‹ L'art de soigner les maladesChapitre 82 sur 124 · I. — Qu'est-ce qu'un vésicatoire · texte numérisé non relu

I. — Qu'est-ce qu'un vésicatoire

Si j’étais le maître de réglementer la langue française; si, modeste mais zélé représentant des perruques académiques, j’avais le droit de modifier la grammaire et le langage, je retrancherais de tous nos dictionnaires le vilain mot de vésicatoire, et je ferais déclarer coupable du crime de lèse-langage quiconque aurait la témérité d’employer cette effrayante locution ; mesdames les garde-malades me considéreraient comme un novateur, comme un révolutionnaire; bien des pharmaciens continueraient leur rôle quotidien dans leur appréciation sur mon compte; les médecins, mes confrères, non-seulement ne me salueraient plus, mais enfonceraient leurs chapeaux en me voyant passer; mais tant pis.

En effet, je ne connais pas de mot plus malsonnant, plus menaçant, plus effroyable.

Vésicatoire ! — A ce seul nom vous voyez pâlir les malades, vous apercevez des jeunes filles qui pleurent, vous entendez crier les enfants. Quiconque ne connaît pas cet énergique moyen, — moyen franchement et loyalement

médical ; — quiconque n’en a jamais ressenti les effets ; quiconque n'a pu observer les résultats de son application, voit les vésicatoires à travers un nuage de souffrance et un tourbillon de petites tortures. Il rêve boutons, inflammations, abcès, que sais-je? et cependant, je dois le déclarer, le vésicatoire volant ou permanent a sauvé la vie à bien des enfants, à bien des jeunes filles, à une quantité innombrable de malades.

Encore une fois, si j’étais le maître, j’en changerais bien vite le nom, je tâcherais d’en poétiser la dénomination. L’emplâtre vésicant est d'un noir vert, je l’appellerais emplâtre de l’espérance; ou bien, adoptant la mode actuelle, qui consiste à parler anglais quand on veut paraître élégant Français, je l’intitulerais : Salutary remedy.

On l’a appelé vésicatoire, cet énergique et efficace emplâtre, du nom latin vesica , qui signifie ampoule ou vessie. Et la raison, la plupart de mes lecteurs la savent, j’en suis sûr, c’est que l’emplâtre vésicatoire, appliqué pendant un certain temps sur la peau, y détermine non-seulement de la rougeur, mais une sorte de brûlure chimique à la suite de laquelle le feuillet extérieur de la peau, l’épiderme, dont nous avons parlé plus haut, se détache du derme et se remplit d’une sérosité spéciale, qui lui donne l’apparence d’une vessie pleine d’eau.

On appelle vésicatoire non-seulement la plaie superficielle qui résulte de la vésication que nous venons de décrire, mais encore l’emplâtre qui produit cette vésication. Un jour, — quand nous aborderons notre cours de médecine naturelle, je vous parlerai longuement de tous les avantages de l’emplâtre vésicant, employé comme dérivatif ou déterminant un émonctoire salutaire. — En ce moment je ne m’adresse qu’aux garde-malades et je ne veux parler que des pansements à faire pour les vésicatoires que l’on appelle vésicatoires volants ,

ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ

W» — Des effets produits par un vésicatoire.

L’emplâtre vésicant produit toujours le même résultat, une grosse cloche ou plusieurs petites cloches remplies d’une sérosité jaunâtre.

Cette sérosité, fournie par les vaisseaux capillaires souscutanés, a été pittoresquement appelée saignée blanche par quelques praticiens. Notre illustre maître Récamier ne manquait jamais de l’intituler de la sorte, quand il conseillait l’application d’un emplâtre vésicant à l’un des nombreux médecins qui le consultaient pour leurs malades.

C’est qu’effcctivement le vésicatoire volant a les mêmes résultats souvent qu’une saignée locale, c’est-à-dire une émission sanguine opérée par les sangsues. Dès qu’il est en place, il chauffe et rougit la peau absolument comme le ferait une ventouse sèche. Non-seulement il produit dans la région sur laquelle il se trouve appliqué un aftlux sanguin considérable, mais il dépense, c’est-à-dire qu’il absorbe pour un travail particulier, tout le sang qui se trouve attiré. A mon avis, — je le démontrerai plus tard, — c’est le meilleur moyen, dans le cas de fluxions de poitrine, de fluxions cérébrales ou abdominales, de saigner localement les vieillards et les enfants.

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