‹ L'art de tromper, d'intimider et de corrompre l'électeurChapitre 16 sur 79 · CAMPAGNE ÉLECTORALE DE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE ÉLECTORALE DE

§ 1. — Calomnies contre le clergé et le pape

Les anticléricaux continuèrent leurs calomnies après les élections de 1906. Ils attaquèrent le clergé, mais ils comprirent le pape dans leurs sai'casmes. Ils l'accusèrent de désirer la guerre et de chercher à la susciter entre l'Allemagne et la France !

Les documents suivants le prouvent d'une manière irréfutable.

Un certain M. Hugon, docteur en médecine et député de Saint-Flour, a écrit dans V Union démocratique , en septembre 1908, un article dont nous détachons les lignes suivantes :

« Le peuple se demande jusqu'où peuvent aller leurs manœuvres (des moines et des curés). Il se demande si les cambriolages si fréquents, si les vols d'objets précieux, qui se produisent si fréquemment dans les églises et qui restent si mystérieux, ne font pas partie des manœuvres dont la réaction cléricale est coutumière.

(( Les voleurs et les volés n'appartiendraient -ils pas à la même famille?

« Il faut que le sang coule !

(f Quatre ou cinq morts, voilà le bilan de Draveil I

(( Le sang a coulé : voilà l'œuvre de l'anarchie alliée à la jésuitière qui paye !

(( La congrégation fournit l'argent pour entretenir les grèves.

« La congrégation, pour étrangler la gueuse, paye les anarchistes pour aboutir à la guerre civile.

a Le pape marche avec Guillaume II et les Prussiens contre la France ! Il marche contre les ouvriers, il marche contre les paysans î

(( Les curés se livrent à des quêtes dans les villages. Voyez à quoi sert votre argent, paysans !

(( Il faut que le sang coule !

(( Docteur P. Hugon, (( député. ))

Le 14 mars 1909, la Croix insérait cet article.

« La candeur naïve de M. Aulard. — M. Aulard, flambeau du radicalisme, vient de commettre un impair qui suffit à le juger.

(( L'autre jour, devant lui, on causait du conflit austro -serbe. Quelqu'un demanda à un vieux diplomate :

(( — Mais enfin, qui veut la guerre ? »

(( Et ce diplomate, sceptique, raffiné, qui connaissait bien son Aulard, répondit en souriant :

« — C'est le pape. »

(( Là-dessus, M. Aulard prit immédiatement sa plume et envoya à la Dépêche de Toulouse (6 mars) un long article, admirable de logique, où, après avoir démontré qu'aucune nation européenne ne pouvait vouloir la guerre austro-serbe, il conclut que :

(( Ce serait le pape et les jésuites qui, maîtres de la cour de Vienne, pousseraient à une guerre européenne. Cette guerre, en eff"et, si on y réfléchit, ne pourrait que fortifier le pouvoir politique de l'Eglise romaine et amènerait peut-être le châtiment de notre détestable France. »

a Je ne vois pas du tout ce que le pape pourrait y perdre. Je vois bien ce qu'il y pourrait gagner, et, tout bien pesé, je ne trouve pas si paradoxale la boutade de ce vieux diplomate qui, l'autre jour, devant moi, à quelqu'un qui lui demandait : (( Mais enfin, qui veut la guerre? » répondait en souriant : « C'est le pape. ))

Il est précieux de constater que les meneurs anticléricaux des campagnes ne sont pas les seuls à prétendre que le pape , les curés et les libéraux [veulent la guerre. Des universitaires partagent leur opinion. Une conclusion s'impose : les anticléricaux ont le même génie, qu'ils soient ignorants ou instruits.

En avril 1909, le Peuple français insérait l'article suivant :

(( Un sieur Jean Bernard , qui sévit sur les confins du journalisme et de l'agence d'informations, a mis au service des loges et de la juiverie un système perfectionné de mensonge.

(( Il fait insérer, dans les journaux étrangers, des informations tendancieuses inventées de toutes pièces contre le pape et les catholiques , puis il les fait reproduire ensuite dans les journaux français. Nous avons pris ce vilain monsieur la main dans le sac, lorsqu'au début de l'année, nous avons obtenu du Rappel, soit qu'il acceptât la responsabilité, soit qu'il dénonçât l'origine d'une prétendue dépêche a. autrichienne » , d'où il résultait qu'un pèlerin allemand de marque avait recueilli de la bouche du Saint-Père des propos dans ce genre : « Je regrette que la guerre n'ait pas (( éclaté ; elle eût été bien utile pour châtier la France. »

(( Sui' notre instance, le Rappel finit par déclarer que cette dépêche lui avait été fournie par la Presse associée et le dit Jean Bernard. Celui-ci, ainsi

découvert et mis en cause par nous, se tint complètement coi, allouant par lui-même qu'il avait forgé de toutes pièces cette odieuse calomnie.

(( Or, depuis quelques semaines, le voici qui récidive. Il a envoyé aux journaux maçonniques de Belgique une longue et indigeste tartine destinée à revenir ensuite, avec le caractère de l'authenticité, dans les journaux français. Dans le Nord, la presse biocarde s'en régale. Voici le goût du morceau intitulé : Les ordres du pape.

a Nous assistons à l'exécution d'un plan longuement médité qui vient de « Rome, où il a été dressé par quelques intransigeants du parti royaliste, « les mêmes qui conseillèrent à Pie X de repousser la loi de Séparation si (( libérale...

