‹ L'art de terre chez les PoitevinsChapitre 37 sur 57 · POTERIES FRANÇAISES FABRIQUÉES HORS DE LA PROVINCE · texte numérisé non relu

POTERIES FRANÇAISES FABRIQUÉES HORS DE LA PROVINCE

L’importation de la faïence et de la porcelaine des autres parties du royaume ayant pris au xvni* siècle des proportions très considérables, nous ne nous occuperons plus que des fabriques des contrées immédiatement limitrophes de la notre, sauf lorsqu'il s’agit de piècos faites pour des Poitevins.

La Rochelle. — Faïences. — On a vu plus haut que diverses tentatives avaient été faites, au xvii* siècle, pour établir une faïencerie dans cette ville. Une nouvelle manufacture fut créée, au commencement du xvui*, près do la digue, et ne réussit pas mieux. Enfin on y transporta, postérieurement à 1754, celle de Marans, qui prit bientôt une extension assez considérable. Le P. Arcère en parle avec éloge dans son Histoire de la llochelle, o«ï il dit que les produits étaient d’une forme élégante et avaient un beau vernis. Celte manufacture s’appropria, vers le début du règne de Louis XVI , les émaux de diverses couleurs introduits dans l’ornementation de la faïence par Joseph Hannong, de Strasbourg, qui les tenait, dit-on, lui-méme, d’un porcelainier saxon (3). La vaisselle, décorée d’après ce procédé, est facile à reconnaître à ses verts d’un ton cru et à je ne sais quoi de criard dans l’ensemble, qui choque immédiatement l’oeil. La rose joue un grand rôle dans ces

(!) Lettree à 31. A. de Mrmlaiylon, p. 7*.

(2; Milly a publié ]’.4rf de ta Porcelaine (Paris, Delatour, 1771, ia-foLlo avec planches); travail ofi oui beaucoup pulsé ceux qui se sonl occupés depuis de rhl&laire de celte industrie.

(3) V., sur 1. Hannong, Mémoire rur le* ourrnyes de terre cuite, et particulièrement sur le * poteries, par le citoyen Fourni jr. (Paris, an X, in-#“. p. 61.)

enluminures, ainsi que le chinois de fantaisie, tel que l’a conçu Boucher, mais encore enlaidi. Quelques vases de cheminée portent des fleurs en relief, non moins désagréables à la vue. Il n*y a que certaines petites pièces de choix, oii le jaune domine, et quelques statuettes de paysans qui annoncent un peu de goût chez leurs auteurs. La cuisine de l'hôpital Saint-Louis de la Rochelle a les débris d'une fontaine qu’il faudrait sauver, ne fût-ce que comme échantillon de fabrication locale.

En dernier lieu, la faïencerie avait été transportée hors de ville, à la Font.

Ma bans. — La faïencerie de rile-d’Elle fermée, il s*en établit une à Marans, à la fin de la première moitié du xviii* siècle; mais on continua de prendre la terre dans le même gisement. Je possède une jolie fontaine, faite pour être placée dans un angle, qui est signée en noir :

Son émail blanc est décoré de lins lambrequins et arabesques fleuri.», bleus, rouges et jaunes. Une tète en relief donne par sa bouche passage au robinet. Des feuilles également en relief et d’un vert sourd, avec filets noirs traçant les côtes, ornent la base du bassin. Ces feuilles se voient sur des soupières et autres pièces usuelles sorties de cette officine. On rencontre de plus des fontaines signées au dos d’un M en noir; elles portent, en outre, un numéro en creux ou en relief, et sont aussi du milieu du xvm* siècle.

Je ne sais pas si l’on peut attribuer à la même fabrique un bénitier représentant une Vierge tenant l’enfant Jésus à son cou, colorée en bleu, rouge , jaune et noir, avec cette inscription au-dessous: n. d. de cituion. 1753. — Charron était une abbaye voisine de Marans.

