennent d'Espagne et de Flandre, pour tapisser les murailles et les meubles. Il est vrai que bientôt, des fabriques françaises, à Lyon même, à Paris et à Avignon, rivalisent brillamment avec les produits du dehors. Nous avons signalé d'ailleurs, au précédent chapitre, la faveur avec laquelle la tenture de cuir était accueillie concurremment avec les tapisseries célèbres de la Flandre, qui ne devaient pas tarder non plus à être égalées en France.

Du côté des velours, satins, taffetas, si Ton continue encore à faire appel aux manufactures italiennes, de Gênes et de Venise, Paris, Tours, Lyon, Montpellier, entre autres villes, progressent rapidement dans l'expression de ces tissus, dont cependant Louis XIV devait le premier interdire définitivement l'importation. Quant aux dentelles, si estimées à l'époque

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Fig. 106. Bas d'armoire en ébène (Musée de Clunj^

qui nous occupe, nous voyons leur importation triompher, malgré qu'à côté des points espagnols, italiens el de Flandre le point de France fosseencore bonne figure. Sous Louis XIII, nous assistons à une débauche de la dentelle, singulière dans des temps aussi moroses, et il faut avouer que cette fraîcheur légère dans le décor, semble une contradiction. Souveraine dans l'ameublement, meubles, rideaux, tapis de table, la dentelle ne domine pas moins dans la lingerie et le costume, où nous la verrons garnir même le revers des bottes !

Mais nous reparlerons des tissus et de la dentelle avec le costume et, pour terminer en deux mots notre aperçu de cette partie de Fart décoratif, nous dirons que Fart décoratif tout entier, même à l'époque en question, est surtout écrasé entre le triomphe de la Renaissance et celui du siècle de Louis XIV. Nous avons déjà constaté dansFarchilecture, cette situation difficile et redoutable qui devait s'accuser encore dans le luxe et la frivolité. Ne verrons-nous pas, d'ailleurs, sous Louis X11I et sour> la régence d'Anne d'Autriche, plusieurs édits somptuaires proscrire la dentelle ?

Glissons ensuite sur la céramique. Car, si les mémoires nous montrent le Dauphin (plus tardLouisXIH) allant chercher avec son frère des « petits marmouzets » en terre vernissée, à la fabrique d'Avon, près de Fontainebleau, où se continuait la tradition des

fameuses créations de Bernard Palissy, les trois principaux centres de fabrication de faïences d'art : Àouen, Nevers et Moustiers, ne brilleront qu'à la fin du xvne siècle. Nous voici à l'orfèvrerie.

Nous avons noté l'influence espagnole implantée à

Fig. 107. — Commode.

la cour de France par la fille de Philippe III, Anne d'Autriche, en dépit de la haine de la domination espagnole professée par Richelieu. Cette influence s'exerça davantage dans l'orfèvrerie. Ainsi la belle Anne d'Autriche prenait-elle occultement sa revanche du farouche cardinal, son adversaire. Il est vrai qu'en l'occurrence, le luxe inédit que nous allons dire,

n'était point d'une grande délicatesse. C'est dans l'ameublement de cette reine qu'apparurent pour la première fois, en France, les meubles et les balustres d'orfèvrerie depuis si longtemps en usage en Espagne, devenue depuis un siècle « le grand dépôt des méiaux

Fig. 108. — Table à neuf pieds (Musée de Cluny).

précieux ». Mais passons sur cette coûteuse fantaisie que Mazarin, dont le goût pourl'argenterie était aussi réputé, devait pousser à l'extrême, et qui s'altéra dans son enflure et sa redondance natales.

Si, tout comme son père, Louis XIII enfant joua avec de véritables joyaux d'orfèvrerie, l'histoire nous montre le fils de Henri IV, contrairement au roi Soleil, surtout intéressé par le prix de la riche ma-

tière. De telle sorte que Ton peut conclure à la prospérité de l'art en question, plutôt dans la période de la régence d'Anne d'Autriche et après elle, que du temps même de Louis XIII.

Aussi bien, tout se tient, et nous ne répéterons

Fig. 109. — Table (Musée de Gluny).

plus que l'heure de la somptuosité n'a point encore sonné, malgré l'excentricité coûteuse des meubles, tout en argent, des tables de préférence, dont nous n'avons plus, au reste, aucun témoignage palpable. Cependant il importe d'inscrire ici la magnificence du coffret d'Anne d'Autriche (fig. 105), où apparaissent nettement, entre parenthèses, les tendances

nouvelles de la décoration « vers une stylisation un peu froide et sèche des éléments naturels ». Gardons donc en mémoire ce noble modèle du travail des orfèvres d'alors ; il est d'une beauté caractéristique qui nous permettra de rêver sur de plus nombreux

Fig. 110. — Table (Palais de Fontainebleau).

exemples défaillants. Car, en telle matière rare, il ne nous demeure guère que des exceptions arrachées au creuset qui guette fatalement les régimes au moment des échéances difficiles; et puis il y eut le vandalisme de la Révolution.

