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CHAPITRE X Conclusion

« Tant de choses sont changées par les guerres, qu'il n'est rien que l'esprit et l'invention des Français ne puisse espérer et attendre. Mais il ne convient pas de tout demander au voisin. 11 faut s'aider et se montrer. La puissance marchande de nos ennemis tombe en pièces, par le feu des alliances. Il ne faut pas laisser aux ennemis le temps de ramasser les morceaux. Il faut faire du neuf. Mais qui fera ce neuf? »

« A la grammaire près, qui a la beauté ferme d'un autre temps, ajoute à sa citation M. Jean de Bonnefon, cette lettre pourrait être signée par le ministre

350 LE STYI H MODEKNE

aeluel «lu ( '.ommcri'iv ËHé es! lout simplement de Coïbert. Les français d'éujûùftThui «lomml aussi fatire àtn ftéuf. Ils demandent aussi quels >er«>nl les artisans dé efc neuf, quels >er.mi lès sonneurs du réveil pour le goûï français... »

M. .1. dr Bouuefon s'inscrit donc au nombre de ceux «jiii eonles|<»nt à Tari français moderne son

plein essor actuel. Il tte - «m tache point , «railleurs, puisqu'il n'a point craint d'écrire : — « La guerre (de 1914 a sauvé Paris «le celle germanisation » — « de ce -oiii allemand qui a l'ail son apparition destructive en 1898, quand certains architectes nul cru marquer un libéralisme «le bon ton en important les lignes fâcheuses, 1<^ matériaux désastreux «le l'architecture germanique

Mais non- nous* sommes déjà expliqué sur les injusiiees «l«i rehumenienl «pii >erl les satisfactions de l'habitude et enleml paralvser lès recherches nouvelles.

Nous pensons même avoir démontré que l'expression décorative de notre époque, à part les écarts inévitables d'une intention mal assurée, en dépit de ses faux traits, malgré la jeunesse d'une originalité hâtive et troublée, ne doit rien à TAllemagne.

Nous serons enfin d'accord avec la compétence de M. Albert Besnard pour trancher le différend : «... Il

Fig. 165. — Coupe d'Aviation («Adastra») par M.'E. Bourgouin (cliché Em. Grevaux).

M STYLI MOOI i:\i

sérail fâcheux, estime l'un des plus grands peintres de uotre époque, que notre défiance des productions allemandes nous portai à découvrir hors <!'• propos l'empreinte germanique sur toute tentative moderne de nos décorateurs. Cette hanl ir cela en sérail

une, sérail stérilisante comme toutes les hantises, al puis disons nous bien que les Allemands n'ont rien in\ enté el <|n»' les voies sont libres ,

Sur ce dernier point, encore, nous nous sommes efforcé d'établir même chronologiquement le système décoratif qui a dominé les œuvres Françaises bien avant an soupe le contamination munichoise

\u surplus, entre une expression excentrique el une aberration routinière, iioilh ;i\<»n- rail notre choix. U ors qu'il peul naître quelque chose <l«' l'excentricité, la routine esl ratalemenl stérile. El les novateurs, au début, les génies, furent traités <!«' fous.

Sans remonter très loin, de quelles invectives n'ai-on pas accablé la Tour Eiffel que maintenant, n'était la pauvreté de s éments décoratifs, on admirerait

volontiers? On esl aujourd'hui habitué à ses trois cents mètres qui nous avaient irrités au début. Ils chantent, non sans art, le triomphe de l'ingénieur et de la métallurgie.

Pour en revenir à la critique, nous possédons donc non seulement les artisans de ce neuf • qu'il im-

porte de créer, mais encore ce «neuf lui-même ».

Fig. 166. — Pièce d'orfèvrerie ajourée, par Mme B. Cazin.

JVous devons cette constatation, nous rendrons cet hommage aux probes artistes, aux grands talents

35 1 i i style moderne;

- qui se sont employas à rompre avec [es admirations rétrogrades el invétérées.

Cél étonnement que suscitent leurs œuvres atteste leur originalité. Il esl seulement pénible que l'épi- Ihète de « hoche » flétrisse de sa haine tout ce qui rebute notre entêtement ou notre ignorance et, sur ce, nous nous détournerons avec dégoût de la plaie imitation d'hier, de la camelote, française celle-là, dont on voudrait bien se séparer, oui certes, mais sans taire pourtant de sacrifice ni accorder aucun crédit à l'idée nouvelle que l'on se contente de calomnier.

