XI. — Filtrage au papier
Il est certaines tisanes qui ont besoin d’être filtrées — Filtrées! Vous voyez tout de suite un filtre à café, et vous vous dites : la chose n’est pas difficile. Or, il faut bien que
ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
vous le reteniez : entre la passoire d’une cafetière et le véritable filtre pharmaceutique il existe une énorme différence.
Le filtrage des tisanes, de quelque nature qu'elles soient,, peut se faire, comme tous les filtrages possibles, à l’aide de feutres destinés à cet usage; mais il se fait aussi plus commodément et beaucoup plus généralement à l’aide d’un filtre de papier.
Vous prenez une feuille de papier brouillard d’une respectable épaisseur ; vous coupez cette feuille en rond et vous la pliez en deux; puis, partant du centre à la circonférence. vous la repliez en deux, c’est-à-dire en quatre, et puis encore, et puis encore, comme si vous vouliez faire, ou du moins représenter, les compartiments d’un éventail. Une fois tous ces plis bien marqués, votre rond de papier brouillard forme une espèce de cône dans lequel on peut verser, à travers lequel on fait filtrer, c’est-à-dire tomber goutte à goutte tous les liquides possibles. Attendez, pourtant !
Le papier brouillard n’a pas de consistante ; il est bon de l’aider, de le corroborer par un entonnoir.
Et puis, pour verser dans ce filtre de papier, il faut connaître la manœuvre.
XBI. Moyen de verser no liquide dans un filtre de
papier sans trop mouiller les côtés tin filtre.
Les liquides sont comme les peuples, ils tiennent et s attachent à n’importe quel ustensile les fait bouillir ou les contient.
Versez de l’eau d’une cruche dans un verre, versez du lait d’une casserole dans une tasse, vous verrez ces difierenls liquides adhérer en quelque sorte aux parois du vase
don! on veut les séparer; au lieu de couler docilement et d’une manière compacte; une portion d’eau ou de lait s’accolant au verso du vase penché, coule, coule, et fait une scission qui bave ou éclabousse.
S’il m’était permis de faire un peu de politique, je démontrerais que c’est l’histoire des révolutions.— Passons.
Les liquides ont pour les parois du vase qui les renferme une sorte d’intimité, qui fait qu’ils s’y accolent par une loi toute physique que l’on appelle affinité. Eh bien, pour vaincre ce désordre, on peut employer l’affinité même des liquides pour les solides. C’est en quelque sorte un combat homœopathique, les semblables par les semblables, similia similibus.
Prenez une cuiller, que vous tiendrez de la main gauchc; sur le manche de cette cuiller versez le liquide que vous voulez verser dans un filtre en papier; le liquide s’accolant aux parois de la cuiller, le manche de cuiller pourra servir do guide et de conducteur; plus de bavures possibles, plus d’inondations à redouter. Les bords du filtre ne se trouvant pas trop mouillés, ne seront pas exposés à se déchirer.
Essayez, et quand vous en aurez fait l’expérience, je suis persuadé que vous emploierez ce moyen plus d’une fois pour verser votre lait, de la casserole qui la fait bouillir, dans votre tasse déjà munie du café matinal.
XIII. — Mélange des sirops avec les tisanes froides on chaudes.
Les sirops, quels qu’ils soient, sont gras, compactes et lourds. Si vous versez de l’eau comme on en verse dans du vin, dans un verre contenant une certaine quantité de sirop, le mélange ne se fait pas, le sirop reste en bas cil eau simple surnage. -J’ai bu quelquefois, dans les
52 ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
soirées du grand monde, un verre ou deux de ee qu’on appelle sirop, rafraîchissement, et souvent j’ai déployé un courage héroïque pour ne point faire la grimace devant la maîtresse de maison. Les domestiques avaient préparé tout cela, vaille que vaille, en sorte que les premières gorgées de mon rafraîchissement étaient une eau fade et désagréable ; les dernières m’empâtaient la bouche ou m’agaçaient les dents; c’était du sirop tout pur : sirop et eau n’avaient point été mélangés, ils étaient tout simplement juxtaposés.
Que pareille mésaventure survienne dans une soirée, qu elle tombe sur un homme bien portant, serré dans son habit noir et mis au carcan dans sa cravate blanche, cela n’a pas un grand inconvénient; mais si semblable désagrément survenait à un malade, qui n’a plus pour consolation que sa tisane, le patient se trouverait bien vite rebuté, dégoûté, désappointé, et c’est un accident qu’il est urgent d’empccber.
Toutes les fois que l’on sucre une tisane avec un sirop, il est urgent de bien remuer le mélange avec une cuiller avant de présenter le breuvage au malade.
Si l’on n’a pas de cuiller sous la main, il est un moyen tout physique de forcer le mélange et de hâter la dissolution, c’est de verser la tisane dans le verre, déjà garni de sirop, avec énergie, ou pour mieux dire d’une certaine hauteur. — Sous l’influence d’un jet, tombant avec une certaine force, le sirop, le verre d’eau entrent en ébullition; c’est une véritable tempête ; le liquide bouillonnant atteste l’air qui le secoue en le traversant, et tout ce remue-ménage effectue un mélange parfait.