‹ L'art de soigner les maladesChapitre 38 sur 124 · L’EXÉCUTION DE L’ORDONNANCE · texte numérisé non relu

L’EXÉCUTION DE L’ORDONNANCE

PERSONNAGES

MossiEün .

Madame.

Sophie.

Jacqueline, apportant le baquet plein d’eau chaude.

Même décoration qu’à la scène précédente; seulement la chambre à coucher semble prendre un nouvel aspect: on a roulé dans un coin tous les fauteuils. On range les chaises d’un autre côté, et devant la cheminée qui flamboie Jacqueline a déposé le baquet qui fume. Dans l’eau bouillante du baquet, Sophie jette une grosse poignée de fleurs de sureau Déjà sur ce meme baquet, sont disposés les deux bâtons mentionnés dans la première scene, et Sophie tient toute prête une couverture de coton deployee.

JACQUELINE

Ouf! voilà la fumigation de monsieur. C’est pas pour dire, mais j’aurais mieux aimé lui avoir préparé une bonne crème ou un bon potage.

madame, l’interrompant.

Taisez-vous, Jacqueline, on ne vous a pas demandé votre avis. (A son mari.) Allons, approche-toi, relève ton pantalon jusqu’aux genoux, et pose tes deux pieds sur les deux bâtons que voici.

SOPHIE

Pauvre cher monsieur...

MADAME

Pourquoi le trouvez-vous si à plaindre?

SOPHIE

Ça doit être une torture que ces fumigations!

ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ

MADAME

Pourquoi, s’il vous plaît?

SOPHIE

Parce que c’est le médecin qui les a ordonnées, madame, et que les médecins n’ont jamais qu’un but: faire lu mal pour avoir l’air de le guérir ensuite.

MONSIEUR

Franchement, je t’assure, ma chère amie...

MADAME

Mets ton bonnet de coton et ne discute pas davantage. Là, donnez la couverture, Sophie; bien, attachez ces deux coins derrière la chaise maintenant. Quant à toi, mon ami, prends ce petit bâton, plonge-le dans le chaudron, sous la couverture même, et, en l’agitant de temps en temps, tu accéléreras l’évaporation, qui doit humecter et attendrir la plante de tes deux pieds.

Monsieur se résigne. Sophie hausse les épaules. Jacqueline grogne quelques mots inintelligibles. Madame s’établit dans un fauteuil à la Voltaire et lit à son cher mari un des articles doucereux et tout récents de cet excellent M. de Sainte-Beuve. Le malade sent aux pieds une transpiration bienfaisante au bout d’un quart d’heure de cette fumigation, qu’il craignait comme une torture. On lui essuie les pieds, on les entoure de colon, on met autour du coton un mouchoir de cette toile imperméable qu’on appelle taffetas gommé. Monsieur sent sa tête se dégager. Sophie débarrasse la chambre. Jacqueline retourne à ses côtelettes, et Madame s applaudit d avoir suivi ponctuellement les prescriptions du docteur.

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