Dès le xvue siècle, la vaisselle d'étain ainsi que les bibelots et objets dus à ce métal, a fait place aux argenteries précieuses, et la beauté n'a pu résister à

la cupidité de la fonte, au monnayage ignoré autrefois, fatalement, par la matière vulgaire. A l'époque, rétain ne sera plus guère employé qu'à l'état d'incrustation ; le fameux ébéniste de Louis XIV, A. Boulle, l'utilisera dans la suite, d'une manière particulière-

Fto. !ii. — Table en marqueterie.

ment brillante, associé au cuivre et à l'écaillé, dans ses chefs-d'œuvre. Il est vrai que si l'argenterie des époques lointaines est presque introuvable aujourd'hui, les modestes ciselures de cuivre ne le sont pas moins. Mais, avant de parler de ces dernières, nous rattacherons h l'orfèvrerie la richesse du miroir Voici la description de celui d'Anne d'Autriche : « Un miroir de toilette, avec son appuy derrière, le tout

d'or ciselé d'entrelas et compartimens et émaillé dos armes et des deux chiffres de la reyne. » Les miroirs de l'époque sont petits, étant donné que les glaces ne sont encore que soufflées au lieu d'être coulées comme elles le seront vers 1670. On les fabrique à Venise, et leurdimension réduite, déjà coûteuse, s'avantage de cadres non seulement riches, mais encore d'une ampleur qui les écrase. Cadres en bois doré ou en ébène sculpté, fortement moulurés, flanqués de lourdes cariatides avec des mascarons, des têtes d'ange ailé au fronton et à la base. Lesquels agréments décoratifs se détachent sur des entrelacs capricieux, des chutes de fruits.

Après avoir rapproché des difficultés de fabrication du miroir celles de la vitre dépendant de la même opération préliminaire et, après avoir, pour cette raison, constaté que les fenêtres sont, alors, garnies de verres montés sur plomb (les petits carreaux encadrés de bois viendront sous Louis XIV), nous aborderons la description des cuivres ciselés, chandeliers, chenets, lustres, etc.

Pour tous ces ustensiles, même observation que pour le meuble : l'inspiration de la forme et du décor ne diffère pas de celle de l'architecture. Nous renverrons donc initialement le'lecteur aussi bien à l'article du meuble qu'aux signes distinctifs généraux de l'ornementation du style qui nous occupe. Pareil

aspect de construction, égale lourdeur, sobriété et grand air analogues.

Fig. 112. — Fauteuil en cuir de Cordoue (Musée de Cluny).

Cependant, en matière de chandelier, la forme pour ainsi dire classique, que nos jours ont conservée, ne date guère que de la seconde moitié du xvne siècle.

Les chandeliers, sous Louis XIII, sont courtset trapus, leur base est pesante. Les chenets, eux, affectionnent les lourdes pommes de cuivre. Ils ne sont plus en fer, depuis le début du xvie siècle où le bronze fut en faveur, et la mode des chenets en cuivre sur la partie antérieure, s'affirme au xvne siècle. Chenets àgodrons, d'une taille moins considérable que ceux delà Renaissance, mais encore assez volumineux. Quant aux lustres, ils sont en bois doré, en fer forgé, en cuivre, mais ils ne connaîtront le luxe du cristal que vers le règne de Louis XIV et surtout, au xvin9 siècle.

Les lustres en cuivre {fig. 128 et 135), sous Louis XIII, ont la pesanteur uniforme que nous savons; beaucoup d'entre eux se ressentent de l'inspiration flamande et espagnole.

Les industries d'art, les merveilleuses ciselures, ne seront avantageusement traitées, au xvne siècle, que dès Louis XIV et, fatalement, le nombre et la qualité, autant que l'essence purement française des créations de ce genre, ne peuvent être que relatifs. Le grand luxe, d'autre part, le désir de magnificence ne relève que de l'orgueil, à défaut du goût artistique des gouvernants et, pour l'instant, nous sommes dans une ère d'expectative et non d'initiative.

