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III. — Des ventouses sèches et des ventouses scarifiées

On désigne sous le nom de ventouses tous les moyens employés pour soustraire une partie du corps à la pression atmosphérique.

On distingue en chirurgie deux sortes de ventouses ; la ventouse sèche, qu’on laisse appliquée sans chercher à produire d’écoulement sanguin ; et la ventouse humide ou scarifiée , qui consiste à poser d’abord une ventouse sèche, puis à l’enlever et à faire à la même place une ou plusieurs incisions dans le but d’obtenir un écoulement de sang, saignée que l’on rend plus abondante en appliquant par-dessus une ventouse en action.

Il semble que, dans le chapitre des saignées locales, je ne devrais m’occuper que des ventouses scarifiées ; mais, comme la ventouse sèche est en quelque sorte le premier temps de la ventouse humide; comme, du reste, la ventouse sèche peut être d’une application utile dans une foule de maladies, je ne puis oublier que je travaille à faire de bons garde-malades, et je vais entrer dans tous

les renseignements nécessaires pour bien appliquer les ventouses sèches.

J’ai vu des maux d’estomac, des crampes intestinales, des coliques de foie, céder instantanément à une ventouse sèche bien appliquée.

IV, — Des ventouses appliquées A l’aide de la chaleur (ventouses simples).

Les fabricants d’instrumentsde chirurgie confectionnent, pour l’application des ventouses, de petits vases en verre qui ont la forme de cloches; ces vases sont ronds, ovalaires ou renflés dans leur concavité, beaucoup se trouvent surmontés d’un bouton qui permet de les saisir; la condition la plus importante, c’est que les bords de ces vases soient épais et arrondis, afin que, pendant l’aspiration, ils ne puissent écorcher ou couper la peau.

Mais je m’adresse aux gens du monde; je parle ici à des garde-malades qui n’ont point de verres à ventouses sous la main ; il est bon de leur apprendre qu’un simple verre de cuisine peut remplir l’office de toutes ces petites cloches ; ainsi donc, courons à l’office, ouvrons le buffet et choisissons convenablement nos verres! C’est ici surtout qu’il faut examiner les bords et choisir les plus épais; il faut, en promenant ses doigts sur le cercle tout entier du verre, s assurer qu’il ne s’y trouve ni la plus petite entaille, ni la moindre aspérité.

Le moyen le plus simple pour appliquer une ventouse est de raréfier 1 air dans les vases employés, au moyen de la chaleur.

La chaleur, tout le monde le sait et peut d’ailleurs s’en convaincre par des observations et réflexions faciles, dilate 1 air atmosphérique; or, dilater l’ait* contenu dans un vase, c est le raréfier. Vous comprenez, en effet, que

lî!4 ENCYCLOPÉDIE DE Là SANTÉ.

1 air dilate, c’est-à-dire élargi, occupe plus de place que lorsqu’il est condensé; comme il occupe plus de place, /I faut bien qu’au moment de la dilatation, l’air qui ne peut rester dans le vase s’ en échappe par l’ouverture encore béante; crac! vous appliquez cette ouverture sur une surface qui la bouche hermétiquement; qu’arrive-t-il? c’est que l’air momentanément raréfié par la chaleur se refroidit bientôt et se condense, un vide plus ou moins exact se produit, et la ventouse entre en action.

Tout cela est de la théorie : expérimentons.

Vous avez choisi votre verre; maintenant il vous faut line lampe allumée, ou tout simplement une chandelle; il vous faut des morceaux de papier que vous tordez en papillottes pour qu’ils ne brûlent pas tout d’un coup : c’est bien.

Mais d’abord essuyez votre verre scrupuleusement avec une serviette chaude, ou du moins bien sèche; car, s’il restait dans un coin du vase la moindre parcelle d’humidité, le papier enflammé que vous allez y plonger pourrait faire éclater le verre.

Le verre est prêt, agissons. Nous allons mettre une ventouse sur le dos de ce pauvre malade qui en a véritablement besoin. Faisons asseoir le malade afin que la surface sur laquelle nous allons opérer soit dans une position verticale : je vous dirai pourquoi tout à l’heure.

A présent, prenez le verre de la main droite, un morceau de papier de la main gauche; allumez le papier, projetez-le bien allumé tout au fond de votre verre ; vite, vite, appliquez le verre sur la peau, en observant que les bords touchent bien de tous les côtés. — La ventouse est posée, et avec une dextérité dont je vous fais mon bien sincère compliment.

