‹ L'art de tromper, d'intimider et de corrompre l'électeurChapitre 20 sur 79 · C -73 vi; a c CD · texte numérisé non relu

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Rien ne prouve mieux l'absence de sincérité et de loyauté dans la répartition du budget des cultes que le rapprochement entre le tableau officiel du 5 mai et le petit entrefilet suivant, paru dans la Dépêche, le 18 avril 1910 :

(( A Berthenay. — Des électeurs de Berthenay désirant savoir comment se fait la répartition de l'argent du budget des cultes, nous leur faisons savoir que cet argent est réparti entre toutes les communes de France , et que Berthenay, notamment, a reçu : 586 francs en 1907; 510 francs en 1908; 767 francs en 1909, et recevra 1.060 francs en 1910. »

La contradiction dans les chiffres est manifeste, puisque, le 5 mai, le même journal déclarait que cette commune avait reçu 228 francs en 1907 , 645 en 1908, 1101 en 1909 et 1060 en 1910. Il est clair que les chiffres ont été inventés pour les besoins de la cause.

Quelle richesse n'aurait pas été le partage des communes, si le traitement des députés et des sénateurs avait été supprimé ! Il forme le chiffre de 20 millions, la moitié du budget des cultes. De plus, celui de l'instruction publique est sept fois plus élevé que ce dernier. Les communes auraient réalisé un beau bénéfice. Celle qui a reçu, en 1910, 4.148 francs, aurait bénéficié de 31.110 francs, si les budgets de l'instruction publique et du Parlement avaient fait retour à la nation, comme celui des cultes.

Hélas! les anticléricaux savent bien prendre, mais ils ne donnent jamais !

Les candidats blocards se sont bien gardés de parler de la confiscation par l'État des biens du clergé. Ils ont oublié de demander aux électeurs de la ratifier.

§ 5. — Scandale des liquidations

Le scandale des liquidations existait déjà en 1906. Des sommes énormes avaient été avancées par le trésor aux liquidateurs, afin de les aider à spolier les congrégations religieuses. Le Parlement les réprouva, sur la dénonciation qui lui en fut faite. Les députés blocards se flattèrent devant leurs électeurs d'avoir accompli cette œuvre de justice et d'honnêteté. Ceux-ci approuvèrent leur attitude.

Mais, depuis cette époque, les hommes intelligents ont entendu dire que le produit de la vente des biens congréganistes , au lieu d'aller à leurs propriétaires, s'arrêtait en route. Un argument très ingénieux fut trouvé par nos bons anticléricaux pour tromper le peuple. M. Hubbard, parlant à Chouzé (Indre-et-Loire) en faveur du docteur J... en 1909, s'est exprimé en ces termes : ((Quelques-uns d'entre vous se demandent peut-être ce qu'est devenu le milliard des congrégations. A-t-il existé? Oui, il a vraiment

existé. A qui a-t-il été distribué? Il est certain qu'il n'a pas été réparti entre les ouvriers. Mais vous savez bien que la royauté et l'empire avaient fait des dettes. Eh bien! Messieurs, le milliard des congrégations a été employé à payer les dettes de la royauté et de l'empire, en particulier celles de Louis XIV ! »

Cette anecdote a été racontée par le journal la Réplique, le 16 juillet 1909.

Comment peut-on dire de pareilles choses! objectera sans doute un intellectuel. Ce n'est jDas possible. Pour vous convaincre, cher lecteur, lisez attentivement les lignes suivantes. Elles sont tirées du Manuel de M. Aulard intitulé : Éléments d'Instruction civique, cours moyen.

A la page 42, on lit ceci : a L'impôt est indispensable, mais il est bien lourd à payer ! Les Français doivent donner chaque année près de 4 milliards. Pourquoi? Parce que les rois et les empereurs, en faisant la guerre pour leur plaisir, ont dépensé tant d'argent qu'il a fallu, pour payer ces dépenses, emprunter des sommes énormes, des quantités de milliards, et il nous faut aujourd'hui payer les intérêts de ces sommes. Voilà pourquoi nous dépensons tant, nous payons tant. Prenons bien garde à ne pas voter pour des députés qui chercheraient à nous mettre sous le joug d'un roi ou d'un empereur. Et surveillons bien nos députés pour qu'ils soient économes de notre argent, et surtout pour qu'ils ne nous lancent pas dans des guerres inutiles qui nous ruineraient. »

Vraiment la logique n'est pas le propre de l'anticléricalisme, à moins que l'art de tromper ne soit sa qualité prédominante. En 1871, les dépenses du budget s'élevaient à 2 milliards 367 millions. En 1877, elles montaient à 3 milliards 193 millions. En 1910, elles atteignent 4 milliards 185 millions, et plus probablement 4 milliards 300 millions, suivant les prévisions de M. Jules Roche.

