II. — Manière de prendre un vomitif
Evidemment la manière de prendre un vomitif varie suivant l’agent pharmaceutique choisi pour provoquer le vomissement. Tantôt on prescrit la poudre d'ipécacuana;' tantôt le tartre slibié, vulgairement appelé émétique; tantôt, enfin, pour les enfants délicats ouïes malades trop difficiles, on prescrit un sirop qui contient de l’émétique ou de 1 ipécacuanha.
Règle générale, on ne doit prendre un vomitif qu’à dose fractionnée, c’est-à-dire en plusieurs fois à un quart d heure ou une demi-heure d’intervalle, et la raison c’est que le médicament capable de déterminer des vomissements est un poison en miniature, et que, introduit d’un seul coup dans l’estomac, il y pourrait déterminer de l’irritation, de l'inflammation, des accidents.
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J’ai cité l’émétique et I’ipécacuana, parce que ce sont les médicaments vomitifs le plus communément employés; et, à ce sujet, il me faut une bonne dose de sagesse, je vous assure, pour ne point réclamer contre les décisions des corps savants et contre les absurdités des facultés et académies.
Croiriez-vous qu’il a fallu plus de diplomatie pour faire admeltre en France l’usage de l’ipécacuana et de l’émétique qu’il n’en faudra jamais pour faire accepter les plus étranges décisions de la politique? Vous imagineriez-vous jamais qu’à l’apparition de l’émétique il s’éleva de telles clameurs contre ce bienfaisant médicament, que l’on en fit une affaire d’Etat, et qu’on voulut le proscrire de par le roi, la loi et la justice? — Pauvres corps savants, gangrenés par ces vers rongeurs qu’on appelle préjugés, paresse et camaraderie, votre inutilité et vos erreurs ridicules se démontreraient péremptoirement par l’histoire détaillée des réprobations et comptes rendus lancés contre l’émétique et l’ipécacuana! ...
L’ipécacuana en sirop ou en poudre est un peu moins perturbateur que l’émétique en sel ou en solution. Le premier agit bien rarement sur les intestins; le second, au contraire, purge en même temps qu’il fait vomir, c’està-dire qu’il agit par haut et par bas.
Quand on donne le sirop d’ipécacuana, et c’est le vomitif que je préfère pour les tempéraments délicats, pour les jeunes filles, pour les enfants, on le prescrit suivant l’âge des personnes, à la dose de trente, quarante-cinq, soixante ou même soixante-quinze grammes. On doit alors le faire prendre par cuillerée à bouche, à la distance de dix à quinze minutes. Voici, dans ma pratique personnelle, comment je conseille de l’adminirtrer aux enfants.
Les enfants ont encore plus de crainte des médicaments
que les grandes personnes les plus méticuleuses ; il faut avec eux agir de ruse et s’arranger de manière à franchir la barrière de la répugnance. C’est pourquoi je choisis pour eux le sirop. Un sirop est toujours sucré, toujours plus ou moins flatteur pour le palais. La dose que j’indique pour les enfants de deux à trois ans est de trente grammes; pour les enfants de trois à sept ans, de quarante-cinq à soixante grammes. Et voici ce que je dis aux personnes chargées d’exécuter mon ordonnance : Vous n’avertirez pas l’enfant qu’il s’agit d’une médecine, d’un médicament, d’un vomitif, car vous le préviendriez fâcheusement contre le sirop et vous pourriez susciter une telle répugnance, qu’il vous serait impossible de le faire boire. Annoncez tout simplement un bon sirop, et, comme tous les enfants ont un goût prononcé pour le sucre, les confitures et tout ce qui est sucré, votre médicament sera accueilli avec plaisir; mais alors profitez de l’accueil, c’est-à-dire donnez deux cuillerées à bouche de sirop d’ipécacuana, tout de suite, coup sur coup; car, dès que le vomitif aura produit du barbouillement d’estomac, un peu de malaise et quelques nausées, vous aurez bien du mal à en faire accepter davantage. Au reste, des que vous êtes arrivé aux nausées, vous avez atteint le but, il ne s’agit plus, pour parfaire 1 œuvre, que de faciliter les vomissements avec de l’eau tiède.