(( Le complot a été avoué au dernier congrès diocésain de Paris. C'est a un député royaliste, M. de Gailhard-Bancel (!), qui a affirmé que l'action (( catholique était dirigée par les instructions venues de Rome. Cette action, (( c'est celle des (( camelots du roi », la campagne contre les statues, le ser- (( ment de combattre la République, obtenu de 6.000 fanatiques au Tivoli- « Vaux-Hall par l'archevêque Amette, etc. »

(( Jean Bernard, en écrivant ces bourdes, sait qu'il ment comme un arracheur de dents. Mais il se dit qu'il en restera toujours quelque chose. »

Tels sont les arguments employés par les anticléricaux pour développer la haine du peuple contre le pape et l'Eglise.

En 1906, ils accusaient les libéraux d'être les ennemis de la République et de vouloir faire la guerre. Ils portent la même accusation contre le pape en 1910. Celui-ci est la cible vivante sur laquelle se dirigent toutes leurs attaques. Certes, elles ne lui ont pas été ménagées pendant la période électorale de 1910 !

Le journal officieux du ministère, les Nouvelles , publia d'abord le texte d'une prétendue lettre envoyée par' le pape aux évêques français touchant les élections. Elle répondait, disait-on, à une demande des évêques sur l'opportunité de traiter la question électorale dans leurs lettres pastorales.

Bien entendu, il n'y a eu ni lettre du pape, ni lettre des évêques. L'anticléricalisme a l'inspiration si puissante quand il s'agit d'inventer 1 1 1

Puis, le 22 avril 1910, paraissait, dans la Dépêche du Centre et de r Ouest, de Tours, l'article suivant :

« Défense de la France laïque. — Les républicains envoyés à la Chambre au lendemain de la loi de séparation des Églises et de l'État, qui constituait, certes, un merveilleux effort, mais avec laquelle une Église intelligente et perspicace eût conservé en face de la nation une singulière puissance, se sont engagés à défendre contre tous cette grande œuvre de liberté que le pays acclamait et dont Briand venait d'être le prestigieux artisan. Non seulement cette loi est demeurée intacte, mais elle a été modifiée, élargie, complétée, grâce surtout, il faut bien le reconnaître, au concours du Vatican lui-même, dont l'intransigeance politique fait apparaître dans toute son ampleur, avec tous ses dangers, l'éternelle prétention de l'Église

d'être un État dans l'État, avec ses lois, ses écoles, ses privilèges, ses tribunaux particuliers.

« A toutes les concessions faites, le Vatican oppose des refus : le législateur attribue-t-il aux associations cultuelles les biens des fabriques, Rome répond par l'interdiction de former des associations cultuelles ; donne-t-on à l'Église le droit commun des associations et des réunions amélioré, elle le repousse après l'avoir réclamé; autorise-t-on , sur la demande d'un prêtre, — l'abbé Lemire, — les mutuelles ecclésiastiques, le pape les rejette; propose-t-on des contrats administratifs destinés à donner aux curés, sous certaines conditions, un titre juridique pour l'occupation des églises, ces contrats sont formellement condamnés. Ni les éloquents appels des catholiques éminents comme MM. de Mun et Brunetière, ni l'avis même de l'immense majorité des prêtres de ce pays ne sont entendus ; à chaque acte de libéralisme de la République, le Vatican oppose un acte d'intransigeance. Alors des lois nouvelles deviennent nécessaires ; elles sont proposées, votées , et il reste à l'Église l'essentielle liberté de réunir, de rassembler ses fidèles pour la prière , pour toutes les manifestations et les exercices du culte dans les églises restées pour eux seuls grandes ouvertes. Cette œuvre d'achèvement de la séparation, c'est la majorité républicaine qui l'a faite en en revendiquant toute la responsabilité devant l'opinion publique.

(( De quels desseins, de quelles intrigues, de quelle fausse conception de l'état social et moral de la France, cette politique intransigeante, faite contre les intérêts mêmes des catholiques français, est-elle le produit ? Merry del Val a-t-il voulu ne point céder aujourd'hui en France, pour ne pas être obligé de faire demain des concessions en Italie et en Espagne ? Le pape Pie X a-t-il simplement exprimé l'instinct, la tradition de perpétuelle domination de l'Église sur les intérêts politiques, moraux et sociaux des pays soumis à son influence? La seule constatation intéressante à faire, c'est que si, en Espagne, le Vatican pousse la royauté au crime, en France il engage chaque jour davantage les militants du catholicisme dans la voie d'une politique plus intransigeante et plus audacieuse, et il faut reconnaître que, dans cette intransigeance, il y a de la méthode. L'Église, s'apercevant que les jeunes générations formées par l'école laïque n'écoutent plus d'une oreille complaisante la voix du prêtre et du châtelain et qu'elles sont peut-être pour une large part les auxiliaires des succès républicains, attaque alors l'école laïque pour s'en prendre au cœur même de la République. »

Cet article montre la mauvaise foi avec laquelle la presse anticléricale renseigne ses lecteurs. La plupart des Français méconnaissant ou ayant oublié l'œuvre sectaire de M. Briand, il importe qu'elle leur soit brièvement rappelée. Ils ap])ré(;ieront, à leur juste valeur, les arguments invoqués plus haut pour la défendre.