La manufacture de Marans fut transférée à la Rochelle entre 1755 et 1760, et non en 1751, comme on l’a dit, puisque ma fontaine porte la date de 1754. Les faïenciers de cette dernière ville continuèrent à se servir de la terre de l'IIe-d'Elle.

Nantes. — La faïencerie nantaise brilla d’un certain éclat à la fin du règne de Louis XV et au commencement de celui de Louis XVI. Une fabrique fondée en 1751 par le sieur Leroy de Montillée, et autorisée le 7 mars 1752, fut établie sur remplacement des anciens fossés de ville, près de la Molte-Saint-André. Elle prospéra d’abord ; mais, étant passée entre les mains du sieur Belabre, elle éprouva bientôt des pertes considérables et fut vendue, en 1771, aux sieurs Perret et Fourmy, qui la firent entrer dans une voie de prospérité nouvelle, et rendirent la fabrication bien supérieure à ce qu’elle avait été sous leurs prédécesseurs. Ses produits parurent môme si excellents qu’un arrêt du Conseil , du 26 juillet 1774, accorda à l'établissement le titre de Manufacture royale. L’expédition

originale de cet arrêt, communiquée par l'un des arrière-nereux de Fourmy, me sert à publier son texte.

Extrait de* registre* du Conseil d’Etat .

•» Sur la requête présentée au Roy, en son conseil, par Joseph Perret, greffier en chef du siège royal de l'amirauté de Nantes, et Mathurin Fourmy, négociant en la même ville, contenant qu'en i année mil sept cent cinquante-un il fut formé uns société, sous le nom de Le Roy de Monfillée et compagnie, pour établir une manufacture de faycnce à Nantes, les associés, ne trouvant pas de terrain plus propre à l'exécution de leur projet que la partie des fossés de la rille de Nantes (fui règne entre les murs de cette rille et la place connue sous le nom de Mothe-Saint-André, ils firent construire tous les bâtiments propres à l'exploitation de la manufacture projetée, ta fournirent de tous les ustensiles et de toutes les matières nécessaires; ils firent tenir des ouvriers de différentes parties du royaume , et, avec beaucoup de peines et de dépenses, ils parvinrent d former cet établissement, l'on eut lieu d'en être content dès les premières opérations, et. la manufacture ayant été perfectionnée de plus en plus, le sieur Bcllabrc , qui était l’un des associés, crut que, pour la solidité de cet établissement, il était important qu'il fût revêtu de l'autorité de Sa Majesté : il présenta une requête au conseil sous le nom du sieur Le Roy de Monfillée et compagnie, et obtint mm arrest le sept mars mil sept cent cinquante-deux, par lequel Sa Majesté autorisa ledit établissement et permit de continuer d'y fabriquer des fnyences de toutes espèces, à la charge de l'entretenir sans discontinuation en état de travail. La société fut depuis dissoute, et le sieur Le Roy, ainsi que les outres associés, cédèrent au sieur Bcllabrc l'intérêt qu’ils nvaient dans la manufacture; ce dernier , au moyen de cette cession, s'est trouvé seul à la tête de la dite manufacture, et il a exactement rempli la disposition de l’arrêt du conseil du sept mars mil sept cent cinquante-deux. Mais, ses affaires s'étant depuis dérangées, il a été procédé à la vente de la manufacture en mil sept cent soixante-ùnze. Les suppliants s'en sont rendus adjudicataires sons le nom du sieur du Çoudray , et ils continuent V exploitation atec le plus grand succès. C'est ce qui est attesté par deux certificats délivrés les vingt-six septembre et trois octobre mil sept cent soixantedouze, par les juges consuls de Nantes , représentant le général du commerce de cette tille, et par les officiers municipaux et de police de la même ville. Ils y attestent que les marchandises fabriquées dans cette manufacture sont de la meilleure qualité; que. les habitants delà ville de Nantes, et même ceux de toute la province, en font usage ; que les commercants s'en pourvoyent pour leur commerce à la côte de Guinée, dans tes colonies et à l'étranger ; que les suppliants font subsister une grande quantité d’artistes et d'ouvriers, et qu’un établissement aussi utile mérite d'être encouragé et favorisé. Les suppliants, ayant eu leur faveur de pareilles attestations, se proposent de supplier Sa Majesté de vouloir bien accorder à leur manufacture le titre de manufacture royale, et leur permettre de mettre sur la principale porte un tableau aux armes