Et jugez de toute Tétendue de cette calomnie! C'est un citoyen suisse qui rend compte en ces termes d'une récente exposition d'artistes décorateurs allemands : « ... Pas un accord qui chante, pas une harmonie concertée : mais une recherche obstinée du criard, de l'aigu, une imitation monotone de l'antique où Ton démêle un goût d'esclave pour le pastiche servile et l'érotisme décadent; enfin, d'une façon générale, dans la décoration, un amour excessif du noir et des formes trapues : deuil et brutalité. Voilà bien, d'ailleurs, deux des thèmes qu'évoque pour nous ce nom : l'Allemagne. »

« Coloristes » français, voilez-vous la face î Est-il possible que Ton se méprenne pareillement sur vos suaves expressions ? Mais alors, les « beautés » du

faubourg Saint-Antoine seraient-elles donc impérissables ?

Malheureusement, l'institution officielle du Gardemeuble donne l'exemple en haut de la satisfaction immédiate, déconcertante. Nos ministères, nos grands administrateurs républicains ont ainsi, sous la main, à leur disposition, grâce au Garde-meuble, les mobiliers monarchiques et impérialistes de la France d'hier, dont la beauté consacrée devrait logiquement être reléguée au musée.

« Depuis 40 ans, s'écrie M. François Carnot, nous faisons commerce de toutes les richesses de notre mobilier national ; nous débitons des surmoulages, des commodes, des tables et des fauteuils, des chenets et des pendules, des bronzes et des girandoles, nous vendons des copies de toutes ces merveilles décoratives entassées par les dynasties royales dans leurs palais que nous avons trouvés comme des greniers d'abondance ...»

Il s'ensuit, à part les rares exceptions que nous saluâmes, une béatitude nuisible à l'encouragement artistique national.

Quand donc, tant pour l'apparat de ses fêtes (décor de la rue et ordonnance harmonieuse des cortèges) que pour l'esthétique de ses diplômes, médailles, etc., les artistes seront-ils conviés par leurs compétences à fournir des modèles à la République ?

Et pourtant, autrefois, ce fut un peintre comme Louis David qui présenta le plan de la fête de l'Être suprême et ce « grand maître des cérémonies de la Révolution » associa à ses projets des architectes comme Percier et Fontaine.

Et puis Pierre Prud'Hon ne participa-t-il pas officiellement à la décoration des fêtes de la déesse Raison ?

Quand ne verra-t-on plus la Guerre passer par-dessus la tête des Beaux-Arts pour commander un insigne glorieux qui ressemble désagréablement à la croix de fer de l'ennemi et se porte au bout du ruban de... la médaille de Sainte-Hélène?

Quand ne verra-t-on plus cette même Guerre commander un diplôme commémoratif dont Rude fera tous les frais avec une reproduction gravée d'après son admirable haut-relief : « de Déport», dit la Marseillaise?

Qui nous débarrassera enfin du velours rouge à crépine d'or, du matériel impersonnel de l'entrepreneur général des fêtes et des cérémonies officielles?

Est-ce donc ainsi que Ton encourage les artistes et que Ton sert la Beauté ? Et nous choisissons ces exemples d'aberration entre mille !

Napoléon Ier, remarque M. Léandre Vaillat dans la Cité renaissante, ne commanda pas à Riesener, ébéniste de Louis XVI, l'armoire à bijoux de Marie-

Louise, ce fut Jacob Desmalter, ébéniste de

pIG# 167. — Botte, argent et cuir, par Mm0 B Cazin.

Napoléon Ier, qui l'exécuta. En cela il encouragea l'art

« moderne» de son temps au lieu de l'on nui- 6 nouveau

l'occasion à Riesener — qui bailleurs étaii un Allemand — de faire un chef-d'œuvre à la marque de l'infortuné mari de Marie-Antoinette laquelle, aussi bien, était une Autrichienne.

Mais, au fait ! la nationalité <\c> ébénistes : David Roentgen, Weisweiler, Schwerdfeger, à côté de Riesener, de Oëben et de Beneman devenus Français par adoption, si florissants sons Louis XVI, nous laisse rêveur.. N'ont-ils pas contribué ces Allemands, à la gloire de notre ai! français, sans toutefois que celuici ne leur imposai la mesure de notre goût, ne les naturalisât? Et quand même nos artistes modernes auraient regardé Tari muni chois, s'ensuivrait-il qu'ils l'aient démarqué. copié? Si l'on réfléchit aux emprunts de la France, à travers les étapes de sa gloire artistique, en Flandre, en Italie, en Orient, comment contester à ces influences la personnalité qui en résulta !

Il serait impossible de concevoir « neuf » si l'on ne tenait point le plus grand compte de la tradition, et pourtant la tradition est la langue esthétique des siècles, l'expérience et la référence somptueuse du passé international...

