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DES PILULES

C# — Côté par lequel nous devons envisager ectie question.

Les pilules et leur préparation exigent des connaissances vraiment scientifiques. 11 faut de la science, de la conscience et de l’habileté pour préparer et doser les ingrédients qui doivent entrer dans telle ou telle pilule. Une pilule dépend à la fois du médecin, du pharmacien et delà garde-malade. Le médecin l’ordonne, le pharmacien 1 exécute, la garde-malade doit la faire avaler : c’est là tout son rôle, toute sa part dans la besogne médicatrice, et, comme je le démontrerai, ce n’est pas un devoir sans importance;, l’ignorance ou la négligence pourraient, en pareil cas, causer des désappointements et des dangers.

Nous supposons donc la pilule toute préparée ; elle est là en compagnie de plusieurs autres dans une petite boîte plus ou moins coquette : cette boîte a été rapportée de chez le pharmacien, empaquetée, ficelée, cachetée, et portant l’étiquette sacramentelle : Pilules suivant la 'formule.

J ai toujours admiré le talent et la patience des pharmaciens pour l'empaquetage et le choix coquet de leurs

iûG ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ.

petits cartonnages. Le client est impatient et marronne intérieurement sur sa chaise d’attente.

— C’est pressé! a dit le médecin, très-pressé!

— Une seconde encore, monsieur ; c’est Uni à la minute.

Hélas ! les minutes de pharmacien ressemblent un peu aux minutes des restaurateurs.

N’importe! le médicament est arrivé; il ne s’agit plus que de l’administrer aux heures et aux doses indiquées par le docteur. Étudions ce petit chapitre.

H. — Difficultés que l’on rencontre souvent pour ava'er ou faire avaler (les pilules.

Oui, vraiment, l’on rencontre des difficultés.

11 est des personnes qui ont beau se résigner le plus héroïquement du monde à cette petite opération, elles ont dans leur gosier des obstacles presque invincibles, et elles se trouvent empêchées par une espèce d’impossibilité fort décourageante. Elles enfoncent la pilule jusqu’à la base de leur langue ; elles la poussent avec une petite cuiller, quelquefois même avec les doigts ; mais 1 isthme du gosier se contracte et se ferme, le voile du palais se crispe et renvoie sur la langue la malencontreuse boulette. Alors le malade avale un grand verre d’eau, il renverse la tête et tend le cou comme un poulet en train de se désaltérer; la pilule résiste au torrent liquide qui voudrait l’entraîner, elle se loge dans un coin de la gorge, elle se cramponne à la langue; bref, elle reste dans la bouche quand elle devrait descendre dans 1 estomac.

Le malade, découragé, s’écrie piteusement ; Je n’en viendrai jamais à bout. J’ai le gosier trop petit.

Notez que ce gosier trop petit avale de grandes cuillerées de soupe, des morceaux mâchés plus volumineux

l’art de soigner les malades.

que des amandes ; pourquoi donc ne peut-il pas laisser passer une pilule grosse à peine comme un petit pois?

C’est que le dégoût et la répugnance s’en mêlent; c’est qu’il survient à la gorge un spasme qu’il faut rompre, un effet nerveux qu’il est urgent de surmonter.

III, — moyens employés d ordinaire pour faire avaler

«les pilules.

1° Et d’abord si on trouve la pilule trop grosse, il est facile de la prendre en deux fois, c’est à dire de la couper en deux.

— Mais, monsieur, la pilule ne sera plus ronde, et ne roulera plus vers le gosier?

— Ronde, déjà elle ne roulait pas ; demi-ronde, c’està-dire moitié plate, elle pourrait sinon rouler, du moins glisser plus facilement. Essayez. Au reste, si vous tenez à la rondeur, rien ne nous empêche de l’obtenir.

Le pharmacien donne aux pilules la forme sphérique en roulant tout simplement chaque pilule entre son pouce et son index.

Faites ainsi vous-mêmes; roulez l’un après l’autre les deux morceaux de pilule, et vous obtiendrez deux petites boulettes aussi rondes que votre caprice pourra le désirer.

Quelques malades disent, au contraire : j’avalcrais-bien les pilules si elles étaient piales, mais rondes elles ne peuvent pas glisser. — Aplatissez, messieurs, aplatissez. Faites-les carrées, donnez-leur toutes les formes imaginables. Vous comprenez qu’une pilule n’agit comme médicament que par sa composition; la forme est absolument facultative, c’est-à-dire qu’elle peut se plier à tous les goûts.

2 On peut mettre la pilule dans une cuillerée de soupe

ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ

entre deux morceaux de pain Lien trempés. Cette cuillerée mise dans la bouche dégringole ordinairement jusqu au fond de 1 estomac sans la moindro difficulté ; le bouillon entraîne le pain, le pain entraîne la pilule; le médicament passe ainsi sans obstacle et sans réclamation.

Malheureusement nombre de malades condamnés à des pilules ne peuvent manger de la soupe, et d’ailleurs beaucoup de pilules ne peuvent être prises en mangeant.

oü On a encore imaginé d’envelopper la pilule dans une préparation sucrée, de dorer en quelque sorte le médicament, non point par le procédé Ruolz, mais au moyen d’une petite gourmandise.

Ainsi on a caché et l’on cache bien souvent des pilules :

— Dans un grain de raisin sec ou vert,

— Dans un morceau de pruneau,

— Dans une cuillerée de pomme cuite,

— Dans de la gelée de confitures,

— Etc., etc., etc.

Tous ces moyens sont bons quand ils réussissent ; mais les sucreries empâtent la bouche, et s’il faut donner un certain nombre de pilules, on se trouve arrêté par la barrière terrible que l’on appelle satiété.

Et puis, chez les malades méticuleux, le déguisement n’est pas assez complet. Ce n’est pas le goût d’une pilule qui fait crisper le gosier, c’est la crainte et le dégoût. Il suffît que le palais constate un corps dur, il suffît qu’il sente au milieu du petit gâchis sucré, qu’il soumet à son contrôle, une boulette résistante qui n’a pas un goût ordinaire, pour que l’alarme soit donnée à la porte du domaine digestif; la luette, en bon douanier, s’oppose à la contrebande, le gosier se met en colère et ne veut rien laisser passer.

Que de fois j’ai vu tout l’entourage d’un malade mis en émoi parce que, malgré tous les biais, tous les

moyens, tous les déguisements, les pilules ordonnées ne pouvaient point entier.

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