CHAPITRE VIII
Le Costume
Le costume de la Renaissance appartient à la période dite artistique. Il vient après la période barbare « qui s'étend des Mérovingiens aux premiers Valois, jusque vers 1330 environ, avec ses formes gauloises, gallo-romaines, byzantines ». et c'est la période moderne « commençant avec Louis XIII et correspondant à l'abandon presque complet des armes défensives (introduites dans la toilette, sous François I") » qui lui succédera. Voici, des mieux situées la somptueuse époque dont nous parlons, entre Thabillement rudiraentaire elle banal accoutrement où, peu à peu, nous
avons glissé, après le dernier sourire des modes au xviii^ siècle et celles du premier Empire jusqu'au retour des Bourbons, aurore détestable du goût bourgeois.
Si déjà les Croisades avaient apporté de profondes modifications dans le costume, surtout parce qu'elles firent affluer en Europe les riches étoffes d'Orient et développèrent le luxe, les découvertes maritimes de la fin du xv^ siècle ne devaient pas moins favoriser réchange des beaux tissus que les mœurs brillantes du règne d'un François P"" imposaient.
Nous avons dit avec quel enthousiasme l'industrie avait été exaltée, et nous ne reviendrons pas sur la vogue des velours, satins et soies à cette heure d'enchantement. Mais il faut insister sur l'esprit politique du vainqueur de Marignan qui, en octroyant aux ouvriers arrachés au pays de Dante, à prix d'or, des franchises et des privilèges, ferma du même coup, à l'Italie, les débouchés français, et c'est ainsi qu'en se pavanant, les belles de la Cour de François P*" étalèrent les bénéfices d'une industrie conquise.
Notre propre goût remportait d'ailleurs la victoire la plus décisive, car il sut tempérer dans leur exaltation les excessives parures qui eussent contredit à la beauté essentielle de la femme, pour laquelle le roi n'avait que des attentions. « Une cour sans femmes, disait-il, est une année sans printemps, un printemps
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sans roses », et, de fait, la cour de François P*" évoque celle de Louis XV dont Téclat fut plutôt galant, tandis que la cour de Louis XIV devait être d'une mâle so lennité.
Néanmoins Françoise de Foix, comtesse de Chateaubriant et Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, « la plus belle des savantes et la plus savante des belles » , ne sauraient frayer avec une « marquise » de Porapadour sous Louis le Bien-Aimé, et Ton est heureux de voir M"^ de Maintenon résister aux sollicitations amoureuses du roi Soleil pour le plaisir seulement d'opposer le grand siècle au « règne du cotillon ».
Bref cette cour de François I"", d'où nous allons
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voir les costumes rayonner sur le monde, tient de l'éblouissement. Moins puissante que les cours de Charlemagne et de Louis XIV, elle fut davantage chatoyante et son influence intellectuelle sur l'Art et les Lettres, témoigne d'un superbe éclectisme. Successeur du parcimonieux Louis XII, François P^ a-t-on dit. fut le plus dépensier des rois, et il faut voir dans son geste de générosité impulsive, les raisons d'un faste que seul le grand Roi sut renouveler comme en réaction de la simplicité quasi-paternelle de Henri IV et de Ihumeur assombrie de Louis XIII. Il est vrai qu'après François P"", Henri II ramènera l'art et la cour à pliis de gravité ; mais cela n'est que le prélude de cette rigueur classique, qui, en passant par les fds de Henri IV, et après Louis XIV, se poursuivra dans l'esthétique jusqu'à Louis XVI, inclus, malgré les délicieuses incartades de la Régence et de certaine phase du style Louis XV avant la vertueuse répression de M'"^ de Pompadour. Rigueur classique qui, après la Révolution, reviendra avec Napoléon P"", pour dominer définitivement sinon pour écraser, au nom de la tradition gréco-romaine, la personnalité de notre génie.
Néanmoins, si nous abordons plus catégoriquement le costume, nous remarquerons que sous la Renaissance, il n'en fut pas de même que sous le premier Empire, où l'on rêva un instant de revêtir la toge et la
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chlamyde pour égaler plus complètement les héros de l'Olympe !