de Sa Majesté avec la dite inscription, comme aussi d'y établir un portier 4 la livrée de Sa Majesté. Les Étals de Bretagne , convaincus de l'utilité de la manufacture des suppliants, ont pris une délibération par laquelle ils ont chargé leurs députés de solliciter cette grâce auprès de Sa Majesté. En second lieu les suppliants demanderont qu'il leur soit permis de marquer les marchandises de leur manufacture d'une marque représentant une fleur de lis et d'un chiffre composé des lettres initiales des noms des suppliants. Ils observeront, à ce sujet, qu'il y a dans ta dite ville de Nantes deux autres manufactures de fayence établies depuis peu, et que Sa Majesté n’a même peu autorisées. Les marchandises qui y sont fabriquées sont d'une qualité des plus inférieures, et, comme celles des suppliants n’ont jusqu’à présent été distinguées par aucune marque particulière, on les confond les unes avec les autres, ce qui nuit infiniment H la réputation de la fabrique des suppliants, et lui porte le plus grand préjudice. C est pour faire cesser cette confusion que les suppliants demandent la permission de marquer leurs marchandises d’une marque distinctive. Requéraient à ces causes les suppliants qu'il plût à Sa Majesté accorder 4 leur manufacture le titre de manufacture royale, de mettre sur la principale porte de la dite manufacture un tableau aux armes de Sa Majesté, avec la dite inscription, et d’y établir un portier 4 la livrée de Sa Majesté, comme aussi permettre aux suppliants de marquer les marchandises, qui seraient fabriquées dans leur manufacture, d’une marque représentant une fleur de lis et d'un chiffre composé des lettres initiales des noms des suppliants, et ce en exécution de tarrest qui interviendra sur la présente requête, ordonnant que toutes lettres nécessaires seront, en tant que le besoin sera, expédiées. Oui la dite requête signée Houx, avocat des suppliants: les certificats des officiers municipaux de la tille de Nantes et des juges et consuls représentant le général du commerce de la dite ville , des vingt-deux et vingttrois avril dernier, desquels il résulte que la fayence que font fabriquer Us suppliants est de la meilleure qualité, et que leur établissement est d'autant plus utile qu’ils y occupent ntt grand nombre d'ouvriers, ensemble l'avis du sieur Dupleix, intendant et commissaire départi en la province de Bretagne , et te rapport du sieur abbé Terray , conseiller ordinaire et du conseil royal, contrôleur général des finances ; le Boy, en son conseil , a permis et permet aux sieurs Perret et Fourmy de. mettre, sur la principale porte d'entrée de la manufacture de fayence dont ils sont propriétaires à Nantes, un tableau aux armes du Boy avec cette suscription : manufacture royale, et d'y établir un portier à la livrée de Sa Majesté; leur permet pareillement de marquer les marchandises qui seront fabriquées dans ladite manufacture d’une marque représentant «ne fleur de lis et d'un chiffre composé des lettres initiales des noms des dits sieurs Perret et Fourmy, et seront sur le présent arrest, si le besoin en est, toutes lettres nécessaires expédiées. Fait au conseil d’Etat du Boy, tenu à Marty le vingt-six juillet mil sept cent soixante-quatorze. » Signé Behceret. »

Malgré toutes mes recherches, je n‘ai pu me procurer aucun échantillon authentique

— no —

de la fabrication de Mûtliurin Fourmy. Je crois cependant qu'une fort grande soupière, décorée de gros bouquets jetés, de couleurs naturelles et très bien exécutés, peut en être sortie. Elle est montée sur trois pieds formés de palmes en relief, qui s’élargissent par la surface. Le bouton du couvercle ligure une orange : les tranches du vase sont bordées de rouge. Les lettres majuscules FP, tracées au pinceau en rouge, sont au-dessous. Je connais aussi une corbeille à jour, imitant l’osier, et dont le fond est couvert des mêmes bouquets. Elle porte une fleur de lis tracée en rouge, qui pourrait être la marque de la fabrique depuis qu'elle eut reru le titre de manufacture royale.

