POTERIES GALLO-ROMAINES
Les poteries, fabriquées en Poitou pendant une bonne partie du premier siècle, conservèrent à peu près les formes et le rude aspect de colles des derniers temps de la période gauloise. Il n’y eut guère que les procédés de fabrication qui firent quelques progrès, surtout dans la vaisselle fine ; tandis qu’ils restèrent presque stationnaires pour la grosse poterie. A partir du règne de Vespasicn (69-79), on entra dans une voie nouvelle : la terre fut mieux préparée, mieux cuite, et couverte d’une glaçurc noirâtre, qui la rendit un peu plus agréable à l'œil. Sous Pomitien (81-96), on commença A faire de la poterie rouge fine. Quelques vases, de l’une et l’autre couleur, furent alors ornés de dessins en creux exécutés au poinçon. Aucun ne reçut encore de figures en relief.
Ces renseignements me sont fournis par les faits suivants :
1® Découverte de nombreux vases de terre noirâtre, assez grossière, non lustrée, sur les bords du canal, qui communique du lac de Grandlicu à la Loire, en compagnie d’une quantité considérable de monnaies de bronze d’Auguste, Julie, Agrippa, Tibère, Prusus, Antonin, Germanicus et Caligula. Les pièces du dernier de ces princes étaient peu nombreuses, et à fleur de coin ; ce qui dénotait que le trésor avait été enfoui sous son règne (37-41). M. Guilbaud, de Frossay (Loire-Inférieure), personnage très singulier, qui s’ètait plu A réunir, pendant le cours de sa longue carrière, une foule d’objets bizarres et souvent sans valeur, avait recueilli plusieurs centaines de ces monnaies et trois des vases trouvés en même temps. Ils avaient tous la zéne de la panse, qui se voit sur les poteries gauloises, couverte de petits trous, faits avec une pointe,
2° Grand plat de terre grise très épaisse et à bords évasés, découvert à Apremont (Vendée), dans une ancienne fosse remplie de matières fécales, avec des monnaies d’Auguste, Tibère, Agrippine, Claude et Néron. Beaucoup de fragments de poterie du même genre, ou plus minces, étaient dans celle fosse.
Un vase ressemblant A un pot à fleurs, avec bords rentrants, en terre noire presque identique à celle des petits fragments, a été exhumé, cette année, A Saintes, d’une fosse destinée au même usage, et où sc trouvaient des bronzes de Tibère, Caligula et Néron.
3° Grande urne noire et revêtue d’une glaçure, découverte fragmentée à Vitré (Deux-
Sèvres), dans l'intérieur de laquelle étaient des détritus d’étoffes et dix-sept grands bronzes, dont le plus ancien portait l’effigie de Caligula, et le dernier, à /leur de coin, celle de Vcspasien (axnona avovst. s. c.). L'indication du VIII* consulat dit que cette pièce a été frappée pendant le cours des années 77 ou 78. Les débris d’une tasse noire à hauts bords, portant de petits fleurons estampés en creux, étaient avec ces médailles.
4“ Petite tasse de terre rouge lustrée, mais sans éclat, décorée de filets et d’un cercle de perles imprimées en creux à la roulette, trouvée dans une sépulture aux alentours de Niort, avec une chevalière dont la pierre ou pâte de verre a disparu, et deux pièces de même métal portant les noms de Néron et de Domitien. M. de Fouschier, de Thouars, en possède une semblable, mais moins grande. Elle provient des environs de la ville qu’il habite.
le ne donne ces renseignements que sous toutes réserves, parce que les monnaies ne peuvent jamais fournir que des dates approximatives, lorsqu’elles ne sont pas par grands dépôts, et qu'à l’exception des poteries venant d’Apremonl, trouvées sous mes yeux, je ne puis fournir sur les circonstances de la découverte des autres que des indications reçues de seconde main. Mais tout fait présumer néanmoins que les observations précédentes sont fondées. Les archéologues attentifs pourront en contrôler l’exactitude au moyen de découvertes ultérieures. Les diverses parties de la France, antres que le midi, doivent fournir des indications analogues. Je ne saurais trop insister près des chercheurs pour qu'ils se livrent partout à des investigations du même genre. Jusqu'ici les produits céramiques dè la période romaine n'ont été l’objet d'aucune tentative sérieuse de classement par ordre de dates ; ce qui leur enlève l’intérêt le plus réel comme document. Introduire une bonne chronologie dans les faits, n’est-ce pas ouvrir une grande route à l’histoire?