L Loi de séparation de 1905. — Dans la société française actuelle, le pouvoir vient d'en bas, de la démocratie, du peuple. Dans l'Église, le pou-

voir vient d'en haut ; il est une délégation de Dieu, dont le pape et les évêques sont les représentants. C'est donc un principe fondamental de l'Église catholique que la direction et l'organisation du culte appartiennent aux évèques, sous l'autorité du pape. M. Briand a tenté de détruire ce fait avec sa loi de 1905. « J'ai été préoccupé, a-t-il avoué, de 71 e pas laisser ligoter les fidèles par la discipline de Rome. )) En établissant, avec les associations cultuelles, les laïques maîtres de l'Église, des séminaires, de l'enseignement et du culte sous toutes ses formes, il a voulu que le pouvoir vînt d'en bas et non d'en haut. Les laïques auraient eu tous pouvoirs. Ils auraient même pu décider contre le curé ce qui concerne la messe, les sermons, l'administration des sacrements. La loi de 1905 détruisait la constitution divine de l'Église, en supprimant légalement la hiérarchie catholique, et en rendant les tribunaux juges de l'orthodoxie des évêques et des curés. Le pape n'a pas accepté cette loi ; il l'a condamnée et interdite, car il a juré, en recevant la tiare, de conserver intact le patrimoine moral de l'Église : sa doctrine, sa hiérarchie, sa discipline. Il a fait noblement son devoir.

En Orient, il y a des cultuelles dans l'Église schismatique grecque. Les laïques obligent les évêques à leur obéir ou à se démettre. Ils sont leurs maîtres, non seulement en matière de finances, mais jusque dans les nominations aux églises et autres questions du ressort épiscopal. Dans les paroisses des villes et des villages , c'est un conseil laïque qui fait choix du curé, des prêtres auxiliaires, de l'unique prêtre confesseur, des maîtres d'école ; c'est lui qui fixe les heures des messes et des offices, qui contrôle l'ornementation des églises. Aussi être prêtre dans ce pays n'est qu'un vil métier. Quel prestige peut avoir le clergé dans ces conditions?

Les cultuelles de M. Briand auraient produit un avilissement et une anarchie semblables. Le pape a bien fait de les interdire aux catholiques de France. Il n'a pas voulu en faire pour demain une cause de schisme et d'apostasie, ce qui serait certainement advenu, puisqu'elles étaient contraires aux principes hiérarchiques. Pendant trois mois, après l'encyclique, les sectaires ont crié à la révolte du pape et de l'Église contre la loi. Puis, le gouvernement a dit que les cultuelles étaient facultatives et que les catholiques avaient le droit de n'en pas user. Découverte instructive, bien qu'un peu tardive. L'Église n'était donc pas une révoltée !

II. La fameuse circulaire de M. Briand. — On lui jeta de nouveau cette accusation à la face, quand le pape interdit de faire la déclaration réclamée par la circulaire de M. Briand. Celle-ci n'était pas légale, puisqu'elle n'avait pas été acceptée par le Parlement; elle ne pouvait donc obliger les citoyens français. D'ailleurs, cette déclaration n'était pas exigée par l'art. 25 de la loi de 1905, puisqu'il ne s'appliquait qu'aux réunions cultuelles.

Elle ne l'était pas non plus par la loi de 1901 , puisqu'elle n'en parlait pas. Pouvait-elle être exigée en vertu de la loi de 1881? Non, puisque le

ministre avait déclaré que cette loi ne visait pas les cérémonies du culte. Elle visait, en effet, les réunions dans lesquelles la contradiction aurait lieu ou serait tout au moins appelée.

Or, il n'y a pas de contradiction appelée dans les exercices du culte. Cette loi ne pouvait, en outre, viser les cérémonies du culte, puisqu'elle exigeait autant de déclarations que de réunions, ainsi que l'organisation d'un bureau de trois membres, chose difficile à réaliser, car à la messe il n'y a souvent que le curé et l'enfant de chœur. La loi de 1881 n'était donc pas applicable. La circulaire de M. Briand était illégale sous tous les rapports. De plus, elle contenait une mesure de spoliation vis-à-vis des séminaires.

On y lisait aussi cette phrase : Le curé ne sera plus dans l'église qu'un occupant sans titre juridique ; il sera sans droits pour tout acte d'administration , encore moins capable pour faire acte de disposition. Ainsi , cette circulaire enlevait toute autorité au curé dans l'église, et n'en faisait plus qu'un passant. Pourtant l'art. 8 de la loi de 1881 disait qu'un citoyen qui ueait du droit de réunion avait le droit de faire la police, d'imposer silence aux manifestants et de les expulser. Or, ce droit ne supposait-il pas un droit juridique? Tout dans la circulaire était donc illégal et arbitraire.

M. Briand en a fait l'aveu implicite en déposant à la Chambre son projet de loi sur l'exercice du culte, qui a été adopté par elle et par le Sénat.