On rencontre souvent, à Nantes et dans les contrées voisines, des soupières, plats, assiettes, écuelles, saladiers, etc., dans le goftt de la faïence de Strasbourg, qui passent pour être de fabrique nantaise. Les couleurs en sont en général très vives, et préférables à celles de la Rochelle.

M° Fourmy ne tarda pas à demeurer seul propriétaire de la faïencerie ; mais, par suite d'une expropriation forcée, il fut obligé d'aller rebâtir son four ailleurs. 11 sera question tout à l'heure de ce nouvel établissement; mais un autre se présente avant lui dans l’ordre chronologique : c'est celui du sieur L’iïôte, dont il est fait mention dans les Archives curieuses de Nantes, par Verger, tom. i, col. 144, cl, tom. ni. col. 130. Ses produits me sont inconnus, et j’ai d'ailleurs hâte d’arriver à la biographie d'un céramiste d’une valeur exceptionnelle, dont la gloire s’est injustement détournée, et qui ressemble à Palissy par plus d'un côté.

Jacques Fourmy naquit à Nevers, sur la paroisse de Saint-Pierre, le 12 mai 1757, de Malhurin Fourmy et de Marie Hullin (1). Amené à Nantes à l’âge de six ans, il passa son enfance et sa jeunesse dans la faïencerie de la Motte-Saint- André, et dans celle que son père fonda, en 1778, sur un terrain situé derrière l’Uôtel-Dieu, terrain qui lui avait été arrentéle 21 avril de l’année précédente. Bientôt après, une autre industrie vint augmenter l’importance de cette dernière fabrique. A U fin de 1779, le sieur Nicolas Fournerat de la Chapelle, porcelainier de Limoges, y fit des essais de porcelaine dure, à l'imitation de celle de Saxe, qui réussirent parfaitement. Dès le 4 janvier 1780, un contrat d'association pour sept années fut signé entre le nouveau venu, Pierre- Auguste de Rostaing de Rivas, d’ingrandes, et le jeune Jacques Fourmy, qui débuta de la aorte dans la carrière, et vit son nom figurer en tête de la raison sociale : Fourmy /ils, Fournerat et de Rivas. Les initiales de chacun de ces noms, enlacées en monogramme et tracées en rouge, servirent de marque aux nouvelles porcelaines nantaises.

Fournerat, le porcelainier limousin, esprit inquiet et aimant les aventures, ne put demeurer en place. Le 8 février 1781, il abandonna à ses deux coassociés la totalité de l’entreprise, quf ne tarda pas â prospérer. Lorsque la Révolution éclata, elle était estimée

(i) Matliurin Fourny, aitif d'Ingrundcs , diocfcsc d’Angers, avait épousé il Nevers Marie Hullin, le 1 er février 1752. Il vint s'établir S Nantes au mois de Juin 1703.

62,000 livres, tandis que la faïencerie n’en valait que 24,000, et n’était plus qu’un accessoire de la maison. L’immense crise sociale, inaugurée par les premiers trouilles de 89, ferma tous les débouchés d’une marchandise de luxe. Jacques, contraint un instant de gérer son commerce au nom de sa femme, fut bientôt ruiné, et pour lui commença dés lors cette série non interrompue de déceptions qui fit le tourment de sa longue carrière.

l)e 1784 à 1790, il fil plusieurs voyages en Bas-Poitou, pour découvrir des gisements de kaolin. Ceux de Fenouiller et de Sillé lui parurent surtout propres à une exploitation régulière, qui ne put être tentée (I).

