SOS
l’effroi et l’embarras de ceux qui gardent les malades. Souvent même on lui oppose une série d’objcclions.
— Le malade est si faible, monsieur le docteur! — les bainsne lui ontjamais réussi; quel bien en pourrait-il retirer dans l’état où il se trouve? — Mais il est capable d’y mourir, le pauvre cher homme ! Hier encore, il a tenté de mettre les pieds par terre, et il s’est évanoui à l’instant. — Ne pourriez-vous pas attendre pour lui faire prendre des bains qu’il soit un peu plus fort ?
Pour ma part, suivant avec confiance les doctes leçons du professeur Récamier, j’ai fait prendre des bains à des malades près de rendre l’âme, à des malheureux dont la poitrine commençait à râler. J’ai pu mettre dans l’eau des patients qui n’avaient plus qu’un souffle d’existence, et souvent, je le dis sans forfanterie, sans orgueil, j’ai eu le bonheur de réussir; j’ai, par des bains sagement administrés, rappelé à la vie des gens qui semblaient déjà partis pour l’autre monde.
Donc ni la faiblesse du malade, ni la gravité de sa situation ne doivent empêcher d’obéir, quand un médecin a cru devoir prescrire un bain.
Les précautions du transport sont faciles à prendre. Il ne s’agit que d’éviter les trop grandes secousses; il est essentiel surtout de laisser le malade autant que possible dans la position horizontale.
Pour cela, si le malade n’est pas très-lourd, si c’est, un enfant ou une jeune fdle, il suffit de deux personnes pour le mettre au bain. L’une prend le patient par-dessous les bras, l’autre par-dessous les genoux, et, ayant soin d’agir toutes les deux ensemble, elles soulèvent le malade et le transportent dans sa baignoire aussi facilement qu’elles ie placeraient sur un autre lit.
Mais si le malade est pesant, embarrassant, exagérément faible, alors il faut quatre personnes pour le mettre
commodément au bain. On a soin de placer sous le siège du malade une alèze, drap plié en plusieurs doubles, et dont nous avons parlé dans notre Cours d’hygiène. On approche du lit où se trouve le patient la baignoire contenant le bain convenablement préparé, puis on découvre le malade.
Des quatre personnes, l’une se charge du tronc et passe ses mains sous les aisselles; l’autre se charge des jambes
Transport d’un malade è l’aide de l’alèze.
et passe ses bras sous les genoux ; les deux autres doivent s’occuper de soulever le siège, et, c’est à l’aide de l’alèze qu’ils y parviennent le plus sûrement. Pour agir ensemble, il faut agir en mesure ; on compte une, deux, trois, et, à ce troisième temps, chacun agit et remplit son office. Parmi ceux qui sont chargées de soulever le siège, l’un est obligé, une fois que le malade est soulevé, de monter sur le lit et de s’y mettre à genoux pour suivre tous les mou-
ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
vemenls du transport. L’autre, qui a pris soin de se placer par delà la baignoire, attire à lui et tend le drap avec le plus de vigueur qu’il lui est possible. Je vous réponds que de cette manière on peut mettre dans un bain, sans le déranger delà position horizontale, le malade le plus lourd et le plus affaibli.
IIS. — Séjour au 3>aln.
Quand un bain est bien indiqué, dès les premières mi* nutes il devient bienfaisant et par conséquent agréable ; il en résulte que les malades le plus gravement atteints y éprouvent du bien-être et ne s’aperçoivent d’aucune fatigue; cela dure cinq, dix minutes, bien souvent un quart d’heure et même davantage. 11 est tout naturel et tout simple de laisser les malades dans l’eau aussi longtemps qu’ils s’y trouvent bien; cependant, à moins qu’il ne s’agisse d’une maladie franchement inflammatoire, il ne faudrait pas passer la limite d’une demi-heure, attendu que les bains prolongés sont manifestement affaiblissants.
Quelquefois, avouons-le, malgré tous les bienfaits que l’on attendait du bain, ce moyen est mal supporté; le contact de l’eau est pénible au malade, la température du bain exaspère toutes les douleurs; il y étouffe ou bien il se sent prêt à tomber en syncope. Si tout cela est bien réel, il n’y a point d’entêtement profitable en médecine. J’ai dit que l’effet de chaque médicament doit être étudié avec autant de soin que les symptômes d’une maladie. En conséquence, si le bain, accepté et commencé, paraît contraire ou par trop débilitant, il faut en abréger la durée.
Pour qu’un malade très-faible reste commodément dans une baignoire, je conseille de mettre dans cette baignoire, soit des gros sacs de son, qui servent à soutenir et à caler le patient, soit tout simplement un petit drap ou une
grande napp3. Ces linges doivent être mis là à peu près comme on place un fond de bain, et l’on s’arrange pour qu’ils y soient disposés en plan incliné, afin que le malade puisse s’y coucher et s’y trouver appuyé à peu près comme il le serait dans un hamac.