A mesure qu'on s'éloigne de la royauté et de l'empire, les dépenses augmentent. Est-ce que les morts font de nouvelles dettes? Une pareille invention mérite d'être retenue. M. Aulard dit en propres termes que , si nous payons tant, c'est parce que les dettes des régimes disparus sont énormes. A l'en croire, les impôts ne sont employés qu'à les rembourser. Telle est la science merveilleuse enseignée dans les écoles laïques aux enfants de France !

En 1910, le scandale des liquidations est revenu sur le tapis. Un liquidateur, M. Duez, a été arrêté. Il a avoué avoir détourné à son profit 10 millions. Que sont devenus les autres? Les congréganistes ont touché des sommes insignifiantes. Le produit de la vente de leurs biens a dû être recueilli quelque part. Dans quels portefeuilles a-t-il trouvé »isile? La caisse électorale du bloc en a-t-elle bénéficié? C'est probable, puisqu'on a demandé aux Chartreux plusieurs millions pour la remplir. Cette rançon devait leur assurer la liberté. Mais ils ont repoussé du pied cette avilissante proposition anticléricale.

Les malversations des liquidateurs ont été dénoncées à la tribune. De vifs

débats ont eu lieu. Ils ont rendu manifeste la malhonnêteté anticléricale. Le pays le sait : il en est indigné.

En 1906, la Chambre avait condamné les avances faites aux liquidateurs.

Le 15 mars 1910, elle vota l'ordre du jour suivant, présenté par M. Gère et accepté par le Gouvernement :

ft La Chambre,

«i Flétrissant les actes auxquels ont donné lieu certaines liquidations judiciaires,

a Confiante dans le Gouvernement pour rechercher toutes les responsabilités et assurer la punition de tous les coupables ,

(( Et repoussant toute addition, passe à l'ordre du jour. »

Le premier paragraphe fut adopté à l'unanimité de 557 votants; le second (la confiance), par 343 contre 79.

Désormais les députés anticléricaux pourront dire à leurs électeurs : a Voyez notre honnêteté. Nous avons flétri les vols des liquidateurs ! f)

Qui donc, en dehors d'eux, a voté la loi qui a permis ces honteuses confiscations? Dans les papiers de M. Duez, on a trouvé 150 noms de personnes ayant participé à la bonne aubaine. Qui sait ? Ceux qui se défendent le plus ont peut-être touché davantage I

Pour cette fois encore, le peuple aura été trompé.

M. Aulard déclare à la même page 42 : ce On peut, en toute sécurité, donner son argent au percepteur, sans craindre que cet argent ne serve pas aux dépenses d'intérêt commun. »

Pourquoi, quelque temps après la catastrophe de la Martinique, l'État n'a-t-il envoyé que 23.000 francs sur les 14 millions souscrits pour venir eri aide aux survivants? Que faisait-il du reste?

Le journal le Cri de Paris a rapporté que les trois fonctionnaires chargés de distribuer ces 23 000 francs avaient retenu , comme (( indemnité de voyage », une somme de 50000 francs.

ce Le plus important, M. Bloch (nom prédestiné), étant défrayé de tout à bord d'un vaisseau de l'État, s'allouait 200 francs par jour pour calmer l'émotion que lui causait la vue de tant de misères! »

Plusieurs membres de la commission du budget ont demandé à plusieurs reprises des explications sur l'emploi des millions souscrits. Le ministre a répondu « que ce n'était pas leur affaire )) 1

En 1904, un journal de l'île de la Réunion nous apprenait qu'une pétition destinée aux députés français se couvrait de signatures. Dans quel but ? Pour apprendre à ceux-ci que le million voté par eux n'était pas parvenu à sa destination. Qu'était-il devenu?

