IV. — Moyen pins sûr et plus cxpédiïîf
Trouver pour les pilules un déguisement, une enveloppe qui n’empâte pas la bouche, qui ne charge pas l’estomac de matières alimentaires, et qui forcent mécaniquement le médicament à passer, tel est le problème.
Or la solution de ce problème est facile. Il s’agit tout simplement d’envelopper la pilule avec du pain azyme, appelé encore pain à chanter, autrement di^pain d’hostie.
L’hostie n’a aucun goût ; elle est assez légère pour ne point embarrasser le tube digestif, et, enfin humectée, l’hostie devient si glissante, que la moindre pression force la pilule qu’elle entoure de traverser le détroit du gosier.
Pour cette petite opération, il faut avec la pilule une cuiller à bouche, un verre d eau, un pain à chanter.
1° On trempe la cuiller dans le verre d’eau, et on l’en retire verticalement, de façon qu’elle ne reste qu’humide. On prend cette cuiller de la main gauche et on la tient horizontalement.
On plonge rapidement dans le verre d’eau le morceau de pain à chanter.
Je dis rapidement, parce que si on laissait le pain azyme un instant dans l’eau, il y pomperait trop d’humidité, il deviendrait trop mou et se déchirerait à la moindre manœuvre.
De meme, je recommande de tremper préalablement la cuiller dans l’eau, parce que si cette cuiller était toute sèche, le pain à chanter mouillé pourrait se coller au métal.
7)° Etlecli vement, on place 1 hostie humide dans la cnil-
ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
1er vide. L’hostie, devenue flexible, prend la forme cou cave, c’est-à-dire la forme de la cuiiler à bouche.
On lient la cuiller d’une main, et de l'autre on trempe l’hostie dans l’eau.
°940n dépose la pilule sur l’hostie.
5° On entoure la pilule avec l’hostie devenue flexible.
Quand l’opération se fait en famille, on peut agir avec les doigts; quand on prépare la pilule pour un malade
étranger, pour une personne dégoûtée, on prend une cuiller à café, et avec la pointe de la cuiller on relève les morceaux de l'hostie, on l’entoure autour de la pilule; bref, on forme une espèce de bol, que notre graveur a représenté.
Pilule empaquetée avec l’hostie.
6° Le bol est prêt, la pilule est déguisée; mais, pour que la descente du médicament soit plus facile, il faut avec cette préparation avaler un peu d’eau pure.
Eau ajoutée dans la cuiller.
En effet, le bol mis à sec dans la bouche pourrait s’v trouver arrêté en se collant au palais, à la langue ou à l’un des côtés du gosier; il faut de l’eau, de l’humidité. On
peut employer quelques gouttes de la boisson ordinaire du malade.
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ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
Après avoir ramené le bol sur le devant de la cuiller, on remplit !a concavité de celte cuiller du liquide nécessaire avec une autre cuiller, ou mieux avec une cuiller à café.
Recommandation : Une fois que tout est préparé, dès que la pilule entourée de pain à chanter est placée sur le bord de la cuiller et que cette cuiller est pleine de liquide, il faut faire avaler bien vite; autrement le pain azyme, trempant dans le liquide, s’y ramollirait de telle sorte, qu’il pourrait s’ouvrir dans la bouche et laisser la pilule à nu sur le palais. Évidemment, en pareil cas, l’opération serait manquée, c’est-à-dire que la pilule déterminerait de la répugnance, ne serait pas avalée ou le serait à grand’ peine.
Voilà toutes mes explications données. Je désire qu’elles soient bien comprises, et par conséquent bien exécutées; car, alors, j’ai la conviction que j’aurai rendu service à nombre de malades.
Les grands seigneurs de la science, les écrivains qui dédaignent les questions minimes, les savants qui se lancent dans les nuages des nouveautés avec l’intrépidité de nos aéronautes à la mode, trouveront sans doute tout ce chapitre bien futile. On m’a déjà demandé assez niaisement si j’apprendrais à mes lecteurs la manière la plus hygiénique de se moucher.
Riez ! plaisantez ! messieurs ; conservez vos théories nébuleuses ; déclamez votre langage si souvent incompréhensible ; restez roides et dignes comme vos cannes à pomme d’or, gardez vos mots empesés et vos cravates idem. Vous êtes les cicerone des domaines réservés, les guides des montagnes réputées inaccessibles. — N’y perdez pas ceux qui vous suivent, et je suis prêt à chanter vos louanges! Quant à moi, je reste dans la grande route, dans les sentiers battus, que tout le monde ne connaît pas, mais que
chacun devrait connaître; j’espère y rendre quelques services, services sur lesquels il n’est pas fort logique de plaisanter en donnant pour raison qu’ils sont tout différents des vôtres.
Soyez de bon compte : n’avez-vous pas rencontré dans votre savante pratique bien des circonstances où la guérison, la vie même, dépendaient de quelques pilules?
Tantôt il s’agit de pilules antispasmodiques destinées à rompre les plus violents accès ;
Tantôt il est question de pilules antipériodiques; une fièvre intermittente est déclarée, et cetle fièvre a des caractères pernicieux; un premier accès a jeté par terre, et le second peut tuer tout à fait; il faut du sulfate de quinine en pilules; le temps presse et l’on ne peut compter assez sur l’absorption intestinale, c’est-à-dire qu’on ne peut donner le sulfate de quinine en lavement ;
Montrer en pareil cas la manière de faire prendre les pilules, indiquer les moyens de rompre toutes les répugnances, de surmonter tous les dégoûts du fébricitant, c’est lui sauver littéralement la vie.
Je crois donc le rôle encore assez honorable.