«La Renaissance, observe M. L. Bonnier, a dû sa personnalité relative à ce que nos artistes voyaient d'abord l'architecture romaine à travers leur hérédité nationale, la transformaient sur place dans leur cro-

quis, la déformaient au retour dans leur exécution et

construisaient le château d'Anet. pensant faire de T « antique ».

La pureté du style Louis XVIne s'altère pas de son inspiration de l'art de Pompéi, et peut-être Rodin

n'eùl-il point été Rodin s'il Savait regardé Phidias et Michel- Ange.

C'est Phistoire de la Nature, modèle éternel, diversifié i\ l'infini dans l'expression, par la vision el l'émotion jaillies d'un tempérament.

Dans notre fin, nous examinerons en quelques lignes l'espoir rénovateur <!<> notre arl appliqué lié au progrès dé nos industries, en notant les initiatives officielles de l'Allemagne el celles (pic nous avons mûries au cours de la guerre de 1911 pour compléter notre victoire sur le terrain de la paix.

Aux puissantes associations de négociants, comme la Werkbund l'Union dans l'œuyre . Le Merkur, etc., en Allemagne, dont l'objectif commun est la réaction contre notre suprématie dans les arts du luxe en favorisant l'expansion d'un art sinon populaire, voué du moins aux classes moyennes de la société, M. Dalimier, sous-secrétaire d'Etat des Beaux-Arts français, opposa, en 1916, la création d'un Comité central consultatif technique des Arts appliqués, lequel se compléta de Comités parisien et régionaux collaborateurs.

Quel est le but de la Werkbund? Apporter aux écoles et syndicats industriels allemands d^ chaque province un appui moral et matériel, répandre dans les moindres petites villes d'Allemagne et d'Autriche sous les feux croisés d'une active propagande par le

journal et la revue, des modèles nouveaux d'objets mobiliers de fabrication courante et... leur déversement pour arracher dans le monde la prédominance de l'art et du goût français.

r^^Per/onnages de Comédie:

mg. 169. — Dessin de M. G. Barbier (M. Meynial, éditeur).

Quelles sont les intentions du Comité central consultatif technique des Arts appliqués? Préparer, d'accord avec les Comités régionaux, l'organisation défensive de nos industries d'art en infusant un sang nouveau à certaines d'entre elles, périclitantes; tâcher de ressusciter celles qui ont disparu, favoriser enfin le retour à l'art régional dont le chef-d'œuvre décentralisé fit jadis la gloire de nos provinces.

« ,., Nous voyons trop de nos établissements éclai-

rés par les lampes de Nuremberg, chauffés par les radiateurs de Leipzig1 tapissés avec les étoffes de Gladbach et de Grefeld, et garnis fie meubles de Darmstadl et de .Munich: A celle évidente constatation de M. Dalimier, adhèrenl de toute leur gloire nos robustes sculpteurs sur hois. bourguignons, normands el bretons, nosdélicates dentellières normandes, vosgiennes el auvergnates, etc«, nos habiles verriers du Gard, nos célèbres tisserands du Lyonnais, nos parfaits émailleurs bressans, nos dinandiers de Villedieu, dje Tinchebraj el du Jura, nos bijoutiers provençaux, nos ferronniers de Bayeux, d'Orthez, nos ivoiriers de Dieppe ; nos vanniers landais et meusiens, elc., etc.

Or, pour réaliser Ce vaste programme de Beauté nationale, pour mieux 1 envisager sous toutes ses formes, le Comité central technique est subdivisé en trois sections ou commissions dites: de V Enseignement, de Propagande et d'Expositions el de Législation.

Ces titres sont éloquents et leur développement excéderait notre tache. La réforme théorique et professionnelle de renseignement des ouvriers d'art, inséparable de la question de l'apprentissage, la contribution financière de l'Etat, l'accord de l'art et de l'industrie, l'éducation du goût chez la masse, etc., sont autant de problèmes dans la voie de solution desquels le Comité technique est résolument entré. 11

fonctionne ardemment. Il importe de faire crédit à ses efforts dans l'intérêt de la Patrie et de notre renommée d'art menacée.

Mais, de grâce, que Ton ne conteste point à nos artistes la source essentiellement française de leur énonciation présente. Il y va du salut de l'invention — inventer ou périr, a dit Michelet,— de la recherche audacieuse qui ne doivent point être découragées, faute de quoi la routine poursuivra ses méfaits au profit du honteux commerce, de la plate satisfaction. Et le beau rêve de nos dignes artistes s'écroulera...

Plaquette, par M. O. Yencesse.

INDEX ALPHABÉTIQUE

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