PORCELAINES
Sèvres. — Petit déjeuner à fond bleu de roi avec reliefs d’or et pastorales peintes par Buteux. Il est renfermé dans un étui de maroquin vert aux armes de M. de Yaugirand, officier supérieur de la marine royale avant la Révolution.
La famille de Mailiurin-Joseph Brisson conserve quelques pièces de Sèvres provenant d’un service à thé donné à ce savant physicien par Louis XVI. Celle du conventionnel Goupillera, de Montaigu, possède aussi bon nombre de pièces achetées par lui à la vente de son collègue Bazire , et dont quelques-unes sortent, dit-on , des Tuileries. J’indiquerai spécialement une fort jolie tasse avec oiseaux peints par Castel d'après Ou dry.
Un spécimen tout aussi rare est un thé fabriqué sous la République, dont la décoration consiste en rubans tricolores , branches de chênes , niveaux et bonnets rouges. Il serait injuste de reprocher à la Révolution la pauvreté des formes employées, car elles sont identiques à celles en usage, plusieurs années avant, sous la monarchie. En ceci, comme en beaucoup d’autres choses plus sérieuses, elle a suivi le chemin tracé par sa devancière. Ce thé a eu, quelques instants, les honneurs d’une origine quasi-historique. On l’a prétendu sorti du mobilier de Carrier. Intéressé d’autant plus ù la question qu’il m’appartient, j’ai procédé à une enquête, et j'ai constaté qu'il n’avait été apporté à Nantes qu’en 1796. Rien ne prouve même qu’il n’ait pas été fabriqué après la mort de l’ami d'IIébcrl. Des gens bien pensants persistent pourtant dans l'allinnative. Mettre de la porcelaine de Sèvres sur la table de Carrier au moment où les Nantais mouraient de faim fait si bon effet duns un cours d’histoire moderne à l’usage de la jeunesse !
Paris. — Popincourt. — Deux fort jolis bustes de biscuit, avec piédouches blanc et bleu de ciel. Ils fout partie de ma collection. L’un est celui de Hoche, l'autre celui de Bonaparte. Ils ont chacun 0“ 32 de hauteur. Sur le haut du piédouche du premier , on lit : Hoche, et, au bas: Manufacture de porcelaine du C en Nast, rue des Amandiers , Z)°* Popincourt. Sur le second : Buonapart, et la même adresse. Ces bustes passent, A tort selon moi , pour avoir été modelés par Houdon en 1797. Celui de Hoche est devenu surtout excessivement rare , très peu d’exemplaires en ayant été tirés.
De la manufacture de Nast est sorti un service à café , fabriqué en 1798 pour le citoyen Serré, demeurant aux Coteaux-Gourdon , commune de Pérall (Vendée). Les pièces en sont ornées de bluelsel de roses, et portent toutes le nom de celui qui l'avait commandé, écrit en lettres d’or.
Cugnancoirt.— Pair© de grandes jardinières finement modelées et peintes. Décoration composée d’une riche bordure or et d'oiseaux et insectes, au repos sur des fleurs ou voltigeant dans l’espace. Sur le devant les armes (d'or an lion d'azur) de Louis-Marie-Joseph
Salgues, marquis de Lescure, père du chef vendéen. Ces jardinières , recueillies aux environs de Bressuirc, avaient été achetées par M* r dc la Sayette. Elles ont été cédées plus tard à l'un des brocanteurs qui ont exploité sa collection à la fin de sa vie t et qui lui ont enlevé , au moyen d’échanges opérés avec de médiocres émaux de Limoges, une foule de pièces intéressantes. C’est ainsi que sont sorties de ses mains la plupart des suivantes :
Saint-Cloud. — Soupière de pâte tendre, avec zone de fleurs et d’oiseaux fantastiques en relief, et anses formées par des têtes d’animaux. (Ma collection.) — M. A Jacquemart possède une tête sortie du même moule que ces anses: mais elle n’est pas vernissée. Elle a été trouvée en 1K4H , sur l’emplacement même de la manufacture, dans une fouille qui a amené la découverte du four. Les pièces de ce genre sont d’une excessive rareté.
Vase de cheminée, pâle tendre, avec la marque du soleil.
