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VI. Comment faire prendre les sangsues

Premier moyen : le linge et la main. — Le moyen le plus simple, le plus généralement employé pour appliquer des sangsues par les personnes qui n’en ont pas peur, est de les appliquer avec la main.

Avec la main, entendons-nous! la sangsue pourrait fort bien piquer la peau de l’opérateur, au lieu de mordre celle du malade. En conséquence, on prend un morceau de linge, on forme un godet avec les dogts, on tapisse ce rrodet improvisé du morceau de linge en question ; c’est dans le linge qu’on dépose les sangsues. Je n’ai pas besoin de détailler beaucoup cette petite manœuvre, tout le monde la comprendra.

Une fois les sangsues dans le linge, on applique ce

linge sur la région où l’on veut que les petils animaux mordent. On les maintient en place avec la main ; toutefois on doit laisser la main en dôme et s’arranger pour n’appuyer qu’aux limites, car il faut une suffisante carrière aux pérégrinations des petites sanguinaires; autrement, gênées dans leurs mouvements, craignant d’être écrasées, au lieu de songer à mordre, elles mettraient tout leur instinct, elles emploieraient tous leurs efforts à se dérober à une étreinte incommode.

Par exemple, on peut les stimuler en les pinçant un peu à travers le linge qui les renferme, on peut aussi imbiber ce linge d’une solution excitante.

L’irritation produite sur les sangsues par le vin, par le vinaigre, est tellement efficace, que dans les hôpitaux de Paris, et notamment à l’Ilôtel-Dieu, on trempe de vin pur ou de vinaigre étendu le morceau de linge qui sert à maintenir ces petits animaux sur la partie malade. Excitées de la sorte, les sangsues mordent avec une promptitude incroyable.

Second moyen : le verre vide. — Il est des personnes à qui 1 aspect seul des sangsues inspire une réelle répugnance, et qui pour rien au monde ne consentiraient à les sentir grouiller sous leur main. Celles-là prennent un verre à boire, elles y mettent les petits animaux, et elles appliquent les bords du verre sur la région qu’il s’amt de saigner.

Ce moyen, que j’admets volontiers, est loin d’être aussi expéditif que 1 autre ; les sangsues rampent et se promènent sur les parois du verre avec un flegme désolant, elles s y gioupent et s y tapissent dans un coin d’une faço.n taquinante. L’opérateur a beau regarder, a beau désirer, il ressemble au pêcheur à la ligne dont les appâts n'attirent absolument rien.

Troisième moyen : le verre et l’eau froide. - J’ai lu

l'2 ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ.

dans un journal anglais les détails d’une manœuvre que je n’ai point encore expérimentée, mais dont notre confrère d’outre-mcr dit merveilles. Quand on veut se servir d’un verre pour appliquer des sangsues, il conseille de chauffer d’abord la région sur laquelle on veut les appliquer en lavant la peau avec de l’eau chaude, en l’essuyant avec des serviettes brûlantes; puis, au lieu de prendre un verre vide, on le remplit au quart d’une eau bien froide, on plonge dans celte eau les sangsues, et, alors, avec beaucoup de dextérité, prenant bien soin de ne rien répandre, on applique les bords du verre sur la région préalablement chauffée; il paraît que si les sangsues aiment le sucre, elles aiment aussi beaucoup la chaleur, car, instantanément, dit le médecin anglais, les sangsues se précipitent sur la peau chaude, et elles piquent si vite et si bien ensemble, que l’on ne sent qu’une seule piqûre. Alors, soulevant un des coins du verre, on reçoit l’eau qui s’en échappe, soit sur une éponge, soit dans une cuvette; et, toutes les sangsues ayant mordu, on les laisse à leur sanguinaire succion.

Quatrième moyen : la pomme. — Enfin il est un moyen à la portée de tout le monde, facile à employer, dans les campagnes surtout, c’est l’emploi d’une pomme. Expliquons-nous bien.

On prend une pomme, on la coupe horizontalement à sa partie supérieure, puis on la creuse avec un couteau, et pour celte opération un couteau rond est beaucoup plus commode qu’un couteau pointu ; on creuse, on creuse de manière à faire de la pomme un récipient, une sorte de tasse. Dans ce vase végétal, on met toutes les sangsues, et l’on applique la pomme par ses bords, absolument comme on appliquerait un verre. L’acide de la pomme déplaît considérablement aux sangsues, ou du moins il les agace, les excite si bien, que, fuyant la pomme, elles se jettent sur la peau, et se consolent en prenant pâture.

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