Il est bon de noter qu’aucune des poteries dont il vient d’être question ne porte de marques ou noms de potiers.
POTERIES ROMANO-GAl’LOISES.
Si les poteries, en usage chez les Pictons jusqu’aux dernières années du i er siècle, ont ôté fmhriquèes d’après les mêmes procédés que celles de la période gauloise, dont elles ont en partie conservé les formes et l'aspect extérieur, il n’en est plus ainsi de celles qui datent du règne de Trajan. L’influence romaine s’v fait pleinement sentir. C’est ce qui m’a engagé à donner aux vaisseaux de terre, analogues à ceux décrits dans le paragraphe précédent, le nom de poterie s gallo-romaines et celui de poteries romano-gauloises à ceux exécutés depuis Domitien ou Trajan jusqu’à Valentinien.
poteries bouges* — Il est possible qu'on ait fabriqué do la poterie rouge à reliefs, antérieurement à la première moitié du 11 e siècle, dans certaines autres régions de la Gaule ; mais il semble résulter des observations que j’ai été à portée de faire qu’elle est apparue chez nous seulement sous Trajan et ses successeurs immédiats. A partir de ce moment, elle devint d’un usage général et continua, pendant deux cents années, à primer toutes les autres. On l'abandonna peu à peu ensuite pour lui substituer la poterie commune et des imitations romanisées de la vaisselle des peuples barbares, qui, avant de conquérir l'empire par les armes, lui firent accepter leurs modes, leur mobilier, parfois jusqu’à leur façon de comprendre les arts.
Je ne doute pas qu’on n’arme un jour à classer les poteries rouges par ordre chronologique et par lieu de fabrication. Elles seront alors d’un grand secours pour l’histoire locale, et fourniront une foule de renseignements sur les mœurs, les usages, les croyances religieuse, et les divinités topiques.
Les vases de cette catégorie ont été décorés au moyen de divers procédés. Tantôt on les a simplement tirés d'un moule, qui a couvert leurs parois de reliefs ; tantôt on a ajouté à ces premiers ornements des g-uillochtires faites à la molette. If autres ont reçu des reliefs moulés séparément et appliqués après coup, ou exécutés en barbotinc; quelquesuns ont été incisés ou façonnés à la roue. Il en est enfin sur lesquels sc voient des empreintes de feuilles de plantes naturelles posées sur la glaçore, alors qu’elle était liquide, et qui y ont laissé là trace de leurs contours et de leurs parties saillantes. La décoration de certaines pièces a exigé l'emploi simultané de plusieurs de ces différents procédés.
La terre est ordinairement rouge comme la glaçure ; mais clic est aussi parfois d’un blanc grisâtre.
Les sujets les plus fréquemment employés sur les vases sigillés, trouvés en Poitou, sont : les chasses aux oiseaux de marécage, au cerf, au chevreuil, au lièvre et à l’ours (animal qui n’habitait certainement pas la contrée à l'époque romaine, mais qui figurait souvent dans les combats du cirque) ; les pèches aux poissons de mer ou de rivière; combats de gladiateurs, combats d’animaux, luttes d’athlètes, exercices de mimes, scènes pastorales, danses de faunes et de bacchantes. On rencontre aussi, sur plusieurs pièces, la femme armée d’un coutelas, allant égorger un chevreau qu’elle tient par les pieds de devant, motif qu’on trouve également en Auvergne. Un vase de ma collection, qui en est orné, est signé masclvs, contraction du nom de kascvlvs. Parmi les divinités dont les images reviennent le plus souvent, il faut compter Mercure, Hercule, Minerve, Apollon, Diane, Vénus, l’Amour et les Dieux de la mer. Dans les derniers temps, apparaît, sur beaucoup de pièces, une figure d'homme portant un épieu et posée sur un piédestal ; peut-être est-ce un dieu topique. La flore locale a fourni, de son côté, à l’ornementation des poteries rouges, les feuilles de la vigne, du chêne, de l’orme, du houblon, de la fougère, du roseau, du fraisier et du lierre; les fleurs de la marguerite, de la rose, de la violette, du nénuphar, du convoi vulus. Quelques lampes ont des oiseaux : colombes.
paons, etc., on bien les animaux que fournissait l’Afrique aux jeux du cirque : lions, tigres, etc.
