‹ L'art de tromper, d'intimider et de corrompre l'électeurChapitre 57 sur 79 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DEUXliME MOYEN ADOPTÉ PAR L'ANTICLÉRICALISME POUR TERRORISER LE PEUPLE : L'ASSASSINAT

Le feu et le fer sont les deux grands moyens auxquels la franc-maçonnerie a recours pour terroriser les populations. D^ailleurs, les apaches sont à sa solde. Le Gouvernement a réclamé leurs services pour crocheter les églises pendant les inventaires. A Tours, une quinzaine d'entre eux furent réquisitionnés par le préfet pour l'inventaire de la basilique Saint -Martin. Quand il fut terminé, il alla les trouver dans la petite rue où ils étaient groupés et leur dit : « C'est bien, mes amis; maintenant vous pouvez vous retirer. »

Qui sait si la franc-maçonnerie ne leur a pas confié la mission de verser le sang, afin de glacer l'ardeur de ceux qui voudraient la combattre ? Elîe n'est pas à son premier forfait. D'après Taine, le nombre de ses victimes, à la grande Révolution, s'éleva à un million et demi. Selon L. Prud'homme, il atteignit deux millions. Lord Disraeli, premier ministre d'AngleteiTe, a fait l'aveu suivant dans un discours, à Aylesburg, le 20 septembre 1876 :

(( Les gouvernements de ce siècle n'ont pas affaire seulement aux gouvernements, aux empereurs, rois et ministres, msiis encore aux sociétés secrètes, éléments dont il faut tenir compte, qui, au dernier moment, peuvent mettre à néant tous les arrangements ; qui ont des agents partout , des agents sans scrupule, qui poussent à Tassassinat et peuvent, s'iî le faut , amener un massacre. »

Le journal socialiste la Petite République, en son numéro du 15 août 1896, disait à ses lecteurs : « Il n'y a qu'un parti à prendre avec les catholiques, celui qu'avaient pris nos pères, à savoîi- : réla])lîr la guillotine en permanence. ))

Les anticléricaux ont réalisé l'idéal démocratique (?) de leurs pères.

Quand M. Lej'olle fil, à la Chambre, le récit des services i-endus à la France par les institute^irs congréganistes et s'indigna qu'on les récom-

pensât en les traquant et les condamnant à mourir de faim, M. Bouveri s'est écrié : (( On chauffera le four avec. » L'extréme-gauche applaudit cette parole sauvage.

Le marin pêcheur, Le Guen, âgé de vingt-quatre ans, qui avait injurié et frappé Fabhé Le Grand, curé de Port-Louis (Morbihan), vénérable prêtre de soixante-dix ans, a déclaré à l'audience (( qu'il avait été poussé à cet acte par une bande d'individus qui parcouraient la Bretagne en excitant les ouvriers contre les prêtres ».

Bien des attentats ont été commis par les anticléricaux sur la personne des catholiques.

A Tinchebray", dans l'Orne, l'agent du Gouvernement a blessé une femme jusqu'au sang.

A l'assaut de l'église Sainte-Glotilde , à Paris, il y a eu cent Cessés. A Saint-Pierre du Gros -Caillou , quand la barricade de droite s'écroula, les gardes arrêtèrent une vingtaine de défenseurs horriblement blessés.

A Ghampels, canton de Saugues, arrondissement du Puy, les gendarmes ont tiré quarante coups de revolver, blessé quinze personnes et en ont tué deux.

A Montregard (Haute-Loire), André Régis, cultivateur à Montfaucon, a été tué. Dereymond, cultivateur, a eu la mâchoire fracassée. Après l'extraction d'une balle de ses joues, le mieux se produisit.

A Bœschepe (Nord), Henri Ghysel, âgé de trente- cinq ans, père de quatre enfants, fut tué par le fils du receveur de l'enregistrement.

Jules Belcayre, ouvrier catholique de Montpellier, a été tué par un anticlérical, Durand. Celui-ci a été acquitté.

Le barde Loïc Kernenel a été grièvement blessé à Albert (Somme), d'un coup de poing américain. Le gendarme, au lieu d'arrêter l'assassin, l'a protégé contre la foule, qui voulait le lyncher.