Ces deux faits nous permettent de juger à leur juste valeur les protestations émues d'honnêteté faites par l'anticléricalisme, dont la Dépêche de Toulouse et celle de Tours furent le porte- voix.

a La réaction, écrivait la feuille radicale de Tours, veut rejeter l'affaire Duez sur le régime et sur les républicains. C'était crier victoire trop tôt. L'affaire s'est facilement écjaircie, le liquidateur a été coffré et, patatras!

on s'aperçoit qu'il était de connivence avec les congrégations et que des évéques, en formant des sociétés civiles avec des actes antidatés, étaient complices. »

Le 13 avril, la Dépêche du Centre et de V Ouest reproduisit dans un article intitulé : Comment fondit le milliard , les explications suivantes de la Dépêche de Toulouse :

(( Sur 1. 071. 775. 260 francs, — chiffre auquel, avant la liquidation, le fisc évaluait la fortune immobilière des congrégations, — 463.215.146 francs étaient détenus directement par les moines et 608.060.114 francs par l'intermédiaire de personnes interposées. Bref, déduction faite de ces chiffres, on doit fixer à un total de 400 millions la fortune des congrégations liquidées, tant en vertu de la loi de 1901 que de la loi de 1904. 1.071 millions moins 400 millions, cela donne 671 millions, et c'est la part de gâteau restée sur la table frugale des moines.

(( L'État républicain n'avait donc que 400 millions sur quoi exercer son appétit immodéré. Mais, sur les instructions formelles de PieX, intervint tout de suite le truc des hypothèques , qui devait permettre aux moines et aux nonnes de faire évaporer la proie de l'Etat. Moines et nonnes, n'étant que des occupants sans titres , n'avaient pas le droit d'hypothèque sur ces biens; mais quand les liquidateurs, investis de leur mandat, se présentèrent, ils se trouvèrent en face de 206.835.982 francs d'hypothèques. Le Gi'édit foncier de France avait personnellement avancé 40 millions aux moines sur ces hypothèques-là. On parlait d'un très gros découvert, voire de catastrophe financière. Mais M. Duez veillait, et la Cour de cassation, en chambre civile, rendait, le 12 juillet 1907, un étonnant arrêt validant les hypothèques des congréganistes.

(( Le Crédit foncier recouvra ses 40 millions ; mais , par cette brèche ouverte, 207 autres millions s'envolèrent, qu'on retrouva, d'ailleurs, dès le lendemain, reconstitués à l'étranger. Restaient donc 193 millions à revendiquer par l'Etat; mais, ici encore, les liquidateurs, les évéques et le pape lui-même, réussirent à escamoter la muscade. »

Le 17 avril, un certain M. Cordelier confiait au même journal cette sincère, franche et loyale envolée :

« Oui, il y a un scandale, et un scandale monstrueux. Mais c'est sur vous, cléricaux, qu'il rejaillit. C'est vous, moines, qui avez savamment escamoté la muscade, vous qui avez, avec vos amis Duez et Martin-Gauthier, mis dans vos poches la plus grande partie du milliard congréganiste. Cessez donc vos belles indignations ; cessez de jeter à la face des républicains des accusations fausses et mensongères; cessez votre campagne de calomnies et d'injures I

d Ah ! l'on comprend que vous ayez éprouvé quelque peine aux mesures prises par la République contre les congrégations. Mais qu'a fait la République, en se défendant contre elles, que n'aient fait autrefois la monarchie et l'Eglise elle-même? Il serait facile de montrer que nos rois, nos anciens Parlements et les évêques eux-mêmes, n'ont point cessé, dans le cours des

siècles de lutter contre les envahissements intolérables des moines de toutes sortes, qui semblent en vérité n'avoir fait vœu de pauvreté que pour mieux piper l'argent des simples. Prétendrait -on que la République se montrât plus cléricale que les rois?

(( Les cléricaux auront beau faire, ils ne donneront pas le change à l'opinion, qui reste convaincue que la République a fait œuvre utile et saine en nous débarrassant de la moinaille, et que, sur cette œuvre de salubrité, ce sont les moines eux-mêmes et les cléricaux qui ont, dans la pensée de salir la République, fait pousser le champignon vénéneux et pourri du scandale Duez. Voilà toute la morale de cette histoire. ))

Quels arguments furent présentés aux électeurs pour élucider cette affaire passablement ennuyeuse pour l'anticléricalisme ?