On sait peu de chose de la vie de Fourmy pendant les années on la ville de Nantes fut continuellement tenue en éveil par l'insurrection vendéenne. Ne pouvant plus se livrer à des entreprises industrielles, il sc mil é étudier A fond la théorie du métier, et, dès l’an VI , il présentait au gouvernement un mémoire où il exposait ses rues sur la fabrication de la poterie commune, et indiquait les moyens de la rendre plus salubre et d’un aspect plus agréable. Il était probablement rendu, à cette époque, è Paris, ort nous le trouvons installé en l’an VII. M. Renault m’a communiqué une lettre adressée à Rennu, professeur d’histoire naturelle de l’École centrale d'Angers (2), qui met au courant de la nature de ses travaux à celte date :

« Paris. 1$ pluvfdse an VU.

» J'ai reçu en ton temps, citoyen et oui i, la lettre que tout m'avez fait f amitié de m'écrire. J’y aurais répondu plus tôt si une précaution nuisible ne s’y fût opposée. J’arais mis de côté votre lettre pour ne pas T éyarer, et ce n’est que depuis deux jours que jai découvert T endroit où je l'avais mise.

* Je vois avec plaisir que votre auditoire ne se compose pas seulement de vos élèves, mais qu'il surpasse même en nombre celui de plus d'un cours de notre capitale. Plusieurs de nos professeurs se contenteraient (fune assemblée de 40 personnes. Je conçois que cela doit donner un peu (fourrage à un homme qui se pique de mériter f estime, et qui ne donne pas ses leçons comme un perruquier fait une barbe; mais, en même temps, ce concours devient flatteur, en ce qu’il prouve que vous y mettes du vôtre. Car la science a beau être aimable, quand le professeur ne sait pas la faire valoir on s'endort aur sermons scientifiques comme aux sermons mystiques.

• Je m'occupe en ce moment à faire des formes crystallographiques destinées à servir d’exemples pour f ouvrage du citoyen llaùy. On en avoit demande’ à un manufacturier de Limoges, qui les a tout bonnement fait exécuter en pâte de porcelaine. Cette

(1) Lettre de Fourmy, du 2 nuis 1791.

(2) Joseph-Etienne R mon avait connu Fourmy à .Nantes, où il avait rempli les fonctions de pharmacien en chef de l'armée de rOeéao. M. E. Renault a public, dans le Réjtertoire archrotoqique de V Anjou. IBUi. p. 405 , uue notice Intéressante sur cet homme distinguo , notice que la commission chargée de veiller à rimpresaûon de ce recueil a eu le tort de cisailler , pour en faire disparaître ce qui n'était pas d'accord avec les opinions, passablement étroites, de quelques-uns de ses membres.

pâte prenant beaucoup de retraite, il en résulte des formes très incorrectes , en ce que les faces planes deviennent concaves et les arêtes courbes. Il s’agissait de trouver une composition telle que le peu de retraite quelle prendrait ne fût pas capable de déformer les solides, et quelle acquit assez de corps pour être maniée et lavée sans inconvénient. Or , sauf quelques amendements qui viendront d la suite, nous tenons l’objet.

• Je m’occupe aussi d’exécuter avec mes nouvelles poteries des vases de nouvelles mesures. Il y a quelques années que l'agence des poids et mesures m’avait demandé s’ il y aurait moyen d'adapter les terres cuites aux mesures de capacité. Je lui fis part des difficultés qui s'y trouvent, et il n’en fut plus question. De nouvelles recherches m’ont fait entrevoir te moyen d'éluder les difficultés, et je vais voir à réaliser cette spéculation.

• Il faudrait pour tout cela de t argent. Malheureusement le gouvernement n’en donne pas, et je n’en ai guères. C’est dommage; car si on pouvait aller un peu, on ferait de bien belles choses. Enfin, patience t

» Vous savez, ou vous ne savez pas, que l’un des cinq (Reveltière-Lepcaux, membre du Directoire), fourni par votre pays, est celui qui quitte le poste cette année, on l’assure du moins, et l’on dit qu’il passe au jardin des Plantes. Reste d savoir si le public est bien instruit .