Petit saladier à cèles, de la première moitié du xvm* siècle, décoré en bleu foncé, avec les armes des Mauclcrc ( d'argent à la croix ancrée de gueule») à l’in- térieur. Sur le dessus est la marque ci-jointe, également tracée en bleu. Cette r marque est celle de l’un des fils de Henri Trou, qui fut le fondateur de la fa- ^ C brique de Saint-Cloud, comme le constate un contrat d’apprentissage, décou- *T* vert par M. Riocretxx, contrat passé, en 1691. entre cet industriel (qualifié dans l'acte : officier de S. A. R. le duc d'Orléans et maître de la faïencerie de Saint- Cloud ) et le père d’un certain Joseph Chicanncau, qu’il s’agissait d’initier aux pratiques du métier. Par suite du mariage de ce même Henri Trou avec la veuve d’un autre Chicanneau, appelé Pierre , la fabrique fut plus tard gérée momentanément au nom des enfants de ce dernier, qui étaient déjà instruits des procédés de fabrication de la porcelaine, etqni demeurèrent ensuite, pendant longues années, associés à l’entreprise. Ce changement dans la raison commerciale de la maison provint sans doute de ce que Trou, ayant d’abord négligé de se faire recevoir membre de la communauté des éraaillcurs-verricrs-faïenciers, fut obligé de se couvrir d'un nom d’emprunt pour obtenir un privilège royal. C’est ce qui a donné lieu de croire que le père des Chicannetm avait été le fondateur de la manufacture de Saint- Cloud, assertion consignée du reste dans la supplique de ces derniers, puisque l’arrêt de 1702, rendu en leur faveur, en fait mention. Mais on sait quelle foi il faut ajouter aux documents de celte nature , surtout lorsque d’autres actes plus sérieux sont en contradiction avec eux. Il est d'ailleurs fort possible que Pierre Chieanneau ait tenté d’établir dans le même lieu une porcelainerie différente de celle de Henri Trou, porcelainerie qui se sera fondue ensuite avec cette dernière.
Manufactures inconnues. — Salière carrée, pâte tendre, bordée, à la partie supérieure, de lambrequins bleus très délicats, tandis que l'une des faces porte, sous une couronne de comte, les écussons réunis de René Chasteigncr, sieur do Rouvre, et de Catherine Chcvalleau, sa femme : Chasteigncr : d'or au lion posé de tinople , armé et lampante de gueule»; Chcvalleau : < Coeur à 3 rose» d’argent. La marque C en bleu sous la base.
Soupière blanche, pâte tendre, dont les pieds sont formés de faisceaux de palmes et
île branches de laurier en relief. Une couronne de duc fait le bouton du couvercle. Armes des Richelieu aussi en relief sur la panse.
Pot à pommade avec lambrequins gros bleu d'un travail peu soigné. 11 est signé d'un J ponctué.
Aiguière, ou plutôt pot à l'eau de pâte dure, avec couvercle mobile monté en argent; décoration à fleurs polychromes. Les armes qui y sont peintes sont analogues à celles des Chabot : d'or à trois chabots de gueules; mais leur tournure allemande, confirmée par l’aspect général de la pièce, me les fait attribuer plutôt à quelque famille germanique, et l’aiguière elle-même à une manufacture saxonne; à moins qu’elle n’y ail été fabriquée sur commande française.
Je ne parle ici que des porcelaines recueillies sur place et transmises par héritage, et non de celles qui sont des épaves apportées par les hasards des ventes aux enchères et par le brocantage.
Les inventaires des émigrés, dressés de 1791 à 1793, sont en général peu riches en mentions de tscllc vaisselle. Un très petit nombre de familles nobles, même parmi les mieux partagées du côté de la fortune, avaient de la porcelaine orientale. On se servait beaucoup, en revanche, de terre anglaise. L’office des châteaux recelait sans doute, dans le coin le plus obscur, plus d'une faïence d’Oiron, plus d’un plat de Falissy: mais ces vieilleries n’intéressaient pas plus leurs propriétaires que ceux qui les dépouillaient alors. La seule moralité qui ressorte de l’ensemble de ces documents, au point de vue céramique, c’est que les gens d’église, j’entends ceux des couvents et des chapitres, avaient des vaisseliers merveilleusement garnis. Brumauhl de Beaurogard, l'un des chanoines de Lticou, possédait, à lui seul , soixante douzaines d’assiettes et des plats à l'avenant (I).
La batterie de cuisine du peuple des campagnes était autrement modeste. Quelques gamelles de bois ou d’une terre grossière, de cuivre ou d’étain, deux pots de dimensions diverses, une moque servant au chef de la famille, la buie de l’évier et les pannes <3 lai(, quand on avait une vache: voilà ce qu’on voyait presque invariablement dans les chaumières. Aujourd’hui les choses ont changé; le dressoir du paysan, malgré les innombrables emprunts qui lui ont été faits depuis trente années, nous fournit, à nous autres collectionneurs, plus de faïences de la Renaissance, plus de porcelaines de Chine que celui de l’homme des villes, tant il avait été amplement garni en 89.
(IJ Les armes du chapitre de Luron sont : durant à trois brochets de table. On prétend que cc sont les armes parlantes des chanoines, qui ont la réputation d’être gourmands. Ceux qui aiment le merveilleux attribuent ces arme» il Lucius, le prétendu fondateur de Lu^on. On sait que brochet se dit en latin ludut. Quelques malins les ont représentées itcc celte différence que lo brochet du milieu a la tête tournée h droite, tandis que les deux autres l'ont h gauche; puis il* ont inscrit ces mots au-dessous pour devise: I ndique tarant. {.U cm. pour servir à ihistotre du Poitou, et principalement à celle de Luçon . par ce même brumauld de beau regard , mort évêque d'Orléans. Le manuscrit autographe appartient a M. Mcrlaud , médecin h Luçon.j
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