Etienne Boisson a été assassiné à Lyon par les anticléricaux. Il a reçu à la tête un coup de stylet quadrangulaire. L'assassin s'est enfui, félicité par un de ses amis qui lui criait : (( T'as réussi ton coup, Alexandre, f... le camp ! » Le meurtrier Meyneais a été acquitté.

L'abbé Gouasnon, vicaire à Marcillé- Robert (Ille-et-Villaine), a été poignardé par un anticlérical.

L'abbé Arrufat, curé de Gitou (Aude), a reçu deux terribles coups de bâton à la tête, qui occasionnèrent sa mort.

La fille Saison, sœur de l'anarchiste, s'est précipitée avec un poignard sur l'abbé Sirot, au moment où il donnait la communion à Saint - AfFrique (Aveyron). On intervint à temps.

Barberot fut assassiné par les cultuellistes de Contréglise (Haute-Saône), armés de revolvers et de fourches. Ils provoquèrent les habitants de Venisey et tuèrent l'un d'eux. Les criminels n'ont pas été inquiétés.

Louis Mony, employé de commerce, ayant pris la défense d'un prêtre insulté par une bande de gamins à Belleville, deux individus se précipitèrent sur lui et lui donnèrent un coup de couteau.

Au mois de mars 1907, à Montpellier, le fils du directeur d'un journal de l'opposition a été assassiné par des individus qui l'avaient désigné aux apaches par ces mots : ce C'est celui-là qu'il faut démolir ! ))

§4. — L'attentat du Bourget (Seine)

Il eut lieu le 2 juin 1907. Voici dans quelles circonstances il se produisit. Une enquête très sérieuse fut faite par la Croix et parut dans ses colonnes quelques jours après l'assassinat :

(( Nous tenons ce récit des témoins du crime eux-mêmes, notamment de M. l'abbé Vitu, auxiliaire dévoué de M. Firmery, et du jeune Debroise, frère cadet de la victime, de M. le curé de Dugny et des personnes qui se sont livrées à l'enquête demandée par la police.

(( C'était fête à la fois religieuse et profane, dimanche, à Dugny, où l'on célébrait le même jour la Fête-Dieu et les réjouissances annuelles de la foire. L'excellent esprit de la population, l'aimable bonté de la famille de Seilligny, qui met son parc à sa disposition depuis de longues années, permettent d'allier l'accomplissement des devoirs religieux et la satisfaction de plaisirs permis. Le matin, il y a grand'messe très solennelle, procession. Toute la paroisse, à laquelle se joignent les jeunes gens du patronage Saint-Joseph des Épinettes, y prend part. L'après-midi, la fête foraine a lieu. Cette année, la cérémonie avait été plus brillante encore que d'habitude et l'entrain plus grand. A 5 heures et demie, quand les deux cents jeunes Parisiens étaient remontés dans les trois chars -à -bancs qui les avaient amenés ou avaient réenfourché leurs bicyclettes, les habitants de Dugny les avaient acclamés en criant : (( A l'année prochaine ! »

« Trois cyclistes partirent en avant, chargés d'une course et d'annoncer l'arrivée de leurs camarades. Après quelques minutes, comme ils allaient arriver à l'intersection des routes de Stains et du Bourget, un apache se plaça tout à coup au milieu du trottoir cyclable. Le premier des jeunes gens réussit à l'éviter ; le second se vit violemment arracher du guidon de sa machine un bouquet qu'il y avait attaché, et parvint cependant à passer, ainsi que son camarade. D'autres bandits avaient surgi dans l'intervalle, et, furieux de voir une proie facile leur échapper, puisqu'ils étaient une trentaine contre trois, lancèrent contre les rayons des bicyclettes des morceaux de bois, puis tirèrent des coups de feu sans atteindre pei-sonne.

ft Un quart d'heure environ s'était écoulé quand parurent les voitures. Les apaches s'étaient rangés le long de la route. Quand le second véhicule, dans lequel se trouvait l'abbé Firmery, arriva à leur hauteur, l'un d'eux cria : « V'ià la calotte! » et avec ses tristes compagnons commença à jeter des pierres. Les bicyclistes qui escoitaient les chars, directement menacés à leur tour, s'arrêtèrent; l'un d'eux fut immédiatement renversé.

