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It ne faut pas avoir peur des vomitifs

Oh! je l’avoue bien vite, c’est une pénible épreuve que l’obligation de se soumettre à la médication perturbatrice qui constitue l'acte du vomissement. — Hélas! il faut en prendre son parti et bien se dire qu’il n’est guère de médicaments agréables.

Si l’on avait un peu de résignation chrétienne, ou tant soit peu de philosophie religieuse, on accepterait les souffrances comme une bénédiction, comme un moyen épurateur, comme une bataille à gagner, comme un acte profitable. Jetés dans ce monde pour y souffrir, y pleurer, y mourir, ne savons-nous pas que, plus cet exil nous est dur. plus ce voyage est fatigant, plus doux et plus assuré sera l’instant du repos, le terme du pèlerinage.

C’est au feu d’une fournaise ardente que l’or et l’argent se purifient, c’est au foyer d’une forge embrasée que le fer devient ductile, malléable; c’est au milieu des souffrances, des maladies, bref, c’est à la flamme de toutes les épreuves que l'âme se perfectionne, se sanctifie et devient digne des cieux. — Malheureusement l’âme est accompagnée de celle doublure animale qu’on appelle le corps, et le corps réagit sur l’âme comme l’âme réagit sur tous nos organes.

Aussi, dès que survient une maladie, un désordre vital, un accident organique, l’esprit s’émeut, l’intelligence effrayée n’est pas toujours capable d’envisager le but et l’éternelle récompense auxquels nous devons tous aspirer. En d’autres termes, dès qu’un homme tombe malade, il se désespère, il s’irrite, il s’énerve, non-seulement il se désole de ses souffrances, mais il éprouve une répulsion bien pardonnable pour les remèdes à ses maux, pour tout ce qu’on intitule médicament.

Je n’ai jamais trouvé un malade content de l’affection qui le frappait : au lieu de réfléchir qu’il est des souffrances plus terribles que les siennes, des maladies plus redoutables que sa maladie, au lieu de se dire :

— Après tout, je n’ai qu’une fluxion de poitrine, c’est quatorze ou vingt et un jours d’épreuves à passer, et cela vaut mieux que d avoir à subir ces affections nerveuses, qui semblent si souvent inguérissables et durent non-seulement des mois, mais des années;

Ou bien encore :

— Je n’ai qu’une jambe cassée, qu’une fièvre guérissable, qu’une souffrance qui passera, et cela vaut cent fois mieux qu’une dartre inextinguible, qu'une de ces maladies de poitrine dites tubercules, et qui ne pardonnent jamais; cela vaut mieux cent mille fois que. l’un de ces affreux cancers qui rongent peu à peu avec des douleurs atroces interminables, et qui semblent prendre à tâche de faire mourir à petit feu !...

On s’écrie :

~ ^uel mallîeur flue celui d’êfre malade !... Si au moins j étais malade de celte manière-ci! si je n’étais malade que de cette manière-là!

D ordinaire je réponds à ces impatientés :

— Croyez bien qu’il n’est point de maladies agréables, ct’ Puisfluc vous en êtes à faire des souhaits, souhaitez la

ENCYCLOPÉDIE UK IA SANTÉ

guérison, la bonne santé, la résistance vitale, et priez le Maître de toutes choses qu’il vous accorde, avec un peu de patience, une convalescence prompte et sûre.

Eh bien, au sujet des médicaments, il se passe quelque chose d’analogue : on a peur, on les refuse, et, quand le médecin en propose un, on réclame en s’écriant : « Oh! c’est celui que je déteste le plus, pourquoi ne pas m’ordonner celui-là? Vous voulez me saigner, j’ai horreur de la lancette; conseillez-moi plutôt des sangsues... Eh quoi! vous prescrivez un vomitif, vous allez me mettre à la torture ; donnez-moi plutôt un purgatif, je prendrai tous les purgatifs que vous voudrez, » etc., etc.

Chers lecteurs, le médecin consciencieux n’est qu’un truchement, un traducteur, c’est-à-dire que généralement il ne prescrit et n’ordonne que d’après les indications fournies par la maladie; — par conséquent il n’y a point à discuter, à proposer des arrangements. Chaque genre de médicament a sa valeur, son action spéciale : les sangsues, qui ne tirent du sang que des vaisseaux capillaires, n’agissent point de la même manière que la lancette, qui désemplit promptement les veines et les artères, c est-adire les grands vaisseaux; un purgatif ne saurait remplacer un vomitif, et vous allez en comprendre la raison.

L’un et l’autre, je l’admets, frappent sur le tube digestif. Mais le purgatif n’a d action que sur les intestins, tandis que le vomitif agit sur l’estomac, le duodénum et toute la première série des organes de la digestion ; le purgatit ne fait qu’accélérer ou exagérer les fonctions intestinales ; le vomitif, par son caractère anomal, amène un désordre passager, une perturbation toute spéciale qui réagit sur la respiration, la circulation et l’innervation; le purgatif a un effet concentrateur; le vomitif, au contraire, produit une action expansive qui part du centre et rejaillit jusqu’à la circonférence, jusqu'à la peau. C’est pourquoi le

vomitif détermine souvent une abondante transpiration.

Non, vraiment, il ne faut pas avoir peur d’un vomitif; car, lorsqu’il est franchement indiqué, évidemment nécessaire, il est si efficace, si bienfaisant, que souvent les malades, après en avoir eu peur, se prennent pour lui d’une touchante reconnaissance. 11 est vrai qu’alors la torture est passée, et, comme le dit un poète, c’est avec bonheur qu une fois arrivé au port le matelot, battu par la tempête, se rappelle les périls qu’il a courus et les naufrages qu’il a surmontés.

Il est une autre considération bien capable de donner courage, c’est que les malaises, transes et douleurs causés par un vomitif sont toujours, quand on sait s’y prendre, de fort courte durée ; il ne s’agit que d’y aller résolument, de faciliter les vomissements par une grande quantité d eau tiède, etc. J expliquerai toutes ces manœuvres un peu plus bas.

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