‹ L'art de soigner les maladesChapitre 77 sur 124 · I. — Notre but principal · texte numérisé non relu

I. — Notre but principal

Rassurez-vous, lecteurs déjà tremblants, mon intention n’est pas de vous mettre une lancette à la main et de vous dire :

— Allons, plongez, coupez, ouvrez la veine, tirez du sang!

Je le déclare très-catégoriquement, la saignée par la lancette est une des opérations les plus délicates de la chirurgie. Je n’ignore pas que les grands praticiens, la trouvant fort indigne d’eux, en chargent ordinairement leurs élèves; je sais que des personnes étrangères à la médecine saignent quelquefois, et saignent beaucoup mieux que certains médecins. Mais je sais aussi que d’une saignée mal faite peuvent résulter les accidents les plus graves, et c’est, pour cela que je déclare l’opération délicate et importante. Je crois que, si les praticiens en réputation dédaignent de pratiquer eux-mêmes la petite opération dont je veux vous entretenir, c’est qu’ils ont peur de faire quelques petits accrocs à leur doctorale renommée. On a tant répété que la saignée par la lancette était la chose du monde la plus facile et la plus simple, qu’une saignée

habilement pratiquée ne semble dénoncer aucun mérite aux yeux des gens du monde et même au dire des médecins; mais, par contre, une saignée manquée, une saignée blanche, c’est-à-dire une tentative de saignée par laquelle on plonge la lancette sans obtenir un jet de sang, paraît une faute énorme, et, non-seulement peut ternir l'éclat d’une réputation, mais, jetant de la défaveur sur le praticien qui s’en est rendu coupable, elle peut lui enlever une partie de sa clientèle.

Si les personnes étrangères à la médecine, et qui ont le courage de saigner, s’en acquittent souvent mieux que bien des membres de la grande famille médicale, c’est que ces ignorants, ces profanes, ces intrus, n’exerçant l’art de guérir que de par le dévouement et la charité, apportent à l’opération de la saignée toute l’attention dont elles sont capables, ce que ne font pas généralement les praticiens qui traitent en quelque sorte la saignée par-dessous la jambe, agissent avec distraction et semblent n’opérer que par manière d’acquit.

11 serait bien à désirer que toutes les personnes en position de recevoir une éducation parfaite apprissent à saigner comme elles apprennent à monter à cheval, à faire des armes ou à nager; mais, pour cela, il faudrait quelques études anatomiques, quelques notions de physiologie, d’hygiène et de médecine élémentaire. Comment faire admettre des éludes de celte nature dans les maisons d’éducation? La Faculté crierait au scandale, l’Académie de médecine lancerait ses anathèmes, les gens assez hardis pour écrire de lucides renseignements sur toutes ces matières, seraient traités d’hérétiques ou de charlatans! Bonne et philanthropique Faculté ! brave et charitable Académie ! Comme un État doit être heureux de montrer au reste du monde de si magnanimes savants !

Mon intention n est pas, je le répète, d’apprendre à sai-

ENCYCLOPÉDIE DE LA SAMTl'.

gner aux personnes qui ne le savent pas, car il faudrait là-dessus tout un livre, plus qu’un livre même, la pratique, en pareille matière, étant plus importante que la théorie. Mais, comme je l’ai annoncé dans la causerie qui sert d’introduction à ce volume, je veux renseigner tous ceux qui veulent bien soigner les malades, sur les préparatifs qu’ils auront à faire, quand il sera question de pratiquer une saignée ; je veux leur dire le genre de surveillance qu’ils auront à exercer quand une fois la saignée sera faite.

Enfin, comme il est de par le monde des gens assez courageux pour étudier l’art de saigner et pour pratiquer au besoin cette petite opération, je ferai à leur adresse plusieurs recommandtions, qui, je l’espère, ne seront point inutiles.

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