La coquetterie des femmes, leur nonchalance et leur oisiveté qui mènent le mouvement impérieux de

la beauté, ignorent encore la fertilité délicieuse du bibelot, du petit meuble fragile et inutile. Malgré l'atmosphère intellectuelle créée par la marquise de Rambouillet, il flotte comme un soupçon de nonsensibilité, de délicatesse mesurée, dans cette époque où la femme, comparée à celle du délicieux xvine siècle, n'est point encore la femme faible et charmante que nous aimons symboliquement à opposerausexefort.

A meubles réduits, gestes réduits. Les alanguissements de la grâce sont provo qués par la douceur des capitons, et ce n'est que dans la galanterie qui fleurit les mots, que le luxe du mobilier moelleux s'est répandu, varié et multiplié.

Fig. 113. — Fauteuil canné (Palais de Fontainebleau).

Laissons donc les chats de Richelieu jouer avec r éventail que la reine de France, Anne d'Autriche, ainsi qu'on Fa dit, oublie de manier de ses belles mains, tant la politique absorbe ses pensées, et touchons deux mots du bijou.

Le bijou sous Louis XIII, brille en réalité, plutôt lourdement, timidement et sans grande délicatesse, à côté du siècle du grand Roi où nous le verrons resplendir en toute liberté. Malgré le désir d'harmonie qui assigne plutôt à Pépoque en question, les larmes du jais que les perles du sourire, nous constaterons avec un chroniqueur du temps, qu'il faut à la femme, sous Louis XIII « des carcans, chaînes et bracelets, diamants, affiquets et montants de collets, pour charger un mulet, et voire davantage... » L'Histoire nous montre Sully paradant avec des chaînes et des bracelets de diamant délaissés depuis plus de vingt-cinq ans et, plusieurs seigneurs de la cour du fils de Henri IV, affectionnèrent, dit-on, la mode de la cadenette — ou longue mèche de cheveux pendant sur un des côtés de la face — parce que cette cadenette dégageant l'oreille, permettait d'y admirer une boucle d'oreille.

Mais, c'est là un effet de l'éternelle coquetterie qui ne cessera que lorsque les femmes cesseront d'être belles et, tant que durera la chevelure, on apercevra dans les chignons, des nœuds de rubans et

Fig. 114. — Fauteuil (Musée de Cluny).

des bouquets de pierreries. Quant à la boucle d'oreille masculine, elle n'est qu'un souvenir des « mignons » de la cour d'Henri III.

Les édits répressifs dressés contre la parure excessive, tempèrent particulièrement à l'époque, tous les luxes, et les bijoux en tête. C'est, au résumé, la caractéristique du temps et, nous ne voulons voir, dans ces joyaux et ornements fastueux, qu'une infraction à l'idée de sobriété générale. D'ailleurs, si Marie de Médicis met les perles en vogue, c'est pour orner sa coiffe de veuve, el Henri IV, tandis que son ministre étale à plaisir, gaminement,. ses riches pendeloques, voit d'un œil paternel les bagues et les bracelets portés par les gens du peuple.

Sous Louis XIII, donc, le bijou écrase et ne scintille guère, malgré qu'au xvnL siècle, les rapports avec l'Orient étant plus suivis que précédemment, les gemmes fussent moins rares. Toutefois, n'oublions pas que c'est à ce moment du siècle que le clinquant est vertement prohibé. Après avoir signalé au bas de la jupe en dentelle de Venise de la reine Anne d'Autriche, une bordure de pierres précieuses, pour le plaisir sans doute de narguer Richelieu, nous parlerons des dentelles, inséparables, en revanche, du temps qui nous occupe. Mais, comme toujours se poursuit la communion du décor, du luxe, des atours avec les mœurs, Louis XIII et la rein©

Fio. 115. — Fauteuil,

régente ne manqueront pas de refréner l'engouement inouï des points de Flandre et de Venise ; d'Auvergne, d'Argentan et d'Alençon, ainsi que les galons, cannetilles, pourfilures, franges, etc., que, de par un édit de 1634, on était tenu de faire découdre au plus vite et d'envoyer au creuset des orfèvres. En attendant que nous parlions des dentelles dans le costume qu'elles enrichissent, signalons-les à l'intérieur des carrosses, très nombreux et très luxueux alors, et dans l'ameublement. «Si les grands vendent leurs terres pour porter dentelles, les femmes en perdent l'esprit. » Nous terminerons ce chapitre sur cette marque de frivolité à vrai dire imprévue.

Fig. 117. — Gravure originale d'Abraham bosse.

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