III. — Loi du 2 janvier 1907 sur l'exercice du culte, — D'après cette loi, l'exercice du culte pouvait être assuré de trois manières : 1^ par des associations cultuelles ; 2« par des associations régies par la loi du l^i" juillet 1901 ; 3» par voie de réunions individuelles en vertu de la loi du 30 juin 1901 .

c( Convaincu, comme il le disait à M. Jaurès, que le droit commun donnerait une puissance formidable à l'Église dans l'État, » M. Briand lui donna un droit mutilé. La loi de 1905 étant assez tyrannique par elle-même, le ministre n'y toucha pas. Mais il aggrava celle de 1901 de manière à la rendre inacceptable. Ainsi, il mit de côté l'article qui permettait aux associations catholiques de se faire reconnaître d'utilité publique ; mais il maintint l'article 12 laissant au Gouvernement la faculté de dissoudre les associations catholiques, sous prétexte que le pape, leur chef, était à l'étranger. La loi de 1901 était donc inapplicable à l'exercice du culte, non seulement à cause de ses dispositions antilibérales , mais encore parce qu'elle n'autorisait les catholiques qu'à percevoir des cotisations. En défendant tout tarif pour les services religieux, les bancs ou les chaises, n'enlevait-elle pas aux prêtres leurs moyens d'existence ?

Si les catholiques avaient exercé le culte d'après la loi de 1881 , le curé aurait dû faire un contrat avec le maire pour jouir de l'église ; il aurait dû alors se charger de toutes les réparations d'entretien. Mais le pouvoir d'accorder la jouissance de l'église étant donné au maire ou au préfet, suivant que celle-ci était la propriété de la commune, de l'État ou du département,

il s'ensuivait qu'ils pouvaient la refuser au curé légitime et la remettre à un mauvais prêtre. La loi laissait ainsi la porte ouverte au schisme et soumettait le culte à l'arbitraire administratif. De plus, dans le cas d'un recours contre la décision du maire ou du préfet, le tribunal était appelé à juger. Était-il admissible que le maire et le tribunal fussent juges de l'orthodoxie d'un curé ? Le pape a eu grandement raison de condamner cette loi. De leur côté, les évêques de France ont donné une preuve de haute sagesse en pro()osant aux maires un modèle de contrat qui assurait au culte la liberté et la sécurité dans le respect de la hiérarchie et de la discipline ecclésiastiques. Il est vrai que M. Briand a déposé une nouvelle loi supprimant la déclar'ation pour les réunions publiques et dispensant celles du culte de la formation d'un bureau. Mais, si elle simplifiait les formalités, elle ne modifiait nullement les dispositions schismatiques et arbitraires de la loi du 2 janvier, qui restaient maintenues et par conséquent condamnées par le pape.

On le voit, M. Briand accordait aux catholiques le droit commun de la guerre et non celui de la paix. Les spoliations accomplies le prouvent bien. N'a -t- on pas confisqué les évêchés, les séminaires, les caisses de retraites pour les prêtres âgés ou infirmes, le mobilier des églises et les titres de rentes placés sous séquestre ? Peut-on qualifier d'honnête et de libérale une pareille politique ? Avec toutes ces lois, les sectaires ont voulu introduire le schisme dans l'Eglise et séparer le clergé du pape. Ils lui ont dit : (( Ou tu acccepteras notre volonté, ou tu seras dépouillé. » Le clergé français s'est laissé dépouiller, préférant la pauvreté à l'esclavage et à l'infidélité. Gomme celui de la grande Révolution, il a été volé, mais il a gardé intact son honneur. Gloire à lui ! Honte à ses persécuteurs ! La noble conduite de l'Église catholique a prouvé au monde qu'elle n'aimait ni l'argent ni la servitude. Elle reste toujours à la face de l'univers la grande école de la Justice, de l'Honnêteté et de la Liljerté.

§ 2. — Ressemblance frappante entre la constitution civile du clergé et la loi de séparation

Les anticléricaux attaquent le pape, à cause de son attitude sage et prudente vis-à-vis de la loi de Séparation. Ils montrent ainsi qu'ils ignorent l'histoire au même degré que les principes fondamentaux de l'Église catholique.

Il y a, entre la Constitution civile du clergé et la loi de Séparation, une ressemblance frappante. On se rendra compte du but poursuivi par l'anticléricalisme, en étudiant la nature et les résultats de la première. Elle fut votée, le 12 juillet 1790, par l'Assemblée nationale. Le premier article reconnaissait la liberté des cultes, mais les suivants l'enlevaient à l'Église

catholique. Il appartenait désormais, non au pape, mais aux électeurs, juifs, protestants, sectaires, catholiques, de nommer les évêques, et défense était faite à l'élu de demander au souverain pontife la confirmation de son élection. Enfin la Constitution civile confiait le choix des curés aux mêmes électeurs, et imposait au clergé la prestation du serment constitutionnel. — Signée par Louis XVI, le 24 août 1790, voici comment elle fut appliquée.