» Je suis peu aw cours des questions d'art et de science. Cela vient de ce que , pour vivre, je suis obligé de faire quelques affaires. Toutefois, s’il y avait quelque chose de bien saillant, j’en serais instruit peu ou prou, et je vous en ferais part arec bien du plaisir. Vous feriez cependant bien de venir vous-même vous mettre au courant.

» Ma femme est on ne peut plus sensible d vos témoignages d’attachement. Vous voudrez bien la recommander, à l’occasion, au souvenir de madame Reiiou et de ses anciens amis et connaissances d'Angers et de Nantes.

Je vous demande le même service et vous embrasse de coeur.

» Je tiens d’acheter un petit établissement, dans lequel je vais mettre d exécution ce qui n’a été jusqu ici que des projets. Vous en saurez dans quelques mois le résultat. »

Dans une autre lettre, dont la date n’est pas certaine, ne portant que la mention du 2 vendémiaire , mais qui parait être de l*an VIII, Founm parle avantageusement d’un peintre sur faïence, originaire de Niort, qui l’a un instant aidé dans scs entreprises.

« Un associé m’est enfin venu, pauvre autant que moi d’argent, mais riche de talents variés. Nos courages s'aideront l'un t autre pour vaincre Ifl mauvaise fortune. Biaise Maupetit est le nom de cet associé, né à Niort, de père et de mère comédiens, et qui a quitté pour les beaux arts le métier de ses parents, sans être plus riche qu’eux

ar ce U nouveau. Il est peintre sur faïence et n’a pas son égal dans ce genre difficile. Comme il a suivi quelque temps l'atelier du citoyen David, il a son goût formé à l’antique arec une élégante simplicité. Il compose des modèles de rases fort beaux, avec les heureuses formes des Etrusques , mais avec des couleurs moins lugubres. Enfin c’est un artiste passionné qui ferait fortune en Angleterre, un artiste bâti tout exprès pour s'entendre avec un homme que les mécomptes n'ont pas empêché de cher cher des perfections plus grandes que celles des céramistes étrangers. Jl n’y a que le manque d'argent et la mauvaise santé de Maupctit qui me donnent des inquiétudes sur l’avenir de l’association. Un trop long régime au pain sec , parfois absent, et d l’eau claire , empêchera ce chétif corps de durer longtemps. »

Je n’ai rien trouvé de plus sur Biaise Maupetit. Les pressentiments (le Fourmy se réalisèrent bientôt sans doute, et ses essais ne trouvèrent pas d'imitateurs. Il appartient aux chercheurs de Paris de retrouver quelques-uns des rares échantillons décorés par cet artiste. Le peu qu’en dit Fourmy suffit pour les mettre sur la voie.

Mais ce qui donne la meilleure opinion de Fourmy comme céramiste, c’est son Mémoire sur les ouvrages de terres cuites, et particulièrement sur les poteries, publié en l'an X (1802). Cette brochure, in-8°, de 93 pages, imprimée chez Gilles fils, porte sur son titre l'adresse de la demeure de 1’aulenr, rue Pépinière, n° 741. Il y parle longuement des nouvelles poteries inventées par lui , auxquelles son ami Haüy donna le nom d ’hygiocérames, pour caractériser spécialement la première des trois qualités essentielles qu’elles réunissaient en elles: salubrité, résistance aux passages subits du froid nu chaud et bon marché. La beauté de la forme l’a également préoccupé, bien qu’il n’ait pas été toujours heureux dans celles données & ses œuvres. Ces poteries étaient l’intermédiaire entre les grès cérames et les porcelaines. On les a imitées depuis à Plombières, à Orchamps, dans le Jura, à Berlin et dans une fabrique voisine de cette dernière ville, sous le nom de poteries de santé (1).

