‹ L'art de soigner les maladesChapitre 86 sur 124 · VI. — Pansement · texte numérisé non relu

VI. — Pansement

C’est là-dessus que les garde-malades ont besoin de renseignements positifs. En général, les gens du monde ne savent point panser ce que nous avons appelé vésicatoire volant. Tout en retirant l’emplâtre vésicant, elles arrachent la cloche, remplie de sérosité, dont nous avons parlé en commençant, et alors surgit une douleur qui arrache au malade des cris fort compréhensibles. Si jamais vous avez eu une écorchure, vous savez combien est brutal l’air extérieur frappant brusquement sur une surface de peau dépourvue de son épiderme. Qu’est une écorchure à côté d'un vaste vésicatoire dont un ignorant enlève l’épiderme, c’est-à-dire la cloche? Les papilles nerveuses, déjà surexcitées par le médicament, se crispent au contact de l’air, et de là des souffrances inutiles, des tortures que, dans la circonstance de vésicatoire volant, on doit épargner au malade.

Prenez d’une main une soucoupe, de l’autre armez-vous d’une paire de ciseaux; mettez la soucoupe au-dessous de la cloche, et puis donnez un coup, deux coups, trois coups de ciseaux, de façon à faire évacuer toute la sérosité emprisonnée sous l’épiderme.

Cette opération faite, il ne s’agit plus que de préparer et d’appliquer les différentes pièces du pansement de celle blessure artificielle.

Prenez une feuille de bette ou poirée.

Si celte feuille est aussi large que le vésicatoire appliqué, contentez-vous de celle-là.

Coupez avec des ciseaux la grosse nervure, ce que les gens du monde appellent le cotât.

Pour aplatir les petites nervures, roulez sur la feuille de bette un corps rond et poli, une bouteille, par exemple.

Appliquez la feuille de bette sur le linge qui doit servir de bandage, et, pour la retenir en place, faites-la coudre sur ce linge en faufilant et à grands points.

Présentez la feuille au feu, pour que le contact sur la peau n’en soit pas trop réfrigérant.

Une fois que la feuille est suffisamment chauffée, étalez tout l’appareil sur une table; puis, à l’aide d’un couteau rond ou d’un manche de cuiller ou fourchette, étalez, sur la feuille, du beurre, du cold-cream ou du cérat.

Appliquez sur le vésicatoire cette espèce de tartine,

Et renouvelez matin et soir.

^ II. — Dernière recommandation.

Pansé comme je viens de le dire, un vésicatoire volant ne doit pas durer plus de trois à quatre jours. Au fur et à mesure que l’épiderme se détache, un nouvel épiderme se produit.

11 faut, à chaque pansement, prendre bien garde d’arracher des longs lambeaux du premier épiderme. Soyez tranquillc, il tombera de lui-même quand le travail organique lui aura donné un remplaçant.

11 serait téméraire de panser un vésicatoire trois et quatre fois par jour : on s’exposerait à des déchirures douloureuses, on ferait subir au malade des tortures inutiles

Si, malgré les précautions du camphre et du papier huilé, le vésicatoire volant réagissait sur les voies urinaires, il

ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ

faudrait aviser bien vite à apaiser les souffrances de la vessie ; pour cela il faudrait faire boire au malade de la décoction de racine de fraisier.

Enfin, il est un point sur lequel je dois appeler l’attention de tous ceux qui entourent les malades et qui, par dévouement, par amitié ou par charité, président à tous les pansements que subissent les patients auxquels ils s’intéressent.

Chez les enfants et chez les personnes à peau fine, le vésicatoire volant ne doit pas rester en place plus de six ou huit heures; quand on le retire, la cloche se trouve faite, mais elle n’est point encore remplie; on en détermine le travail, on fait arriver la sérosité dans la cloche, en appliquant sur le vésicatoire levé un large cataplasme de farine de graine de lin.

Chez les jeunes gens et chez les hommes faits, il faut laisser en place l’emplâtre vésicant pendant douze, quatorze ou seize heures.

Il est des peaux rugueuses et réfractaires sur lesquelles il faut tenir cet emplâtre, non-seulement vingt-quatre, mais trente-six heures.

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