Le 27 novembre 1790, l'Assemblée constituante décréta que tous les évêques et curés qui n'auraient pas fait, sous huit jours, le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé seraient censés avoir renoncé à leurs fonctions. Cent trente-quatre archevêques, évêques, coadjuteurs, refusèrent le serment. On n'en trouva que quatre pour le prêter. Le plus grand nombre (^es prêtres se rallia autour de cet état -major. L'Assemblée ayant ensuite décidé que ceux qui refuseraient le serment seraient privés de traitement et expulsés de leur paroisse, 46000 prêtres, sur 70000, furent destitués. Ce}>endant la majorité des paroissiens était avec eux. On s'en aperçut à la convocation des électeurs pour les remplacer : il n'en vint que le tiers ou le quart. En nombre d'endroits, il ne se présenta pas de candidats ou les élus ^ne voulurent pas accepter. Pour combler les vides, on dut aller chercher les moines défroqués. (( Dès lors, dit Taine, dans chaque paroisse il y eut deux partis, deux croyances, deux cultes et la discorde en permanence. Même quand l'ancien et le nouveau curé étaient tolérants, leur situation les mettait en conflit. »

Le curé fidèle était obligé en conscience d'avertir ses paroissiens que l'intrus était excommunié, et celui-ci écrivait aux autorités que le réfractaire fanatisait les esprits, sapait la Constitution , et devait être puni par la force. Alors commença la persécution. Les prêtres catholiques furent emprisonnés ou expulsés de leurs paroisses.

Un curé de l'Aisne qui, en 1789, avait nourri deux mille pauvres, ayant osé lire en chaire un mandement sur le carême, le maire le saisit au collet et le fit expulser à deux lieues par deux « hoquetons nationaux ».

A Paris, dans l'église des Théatins , un harangueur en chef. . . concluait qu'il fallait empêcher le schisme à tout prix, ne souffrir aucun autre culte que le sien, fouetter les femmes, assommer les prêtres.

Des paroles on passa aux actes. A partir d'avril 1791, les mêmes attentats à la pudeur et à la vie se propagèrent de ville en ville. A Montpellier, deux ou trois cents bandits, armés de gros bâtons ferrés, meurtrirent les hommes et outragèrent les femmes.

Malgré cette résistance du peuple à subir le schisme qu'on lui imposait, les anticléricaux affirment dans leurs ouvrages qu'il avait demandé la Constitution civile ! L'Assemblée ne l'avait pas plus consulté pour la voter que le Parlement moderne n'a réclamé son assentiment pour faire la loi de Séparation.

Le 26 août 1792, la Convention ayant condamné à la déportation les ecclésiastiques non assermentés, plus de cinquante mille pixtôcrits couvrirent les routes de l'exil, et les massacres commencèrent sur tous les points de la

France. Dans une adresse du] 3 septembre, les conjurés municipes de la capitale invitèrent la nation à chercher le salut dans la mort des prêtres fidèles. Laffite et les autres commissaires des conjurés législateurs parcoul'urent les villes et les campagnes pour avertir le peuple que l'esprit du décret déportateur n'était pas l'exil, mais la mort de ces prêtres. Le peuple resta sourd à la voix de ces assassins et refusa d'être le bourreau de ses amis. En lin le culte catholique fut interdit à Paris et dans les départements.

Voilà ce qui se passa après le vote de la Constitution civile du clergé. Avec la loi de Séparation, nos anticléricaux avaient l'intention de rééditer ce lugubre passé. Mirabeau avait dit que si la France n'était pas décatholicisée, la Révolution ne serait pas consolidée. Les francs-maçons disent que la République ne sera fortement établie qu'après l'écrasement de l'Église. Leur idéal est le même : déchristianiser la France. Le F.*. Bérenger n'écrivait-il pas , après le vote définitif de la loi : (( Toute loi de Séparation sera fatalement une loi contre l'Église. Bien plus, elle sera une loi contre Dieu. » Le plan maçonnique de 4905 était identique à celui de 1790 ; il est logique d'affirmer que les moyens employés^au raient eu le même résultat.

(( Pour l'État, disait M. Buisson, il n'y a pas de hiérarchie catholique. Des associations de citoyens se groupant pour entretenir le culte sur la seule base connue en démocratie, celle du suffrage universel : c'est bien là la ])ierre angulaire du nouveau régime. » Voilà l'idée fondamentale de la loi : ce rendre le peuple souverain dans l'Église en lui confiant la nomination des évêques et des curés. ))

La Constitution civile de 1790 ne décréta pas autre chose. Elle priva de traitement et expulsa de leurs paroisses les prêtres qui refusèrent le serment. La loi actuelle a supprimé le budget des cultes. Elle avait, en principe, enlevé la jouissance des édifices religieux aux curés qui refuseraient d'accepter les associations cultuelles. La résistance des inventaires a empêché la fermeture et la confiscation totale des églises. Le pape a bien fait de défendre au clergé d'accepter cette loi schismatique. En eff'et, elle ne faisait intervenir l'évêque que dans la dévolution des fabriques aux associations cultuelles. Mais ensuite, que se serait-il passé? Dans chaque commune, parallèlement aux catholiques, les anticléricaux auraient organisé des associations de ce genre et réclamé la jouissance de l'église et du presbytère. Le Conseil d'État, docile aux ordres de la franc -maçonnerie, eût donné satisfaction à leurs demandes. Alors, comme en 1790, il y aurait eu partout deux croyances, deux partis et deux cultes. C'eût été la division, les conflits et la guerre civile. La paix et la prospérité nationales auraient été gravement compromises. Le Pape a voulu éviter ce malheur à la France. Qu'il en soit remercié ! Quelle que fût leur haine de Dieu, nos députés et sénateurs n'avaient pas le droit, pour l'assouvir, de mettre le salut de la France en danger. Ils ont eu cette honteuse audace, ils en porteront la responsabilité devant le pays.