Les hygiocérames furent exposés pour la première fois aux veux du public dans uno des salles du Louvre, pendant les jours complémentaires de l’an IX. L'opinion leur sembla d’abord favorable; mais Fourmy était un philanthrope, un révolutionnaire en céramique, non un véritable industriel ; il voulait trop bien faire, doter ses concitoyens d’une vaissallc qui réunit tous les avantages. Ses expériences portèrent de préférence sur celle réservée aux classes peu fortunées. Les poteries tendres vernissées l’occupèrent pendant longues années. Il voulut rendre leur texture plus serrée et leur vernis purement terreux, quoique facilement fusible (2). Il eut bientôt épuisé ses modestes ressources dans ces perfectionnements, et la gène revint frapper à sa porte, qu’elle s’acharna à ne plus quitter.

Entre autres observations judicieuses du mémoire de Fourmy, il en est uno, à propos

(I) Traité des arts céramiques, par A. Broogniart, U I, p. 401. (t) Traité des arts céramiques, i, h, p. 2.

des poteries anglaises, que je ne saurais taire : « On a poussé le charlatanisme, dit-il , p. 83, au point de faire à leur ternis un mérite réel de sa misérable couleur, que les Anglais ont la complaisance d'appeler couleur à la crème . » Et, parlant de là, il critique arec force cette aberration du goût de ses contemporains. Qu'eût-il donc dit s’il se fût trouvé en présence de certains produits céramiques de notre temps? La couleur à la crème , en modifiant quelque peu ses teintes, a envahi la surface d’une foule de vases de terre français. Rien de plus naturel , du reste. Les races énergiques des temps héroïques, que leur vigueur réside dans le corps ou dans l’esprit, aiment les tons nettement accusés, le grand éclat. Nos sens émoussés veulent des pâleurs distinguées. La palette des céramistes, rendue à leur diapason, emprunte ses couleurs à la boutique du crémier, à la devanture du coiffeur. « Le rouge, c'est le son de la trompette, » disait un aveugle de naissance, qui, par les seuls instincts d’une forte nature, sentait le vrai des choses. Nos miopes, moins bien doués, voyant des verts éclatants sur les poteries de la Renaissance, enduisent les leurs de crème A la pistache.

Les orientaux, nos maîtres dans la coloration des ouvrages de terre cuite, quand ils emploient les tons faux, savent racheter l’émoussement de la note par la profondeur de l’émail, qui communique aux vases quelque chose de gras, de solide, comme le jade et autres matières dures et naturelles. Sèvres s’est parfois inspiré à cette grande école.

La brochure de Fourmy se recommande en outre à l'attention des personnes curieuses de tout ce qui concerne l’art de terre par une foule de remarques et de renseignements qu’on ne doit pas toujours accepter sans examen, mais qui annoncent l’homme ayant puisé aux bonnes sources. Ceux qui s’occupent de l’histoire de la faïencerie feront bien de la consulter.

Jacques Fourmy mourut A Vaugirard, près Taris, le 26 juin 1832. Brongniart et Charles Dupin (1) font de lui le plus grand éloge. Voici en quels termes M. Riocreux, juge non moins compétent, s’exprime snr son compte, dans une lettre qu'il m’a tout dernièrement adressée :

« Fourmy, que j'ai beaucoup connu, fut le céramiste le plus savant de la première •» période de notre siècle. Aucun de ceux d’aujourd’hui ne peut même lui être comparé; » mais sa science, qui le poussait sans relAche A la recherche de l’inconnu, lui fit négliger » la pratique administrative, base de toute entreprise commerciale, et causa sa perle, » comme la ruine de pins d’un de ceux qu’il sut s’associer par le prestige de son langage. «* C'était, du reste, un fort honnête homme. »

La faïencerie créée en 1778 par Fourmy père (2) avait été vendue , au moment de

(f lia pport du jury central sut Irt produi/t de I industrie française en 18Xi, par Cbarle* Dupio, U i, p. 2ü8.