En voici quelques-uns qui parurent dans la Dépêche, dans le compte rendu de la visite de M. Lemesle à Candes (Indre-et-Loire) :

(( Naturellement la liquidation des congrégations donne à M. Lemesle l'occasion de dire que le bloc a volé le milliard promis pour les retraites ouvrières. Nous attendions là M. Lemesle. Il n'y a vraiment pas de quoi se frotter les mains. Voyons, qui a été d'avis de remettre les liquidations des congrégations aux tribunaux? Tous les députés, n'est-ce pas, et surtout ceux de la droite, qui auraient crié fort si on avait fait autrement. Qui a choisi les liquidateurs? Les tribunaux, où figurent encore les réactionnaires les plus marquants. Et avec qui le liquidateur Duez s'est-il entendu? Quels furent ses complices ? Les congrégations, avec leurs mille stratagèmes qui s'appellent jugements d'accord et actes antidatés. N'est-ce pas un républicain véritable, M. Combes, qui demanda le premier la constitution d'une commission d'enquête pour rechercher toutes les responsabilités et essayer de porter le fer rouge ? Alors pourquoi essayer de salir les républicains du bloc, alors que les coupables appartiennent au clan clérical ou encore à la finance véreuse dépourvue d'âme et de conscience ? »

Dans le Ghinonais, M. Foucher, candidat radical, a déclaré, au cours de ses conférences, que le fameux milliard était retourné aux congrégations. i( Elles l'ont repris, )) a-t-il dit.

M. Hubbard prétendait, en 1909, que le milliard avait servi à payer les dettes de Louis XIV.

Ce grand roi a-t-il trouvé de l'argent ailleurs pour payer ses malheureuses dettes? Il a donc eu la générosité de restituer aux congréganistes les sommes que les anticléricaux lui avaient versées ! Ah ! mon Dieu ! quel grand cœur! Mais quel vent favorable a ramené dans la poche des congréganistes les millions volés par les liquidateurs et les cent cinquante politiciens blocards? La plupart ont fait la fête avec cet argent clérical. Sont-ils habiles, ces congréganistes, de retrouver ainsi ce qui a été mangé ! Ah ! voyez- vous, le progrès anticlérical fait de ces miracles inexplicables !

D'après la Dépêche de Toulouse, tout le monde s'est mis de la partie pour voler le milliard : d'abord les congréganistes, puis Duez, enfin les magistrats. Seuls les liquidateurs se sont appauvris. Qu'ont-ils donc fait des

10 millions que le Trésor leur avait avancés et que les contribuables ont dû fournir? M. Le Provost de Launay a déclaré au Sénat, le 12 avril 1906, qu'il connaissait des congréganistes réduits à la plus affreuse misère. Il a dû en faire entrer dans des asiles pour les empêcher de mourir de faim. M. Poincaré lui répondit que les secours et les allocations ne devaient être accordés qu'à la fin de la liquidation. Aussi les liquidateurs la font- ils traîner en longueur. M. Allard en a donné la raison, le 29 janvier 1907 : (( Je ne nie pas, quant à moi, que je ne veuille vous dépouiller... Détruite la richesse qui fait votre force, ruinée votre organisation à sa base même. »

L'aveu de M. Allard réduit à néant l'argumentation savante des anticléricaux. Ils auront beau affirmer, dans des tracts et des articles de journaux, que les congréganistes ont repris leurs biens, les gens instruits se rendront à l'évidence des faits, que la franchise de M. Allard a si heureusement éclairés. Ne sont -ils pas allés jusqu'à prétendre que Duez était un clérical, un membre de l'opposition? Cette nouvelle était lancée, le 30 avril, par la Dépêche de Tours :

c( Au cours des perquisitions faites chez Duez, on a trouvé dans un coffrefort tout un dossier électoral.

(( L'ancien liquidateur, en effet, avait été candidat libéral, lors d'une élection partielle, en 1898, au Palais-Royal.

(( Il s'était, au second tour, désisté en faveur de M. Muzet, progressiste.

(( Mais voyons, qui trompe -t- on? Si, en 1898, cet excellent Duez était candidat libéral, il faisait partie de l'armée bien pensante de MM. Méline et Piou, il n'y a aucune raison, j'imagine, pour qu'on nous le mette bénévolement sur le dos.

(( Pourtant, si , il y en a une , le besoin de salir notre parti aux yeux des électeurs.

