XV. — Doit’on toujours sucrer
Posez cette question à certaines commères, à quelques vieilles gardes-malades, et vous les verrez hausser les épaules, rire de votre naïveté ou crier à l’ hérésie médicale. J’en connais qui ont attribué tous les accidents des maladies les plus terribles à deux ou trois verres de tisane ou d’eau fraîche bus sans être sucrés.
— Si monsieur est si mal, vous disent-elles, c’est ma foi bien sa faute; cet homme-là s’est tué, tué est le mot. Au début de sa maladie, il a bu quatre à cinq verres d'eau pure!
Eh bien! c’est un préjugé, un préjugé souvent redoutable. On doit toujours consulter le goût du malade : si le malade veut boire sucré, donnez-lui une boisson sucrée; mais si le sucre le dégoûte, de grâce, laissez là tous les éd'ulcorants. C’est surtout après plusieurs jours de maladie que surviennent la satiété, la répugnance; la salive s’épaissit, la langue s’empâte, et chaque fois que l’on avale •une solution de sirop ou quelque sucrerie analogue, l’estomac se crispe d’impatience, et la sensation intérieure se retrace sur le visage par une grimace involontaire.
Que de fois j’ai vu M. Récamier, en pareille circonstance,, suspendre toutes les tisanes et n’ordonner que de l’eau fraîche. Il en faisait boire lui-même les premières gorgées, et le malade, dont le visage souffrant s’illuminait d’un sourire de satisfaction, disait en guise de remercîment :
— Ah ! c’est bien bon.
Certes, je ne prétends pas qu’il faille donner de l’eau fraîche à tous les malades; mais j’ai cru devoir appuyer
OU
oiir ces détails, parce que trop souvent on refuse obstinément une boisson sans sucre à des malades qui la demandent avec instance.
XV1, ~ QuelIe estf la partie essentielle dans la tisane?
Eh ! mon Dieu, disons-le bien franchement, ce qui connue véritablement la tisane, c’est l’eau. L’eau, par 1 adjonction qu'on y fait de plantes aromatiques, mucilagineuses ou autres, se corrobore, se charge de qualité* spéciales; mais, à coup sûr, c’est le liquide qui a le plus de part aux bienfaits de toutes les tisanes.
Par exemple, il faut que cette eau soit de bonne qualité :
L rü ’ ^ ï™68 Chimiques’ qu?elle soit potable. L’eau potable est 1 eau qui dissout parfaitement le savon, qui
cuit bien les legumes à cosses, lentilles ou haricots. L’eau
qui ne réunit pas ces conditions serait très-mauvaise pour
ITh ‘'Sanf : elle « d»re à l'estomac, elle est chargee de sels calcaires qui la rendent lourde et difficile à digérer pour les estomacs bien portants, à plus forte raison pour les estomacs malades.
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pas attendre cct appétit, parce qu’il est utile
5ü ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ.
d'ajouter des liquides abondants, doués de quelques iacultés médicinales, à ceux du corps en souffrance.
— Lavez, délayez-moi cela, disait souvent M. Hécamicr à certains malades.
C’est-à-dire buvez beaucoup afin de noyer la fièvre cl de liquéfier un peu un sang trop compacte, un sang enflammé.
On voit des malades boire sans inconvénient quatre a cinq litres do, liquide dans les vingt-quatre heures : c est là bien évidemment le maximum des quantités à prendre. Deux litres forment la dose raisonnable, et souvent même elle est plus que suffisante pour les enfants, pour des malades petits et faibles.
Ce qu’il y a de ridicule, ce que je déclare tout poliment absurde et niais, c’est la conduite de ces malades qui, de loin en loin, dans le courant de la journée, à force d’exhorlalions et de remontrances, boivent deux ou trois gorgées de tisane; ils absorbent dans leurs vingt-quatre heures deux ou trois petites tasses qui contiennent chacune cinq ou six cuillerées, et, quand arrive le médecin, s’il trouve la langue sèche, on lui répond d’un petit air doucereux, avec un petit ton hypocrite :
— Je vous assure, docteur, que j ai bien bu.
Je sais bien qu’il est des bizarreries de tempérament qui empêchent de boire; qu’il est telle et telle personne qui se feraient du mal, et auraient tous les symptômes de l’indigestion si elles buvaient plus de deux à trois verres de tisane dans la journée; mais ces caprices d’estomac ont excessivement rares et mut a fait exceptionnels.
X\1S1. — De la variété nécessaire*
De même qu’en bonne santé l’estomac se fatigue de recevoir toujours le même aliment ; de même en maladie,
M. Gaster s’ennuie quand on lui fait subir trop longtemps la même tisane. Dès qu’un malade se dégoûte de sa boisson, il faut la lui changer. Je ne prétends pas qu’il faille passer d une tisane excitante à une tisane délayante (j’expliquerai ces deux mots tout à l’heure); mais on peut varier en donnant ïiue tisane analogue. On peut changer 1 infusion de violette en infusion des quatre fleurs, etc.
Et à ce sujet j ai besoin de faire aux gens du monde une observation qui rendra service à mes confrères.
Les personnes qui n’entendent rien à la médecine se permettent souvent d’expliquer, de commenter les ordonnances d’un médecin, et elles disent les plus grosses balourdises. On attache en général à telle ou telle tisane des qualités toutes différentes de celles qu’elles ont réellement; mais surtout on s’exagère l’efficacité de telles ou telles fleurs.
Un médecin ordonne aujourd’hui l’infusion de fleurs de mauve; le lendemain il prescrit de l’infusion de tussilage; le surlendemain il conseille le chiendent; plus tard c'est de la décoction d’orge, etc.
— Est-il possible! s’écrient les commères; mais ce médecin ne voit pas clair à la maladie ; il va ab hoc et ab hac, il passe d un médicament à un autre : tout cela est
de mauvais augure, on ne saurait avoir confiance dans cet homme-là.
Calmez-vous, calmez-vous, mes bonnes dames : tous ces médicaments sont les mêmes, toutes ces tisanes tendent au meme but. Le médecin suit le précepte que je donnais il „ y a ,u un instant : il veut prévenir la satiété
Vous ,TT’ 11 met un Peu de ™iélé dans les tisanes.
mesdames vous ne savez pas ce que vous dites, et lui* medecm, sait parfaitement ce qu’il fait.