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XXV. — Quelle doit être la température des tisanes

Cette question est plus importante qu’elle ne le paraît au premier abord. Effectivement la température d’une tisane n’est point une chose indifférente. Donnée chaude dans une disposition hémorragique, la tisane peut déterminer de graves accidents ; donnée froide dans certaines maladies éruptives, elle peut faire rentrer le mal et occasionner une catastrophe.

11 existe dans le monde une erreur assez générale à ce sujet. On s’imagine que toute tisane doit être hue bien chaude; que le malade se plaigne ou réclame qu’on le brûle, ^ tant pis pour lui : on lui répond flegmatiquement que cest pour son bien; et j’ai entendu de mes deux oreilles des familles entières attribuer la mort d’un parent qu elles avaient perdu à la sottise d un médecin qui avait prescrit des tisanes fraîches. Il est donc bien important de s’expliquer là-dessus.

Et d abord, dans le plus grand nombre de cas, les tisanes doivent être seulement tièdes, de vingt-cinq à trente degrés Réaumur, c’est-à-dire un peu au-dessus de la température extérieure du corps humain.

Maintenant il est des cas où l'on peut les donner brûantes, quant on veut déterminer d’autorité une abondante transpiration, par exemple; mais il est des cas, aussi, où d faut les donner absolument froides. C’est quand les maladies sont compliquées d’accidents nerveux, de faiblesse ou de déliré, etc.

40 ENCYCLOPEDIE DE LA SANTÉ

Uu joui1 je fus mandé à quarante lieues de Paris par des parents en alarme.

Un de leurs enfants, jeune homme de vingt-six ans, après vingt-cinq jours d’une fièvre typhoïde, était pris d’accidents nerveux qui faisaient redouter un dénoûment fatal. Trois confrères de province, réunis en consultation, avaient déclaré l’état excessivement grave, et n’avaient laissé entrevoir que hien peu d espérance. J arrive, j examine, je trouve le malade dans une transpiration de mauvaise nature, les yeux hagards, la tête en délire, la langue rude et sèche comme du bois, le pouls sec, laible, liéquent, caractère essentiellement nerveux. On gorgeait le pauvre garçon de tisane, non-seulement chaude, mais brûlante. Je demandai carte blanche à mes confrères, et je m’établis pendant vingt-quatre heures le garde-malade du moribond. Tout d’abord je diminuai la montagne de couvertures dont on l’avait surchargé; au lieu des monceaux d’oreillers placés sous sa tête, je mis un coussin de halle d’avoine, et proscrivant toute tisane chaude, je fis avaler deux ou trois cuillerées d eau pure. . . Il y eut un légei mouvement de satisfaction dans le visage du patient, je lui fis boire alors doucement, tout doucement, un grand verre de ce liquide, qui humecta un peu la langue. Le délire alla en diminuant. Toutes les demi-heures le malade but son verre d’eau, et le soir sa langue était humide. La connaissance lui revint dès le lendemain; on continua les boissons froides, et trois jours après, le vingt-neuvième jour de la maladie, le moribond entrait en convalescence.

Je conjure toutes les personnes qui se gendarment contre les tisanes froides de bien lire et de bien méditer cet exemple, dont je certifie, sur mon homuur, la complète

véracité.

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