(( Mais ceux-ci, informés que Duez fut candidat libéral et se désista en faveur d'un progressiste, ne manqueront pas de rendre à César ce qui appartient à César, c'est-à-dire de restituer le reluisant Duez aux libéraux et aux progressistes. »

Duez clérical, libéral, progressiste, que lui manque-t-il ? Bientôt l'anticléricalisme dira qu'il est un ancien congréganiste, consulteur d'une congrégation romaine, voire même neveu du pape !

Cette diversion a la même valeur que les explications de la Dépêche de Toulouse relativement à l'évaporation du milliard congréganiste.

({ Avant la promulgation de la loi, et même après, les ventes précipitées, les partages amiables entre les membres des congrégations avaient déjà repris pas mal de millions à l'Etat. Au moment des liquidations, en nombre prodigieux, les immeubles se trouvèrent être soudain la propriété de sociétés civiles. Il y eut évidemment des procès. Les tribunaux donnèrent raison aux sociétés si suspectes, comme fit par exemple la cour d'Amiens; puis, là où les sociétés civiles n'existaient pas avant la liquidation, on en forma l)ien vite pour racheter en sous- main les immeubles. Tel fut le cas de la Société de la Bonne Presse, qui prit la suite des Assomptionistes.

Enfin il y eut, entre les sociétés ci^>iles et les liquidateurs, les fameux et scandaleux jugements d'accord. . . »

a Et voilà comment ont disparu les milliards! ajoutait la Croix, le 11 avril 1910.

(( Ce sont les sociétés civiles, prête -noms des Congrégations, qui les ont repris aux liquidateurs.

(( Cette explication est très ingénieuse; elle a, malheureusement, un défaut qui est capital : les sociétés civiles, loin d'avoir vidé la caisse des liquidateurs, l'ont souvent remplie.

(( C'est ainsi que la Maison de la Bonne Presse a été payée deux fois.

(( Achetée d'abord par M. Paul Feron-Vrau, en mars 1901, payée de ses deniers (les jugements rendus contre lui ne contestent pas ce fait), elle a été attribuée , par décision du tribunal de la Seine et par arrêt de la cour de Paris, au liquidateur Ménage.

(( Mise à nouveau en vente, elle a été rachetée : les immeubles par la Société anonyme Jeanne-d' Arc ; les titres des journaux et le fonds de commerce, par notre directeur personnellement.

(( Il y a eu vente publique : les immeubles, adjugés au tribunal, ont subi le feu des enchères. La société civile n'a pu les acquérir qu'en ajoutant près de 500.000 francs à la mise à prix.

« Les titres des journaux ont subi, également, la vente publique. Des affiches ont été apposées un peu partout pour annoncer la vente et susciter des concurrents; des annonces ont paru dans tous les journaux, même dans les feuilles anticléricales.

(( Immeubles et fonds de commerce ont donc été payés deux fois. L'argent est bel et bien tombé dans la caisse de Ménage.

ce Voilà comment nous avons repris une partie du milliard !

(( On voit , par ce fait personnel , ce que valent les explications de la Dépêche. ))

Le journal les Débats apprécia en ces termes très justes la manœuvre des journaux blocards cherchant à démontrer que les voleurs du milliard des congrégations c'étaient les volés, les congréganistes :

(( La Dépêche, dit-il, nous promet la vérité et nous raconte, aujourd'hui après hier, ce qu'elle appelle la vérité sur les destinées du milliard. Qu'on né s'y trompe pas : c'est une vérité, non pas toute nue suivant la tradition, mais habillée à la mode toulousaine, maçonnique et radicale-socialiste. Nous avons dit liier quelle singulière figure elle prenait, ainsi accoutrée. C'est encore mieux aujourd'hui. Pour la Dépêche, toute l'histoire des liquidations se résume en ceci : les congréganistes pactisèrent avec les liquidateurs pour reprendre sournoisement tous leurs biens, et ce fut la justice elle-même, la magistrature gangrenée, qui, dans sa plus haute juridiction, la Cour suprême, assura l'effet de ces accords. Voilà qui est simple, voilà qui convaincra tout de suite les fortes têtes des cafés du commerce. Il n'y a qu'un malheur, c'est que la réalité des faits est exactement contraire.