Les naïfs diront peut-être : « Les choses n'en seraient pas venues là ! » Ne prétendaient-ils pas qu'on ne verrait jamais les religieux et les prêtres

persécutés? Le fait suivant, survenu à Esves-le-Moutier (Indre-et-Loire), leur arrachera leurs derniers doutes, s'ils sontsincères. Il fut raconté par un journal de Tours, la Réplique, le 3 janvier 1909, et reproduit par la Croix dix jours plus tard.

(( Le jour de la Toussaint, M. le curé invita, du haut de la chaire, les membres du conseil paroissial à se rendre au presbytère le soir même, à sept heures.

(( A l'heure convenue, les six membres de l'ancien conseil de fabrique se présentèrent à la cure. Ils y étaient à peine entrés, que le conseil municipal, presque au complet, vint les rejoindre. On juge de la surprise du curé. Il se demandait ce qu'ils venaient faire. Au bout d'une demi -heure d'une conversation insignifiante, un membre du conseil paroissial demanda à M. le curé de lui faire connaître le but de la réunion. Celui-ci, s'adressant au conseil municipal, dit, en termes très aimables, qu'il avait convoqué les membres du conseil paroissial, et non ceux du conseil municipal. Le représentant du (( petit village » lui répondit qu'il n'y avait plus de conseil de fabrique depuis la Séparation, et que, pour ce motif , ils étaient venus à la réunion. Mais M. le curé les pria de sortir.

(( Ce fait nous montre ce qui serait arrivé si le pape avait permis les cultuelles. Les conseils municipaux anticléricaux se seraient imposés et auraient été les maîtres de l'Eglise. »

Si les associations cultuelles avaient été acceptées, il est certain que, grâce à leur admirable organisation électorale, les anticléricaux se fussent substitués aux catholiques des conseils de fabrique, ou bien se lussent emparés de vive force de la direction du culte. Ciel ! que fût alors devenue l'Eglise catholique en France ?

Elle eût eu le sort de l'Église catholique en Angleterre, au moment de la Réforme.

3. — La loi de séparation eut produit en France le même résultat que la réforme en angleterre

Pendant plus de neuf siècles, cette Église, illustrée par saint Anselme, saint Edmond, saint Thomas Becket, fut unie et soumise au siège de Rome. Pour satisfaire sa passion et son orgueil, le roi Henri VIII la sépara violemment de l'unité catholique. Le plus ilUistre des historiens anglais, le protestant Macaulay, s'ex[)rime à ce sujet en ces termes : <ï Un roi qu'on ne peut dépeindre qu'en disant : Il fut le despotisme personnifié, des ministres sans principes, une aristocratie rapace, un Parlement servile, tels furent les instruments pai' lesquels l'Angleterre fut délivrée du joug de Rome. L'œuvre qui avait été commencée par Henri VIII, le meurtrier de ses femmes, fut continuée par Somerset, le meurtrier de

son propre frère, et complétée par Elisabeth, celle qui fit mourir sa cousine (Marie Stuart). Issue d'une passion brutale, entretenue par une politique é-oïste, la Réforme, en Angleterre, n'eut rien de ce qui la distingua dans d'autres contrées. » (Macaulay, Review of Hallam's Const. Hlst, — Seg-ondy, p. 44.)

Telle fut, en effet, l'origine de l'Église anglicane [actuelle. Henri VIII rejeta l'autorité du pape pour épouser librement Anne de Boleyn;il exigea, sous peine de mort, qu'on le reconnût comme le seul chef suprême de r Église d'Angleterre et d'Irlande, De nombreuses victimes de sa tyrannie , en particulier un vénérable évêque, Jean Fischer, et le grand chancelier du royaume, l'illustre Thomas Morus, périrent sur l'échafaud pour avoir refusé le serment schismatique imposé par le despote couronné. Est-ce au nom de la tolérance que ces crimes furent commis , messieurs les anticléricaux?

Depuis Henri VIII, l'Église anglicane est séparée de Rome. Avec la primauté du saint-siège, elle a rejeté aussi une grande partie des dogmes catholiques; mais elle a conservé sa hiérarchie extérieure, ses doyens, ses évêques, ses deux primats. Grâce à leurs immenses revenus, ces prélats occupent encore une haute position dans le pays.