Offrez cette eau comme un moyen de faire disparaître promptement les nausées. Au fond du verre rempli d’eau tiède, mettez, s il est besoin, un petit morceau de sucre ; en un mot, déployez beaucoup d’adresse et de diplomatie et vous gagnerez la partie.
, Quelquefois, avec les tout petits enfants, il faut amr d'autorité et se montrer presque brutal. On bouche le nez du marmot en le pinçant un peu ; l’enfant ouvre forcément la bouche pour respirer, et c’est alors que, en renversant
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la tête en arrière, on profite de la bouche ouverte pour introduire la cuillerée de sirop et la faire avaler.
— Quelle cruauté! quelle barbarie! vont s’écrier des lectrices ultra-sensibles.
— Mesdames, ce que je conseille là, je l’ai pratiqué moi-même pour mes enfants, et je puis vous certifier que je les aime trop pour être cruel ou barbare envers eux.
D’ordinaire, quand j’ai déterminé la dose de sirop d’ipécacuana qui me paraît nécessaire pour amener le vomissement, je conseille de lanlonner par fraction, par cuillerées à bouche, en ayant soin de mettre entre l’ingestion de chaque cuillerée un intervalle de dix à douze minutes.
S’il s’agit de la poudre d'ipécacuana, j’en prescris habituellement quatre paquets de trente centigrammes chacun, à prendre de quart d’heure en quart d’heure.
J’ai vu des malades courageux mettre cette poudre dans un demi-verre d’eau et l’avaler de cette manière; mais je ne vois aucune nécessité d’affronter ainsi l’amertume (cette poudre est fort amère), une répugnance instinctive et un redoutable dégoût; je recommande d’envelopper chaque prise d’ipécacuana dans ce que l’on appelle pain enchanté; ainsi habillée, en effet, la poudre ne peut être sentie par les organes du goût, elle passe par l'arrièregorge et tombe dans l’estomac comme une lettre à la poste.
J’aurai l’occasion, au chapitre des pilules, d’indiquer minutieusement la manière de mettre en usage le pain enchanté; c’est pourquoi, en ce moment, je n’entrerai pas dans plus de détails sur ce sujet.
Quand j’ordonne l’émétique, c’est le plus souvent à la dose de cinq centigrammes; je fais partager le paquet qui contient celte dose en trois portions à peu près égales, cl, chacune de ces portions étant mise dans un verre d’eau pure, on doit boire les trois verres d’eau dans l’espace
d’une demi-heure, c’est-à-dire en mettant entre chaque verre l’intervalle d’un quart d’heure.
L’émétique est une petite poudre blanche, fine comme de l’amidon, soluble comme du sucre, et qui, prise à celle dose, ne communique à l’eau aucun mauvais goût.
Quelques personnes croient bien faire en mettant l’émétique dans de l’eau tiède : elles ont tort; l’eau tiède peut provoquer un trop prompt vomissement, et l’émétique se trouve ainsi rejeté avant d’avoir suffisamment séjourné dans l’estomac.
Toutes les fois que je prescris l’émétique, je fais prendre chez le pharmacien, non pas un paquet, mais deux paquets semblables de la poudre vomitive, et j’en explique ainsi la raison.
— Très-probablement le malade n’aura besoin que d’un seul paquet; vous le partagerez en trois, vous ferez fondre chacune des portions dans un verre d’eau, et vous ferez prendre de quart d’heure en quart d’heure. Mais si, une demi-heure après le dernier verre avalé, vous n’obteniez ni malaise, ni nausées, vous ouvririez alors le second paquet. Vous le partageriez entrois comme le premier, et, vous donneriez, de ces trois portions, ce qu’il faudrait pour déterminer le vomissement, en observant toujours de mettre entre chaque prise l’intervalle d’un quart d’heure.
Par contre, j’avertis que si, des trois portions du premier paquet, deux suffisaient pour faire abondamment vomir, il serait tout à fait inutile de donner la troisième.
Mille pardons de tous ces détails; mais, sur un sujet de cette nature, je crois rendre service en ne reculant devant aucune minutie.
J’ai bien d’autres renseignements à donner, ma foi ! et, pour procéder avec méthode, je veux les partager en trois séries. Et, supposant qu’il s’agit d’administrer un vomi-
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tif à un malade, je m’en vais dire ce qu’il faut faire avant, pendant et après.