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V. — Des ventouses à pompes

C’est de l’Allemagne, si je ne me trompe, que nous est venue l’invention des ventouses à pompes.

Dans celle-ci, le vase présente à sa partie supérieure une tubulure munie d’une vis; au moyen de la vis, on adapte au vase un petit corps de pompe aspirante. Pour opérer, on applique le vase sur la partie que l’on veut ventouser, et, faisant agir le piston, on retire l’air contenu dans la ventouse.

En traitant un pareil article, j’ai voulu me mettre au courant des améliorations obtenues dans la confection de ces instruments, et je me suis rendu chez M. Char-

ncre, où j’ai été reçu aussi cordialement que si j’étais entré pour le féliciter de sa nomination au grade d’ofticier de la Légion d’honneur. Là j’ai vu, 1° des verres à robinet, dont on comprendra l’importance. Lorsque le vide est suffisamment établi dans la ventouse, on terme le robinet, et, en ôtant le corps de pompe, on peut laisser la ventouse en place autant de temps que l’on veut.

Sur cette petite cloche à robinet, la pompe se monte à frottement et non plus à vis, comme autrefois, ce qui occasionnait une perte de temps considérable.

2° La plupart des fabricants cimentent leurs verres avec le robinet. Qu’ arrive -t- il? c’est qu’il faut à chaque verre un robinet pour lui ; c’est que si le verre vient à se casser, on est contraint, pour y faire cimenter sur d’autre verre le robinet désormais inutile, de recourir au fabricant. Eh bien, j’ai vu des robinets montés à vis sur le verre, le verre étant entouré d’un fil ciré. De cette manière, en se précautionnant de quelques vases de rechange, si l’un des verres vient à casser, on peut sur les autres verres remonter soimême les robinets.

3° Enfin, j’ai vu un verre à soupape, c’est dire qu’il n’y a plus besoin de robinet. On pompe, on pompe, et après chaque aspiration la soupape fermant la ventouse permet d’en ôter la pompe aspirative, quand et aussi vite que l’on peut; c’est plus expéditif, et à ce qu’il paraît notablement meilleur marché.

Ce que je ne puis passer sous silence, ce sont les ventouses imaginées, dans ces derniers temps, par M. Junod.

Ce médecin, ayant reconnu les heureux effets obtenus de l’application des ventouses ordinaires sur certaines parties du corps, a pensé qu’il pourrait être plus avantageux encore de soustraire à la pression atmosphérique des régions étendues ; il a donc fait construire des ventouses dè dimensions extraordinaires, des ventouses-monstres, quoi! Ce

sont des espèces de sacs métalliques de grandeur variable, ayant une capacité suffisante pour pouvoir loger dans leur intérieur, soit tout le bras, soit toute la jambe. A cette immense ventouse est adapté un tube à robinet qui s’adapte à un tube flexible, lequel tube se visse à un gros corps de pompe. Chaque grande ventouse est garnie à son entrée d’un manchon en caoutchouc, adapté à la circonférence de l’ouverture. On fait le vide à l'aide de la pompe, et dès que le vide commence, la pression extérieure maintient le caoutchouc appliqué sur la peau; sans qu’il soit besoin d’y laisser la main, la ventouse se trouve ainsi fermée.

On voit alors survenir des phénomènes analogues à ceux qui sont produits parles ventouses ordinaires; toute la peau du membre rougit, se tuméfie légèrement par l’afflux du sang, le malade y éprouve un picotement et un sentiment particulier de pesanteur et de tension. On rétablit l’équilibre entre l’air extérieur et l’air intérieur au moyen du robinet.

Sans doute l’application de pareilles ventouses n’est point du ressort des garde-malades; mais j’ai cru devoir les expliquer pour mettre mes lecteurs au courant de la science; et puis il ne serait pas impossible que des parents, des personnes bienfaisantes, de bonnes sœurs de charité surtout, aient occasion de présider à l’application de ce genre de ventouse. Dans ce cas, je leur recommande, dans les temps froids et glacials, de faire chauffer un peu les cylindres et spécialement les manchons de caout-chouc, afin que ces manchons soient souples et bien élastiques.

VI, ■ — Des ventouses scarifiées et de leur importance.— Leur mécanisme. — Précautions à prendre.

Nous arrivons au cœur de la question, aux détails qui,

seuls, ont amené tout cet article, au moyen enfin de tirer du sang par la ventouse.

Je l’ai dit à l’article sangsues; le prix de ces petites bêtes va toujours enaugmenlant, et, quandil faut payer six, sept sous une sangsue, il y a bien des petites bourses qui grimacent, bien des malheureux qui refusent, bien des familles qui, voulant cacher leur misère, écoutent l’ordonnance, paraissent décidées à l’exécuter; mais, le médecin parti, la réflexion arrive, l’argent ne foisonne pas dans le ménage, il faut en garder pour vivre; les sangsues, d’ailleurs, ne sont peut-être pas absolument nécessaires (réflexion suscitée par un désir d’cconomie), et alors on suspend, on attend, on n’exccute pas.

Et puis, les sangsues manquent, il faut aller les chercher à plusieurs lieues, et cependant la saignée locale est urgente. Or le meilleur et le plus expéditif moyen est, sans contredit, la ventouse scarifiée.

Pour pratiquer une ventouse saignante scarifiée, il faut, comme je l’ai déjà dit plus haut, appliquer d’abord une ventouse sèche ; puis on relire le vase et l’on fait, sur la partie ventousée, plusieurs incisions superficielles intéressant seulement la peau : après cela on réapplique la ventouse, soit la ventouse à chaleur, soit la ventouse à pompe, soit, enfin, un aspirateur quelconque.