(( On voit donc qu'au contraire de l'assertion de journaux, dont la mauvaise foi en ces matières est particulièrement indienne , il n'y eut de la part des jeunes catholiques aucune espèï^-e de provocation, ils ont été les victimes d'un guet-apens abominable. Les excitations quotidiennes d'un journal comme V Action ne sont certes pas étrangères à de tels crimes. Aussi cette feuille fut -elle d'autant plus mal venue à écrire : (( Les membres du patroiaage les provoquèrent et firent feu. » Aucun d'eux n'était armé !

(( L'abbé Firmery, voyant le danger couru par ses chers enfants, descendit de voiture Bt demanda aux agresseurs la raison [de kurs cris. L'un d'eux , menaçant , s'avança sans répondre vers l'abbé , qui l'envoya rouler dans le fossé. Alors la mêlée s'engagea, tandis qu'un des bandits criait : « A cba^um nos feommes ! » Tout d=e suite le revolver entra en jeu. Un apache, braquant le sien sur l'abbé, cria : « Si vous êtes des hommes, venez- y !t) Le jeune Huchet, sautant sur l'individu pour le désarmer, essuya un coup de feu à la main gaaiche en parant ie coup donné en pleine figure.

(( Cependant tous se tournèrent vers l'abbé Firmery. Un des voa^us l'ajusta. Le premier coup rata ; mais le secomd, manquant son but, alla frapper en arrière dm prêtre le jeune Debroise, qui, atteint en pleine poitrine, tomba sur une bicyclette. Puis, se relevant, il traversa la route, en serrant son oôté de la main et alla s'affaler dans un champ de blé.

(( La bataille continuait; mais les agressenrs, comme tous leurs semblables , étaient des lâches ; la fermeté de l'abbé Firmery et de sa petite troupe, désarmée cependant, les effraya, et bientôt ils s'enfuirent. Des personnes attirées par la fusillade (une trentaine de caups au moins ont été tirés) accouraient; on ne saisit qu'un certain nombre d'entre eux, qui désignèrent les vrais coupables.

(( Pendant ce temps, on relevait le malheureux blessé qui râlait. Le docteur Rouanet, d'Aubervilliers, après lui avoir donné les premiers soins, ordonna san transfert immédiat à Lariboisière , où il fut admis d'urgence. En chemin il se confessa , tandis que ses camarades , mis au courant de la gravité de son état , pleuraient et priaient. Hélas î quelques heures après, le jeune homme rendait à Dieu son âme sanctifiée par la sofuffrance. D)

§ 2. — L'attentat contre Maxbie Real del Saute

Le 19 février 1910, M, Maxime Real del Sarte fut victime d'une tentative d'assassinat. M. Le Breton en fit le récit, le l^r avril 1910, à la tribune dn Sénat.

(( Le commissaire spécial de Toul a fait une demande expresse au (coLonel pour être averti de toutes les permissions accordées an soldat Real del

Sarte. Quelques jours plus tard, on chargeait celui-ci de porter au commissaire un pli très confidentiel, contenant simplement une permission et une feuille de papier blanc. On ne lui cacha pas que c'était simplement pour que ce commissaire pût bien le connaître. Il accomplit sa mission-, un peu surpris. {Exclamations à droite.)

« Et même en quittant ce commissaire, comme il était prévenu de l'objet de sa demande, il lui demanda ironiquement : ce N'y a-t-il pas de réponse? » Le commissaire lui dit : « Non. »

(( Quelques jours après, un autre officier vint à la gare de Toul pour constater l'identité de tous les soldats qui partaient en permission. Il en fit l'appel. Arrivé au nom de Real del Sarte, il s'arrête et regarde le commissaire, qui avait à côté de lui deux agents en civil. Tous tes trois examinent bien le jeune Real. Puis on le laisse partir. Il allait ce jour-là à Nancy avec une permission ; les deux agents en ci^'il montèrent dans le même wagon que lui, l'accompagnèrent toute la journée et ne le quittèrent pas d'une semelle. (Exclamations à droite. )

ce Le 20 février, il faisait, paraît-il, beau temps à Toul. Le jeune Real del Sarte va dans un garage pour louer une bicyclette, et, devant plusieurs personnes , il annonce son intention de se rendre au fort de Yilley-le-Sec , d'y aller par la route des bois et d'en revenir par la plaine.

ce M. Gandin de Villaine. — C'était dangereux dans «a situation!