(2) Après avoir abandonné les entreprises commerciales, Fourmy père s'adonna d'abord aux sciences, et particulièrement à l'étude des aérostats. Pondant la Révolution , il songea it jouer un rôle politique, mais ne réussit qu'il s'attirer une mauvaise affaire , pour avoir voulu falsiller le vole des électeurs de Cbàleaubriaut, lors de la nomination des députés à la Convention nationale. Sous le consulat et l'emiüre , on le vit enfin

rétablissement de la porcelainerie, à un nommé Préteau, puis rachetée par la famille le 3 novembre 1781. Après le départ de Jacques pour Paris et la licitation des affaires de la maison , elle devint la propriété exclusive de Pierre-Auguste de Rostaing de Rivas, époux de Marie-Perrine Fourmy. Celui-ci la céda, le 20 décembre 1813, à ses enfants , qui y joignirent, le 8 mai 1816 , le matériel de la fabrique de Dominique-Charles Abautrel , établie aux Récollcts.

Les amateurs de poteries nantaises nous diront quelque jour quelles furent les faïences fabriquées dans cette ville depuis la Révolution.

La plupart des renseignements qui précèdent sur Fourmy et sa famille m’ont été communiqués par M. le docteur de Rostaing de Rivas,' son petil-nevcu.

Mol'stif.rs. — Le maréchal de Richelieu avait demandé un service de table complet A cette manufacture, pour son château de Richelieu. Toutes les pièces sont bordées de fines arabesques bleues et sont décorées des écus géminés du duc et d’Elisabeth-Sophie de Lorraine-Guise , sa seconde femme. Un marchand d’antiquités de Ointe] lcrault a recueilli tout ce qui restait à peu près de ce service, qui a été fabriqué vers 1731. Il y a eu dans la province, indépendamment de ce service, beaucoup de pièces isolées de Mousiiers et d’autres fabriques du midi (1). Elles sont à décors biens, verts ou jaunes, rarement de diverses couleurs. Quelques-unes ont le monogramme composé des lettres L et O (2).

Fabriques inconnues. — Grande fontaine avec arabesques bleu foncé , aux armes (de gueule à la herse <Tor) de Henri d’ Appel lcvoisin, sieur deBonillé, près de Maillerais, ancienne résidence de Jacques Du Fouilloux, auteur de la Vénerie. Elle y, * Tr » est signée au dos en noir brun : J. Aluot. (Fin du règne de Louis XIV.) J * ** T Ut

Le style annonce une faïence sortie d’une manufacture située au-delà de la Gironde.

Service de table fait pour la famille Guichard d’Orfeuille. Les armes (d'argent à trots têtes de léopard de sable lumpassées et couronnées de gueules ), peintes en bleu et surmontées d’une couronne de marquis , remplissent le fond des assiettes et des plats . qu’entoure une bordure de petits lambrequins de même couleur.

Arrosoir à syphon , fond blanc, avec œillets, tulipes, jacinthes et autres fleurs de couleurs naturelles. A la jonction du col et de la panse est écrit en lettres noires : r. t>. François, gardien des CAruciNs. Ce personnage doit être François Martineau, qui était gardien des capucins de Fontenay en 1768. La forme de cet arrosoir remet en mémoire celui place aux pieds de la Belle Jardinière , dont il a été question à l’article des successeurs de Palissy.

Pots de jardin â décors bleus , imitant le Rouen. Armes des Le Mastin ( d'argent à la

occupé à rédiger des projets d'embellissement pour b ville de Nantes. Cinq mémoires sur ce sujet furent imprimés du 21 avril 1802 au mois d’août 1810.

(1) On y rencontre aussi des imitations plus ou moins grossières de Mooslier, dont la lerre est rouge.

(2) lit tloire dtt faïences «I porcelaines de Mousiiers, Marseille et attires fabriques méridionales . par. M. l.«C. bavillier, et les Poteries du midi de la France, par II. Jacquemart .

bande de gueules contre fleurdelisée de six fleurs de lis d'azur), surmontées d'une couronne de marquis, avec lions pour supports, fis appartiennent à M. Savary de l'Epine» rays , qui les a placés dans les jardins de son habitation de Fus moreau (Vendée).

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