Les sujets érotiques sont rares et proviennent, en général, de moules informes. Les objets les plus singuliers de ce genre, qui soient sortis de notre sol, sont deux ex-voto en forme de phallus de grandeur naturelle, que mon ami, M.Dngast-Matifeux, a vus chez le sieur Picot, marchand à Saint-Georges de Montaigu, dont la femme, après les avoir conservés assez longtemps sous son lit, finit par les briser, par scrupule de conscience.
Les vases, qui portent ces divers motifs d'ornementation, sont rarement d’un beau travail (1). L’un des plus remarquables est sans contredit l'urne gravée au n° 6 de la planche des Poteries poitevines. Les figures qui la décorent ont été moulées A part et appliquées après coup, ainsi que les feuilles des plantes; tandis que les liges de celles-ci ont été modelées en barbotine. Sa hauteur est de 0",270: sa largeur, à la panse, de 0 B ,203. Elle fait partie de la collection de M. FI.Bonsergent, et a été retirée du vieux sol de Poitiers. Elle n’est malheureusement pas signée du nom de son auteur. Le mémo amateur possède les fragments d’un autre vase analogue et non moins précieux, portant sur le col cette inscription gravée à la pointe, que je livre à la sagacité des hommes compétents :
Les débris d’un troisième vase de même fabrique, et ayant la même provenance, sont dans la collection de M. Pinchaud, autre amateur de Poitiers. L’un des morceaux montre Hercule enfant, étouffant les reptiles envoyés pour le dévorer. Un quatrième, enfin, a été trouvé à Pont-Habert, près de Ctiallans (Vendée), mais également brisé en plusieurs pièces. Sa forme ne diffère pas essentiellement de celle des trois antres. C’est encore une urne, sur laquelle sont les images d’Hercule, de Mercure et de Diane, symétriquement rangées entre les courants d'une plante dont la feuille ressemble à celle du houblon sauvage. Mais ce qui donne du prix à ces fragments, c’est le nom du potier Faustus, posé en relief au-dessous de la figure d’Hercule. Est-ce le même ouvrier que celui qui a signé l’un des débris de poterie rouge ordinaire de la collection Bonsergent : favstvs salinatou acnvÆÎ Quoi qu’il en soit, ces quatre vases, qui paraissent dater de la fin dn 11 e siècle, ou du commencement du m", sont sortis de la même fabrique, et méritent une place à part dans la céramique des Piétons, par leurs dimensions, l'épaisseur des reliefs et le style des
(I) U. de Looguemar, de Poitiers, a réuni les drssins d'an grand nombre do poteries sigillées, recueillie* sur l'ancien territoire des Piétons, dont II compte faire, plus tard, le sujet d'une publication spéciale.
divers détails. Quelque découverte les lui enlèvera peut-être plu» tard ; mai» ce ne sera pas, A coup sûr, pour enrichir celle des provinces placées au-dessus de la Loire (1).
Peu de poteries rouges ont une date certaine. Ce n’est que par les indices, tirés de la nature des objets qui les accompagnent, qu’on peut arriver à reconnaître leur lige. Les fouilles, que j’ai fait exécuter, au mois de juillet 1858, dans le cimetière romano-gaulois du Langon (Vendée), en ont fourni une assez grande quantité, à l’état de débris, qui tous sont évidemment antérieurs au second tiers du ni* siècle; car la série des monnaies trou-
vées en même temps commence à Agrippa et finit A Septimo-Sévèrc (193-211) (2). Un morceau de coupc porte la tète de Lucius Venis. Les objets, recueillis pendant la fouille, sont aujourd’hui au musée archéologique de Napoléon-Vendée. Un autre fragment, trouvé sur un point différent du Langon, présente l'image d’un empereur, recevant le globe terrestre des mains de Jupiter, avant le modius en tête. Ce groupe est placé entre deux colonnes supportant un fronton. Il est la reproduction exact** du revers de ce petit bronze inédit de Victorin,
, découvert dans le même lieu.