« Du premier jour jusqu'aux scandales de ces temps derniers, les liqui-

dateurs ont manifesté sans répit la manie, la fureur processive. Depuis le premier jour, ils ont plaidé sur tout et à propos de tout. Ils ont mis d'abord la main sur tous les immeubles occupés par les congrégations, fut-ce à titre de location, sans s'inquiéter de savoir quels étaient les propriétaires : ils ont forcé ainsi ces propriétaires à revendiquer leurs biens. Ils ont plaidé jusqu'en cassation pour faire juger que les biens simplement « occupés » étaient a. détenus » au sens de la loi de 1901, et devaient revenir à la liquidation. Il a fallu un arrêt formel de la Cour suprême pour les convaincre de leur erreur, et c'est alors seulement que , vérifiant les titres qu'on leur présentait, ils ont consenti, ne pouvant faire autrement, à laisser rendre ces jugements, dits jugements d'accord, par lesquels les tribunaux consacraient les droits de particuliers que des liquidateurs scrupuleux n'auraient jamais osé contester. Cette lutte acharnée a recommencé tout aussitôt pour les dots monacales, pour les créances hypothécaires, pour les actions en révocation. Chaque fois, pareils aux légistes de Philippe le Bel, les liquidateurs entendaient faire triompher le droit strict, .ou plus exactement la logique de droit, contre le bon sens et l'équité. Chaque fois leurs adversaires, des citoyens égaux après tout aux rédacteurs de la Dépêche, ont dû supporter les frais, les lenteurs, les ennuis de ce combat inexorable. Pour les créances hypothécaires", il fut particulièrement significatif. Les immeubles congréganistes étaient couverts d'hypothèques. On aurait pu s'en apercevoir, et, en fait, on s'en est aperçu. Les congrégations, qui avaient élevé partout tant de constructions , s'étaient empressées d'en tirer parti par le moyen d'emprunts hypothécaires. Tout le monde leur avait prêté, et en toute bonne foi, le Crédit foncier le premier. Or, les liquidateurs, au lieu d'accepter ces hypothèques, consenties par des actes réguliers en échange de versements effectifs et dûment établis, s'avisèrent de dire qu'elles étaient nulles : la congrégation, en effet, être nul, pouvait-elle concéder un droit valable? Ils soutinrent ce système avec la dernière énergie. Ce fut, ici encore, la Cour suprême qui dut répondre : (( Le droit est dominé parla bonne foi , et la bonne foi qui , du côté des prêteurs , a présidé à ces contrats exige que les hypothèques soient respectées. » Du coup, l'actif des liquidations se trouva allégé des sommes considérables qui représentaient ces créances. Mais il est bon de réfléchir que cet argent est ainsi retourné à ceux qui l'avaient versé, c'est-à-dire aux prêteurs. La déception est peutêtre assez forte pour ceux qui ont inventé l'escroquerie du milliard. Ils n'ont à s'en prendre qu'à eux-mêmes. »

Relativement aux biens possédés en propre par les congrégations, les liquidateurs se sont contentés d'entretenir un certain nombre de congréganistes âgés ou infirmes groupés dans des maisons de retraite. Ils se gardent bien de terminer les liquidations, de peur d'avoir à verser aux congréganistes bien portants la part qui leur revient de la vente de leurs immeubles. Quelques sommes ont pu être touchées par quelques-uns. Mais la grande majorité attend toujours la manifestation de la justice et de la tolérance anticléricales, dans la restitution des sommes reçues.

Dans leurs réunions électorales, les candidats blocards n'ont pas demandé à leurs électeurs s'ils ratifiaient le vol des biens des congrégations et du clergé commis par leur parti. Ils ont employé le mensonge pour excuser ces honteuses rapines.

Quoi(|u'ils aient dit, le vol est manifeste.

Quel Tourangeau ne se souvient d'avoir vu, en 1906, une image où l'on représentait la République sous la figure d'une femme tenant sous son bras un coffret portant cette inscription : (( Retraites ouvrières, » et donnant une gifle à un curé ? Elle semblait dire triomphalement : « Je vais rendre heureux le bon peuple de France , quelque peine que tu en ressentes ! » Ces retraites devaient être constituées avec le milliard des congrégations. Celui-ci n'a profité qu'aux liquidateurs et à leurs complices, qui se sont enrichis.

Les anticléricaux ont été les mêmes à toutes les époques de l'histoire. Ils se sont toujours distingués par leur rapacité et leur cruauté. Dans les premiers siècles de l'Église, ils ne se contentaient pas de torturer les chrétiens, mais encore ils confisquaient leurs propriétés. Plus tard, les Barbares tuèrent et pillèrent les catholiques.

