XX. Tisanes rafraîchissantes
Une première série, et la plus nombreuse de toutes, se compose de tisanes délayantes, humectantes, rafraîchissantes. On les appelle ainsi parce qu’en augmentant la partie aqueuse du sang, elles le délayent et calment son ardeur. C’est celles dont on fait usage dans le plus grand nombre des indispositions, parce que chaque malade en conçoit l’utilité pour calmer les symptômes qu il éprouvé : soif, chaleur, fièvre, dégoût, plénitude, etc.
Vous avez l’estomac dégoûté, le cœur sur la lèvre, et l’appétit est en déroute? de la tisane, une tisane délayante, bien vite, bien vite. C est indiqué!
Vous avez de l’ardeur à la peau, le sang à la tête, les jambes vacillantes et les forces vitales anéanties? de la tisane rafraîchissante, et dépêchez-vous !
Vous souffrez de douleurs d’entrailles, de douleurs de reins, vous êtes tout chose, tout mal à l’aise sans savoir précisément d’où vous souffrez? de la tisane rafraîchissante ; vite de la tisane rafraîchissante !
Vous faites une grimace épouvantable, les yeux, le nez, la gorge ou les oreilles sont entrepris ? c’est de l’irritation, de l’inflammation même, demandez ou préparez une tisane délayante.
Les mamans sont souvent les meilleurs médecins de leurs enfants ; je me souviens encore des petites indispositions de mes premières années ; jamais elles ne duraient longtemps. — Chaque fois que j’avais un bobo, un enrouement, un mal de tête, on me faisait boire à satiété de grandes tasses d’eau d orge ou d’infusion de mauve ; car ma mère avait son petit système ; toutes les maladies, pour elle, avaient la même cause : réchauffement. Or, quand j’avais dénoncé mon malaise, le jugement était invariablement le même : c’est de réchauffement; et la sentence maternelle me condamnait aux boissons délayantes. Je crois que l’amour maternel possède un petit tiroir vital, une certaine case du cerveau où les premiers cléments de la médecine des enfants se trouvent écrits ou imprimés !
La série des tisanes rafraîchissantes se compose : des infusions de violette, de mauve, de guimauve, de tussilage, de coquelicot, tantôt séparées, tantôt réunies ensemble sous le nom de fleurs béchiques ou quatre fleurs ; des fleurs douées d’une légère amertume, comme la chicorée, le pissenlit; des racines de guimauve, de réglisse, de graine de lin ; des décoctions d’orge, de chiendent, des solutions de gomme ou d’amidon; enfin, du petit-lait et des bouillons
de veau, de poulet ou de colimaçon. J ai tenu à donnei toute cette nomenclature, parce que nombre de fois, quand gai ordonné l’infusion de chicorée sauvage, le malade m’a objecté que c’était bien échauffant; quand j’ai conseillé la décoction de chiendent, on a prétendu que c’était lourd et indigeste. Vous voyez que, d’après la classification pharmaceutique, on n avait pas complètement raison.