A mesure qu’on avance vers la décadence de l'art romain, les ornements figurés en relief deviennent plus grêles et perdent de leur style. J’ai fait graver une sorte de bol, venant de Verrines (Deux-Sèvres), et portant le nom de divicatvs, sur lequel les traces de dégénérescence sont visibles, pi" *î de la planche des Poteries poitevines.) Sa forme est pourtant encore aussi élégante qu’aux beaux jours de la céramique romano-gauloise, qui en présente de très gracieuses, témoin ce vase à deux anses, œuvre du potier sextvs, découvert à Rom (Deux-Sèvres). Il est tout uni, d’une terre très fine cl parfaitement lustrée. Un autre, presque semblable, mais plus petit, est revêtu d'une engobe blanche. La chute de l'empire gaulois, sous lequel l’art de terre avait eu un regain de jeunesse, lui fut fatale, comme à toutes les autres industries.
Bon nombre de poteries sigillées, retrouvées sur le territoire des Piétons, proviennent des fabriques établies dans les contrées limitrophes, ou même de celles du bassin do l’Ailier, comme l’indiquent les noms de différents potiers; mais je ne crois pas que les pays étrangers à la Gaule aient contribué â lui en fournir. La plupart de celles qu’on a prétendues italiennes, germaniques, bretonnes ou espagnoles, sont tout simplement romano-gnu-
(i) Cf. u* 3 , pi. il, do la Description rnétkod. du mutée céram. de Serra.
(i) Los fouilles, exécoléo* eo 1868, o'onl pas fourni do tnonnait-g postérieures à Fau&tlne la Jeune. Députe, le reste do cimetière ajanl 6(é défriché, ou y a trouvé des monnaies de Commode, d'Altiin et de Septiue- Sdvère. (Y. Poitou et Vendée, ail. do Langon, p. 4.)
loises. Ainsi en est-il, par exemple, du curieux vase de la collection Bousergent, attribué par M. de Longuemor à la manufacture de Sagontc, dans le volume do 1860 des Mémoires de la Société des antiquaire* de l'ouest (p. 65 et pl. v). La signature, inscrite A rebours, qui a induit notre collègue en erreur, est analogue à celle du potier A rcautt*, figurée dans l’ouvrage de M. Edmond Tudot, intitulé : Collection de figurine* en argile. (Paris, C. Rollin, 1860, p. 66.) Plusieurs autres marques offrent des caractères cursifs du même genre, et ne sont, pas plus que celle-ci, phéniciennes ou puniques. La forme de l’a.
dont la barre est verticale, au lieu d’être horizontale, est commune à la Gaule entière et même A la Grande-Bretagne.
Il faut en dire autant de cet autre vase , sorti d’un tombeau de la première moitié du ni* siècle découvert A Jarl (Vendée), et qui porte en relief la signature pateum fb (cït), figurée ainsi :
laquelle a donné lieu à l'intéressante notice de M. E. Hucher, insérée dans le Bulletin monumental de 1860 (1).
Quelques vases ont été incisés ou taillés A la meule, pour recevoir sur leur panse des imbricalious analogues A celles des pommes de pin ou d’un fruit quelconque ayant à peu près le mémo aspect. D’autres ont la surface entièrement couverte de cercles parallèles exécutés par le même procédé. On les rencontre plus souvent dans le haut Poitou qu’en dcçA des deux Sèvres. Rczé en a pourtant fourni une certaine quantité à l’état de débris. Indépendamment des vases à reliefs, il y en u de tout unis; d’autres ont leur surface couverte de losanges en relief, de treillis, etc.
Des détails sur la fabrication des poteries rouges, et sur les potiers qui les ont faites, sont donnés plus loin.
poteries a couvertes IMITANT des métaux. — Ces poteries sont décorées de la même manière que les rouges ; mais elles ont reçu extérieurement une teinte brillante et foncée, qui les fait ressembler à des vases de métal. J’en ai vu de deux sortes : les unes ont la couleur du bronze; les autres tirent sur le gris de fer. l T n fragment de coupe A reliefs, représentant des danses de mimes, trouvé A Saint-Père en Rais, était signe du potier MESSALA.