Effectivement les traditions de l'antiquité qui avaient été ramenées par la Renaissance, ne devaient avoir aucune répercussion, même en pensée, dans le costume.
« Malgré la passion que le monde affectait pour les Grecs et les Romains, constate René Ménard, aucune tentative n a été faite alors pour ressusciter les vêtements à grande plis » ; nous sommes loin, d'ailleurs, avec la conception si parfaitement originale de la Renaissance, de la curieuse compilation esthétique de Napoléon I", où nos déco-
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rations intérieures comme nos ameublements et costumes s'attachèrent, durant quelques années, à n'être que le reflet et la copie infidèle de la Rome impériale. Mais passons, au-dessus des préoccupations de l'esthétique il y a les tyrannies de l'industrie qui conduit la mode autant que le caprice. C'est ainsi
qu'au début du xyi** siècle, la fabrication du drap, si active précédemment, baissa tout à coup, et celle des lainages sans souplesse lui fit place. D'où la préférence des nobles et des riches pour le velours et les draps de soie, tandis que le commun se partageait la serge et l'étamine.
Aussi bien les progrès accomplis dans le travail de la toile devaient poussera son ostentation, et cela fut l'origine de ces « crevés » qui laissaient apparaître le linge du corps depuis les pieds jusqu'aux épaules.
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Commencée SOUS Charles VIII, cette mode des crevés devait s'épanouir au temps de François I*^""
D'autre part la quasi rigidité des velours et des
draps de soie, qui contredisait aux chutes naturelles, dicta la façon des vêtements ajustés, tourmentés même, et les vertugadins, enfin, nous servirent la difformité du corps féminin, qui mit singulièrement le comble à la contradiction de l'antique, en sa grâce et sa simplicité.
Nous emprunterons maintenant, à François Rabelais, la description des costumes féminin et masculin, avant 1530, et FiG. 107. — Fauieuil. nous les commenterons
au passage.
« Les dames portaient chausses (bas) d'écarlate ou de migraine (vermeil) ; etlesdites chausses montaient au-dessus du genou juste de la hauteur des trois doigts, et la lisière était de quelque belle broderie ou découpure. Les jarretières étaient de la couleur de
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leurs bracelets (ou brassards), et serraient le genou par dessus et par dessous.
Les souliers, escarpins et pantoufles, de velours cramoisi, rouge ou violet étaient déchiquetés à barbe d'écrevisse (Brantôme a dépeint les patins gracieux dont les belles dames du temps jouaient du bout du
FiG. 108. — Ensemble de panneaux décoratifs.
pied avec un esprit sans pareil, et, en dehors de mules en velours, elles portaient aussi des escarpins pointus « et point quarrés par devant «, le plus souvent blancs en soie brodée, et elles afTeclionnaient aussi le cuir gaufré, estampé d'or au fer chaud).
« Par dessus la chemise (Clouet, chargé dit-on, d'enluminer le riche missel de Catherine de Médicis, représenta Marguerite de Valois, auteur d'un ouvrage intitulé : Miroir de VAme pécheresse, en « Ame pure »,
c est
-à-dire revêtue dune chemise symbolisant la
candeur et Tinnocence, selon le rite des sculpteurs du xv^ siècle, qui réservaient aux seuls damnés la nudité) elles vêtaient la belle vasquine (sorte de corset en étoffe). La vasquine de Françoise de Foix est raidie par un buste de métal, ancêtre de notre buse moderne. Diane de Poitiers porte aussi la vasquine qui vécut de 1520 à 1535. Le buse de ces vasquines est en bois ou en métal enrichi de pierreries, gravé de galantes devises. Il y eut aussi des vasquines tout en fer ou bien cerclées de bois, formant un corset rigide recouvert de quelque beau camelot de soie (tissu de la famille des taffetas et des tapis fabriqués alors en Italie), Sur
FiG. 109. — Chaire.
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