‹ L'art de soigner les maladesChapitre 81 sur 124 · X. — Ce qu’ils doivent faire · texte numérisé non relu

X. — Ce qu’ils doivent faire

Je n’ai pas besoin de dire que pour saigner il faut lier, serrer le bras au-dessus de la région vulgairement appelée pli du bras. Chacun sait que, grâce à cette ligature, les veines extérieures se gonflent, se dénoncent et par conséquent indiquent à l’opérateur le point précis où il doit plonger sa lancette. J’engage ceux qui vont saigner de reconnaître la situation de l’artère avant d’appliquer la ligature en question.

On reconnaît toujours une artère aux battements qu elle fait sentir sous les doigts qui la pressent.

Ainsi, avant de saigner, il faut chercher la place et le parcours de l’artère brachiale, et, une fois cette place bien reconnue, il faut se garder d’ouvrir une veine qui se trouve

juste au-dessus. Dupuytren, le plus grand des chirurgiens que la France ait jamais eu, conseillait à ses élèves de renoncer à une saignée plutôt que de la pratiquer sur une veine située au-dessus de l’artère brachiale.

Mais je suppose que tout est pour le mieux : l’artère rampe d’un côté, la plus grosse veine se gonfle de l’autre. — ■ En pareille circonstance, aucune tentative de saignée ne saurait être périlleuse. On peut donc opérer sans crainte et sans aucune espèce de scrupule.

En effet, quand on enfoncerait la lancette jusqu’à la garde, quand, non content d’ouvrir la veine, on la couperait de part en part, il ne pourrait en résulter aucun inconvénient. A l’œuvre donc, du sang-froid et du courage ! vous ne faites courrir aucun danger au patient que vous opérez et vous pouvez lui sauver la vie.

11 m’importe de vous faire remarquer que le tissu veineux est plus difficile à pourfendre que la peau et les muscles, ce que l’on appelle vulgairement la viande. De cette circonstance, il résulte que si vous enfoncez votre lancette juste au-dessus d’une veine gonflée, il pourrait se faire que la veine sous-jacente, élastique et roulante comme tous les vaisseaux veineux, fuie en quelque sorte devant la lancette qui la menace, et alors vous auriez beau percer la peau, percer les muscles divisés, le tissu cellulaire, vous ne pratiquerez qu’une saignée blanche, c’est-à-dire que, n’ayant point ouvert la veine, vous n’obtiendrez que quelques gouttelettes de sang.

Prenez-y bien garde, quand vous voulez saigner une personne qui en a le plus pressant besoin, quand, ayant reconnu le trajet de l’artère, ayant placé une ligature sur l’avant-bras, vous voyez se dessiner en relief une veine qu’on peut ouvrir sans danger, il importe qu’avant de plonger votre lancette, appuyant à quelques lignes de distance sur la veine que vous voulez ouvrir, vous soyez assez

ENCYCLOPEDIE DE LA SANTÉ

habile pour fixer, en quoique sorte, le vaisseau sanguin et 1 empêcher de rouler.

Si vous voulez que la saignée jaillisse et soit bien faite, ayez soin, avant delà pratiquer, de tendre le plus possible la peau qui recouvre le pli du bras.

Ne craignez pas d’ouvrir largement ; une grande coupure de la peau n’est jamais une blessure digne de ce titre, tandis que si, n’ouvrant la peau qu’avec parcimonie, vous fendiez la veine, de manière à en obtenir un jet considérable de sang, il en résulterait ce qu’en petite chirurgie on appelle vulgairement un trombus: le sang, ne pouvant sortir complètement par l’ouverture faite à la peau, s’amasse et s’accumule auprès de cette blessure extérieure, et forme alors un petit dépôt passager que l’on a vu se terminer par la suppuration.

— Dernières recommandations.

Ne saignez jamais ceux qui viennent de manger.

Abstenez-vous scrupuleusement de toute saignée de complaisance. On aura beau vous dire : — J’ai l’habitude de me faire tirer du sang; voulez-vous bien me saigner? vous me rendrez un éminent service. N’agissez jamais en pareil cas que quand le médecin a conseillé.

Dans les cas de chute et d’apoplexie, la circonstance est toute différente : dans l’apoplexie il faut saigner tout de suite et le plus largement possible ; seulement il est urgent de s’assurer que le cœur est en mouvement et que le pouls bat avec force, car il ne faudrait pas confondre avec l’apoplexie un simple évanouissement et une syncope passagère.

Après une chute, une peur, un accident, il faut, avant de pratiquer la saignée, qui presque toujours devient nécessaire, s’assurer qu’il n’y a point stupeur, demi-éva-

nouisscment; et là encore la décision est facile, il ne s agit que de tâter le pouls et d’écouter le cœur. Dès qu’ils battent l’un et l’autre avec une normale vigueur, vous pouvez mettre lancette en avant et pratiquer la saignée de sauvetage.

Qu’il me soit permis de vous prévenir, pour votre édification personnelle, que toutes les fois que j’ai été appelé pour porter secours à des gens qui venaient de tomber d’une voiture, d’une fenêtre ou d’un toit, sept fois sur dix au moins, avant de pratiquer la saignée libératrice, j’ai été contraint d’attendre une demi-heure, trois quarts d’heure, une heure, et de réveiller en quelque sorte la grande circulation en faisant appliquer des sinapismes aux quatre membres.

Ce que j’ai dit des précautions à prendre pour le pansement de la saignée, du juste milieu à garder afin d’empêcher, d’une part, l’écoulement du sang, et par conséquent les hémorragies, afin d’empêcher, de l’autre, les froissements et brutalités sur la coupure, et l’inflammation dangereuse qui peut en résulter, je le rappelle aux gens du monde qui osent saigner, et je les prie de réfléchir à tous ces petits renseignements.

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