poteries noires. — Les poteries de la honne époque, couvertes d’un beau lustre noir, sont peu communes en Poitou. Je n’en connais, pour mon compte, qu’un nombre très
(I) Ce vase appartient au musée archéologique tic Napoléon-Vendée, V. aussi Cotfw/io» <te figurines en argile, décrites par M. Edmond Tudot, |». 67-68.
restreint d’échantillons. Presque tous sont brisés. Ils sont, en général, décorés de fleurons et autres dessins en creux. La terre, employée à leur fabrication, est grisâtre et passablement fine. Un seul des fragments, qui me soient passés sous les yeux, porte une signature, celle do Prise mus, imprimée en creux et à rebours. Quelques urnes ont des décors blancs ou jaunes et des inscriptions de même couleur tracées en barbotine autour de la panse.
poteries (irises. — Cette classu est infiniment plus nombreuse que la précédente ; les formes des vases sont très variées. La terre employée est moins fine que celle des poteries à glaçurcs. Une grande jatte de 0",23 de hauteur, retirée de terre par morceaux, A Arthon, dans le pays de Rais, a reçu une couche blanche consistante et, par-dessus, deux cercles (1e feuilles et de fruits de lierre, faits avec de la terre grise, appliquée A l’état de barbotine. Quelques fragments présentent des feuilles de vigne exécutées par le même procédé. Le n° 8 de la planche des Poteries poitevines donne la figure d’une jatte grise appartenant à M. Octave de Rochehranc. Elle sort des ruines de la forge antique de la Vcrgne, en Saint-Hilaire sur l’Autiie.
poteries couvertes d'un vernis. — Les échantillons de cette catégorie sont peu communs.' Les seuls que je connaisse viennent de Poitiers, du Veillon et de Rezé. Ils sont couverts d’un vernis plomhifêre jaune verdâtre.
Le sieur Benoit, du petit Puy-Bernier, village du territoire de Fonlcnay-le-Cotnte, m’a assuré avoir aussi rencontré une tuile à rebords, revêtue du même vernis, parmi les matériaux qui composaient une sépulture maçonnée en briques, trouvée dans le Champ des tombeaux de Pahu (commune de Longève). Cette brique était du tv* siècle; car on a trouvé dans la sépulture un moy en bronze de Constantin I er , qui m’a été remis longtemps après la découverte.
poteries éraillées. — Le sol de Poitiers nous a procuré quelques rares débris de vases à vernis vert Irès pAle, semé de perles ou de raies d’émail blanc, qu’on dit être de l’époque romaine. Je ne les mentionne que pour mémoire. Bans tous les cas, les poteries de cet ordre ne sont pas antérieures au iv* siècle, si elles ne sont pas étrangères A la Gaule et d’une date plus récente.
statuettes et bas-reliefs. — Je ne crois pas qu’on ait jamais fait chez nous de statuettes moulées en terre blanche. Celles que nous rencontrons sortent probablement des fabriques du centre de la Gaule. Les plus communes sont des figures de Minerve et do Vénus entièrement nue, relevant sa chevelure de la maiiii droite; des bustes d’enfants encapuchonnés, le sourire sur les lèvres, et d'une femme qui ressemble à l'impératrice Sabine. On trouve de plus quelques-unes de ces images de la déesse-mère, qui ont nervi de prototype aux bonnes vierges du moyen-âge. (N° 9 de la planche des Poteries poitevines.) Les fouilles du Langon m’ont aussi fourni une petite figure d’enfant, posée sur un socle, vêtue du hardocucullus, et ayant sur sa tête la main prisée d’un personnage de plus haute taille, placé â cété de lui. Rapprochée du groupe d’Hcrcule et de Telesphore,
gravée sur les monnaies des Ségusiaves, celle figurine est aussitôt reconnue pour être la représentation de la seconde de ces deux divinités, et l’on comprend qu’elle a fait partie d'un groupe identique à celui que porte la pièce gauloise (1). Do son côté, M. Fortuné Parenleau, do Nantes, a fait, m’a-t-on dit, sortir des ruines de Rezé la chapelle privée en terre cuite d’un gallo-romain, dont les statuettes viennent indubitablement des fabriques du bassin de l'Ailier. J’aurais voulu en donner la description détaillée; mais je ne suis pas en possession de renseignements assez exacts pour le faire. L’ensemble de ces simulacres constituait un véritable larairc, dans le genre de ceux décrits par M. Tudot. — En fait de figures d’animaux, exécutées avec la même matière et d’après le même procédé , je n'ai jamais vu qu’un oiseau trouve A Poitiers, et un cerf, qu’un paysan des environs de Bressuire (Deux-Sèvres) disait avoir retiré d’une sorte de cachette, mise A découvert en creusant un fossé de clôture.