Examinons ce qui se passe ;

i° Le papier allumé s’éteint presque instantanément,

parce qu’il ne se trouve plus sous la ventouse assez d’air pour alimenter sa combustion ;

2° Le vide se fait par le mécanisme que je vous expliquais tout à l’heure ;

5° La peau enfermée sous le verre rougit, puis se tuméfie, et la voilà qui fait une saillie qui s’élève en forme de dôme dans sa petite prison.

Au bout de trois à quatre minutes, la ventouse a produit tout son effet; on la retire alors. Pour cela, on appuie le doigt sur la peau, près de la circonférence du verre: on établit ainsi, d’autorité, une ouverture par laquelle l’air extérieur pénètre et rétablit l’équilibre; dès lors le vase ne tient plus, et on l’enlève facilement.

i. Morceau de papier tordu en pnpillotte. — 2. Papier entlammé mis dans le verre. — 5. On prend un verre d’une main, et on allume le papier de l’autre.

11 y a, dans la petite opération que je viens de décrire, deux inconvénients qu’il faut éviter : — il faut éviter de

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brûler la peau du malade; — cl il faut éviter, en allumant le papier, de se brûler les doigts.

On applique rapidement sur la peau.

La crainte de tomber dans l’un ou l’autre de ces inconvénients a déterminé les trembleurs à modifier l’opération de la manière que je vais dire.

Au lieu de papier, on se sert bien souvent d’un peu de coton ou de charpie que l’on imbibe d’esprit-de-vin ; mais alors il faut un autre instrument pour agir; il est indispensable d’avoir une pince dans le genre de celle que nous représentons ici. Si la pince manquait, il est facile d’y suppléer en confectionnant une sorte de pincette avec du fil de fer suffisamment flexible, c’est-à-dire avec du laiton ; pince et pincette, on le conçoit, sont destinées à saisir la mèche de coton ou de charpie, que, de celte façon, on allume sans se brûler.

Pour l’opération faite à l’aide de mèches, les verres de cuisine sont moins commodes que les verres à ventouses confectionnés pour cet usage, car la mèche glisse sur les

parois du verre quand les bords sont tout droits, tandis qu’elle se loge facilement dans la concavité des cloches préparées pour cela,

Ventouses posées à l’esprit-de-vin.

Tout à 1 heure, en appliquant notre ventouse, j’ai recommandé de faire asseoir le malade, parce que, la surface sur laquelle il fallait poser le verre se présentant verticalement, nous n avions pas à craindre de voir le papier tomber tout allumé sur la peau.

j Mais ü est des circonstances où l’on est bien contraint d agir sur une surface horizontale. Pour préserver la peau du malade, on peut mettre suri endroit que Ion veut ventouser un petit morceau de carte ou de linge arrondi, en ayant la précaution d’arranger les choses de façon que la carte ou le linge ne puisse, par aucun côté, toucher les bords de la ventouse.

Dans nos grandes villes, la pose des ventouses, comme celle des sangsues, est devenue un état, une carrière; il existe même, dans certains pays, des chirurgiens qui prennent le titre de ventouseur du roi !

On comprend qu’autour de cette petite opération on

ait groupe des modifications, des manœuvres particulières, des inventions, des systèmes, en un mot des fioritures. Ainsi, certains ventouseurs se contentent de présentei l’ouverture du verre à ventouser à la flamme d’une petite lampe allumée, mais il arrive souvent que le vase trop échauffé brûle le malade par ses bords, ou l’opérateur par son fond. D’autres se contentent de placer le verre à ventouse dans l’eau chaude, et ils le retirent brusquement pour l’appliquer immédiatement sur la partie.

M. le docteur Sarlandière s’extasie, dans un article sur les Ventouses , devant la dextérité du premier ventouscur de Sa Majesté Britannique, qui posait les ventouses comme un prestidigitateur fait un tour d’adresse. Le système du baronnet, car il était baronnet, s’il vous plaît, consistait à ne laisser la ventouse que quelques secondes ; mais il lareplaçait’plusieurs fois de suite à la même place, et en quatre ou cinq minutes il la plaçait douze ou quinze fois exactement au môme endroit.

Je n’ai pas la prétention de vouloir rendre mes lecteurs aussi habiles. Passons donc !

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