Cette Église est esclave, car ses évêques sont asservis au pouvoir civil. Sir W. Harcourt le déclarait hautement, en 1874, dans une séance mémorable à la Chambre des communes : (( L'autorité des évêques, disaitil, a été établie dans ce pays, non par le droit divin, mais par les statuts (de l'État); leur juridiction est essentiellement humaine; que les évêques en pensent ce qu'ils voudront, le Parlement ne les regarde que comme les inspecteurs d'une Église qui , établie par l'État , doit être soumise à l'État. Henri VIII s'est déclaré son chef; les 39 articles (qui composent sa profession de foi) ont été rédigés non seulement en dehors, mais contre l'avis de la convocation (de l'assemblée) du clergé ; pratiquement , la solution de tous les conflits a toujours été réservée à des cours laïques. »

Sir W. Harcourt disait vrai. Au-dessus des tribunaux ecclésiastiques, il y a la cour royale, le comité judiciaire du Conseil privé, qui juge les décisions épiscopales et les casse à son gré. Le cas s'en présenta il y a trente ans. Condamné par son évêque pour avoir nié la vertu sacramentelle du baptême, le ministre anglican Gorham fut acquitté par ce comité judiciaire. Au-dessus du Conseil de la reine, il y a la volonté du Parlement, juge suprême de toutes les affaires de l'Église et de l'État.

Telle est la situation faite à l'Église anglicane : elle n'a rejeté l'autorité du pape que pour devenir l'esclave du pouvoir civil. Ce qu'elle est devenue dans cette dépendance, le célèbre Newman, qui la connaissait mieux que personne, va nous le dire. Après avoir été longtemps l'un de ses membres les plus distingués, il en fit ce tableau :

a On ne trouve dans cette Église qu'un établissement de l'État, une agrégation de fonctionnaires dépendants du pouvoir civil ; ce n'est pas elle qui est responsable, mais le pouvoir suprême qu'elle représente, ce pou-

voir dont la volonté est sa loi et sa vie. On ne saurait dire ce qu'elle pense ; elle ne sait ce qu'elle croit et ce qu'elle ne croit pas; ses évêques ne sont pas plus d'accord entre eux qu'un ministère avec un autre ministère ; son livre de prières est le produit d'un acte du Parlement qui date de deux siècles; ses cathédrales et ses chapitres sont des dépouilles du catholicisme; son existence est due à un acte du Parlement. Elisabeth se vantait de donner le ton à ses prédicateurs ; Georges défendit de discuter sur la Trinité; Victoria permet les dissentiments sur la vertu du baptême; les causes qui ont amené le Bill de réforme peuvent emporter l'établissement de cette Église nationale. )) (Newman, 6^ conférence à l'Oratoire de Londres.)

Dans la loi de Séparation, le Parlement eût été le pape de l'Eglise de France, le juge suprême des affaires religieuses, comme il l'est en Angleterre. Il est de toute évidence que l'unité catholique eût été rompue. Le Conseil d'Etat eût remplacé les congrégations romaines. Son rôle eût été analogue à celui du comité judiciaire du Conseil privé d'Angleterre.

Nous aurions eu une Eglise nationale, ayant pour fondateur M. Briand. Qui donc aurait eu la naïveté de la prendre pour la véritable Eglise?

Si M. Briand a reçu de Dieu la mission de réformer son Église, qu'il nous montre ses lettres de créance, c'est-à-dire ses miracles!

Ne déclarait-il pas, en 1906, au congrès de la Ligue de l'Enseignement, qu'il était urgent ce de libérer les consciences de toutes les tyrannies des mensonges confessionnels ))? De fait, la Constitution schismatique qu'il a tenté d'imposer à l'Église catholique avait pour but de détruire la foi, la morale et l'apostolat, a Nous voulions rouler le pape, disait -il à un ami, après le second refus du pape pour la déclaration; mais le vieillard n'a pas marché. ))

La Mission laïque avait été constituée en Orient, afin de recueillir l'héritage des congréganistes décimés. La moisson eût été abondante et facile. En la fondant, on escomptait cet avenir. Tout avait été prévu, on le voit, excepté ce qui est arrivé.

La Lanterne, qui se plaît à répéter qu'il a y aura un péril clérical tant que l'Église n'aura pas été complètement anéantie », devra se résigner à la considérer en face. L'Église a de tout temps été dépouillée et persécutée par le fer et le feu de l'anticléricalisme. Les vols que celui-ci a commis, les tortures qu'il a inventées pour combattre le catholicisme n'ont point honoré ni grandi son nom devant les hommes droits et instruits. Les chrétiens français resteront fidèles à la vraie religion fondée par le Fils de Dieu.

La résistance énergique et générale du peuple français aux inventaires, son refus complet de former des associations cultuelles, prouvent sa réprobation de la loi de Séparation. Le succès électoral du bloc en 1906 ne peut être considéré comme une approbation de ses lois antireligieuses, quoi qu'en disent les anticléricaux. Les (candidats blocards en parlèrent peu dans leurs réunions. Ils cherchèrent, au contraire, à s'excuser en

disant que rinventaire avait été réclamé par les abbés Lemire et Gayraud, et que la loi de Séparation ne consistait que dans la suppression du budget des cultes. Si le peuple avait approuvé avec enthousiasme leur conduite , auraient-ils eu, devant lui, une attitude aussi hypocrite et piteuse?

j( 4. — La suppression du budget des cultes

En 1910, les candidats anticléricaux se gardèrent bien de s'étendre sur la loi de Séparation. Deux choses les gênaient : la confiscation des biens ecclésiastiques et le scandale des liquidations. Ils ne furent pas embarrassés.