La partie inférieure d’une statuette de Minerve est signée : iixtilli. Le nom de Pixtillus est essentiellement gaulois. Il figure sur des monnaies de lu Lyonnaise, sous la forme pixtilos. M. Clmrvct a eu entre les mains un petit buste de femme, venu d’Auvergne, sur lequel était le même nom romanisé en Pistillus. C’est la seule pièce, revêtue d’une marque, qui m’ait été signalée. Elle provenait, m'a-t-on dit, d’un champ voisin de Brioux (Deux-Sèvres).
l'n habitant du Lnngon a recueilli, depuis peu, un petit bas-relief, très détérioré et d’une forme légèrement cintrée, ayant 0",11 de largeur sur 0“,07 de hauteur, où se voient Hercule et Mercure. Il devait orner, dans le principe, la partie extérieure du dossier d’un véhicule à deux chevaux, tel que celui figuré sur la pl. xxxvi du recueil de M. Tudot. Les figures ont reçu une teinte rosée, et le fondnnc teinte presque brune; tandis que la draperie de Mercure porte quelques vestiges d’une coloration bleue.
poteries communes. — Il me serait presque impossible de décrire l’innombrable quantité des vases en terre grossière, noire, grise, blanche et rouge, qu’on rencontre en Poitou. Plusieurs ont conservé les formes de la tradition gauloise, et la zone médiale de la panse, décorée de dessins en creux obtenus A P aide d’une roulette ou de petits poinçons dont les empreintes se répètent A l’infini. Indiquée d'abord sur la panse arrondie par de simples traits, elle commença A s’aplatir vers le milieu du m* siècle. II est bien pou de localités qui n’aient fourni quelques-unes de ces poteries, sorties, la plupart du temps, de sépultures par incinération, et, par conséquent, presque toujours antérieures au iv* siècle. Le sol de Poitiers en recèle des milliers, soit entières, soit à l’état de fragments, et les cimetières romano-gaulois, explorés sur plusieurs points, en ont rendu également nn très grand nombre. Parmi ces localités, il faut citer, dans la Vienne : Loudun, Civray, Ambemac et une foule d’autres; dans les Deux-Sèvres: Rom, les Cranièros, près de Faye-
(I’ Description des monnaies gauloises faisant partie des entf tel tons de la bibliothèque royale, pai A. Ou < Mais, p <20. cl Poitou et Vendée, art. du Langrin, p. 5.
l'Abbesse, Gourgr, Brioux , Ardiu, elc.; dans la Vendée : les environs de Fontenay, Saint-Médard des Prés, le champ des Cahuettes (commune de Foutaines), Auzay, le Langon, Natlicrs, Saint-Denis du Pnyré, Curzon, Anson (commune de Saint-Cyr en Talmondais), le Bernard, la Touche-Grignon (commune de Longevillc), Jart, le Vcillon (commune de Saint-Hilaire de Talmond), Aprcmont, Pont-Habert, près de Challnns, Saint-Genrais, Aizenay.Dompierre, Charagnes en Paillers, Saint-Georges de Monlaigu, la Logerie (commune de la Bernardiére); dans la Loire-Inférieure : Rczé, Saint-Père en Rais, Frossay, etc. Les collections publiques de Poitiers, de Niort, de Napoléon-Vendée et de Nantes, renferment un très grand nombre de spécimens do ces vases. MM. Donsergent, Pinchaud, Octave de Rochebrune et Fortuné Porenlcüu, en possèdent également plusieurs. Chez M. de Rochehnine est celui qui contenait les 8,500 monnaies du iii" siècle, enfouies pendant le cours de l’année 273, découvertes au Langon en janvier 1863 (1). C’est une cruche de terre noire, munie d’une anse. Comme échantillon de nos poteries communes, j’ai fait graver, au n° iode la planche des Paieries poitevines, une urne à trois anses, extraite du cimetière roman o-gaulois de Gourgé, et déposée au musée archéologique de Niort, qui présente une forme rare dans nos contrées et même dans toute la céramique romano-gauloisc (2). Quant au porte-lampe, gravé au n° 11 de la même planche, sa forme est commune au territoire des Piclons, tout entier, ainsi qu’à ceux des Santons, des Lemovices, des Torons, des Andes et des Namnetes. Il est ordinairement de terre rouge ; mais il y en a de couleurs différentes. Parfois le godet, destiné à recevoir l'huile, est mobile. On en a fabriqué au moins jusqu’au vu" ou vin* siècle.