Le vide aspire et favorise l’écoulement du sang. On voit alors ce liquide sortir d’abord rapidement, puis s’écouler de plus en plus lentement et former un caillot qui s’élève peu à peu dans l’intérieur du vase. Il arrive un moment où, le sang, prenant ainsi dans le vase à ventouse la place laissée libre par la raréfaction de l’air, refoule celui-ci et l’amène à un étal de densité tel, qu’il y a équilibre entre lui et l’air extérieur. La ventouse ne tient plus alors et tombe si on n’a pas la précaution de la retirer à temps. On conçoit que le sang s’écoule par les scarifications en quantité

d’autant plus grande que l’air de la cloche est plus raréfié elle vide mieux établi . Du reste, si, après la chute de la ventouse, on trouve que les petites plaies n’ont pas fourni assez de sang, on les lave avec de l’eau tiède, et l’on réapplique la ventouse autant de fois qu’il paraît nécessaire. Aussitôt que le verre est posé, si le vide a été suffisamment établi, on voit reparaître l’écoulement sanguin.

On peut faire les scarifications avec un bistouri, avec une lancette ; mais trouvez donc un homme qui ne soit pas du métier, qui se résigne à faire des plaies, à couper la peau, si superficiellement que ce soit! Son cœur battra outre mesure, sa main tremblera malgré lui, et il fera mal parce qu’il craindra de mal faire. Aussi faut-il un moyen mécanique, un instrument qui puisse, en quelque sorte, agir tout seul et sans aucune espèce de danger. C’est pourquoi on a confectionne le scarificateur.

Le scarificateur est un petit instrument à l’aide duquel on pratique, à la fois, un grand nombre de coupures ou plaies linéaires et superficielles. C est une petite boite en

cuivre, dans l’intérieur de laquelle sont rangées huit, il n 1 1 7p voire même seize lancettes fixées par leur talon sur

VES. — ftu'cst-cc que le scarificateur?

Scarificaleuf.

L’AlVi' I)ü SOlGiSEil LES MALADES.

rolalion rapide à l’aide d’un ressort qu’on tend et qu on lâche à volonté. Au moyen de ce mouvement de rotalion, la pointe de chaque lancette décrit un demi-cercle complet; une des faces de la boîte de cuivre est percée de fentes longitudinales, par lesquelles passent les lancettes au moment de leur excursion : c’est le couvercle de la boîte ; ce couvercle se visse de telle sorte que plus on le visse, plus on le rapproche de l’axe mobile qui supporte les lancettes plus, par conséquent, les lancettes font saillie ; moins on l’enfonce, au contraire, moins les lancettes paraissent et moins elles coupent par conséquent.

En vissant ou dévissant le couvercle, on ne laisse passer que ce qu’on veut

des lancettes.

Examinez bien le mécanisme; je viens de vous montrer l’instrument. Vous apercevrez en bas une sorte de clef : c’est avec cette clef que l’on arme le scarificateur; on l’arme en deux temps comme un fusil. Essayez, tournez la clef de droite à gauche. Cric !

Voyez-vous toutes ces lancettes qui montrent toutes leurs dents sanguinaires. Crac ! les voilà disparues, mais prêtes à opérer leur sanglante évolution. Toussez le petit

ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ

boulon, c’est comme si vous mettiez le doigt sur la détente d’un pistolet. Pouf! le coup est parti.

Eh bien, pour régler la profondeur des blessures que l’on veut faire, il ne faut armer que le premier temps; les lancettes sc trouvent droites, vous vissez et dévissez le couvercle de manière à ne laisser passer de l’instrument que ce que vous voulez qui morde, ou plutôt coupe la peau.

Ceci posé, rien de plus facile que de comprendre l'emploi du scarificateur : l’instrument une fois armé, c’est-àdire le ressort tendu et les lames rentrées dans l’intérieur de la boîte, on applique bien exactement, sur la partie que l’on veut scarifier, la plaque fenêtrée du petit instrument. Y est-il bien? oui ! — Poussez le bouton alors, c’est-à-dire lâchez la détente! A l’instant les lames font leur évolution, sortent par une extrémité de la fente et rentrent par l’autre, et, nécessairement, elles divisent, en passant, la peau dans une profondeur proportionnée à la saillie qu’elles font à l’extérieur.

Le mouvement est si rapide que la douleur est en quelque sorte escamotée ; les personnes les plus sensibles peuvent donc faire rqanœuvrer le scarificateur sans craindre d’accident et sans avoir peur de la souffrance qu’il produit.

Pourquoi donc voit-on si peu de personnes employer les scarificateurs? Oh! d’abord, c’est quelles ne connaissent pas bien l’instrument et que tout ce qui coupe fait peur, et puis c’est que les médecins eux-mêmes ont calomnié et calomnient celte utile et ingénieuse mécanique.

Ils vous diront d’abord : Oh! les scarificateurs sont des instruments fort chers.

Pour 12 francs on peut se procurer un scarificateur à huit lames.

Pour 15 francs on en a un de douze lancettes.

Or, combien de sangsues ne pourrait- on pas remplacer pour ces 12 ou 15 francs? On dit surtout : l’instrument

est compliqué, il est difficile à tenir propre et en bon état. Oui, le nettoyage est minutieux, il est difficile quand on n’a là-dessus aucun renseignement ; mais je m’en vais tâcher, à l’aide de quelques figures, avec quelques explications à la portée de tous, d’élucider et de simplifier cette importante question.

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