Mahomet fit de même. Il donna cette tactique à ses partisans : (( Combattez jusqu'à ce que toute autre religion soit exterminée ; mettez les opposants à mort , ne les épargnez pas ; et lorsque vous les aurez affaiblis à force de carnage, réduisez le reste en servitude et écrasez-le par des tributs. Le glaive est la clef du ciel ; une nuit passée sous les armes vaut mieux que deux mois de prières. » L'histoire nous apprend que ses adeptes ont fidèlement accompli ses recommandations ; car, des nombreuses villes qui existaient en Afrique avant leur invasion, il en reste à peine quelquesunes. Les biens des catholiques (( se trouvant sans maîtres », pour employer l'argument invoqué par nos blocards modernes pour la confiscation des biens du clergé, « ils les recueillirent. ))

L'un des caractères les plus distinctifs de la réforme protestante a été la fureur du pillage et des spoliations. ((Ce fut là, dit William Cobbett, le grand mobile des réformateurs ; et s'il n'y avait rien eu à voler, ils n'eussent pas songé à réformer. » Églises, abbayes, monastères, tout fut pillé et saccagé pendant les trois règnes de l'établissement de la Réforme en Angleterre. Le chiffre des monastères détruits par les réformateurs dans ce pays et en Allemagne s'élève à plus de cent mille. Henri VIII prit pour sa part un si grand nombre de bénéfices, qu'il trouva bon un jour d'en donner un à son cuisinier, pour un plat qu'il avait trouvé à son goût. (( Un des principaux effets de ce vol sacrilège, continue William Cobbett, fut l'extrême misère où se trouvèrent réduits des milliers de pauvres que les aumônes des couvents nourrissaient. La plus grande partie des biens ecclésiastiques refluait auparavant sur la masse du peuple , et l'on peut dire, sans crainte d'être démenti par les faits, que, si les brigands réformateurs ne les avaient pas livrés au pillage, on ignorerait encore en Angleterre ce que c'est que la taxe des pauvres, ce chancre rongeur de notre prospérité apparente, et qui,

tôt ou tard, amènera la ruine de cet empire. » Pour en donner la preuve palpable, qu'il nous suffise d'indiquer qu'un contribuable anglais, ayant un loyer de trois mille francs, doit verser environ 600 francs pour la taxe des pauvres, chaque année. N'est-ce pas énorme?

Quand l'Assemblée Constituante eut dépouillé en sept jours, du 9 au 16 août 1790, l'Église, l'enseignement et les pauvres qui vivaient de ce fonds commun , elle causa à la France une perte énorme. Bergasse a élevé contre ce coup de force l'une de ses plus énergiques protestations. Il avertit ses compatriotes que seuls les agioteurs édifieraient une fortune sur la ruine publique. ((Il nous importait, écrivait-il, de satisfaire notre haine philosophique contre le clergé ; il nous importait, après lui avoir promis solennellement le maintien de ses propriétés, de l'en dépouiller violemment; il nous importait d'assouvir, aux dépens du patrimoine des pauvres, l'avidité d'une foule de fripons. » Les biens des religieux furent mis en vente, dilapidés, et leurs bibliothèques dispersées. Maury en fit l'aveu à la Constituante, dans la discussion sur les biens ecclésiastiques : (( Un fait assez récent, dit -il, atteste les inconvénients de ces règles fiscales; quand les Jésuites furent supprimés, on exaltait partout leur opulence; à peine leurs biens furent- ils entre les mains des séquestres, qu'ils devinrent insuffisants pour payer la pension indécemment modique qui leur avait été promise. Les propriétés de cette société célèbre ont disparu sans aucun profit pour l'État. D Toutefois on remarqua que les liquidateurs s'enrichissaient partout subitement, et qu'ils achetaient presque tous des charges qui les anoblissaient.

En Portugal, Pombal imita Henri VIII. Il s'enrichit avec les dépouilles des congrégations religieuses. Pendant sa disgrâce, on vit'arriver des Indes, à son adresse, dix -neuf caisses pleines d'argenterie et de pierres précieuses enlevées au tombeau de saint François-Xavier, à Goa. La reine indignée les fit renvoyer sur-le-champ.