Je ne dois pas oublier do mentionner les grands cuviers (3), et surtout les amphores, allongées ou à large panse, dont les débris jonchent notre sol, indice d’une fort ancienne culture de la vigne (4). Plusieurs, ayant le col brisé, ont été retirées de sépultures du ni* siècle. Nalliers en a fourni un bon nombre dans cet état. Les amphores poitevines portent souvent des marques de potiers sur le rebord de l'orifice, sur l’une des anses ou sur l’extrémité inférieure.
(1) Poitou et Vendée, art. du Langon, p. 2.
{2) Les trois anses de ce vase ont mémo Tait suspecter son ancienneté par des céramistes très habiles, 4|ui n’en connaissaicul que le dessin. Mais le doute n'est pas possible en présence du monument lui-même, et lorsqu'on connaît les circonstances de sa découverte.
(3) Aucun cuvier n’a été, je crois, trouvé entier; mais on en rencontre partout une foule de débris. Un fragment, extrait des fondations d'uoc maison de Poitiers, avait (dus de O* ,05 d'épaisseur, et, par sa courbe, annonçait que le vase entier devait avoir au moins l m ,40 de hauteur. Un autre, que j'ai retiré mol -même de terre à l’Ilcau-Ies- Vases de Nalliers (Vendée), avait eu des dimensions presque aussi considérables. Ils étalent toutefois géoéraletncul d’une grandeur moyenne.
(4) Poitou et rendre, art. de Kouteoay ; sépulture de Ja femme artiste de Saint-Médard de» Prêt, p. 125, »• 17 de la plaucbe. On a découvert d'autres amphores évasées aux environs de Cballans et d’Ardin.
Je terminerai en citant le singulier ustensile, dont je donne ici la gravure, d’après un dessin fourni par M. Pareil teau. Ou en a trouvé bon nombre d’exemplaires à Rezc et sur plusieurs autres points des deux rives de la basse Loire. Quelques archéologues veulent en faire des espèces de chenets propres à soutenir des broches. Ce qu’il y a de certain, c'est que tous portent des traces d’un contact répété avec le feu. Le musée archéologique de Nantes en a un de grès sculpté. M. Païen tenu m’en a signalé un autre de terre cuite avec une tête de chien. Ils ont ordinairement de 0*,30 à 0*,40 de hauteur. Quelques-uns sont de plus petite dimension.
tuiles, briques. — Les tuiles, qu’on trouve partout en immense quantité, ne présentent jamais que deux variétés de formes : la tuile plate à deux rebords, servant d'égout, et la tuile ronde, semblable à la nôtre, complétant la toiture. Mais, comme on en a fait usage depuis le i pr siècle jusqu'au ix° ou x*. leur fabrication a subi des variations infinies. Très soignée d’abord, elle est devenue ensuite de plus en plus grossière, à mesure qu’on a descendu les âges. Plus la brique est rouge, épaisse, â vives arêtes, plus elle est ancienne. Je n’en ai rencontré que deux qui portassent des marques de potiers. Sur l’une, trouvée aux Herbiers, était le nom de favlys; sur une autre, venant, je crois, d’Ardin, se trouvent les initiales vi.
