‹ L'art de soigner les maladesChapitre 124 sur 124 · II. — La i-eligion et scs consolations · texte numérisé non relu

II. — La i-eligion et scs consolations

J’ai dit ailleurs qu’il n’est point d'incrédules vraiment dignes de cette désolante épithète, que tout homme, religieux ou non, pratiquant ou indifférent, portait au fond de son cœur la croyance instinctive au Dieu qui l’a créé.

Il est facile de s’en convaincre quand on a l’habitude de visiter et de soigner les malades. Faites-en l’épreuve vous-même; tâchez de gagner à force de dévouement et d’amitié la confiance de ces malheureux souffrants; faites en sorte de rester seul avec eux pendant seulement quelques instants, et alors, cœur à cœur, interrogez, questionnez minutieusement, vous verrez qu’ils sont beaucoup plus religieux que vous ne le pensiez d’abord.

La religion a cela de magnifique que, non-seulement elle nous aide, elle nous éclaire, elle nous soutient, mais

nous console et change en mérite les plus effrayantes douleurs.

— Vous souffrez bien, pauvre malade; courage cependant; offrez toutes ces souffrances au Maître du monde, et il les acceptera comme une expiation de toutes les fautes que vous avez pu commettre, et toutes ces douleurs passagères seront payées de joies éternelles.

III. — Moyen facile de proposer les sacrements aux gens les moins religieux.

Quand un homme se trouve sur le bord de la tombe, la plupart de ses illusions disparaissent, et devant l’aurore de l’éternité le brouillard des passions se déchire, comme les vapeurs du matin devant les premiers rayons d’un soleil radieux. Tel qui, pendant sa vie, a fait parade de scepticisme, se le reproche souvent dans une longue et douloureuse maladie; il n’en dit rien à personne ; quelquefois même sa conversation tendrait à prouver le contraire; mais il est comme ces poltrons qui parlent toujours de courage, afin de cacher à tous leur secrète frayeur; il veut continuer son rôle, il tient par un sot amour-propre à paraître aussi mauvais qu’il l’était jadis ; il ne veut point qu’on le prenne pour un croyant, pour un dévot.

Toutes les fois que, par devoir et par zèle, ou par simple complaisance, j’ai été chargé de parler à un malade des derniers sacrements, j’ai toujours été bien reçu, et voici quelle a été ma politique.

J’ai fait entrevoir l’extrême-onction comme un remède, non-seulement pour l’âme, mais pour le corps. J’ai dit : — Tenez, cher monsieur ou cher malade, vous avez de l’intelligence et du courage, la patience avec laquelle vous supportez toutes vos souffrances le prouve manifestement. — Vous voyez que nous essayons sans profit d’une

encyclopédie de la santé.

foule de médicaments qui, malgré nos espérances, restent a peu près inefficaces. Eh bien, je crois qu’il est un moyen de les rendre plus profitables; il faut attirer sur vous et sur toutes nos manœuvres les bénédictions d’en haut. Les ^ens pusillanimes s imaginent qu il est terrible pour un malade de recevoir la visite d’un prêtre... Oh ! ne vous méprenez pas sur ma proposition, et laissez-moi vous la bien expliquer... J’ai vu maintes fois des maladies trèsgraves, réfractaires à tous les moyens employés, s’amender tout à coup et comme par enchantement à la suite des cérémonies de l’extrême-onction. Ce sacrement, en effet, me semble avoir une vertu toute spéciale pour rassurer, soulager, calmer, et je vous certifie qu’il a guéri tous seul plus de gens que n’en guérissent toutes les drogues de pharmacien.

Voyons, ne permettrez-vous pas que nous en fassions l’expérience? car c’est pour vous spécialement que je le demande, et puis c’est un peu pour tous ceux qui vous aiment; j’ajouterai même que je réclame votre consentement comme un service tout à fait personnel ; car la ténacité de vos souffrances d’une part me blesse dans mon affection pour vous, et, de l’autre, est capable de faire du mal à ma réputation. — J’ordonne, je prescris, j’accumule les conseils, tout cela sans le moindre succès, et je suis persuadé que tout votre entourage commence à me regarder comme un médecin fort inhabile. — Il est possible, par les cérémonies dont je vous parle, de faire immédiatement changer tout cela, et c’est pourquoi je vous prie tout naïvement de vous y soumettre.

Chers lecteurs, bienfaisantes et religieuses lectrices, essayez de ce moyen, et vous verrez avec quelle facilité et quelle promptitude il vous réussira.

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