DES CATAPLASMES
K. — Emploi fréquent des cataplasmes.
Le cataplasme est un médicament dont l’emploi extérieur est frequent, généralement admis, généralement connu, fort efficace quand il est bien préparé, et bien rarement dangereux.
Je dis que le cataplasme est un médicament externe, ce qui signifie que ce remède ne se boit, ne se mange pas, mais s applique toujours à la surface du corps sur la peau, soit médiatement, soit immédiatement.
On peut rire d’un pareil renseignement, faire des plaisanteiies sur de si minimes détails, j’ai promis de me moquer des moqueurs et de ne reculer jamais devant ce que ces beaux messieurs appellent niaisement des niaiseries. D ailleurs, mon motif ici est contenu dans une histoire fort véridique. Voici mon excuse en apologue.
Sylvestre, maraîcher de son état, devint malade et fit appeler un médecin. Ce n’était pas dans un pays perdu ce n était pas dans une campagne, ce n’était même pas dans une province, c’était dans la banlieue de Paris. Par exemple^ le logis du malade était assez éloigné des nombreuses habitations si pittoresquement semées dans le grand bas-
ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
sin qui entoure la capitale. Il demeurait dans une espèce de cahute bâtie au milieu du jardin potager dont il dirigeait l’exploitation. La maladie de Sylvestre n’avah aucune gravité apparente, aucun caractère alarmant, il s agissait tout simplement d’une fluxion dentaire compliquée d'un gros mal de gorge, causée peut-être par un embarras manifeste du tube& digestif. Sylvestre avait une joue énormément enflée, Sylvestre ne pouvait presque plus parler, c’est à grand’peine s’il pouvait boire; il n’avalait sa salive qu’avec douleur, par conséquent il était fort effrayé. — Quand certaines gens ne boivent plus commodément, ils commencent à se croire perdus.
Le médecin n’avait été mandé que fort tard dans la journée, par la raison que, soit économie, soit forfanterie, soit négligence, les hommes du peuple n’appellent un médecin qu’après avoir cherché tous les moyens possibles pour s’en passer.
A la vue de l’énorme tuméfaction qui rendait le visage du malade d’une odieuse difformité, le médecin ordonna des sangsues ; on lui répondit qu’elles étaient trop chères ; alors il conseilla d’avoir recours aux cataplasmes jusqu’au
lendemain matin.
Comment qu’on fait un cataplasme? demanda la
femme de Sylvestre, qui n’avait jamais vu un malade et qui n’avait jamais été malade de sa vie.
Mais, répondit le médecin assez étonné d’une sen>
blable question, on délaye dans de l’eau bouillante, et l’os fait cuire quelques instants sur le feu, soit de la farine de «raine de lin, soit même de la mie de pain. On tourne, on tourne, et l’on retire du foyer quand on a une bouillie bien délayée et bien chaude. Je vous recommande de laire la bouillie assez claire.
— Bon, bon, je saisis, j’ai compris, s’exclama la maraîchère.
Au beau milieu delà nuit suivante, un garçon jardinier retourna chercher le médecin.
— S’il vous plaît, monsieur, voulez-vous bien vite accourir à l’établissement? M. Sylvestre étouffe, et la bourgeoise est aux cent coups.
Le pauvre Sylvestre avait une épouvantable indigestion. Sa bourgeoise, qui se désolait de ne l’avoir pas vu manger depuis deux jours, qui lui avait tant dit et redit : « Comment veux-tu ne pas être malade? tu ne mets rien dans ton corps, tu t’affaiblis, et çà te fait souffrir. » Madame Sylvestre, enfin, qui s’imaginait avoir si bien compris le docteur, avait été enchanté de l’entendre parler de bouillie. Elle avait assez bien préparé son cataplasme, et puis elle l’avait mis dans une assiette, et malgré les répugnances du malade, à force d’instances, de prières et de raisonnements, elle lui avait fait tout manger.
Je sais bien qu’une pareille bévue est fort rare; mais encore est-il bon d’en prévenir, afin qu’elle soit constamment évité»