Les briques varient beaucoup, au contraire, de forme et de dimension. Il en est de près d’un mètre de longueur, et de huit ou dix centimètres d’épaisseur; tandis que d’autres atteignent à peine cinq ou six centimètres de côté. On les a employées à l’état de matériaux dans la construction des murailles, des piliers, des foyers, et surtout à l’état de pavés. De celle dernière catégorie, il en est qui sont triangulaires, exngonc.s et même octogones. Leur assemblage produisait des combinaisons analogues à celles qu’on obtient aujourd’hui. Un pavé de ce genre a été découvert au Langon (Vendée). La surface inférieure de certaines In iques est couverte de raies profondes, se coupant d’ordinaire en losanges, afin d’obtenir une adhérence plus grande avec le mortier. Elles aussi portent rarement la marque du fabricant. En voici pourtant une recueillie à Auzay (Vendée). Ce Culms J Jcrula parait avoir été travaillé en Saintonge; coron y a rencontré des fragments d’ouvrages de grosse terre signés de lui. Les inscriptions, tracées à la main en majuscules ou en caractères cursifs, sc voient un peu plus fréquemment. M. (ïournud, ancien notaire à Chavagncs-cn-PailIcrs [Vendée).
possède, par exemple, une brique fragmentée, trouvée aux Herbiers, sur laquelle on lit : iv-xix. Sur une autre, employée dans la construction d’un tombeau découvert non loin de Pahu, près deFontenay-le-Comtc, était le nom de c. mlànts, tracé en grandes lettres. Etait-ce celui du mort ou bien celui du tuilier?
On m'a aussi parlé d’une inscription minutaire, exhumée de terre entre Brioux et Saint-Jean-d’Angély, inscription dont je n’ai pas le texte. Mais le monument le plus curieux de cette espèce, que renferme le Poitou, est l’inscription suivante , tracée à la pointe avant la cuisson, de la collection de M. F, Bonsergent :
ATECIRITVS
ITEVTICAK 8ALVTF.il LO CILLES IX CVN.NO
Elle a été trouvée à Poitiers, à cété d’un petit groupe, sculpté en pierre de Charente, représentant un homme et une femme assis l’un près de l'autre, groupe qui fait maintenant partie du musée archéologique de cette ville. M. Jules Quichcrat Va publiée dans le Hnlletin de la Société des antiquaires de France, 1863, p. 138, et la croit, en raison des caractères employés, antérieure au règne d’Adrien. Dans ce cas, il n’y aurait aucune corrélation entre elle et le groupe, qui est d’une époque beaucoup plus basse.
D’autres objets ont été fabriqués avec la même terre que les tuiles et les briques. Ce sont d’abord ces conduits, ronds ou carrés, qu’on retire du sous-sol de la plupart des villas romaines, et qui servaient d’égouts et de tuyaux pour mener Veau dans les salles de bain et les cuisines, ou qui communiquaient avec les bouches de chaleur. Viennent
ensuite des bassins carrés, ayant eu la destination de nos auges de pierre. Un fragment de l'un d'eux, retirés des ruines du Chftte&n-Uaillard du Langon, avaient 1", 12 de cété. Je signalerai de plus le beau chapiteau de pilastre corinthien en terre cuite, d'un rouge foncé, figuré au n° 5 de la planche des Poteries poitevines, que le sieur Lelièvre, marchand d’antiquités à Nantes, avait eu, il y a une quinzaine d’années, d'un pnysan des environs de Challans (Vendée). Il mesurait 0“,65 de hauteur sur 0 m ,58 de largeur, et avait été moulé en partie. On avait ensuite ajouté, par pièces, les reliefs les plus saillants, et retouché le tout avant la cuisson. Ce beau spécimen, séparé en deux morceaux, lorsqu’il nu* fut soumis, dénotait un art très avancé. Je l’ai supposédu if siècle. M. Chauvet a signalé des applications analogues de l’art de terre A la décoration des édifices, dans sa Notice des ont ii/ ni tes de Vichy-les-bains.
Une lettre de Siauvc, auteur des Mémoires sur Us untojuités du Poitou, en date du 30 juillet 1805, parle enfin d'an té fixes ornés de feuillages cl de léles d’enfants et de femmes, qu’on a exhumés des ruines d’une villa, entre Toulon et Mortemer, sur les bords de la Vienne. Si l'on en croit le docte antiquaire, qui n’avait pas un goût très-sûr, l’une des têtes de femme était d’une rare beauté. Un diadème ornait son front ; ses cheveux, comme ceux de Méduse, s’étalaient en mèches flottantes; un collier de perles rondes était passé à son cou. Siauve ajoute que le paysan, auquel on dut la découverte, trouva, en même temps, un fragment de vase d’argent travaillé au repoussé, où se voyait une femme nue se livrout h la danse.