Qui nous prouve que nos ministres ont été plus vertueux que Pombal et Henri VIII ? Le bruit ne court-il pas qu'une haute personnalité politique s'est enrichie de 27 millions depuis l'ouverture des liquidations ?

Taine a mis à jour, en quelques lignes, l'honnêteté des anticléricaux de la grande Révolution : (( La Révolution, écrit -il, mit la main sur les trois cinquièmes des biens fonciers de France, arracha aux communautés et aux particuliers 10 à 12 milliards de valeurs mobilières et immobilières, porta la dette publique, qui n'était pas de 4 milliards en 1789, à plus de 50 milliards. Or la majeure partie de ces biens n'eut d'autre emploi que de servir les intérêts privés des vertueux républicains. Sieyès sortit de la Révolution avec 50 ou 60 mille livres de rente ; Fouché, avec 14 millions de capital et un grand nombre de châteaux. »

Si les honnêtes gens ne barrent pas résolument la route aux voleuis, quels que soient les moyens d'intimidation employés par eux, ils seront dépouillés comme leurs ancêtres. Le peu})lene l'ecevra rien de la liquidation générale. Quelques privilégiés seuls profiteront de la naïveté populaire. Un

juif, M. Fribourg, en a fait l'aveu dans une réunion organisée par l'Action française à la Porte-Dorée, à Paris, en décembre 1909 : (( Les questions économiques, dit-il, domineront les sociétés. Et la politique n'a pas d'importance. Ce que nous voulons, c'est nous organiser, parce que tout nous appartient. Nous voulons la révolution sociale, et ce jour- là nous prendrons tout. ))

Nous sommes prévenus. Tenons-nous sur nos gardes. Considérons en toute certitude les socialistes qui réclament la destruction de la propriété comme les valets de l'anticléricalisme voleur, ennemi du peuple et de la France.

5^ 5. — La défense de l'école laïque

Dans la campagne électorale de 1910, les candidats anticléricaux ont beaucoup parlé des lois de défense de l'école laïque. On comprend que l'anticléricalisme tienne à conserver les manuels scolaires à l'aide desquels il entasse préjugés sur préjugés dans l'esprit des enfants. Reposant sur l'erreur, il a peur de la vérité et ne veut à aucun prix qu'elle soit enseignée à la jeunesse. Mais les Français ne se soumettront jamais à une telle tyrannie. Si tous ne sont pas des catholiques pratiquants, ils respectent du moins la religion. Ils approuvent secrètement ceux qui combattent les manuels immoraux et impies, n'ayant d'autre but que la destruction de la foi et de la morale dans l'âme des enfants. Quand ils connaîtront le but secret, mais certain, poursuivi par l'école laïque , ils se rangeront tous autour de leurs prêtres et de leurs évêques pour condamner celle-ci.

Un franc-maçon notoire, le fr. .-. Dequaire-Grobel, inspecteur primaire, l'a résumé dans ces lignes :

« Le but de l'école laïque n'est pas d'apprendre à lire, à écrire et à compter ; non, elle est un engin de guerre contre le catholicisme.

« L'école laïque a pour but de former des libres penseurs.

ce Elle tromperait l'espérance que nous fondons sur elle, si elle se renfermait dans une respectueuse neutralité.

(( L'école laïque apprend à rejeter le dogme.

(C Lorsqu'à treize ans il quitte les bancs de l'école, l'élève n'a pas profité de l'enseignement de ses maîtres s'il reste croyant.

<i L'école laïque n'a porté ses fruits et donné sa juste mesure que si l'enfant est débarrassé du dogme , s'il a renié la foi de ses pères , s'il a renoncé à la religion catholique.

« L'école laïque est un moule où l'on jette un fils de chrétien et d'où s'échappe un renégat.

« Comme les choses n'iraient pas assez vite à notre gré pour que l'apostasie soit générale , nous nous emparerons du monopole de l'enseignement.

(( Nous refuserons aux frères et aux sœurs le droit de tenir école. Nous fermerons leurs établissements.

(( Alors force sera aux familles arriérées de nous donner leurs enfants.

a Et à ces enfants nous ne croirons avoir rien appris tant qu'ils ne seront pas en révolte contre le clergé. »

Peut -on être surpris que les évêques et les prêtres condamnent un tel idéal? Pas un catholique vraiment digne de ce nom ne peut l'accepter. Tous les chrétiens convaincus ont le devoir sacré de le combattre et de l'annihiler. Ils le feront.

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