Ils exploitèrent à leur profit la suppression du budget des cultes. Ils vantèrent à leurs auditoires les avantages que la loi de Séparation procurait aux communes, en le leur répartissant. Mais ils passèrent sous silence les attributions des biens des fabriques.

On lisait ces lignes dans le compte rendu de la réunion électorale de Savigny (Indre-et-Loire), paru dans le Républicain de Chinon :

(( La réaction ciie , hurle à tue-tête que la loi de Séparation est une loi de spoliation et que le budget des cultes s'est envolé en fumée.

(( Le docteur Foucher met les choses au point. Les millions disponibles du budget des cultes sont répartis dans les communes.

(( La commune de Savigny, pour sa part, a reçu en 1909 la jolie somme de 2.620 francs. En 1910, elle recevra 3.000 francs en chiffres ronds.

(( Que pensez-vous de cette fumée-là, messieurs les cléricaux?

(( Remerciez donc notre député de sa franchise en vous éclairant. Il ne vous a dit que la vérité, rien que cela.

(( Et je suis persuadé que ni M. Lemesle ni M. le maire de Savigny ne vous auraient donné ces renseignements. »

Parlant de la réunion de Bourgueil, la Dépêche disait : (( Répondant à ceux qui n'ont pas encore voulu pardonner à la République le vote de la Séparation et qui répandent à dessein ce mensonge, que l'argent servant autrefois à payer les prêtres a reçu une destination complètement inconnue des contribuables, M. Foucher démontra, chiffres en mains, l'avantageuse répartition foncière qui en avait été faite et qui accordait à Bourgueil, en particulier, une somme de 4.000 francs, qui s'augmentera encore dans l'avenir au fur et à mesure de l'amortissement du budget des cultes qui, sous forme d'allocations et d'indemnités aux prêtres âgés, existe toujours. »

Il faut avoir l'audace et l'hypocrisie d'un anticlérical pour oser parler de l'avantage donné aux communes par la suppression du budget des cultes.

Depuis quand un crédit budgétaire supprimé est- il distribué aux communes comme manne électorale? On le raye purement et simplement, et les impôts en sont diminués d'autant. Cette tactique est trop honnête pour être admise par le bloc. Il maintient le même chiffre à percevoir pour le budget des cultes supprimé, puis il en fait cadeau aux électeurs. Quelle générosité I Ne doit -on pas rembourser à un citoyen ce qu'il a indûment versé? Le bloc remet dans une main ce qu'il a pris dans l'autre! Il eût été plus simple de ne rien prendre du tout. Les écritures eussent été simplifiées, et la bourse du contribuable se fût moins vidée.

Sous le régime du suffrage universel, on eût compris que pour aider les citoyens français à subvenir à l'entretien du culte catholique, l'ancien budget des cultes fût réparti également entre toutes les communes ou partagé entre tous les habitants. Les 85.000 libres penseurs de France n'auraient rien eu à redire. Mais il n'en a pas été ainsi.

L'art. 41 de la loi du 9 déc. 1905 est ainsi conçu : (c Les sommes rendues disponibles chaque année par la suppression du budget des cultes sont réparties entre les communes, un tiers par parts égales, deux tiers au prorata du contingent de la contribution foncière des propriétés non bâties qui aura été assigné à chaque commune pendant l'exercice qui précédera la promulgation de la présente loi. ))

Le ministre ajouta l'explication suivante au Sénat, le 5 déc. 1905 :

oc II est incontestable que la répartition sera faite au prorata du seul principal de la contribution foncière des propriétés non bâties, puisque la loi emploie l'expression de (( contingent. »

(( Qu'est-ce que le contingent? C'est la somme qui est répartie chaque année entre les départements d'abord, puis entre les arrondissements et enfin entre les communes. Cette répartition ne porte que sur le principal. C'est donc le principal seul qui constitue le contingent de la contribution. y>

Deux répartitions ont été faites en 1910, l'une de 28.043.590 francs, parue le 10 avril, l'autre de 4.759.034 fr. 66, inscrite à Y Officiel le 17 juillet 1910. La première répartition dépassait de 7.757.000 francs celle de 1909. Comment se fait-il que les communes de la première circonscription de Tours aient moins reçu en 1910 qu'en 1909? Qu'a-t-on fait des huit millions et plus qui n'ont pas été distribués ?

De plus, la première répartition de 1910 aurait dû rendre aux 67601 habitants de la ville de Tours la somme de 52.728 fr. 78, puisque chaque habitant de France avait droit à 0 fr. 78. Or ils n'ont reçu que 2.293 francs, tandis que les 2.087 habitants de la commune de Fondettes ont touché 4.148 francs.

On a remarqué que les communes ayant une majorité libérale avaient été favorisées. Le bloc aurait-il cherché par ce moyen à les gagner à sa cause? Il est certain que les villes ont été frustrées au profit des campagnes. On ne les a pas, sans doute, jugées susceptibles d'être convaincues par cet argument qui a été très exploité pendant la période électorale. L'affiche suivante en fait foi. Elle parut dans la Dépêche de Tours, le 5 mai 1910.

Ce que la suppression du budget des cultes a rapporté aux communes

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