(( M. Le Rreton. — Il avait tenu à annoncer dans le garage, devant tes personnes qui assistaient à l'entretien, son dessein d'aller ce jour -là à Villey-le-Sec , et voici pourquoi : c'est que, ce jour -là même, ii y avait à Nancy une réunion royaliste où il aurait eu le grand plaisir de voir ses amis de Paris; mais comme il s'était imposé une réser\e absolue, il voulait que l'on sût qu'il n'assisterait pas à cette réunion. {Très bien! à droite.) Voilà pourquoi il avait annoncé son projet d'allei^ ce jour-là à Villey-le-Sec.

ce Mais vous m'avouerez bien que cette confidence dans un lieu où il y avait des informateurs aurait dû éveiller la vigilance du commissaire spécial.

ce II part à six heures du soir ; il faisait nuit. A peu près à mi-chemin entre Toul et Villey-le-Sec, entre Dommartin et Ghaudeney, au moment où il ralentissait un peu son allure, voulant monter à pied la colline qui se trouve là, dans un endroit où le chemin est entouré de taillis fort épais, il reçoit un coup de feu dans la cuisse gauche qui, à ce moment, était audess-us du cadre de la bicyclette; la balle entre du cùté intérieur et contourne Tos. Maxime 'Real tombe sous ce choc. II ne s'aperçoit pas de sa blessure; précipité parterre, il se relève péniblement sur les genoux. Il voit deux ombres s'avancer à sa droite, et il reçoit un second coup de feu tiré de si près, que la capote et la tunique sont brûlées; par mirac'le, la peau n'est pas brûlée. Il tire sa baïonnette, veut poursuivre ses adversaires; mais il s'aperçoit qu'il ne peut pas marclier.

(( Il le< entend crier : ce Sauvons-nous! » Cliose remarquable, messieurs.

ses agresseurs ne sont pas des voleurs. Ils sont deux, il leur serait facile de dépouiller un homme seul et blessé : ils ne l'essayent pas. Ils n'en veulent ni à sa bourse ni à sa bicyclette, puisqu'ils s'en vont le croyant blessé à mort.

(( Il se relève péniblement, s'appuie sur sa bicyclette et continue sa marche vers le fort de Villey-le-Sec. Heureusement, il rencontre un soldat qui, par bonne fortune, se promenait sur le chemin. Ce soldat le soutient et le conduit au fort, d'où une voiture est demandée à Toul et l'emmène à l'hôpital.

(( Tout cela, messieurs, est très caractéristique. Les agresseurs, comme je le disais, ne sont pas des voleurs ; ils avaient toute latitude pour le voler et ils ne l'ont pas fait. Real del Sarte n'avait aucun ennemi connu à Toul , ni dans l'élément civil ni dans la garnison ; il n'avait eu aucune discussion , ni, à plus forte raison, de rixe avec personne. Pourquoi donc a-t-on voulu attenter à sa vie ? Il n'y a qu'une explication possible : c'est une vengeance politique.

(( M. Dominique Delahaye. — Evidemment !

(( M. Le Breton. — Aucune autre explication n'est acceptable.

(( Eh bien ! comment s'est faite l'enquête? C'est assez curieux. Voilà un commissaire central qui, à mon avis, a une très lourde responsabilité. Il ne recherche pas les coupables; il était prévenu que Maxime Real del Sarte devait être tenté d'aller à Nancy. Il devait le surveiller plus étroitement ce jour-là que jamais ; car, partant avec sa bicyclette par la route de Villey-le-Sec, il pouvait, par un détour, prendre le chemin de Nancy. Pas du tout; ce jour-là, par extraordinaire, on ne le surveille pas, et c'est ce jour-là qu'il reçoit deux coups de feu.

(( On commence l'enquête; c'est un gendarme qui vient l'interroger d'abord. Maxime Real lui raconte l'attentat et lui dit, entre autres choses : (( J'ai reçu deux lettres anonymes qui, il y a plusieurs semaines, m'annonçaient l'attentat: l'une contenant des menaces grossières; l'autre, beaucoup plus intéressante, ne peut pas venir d'un apache illettré ni même d'un apache peu lettré; elle vient plutôt d'un adversaire qui, informé qu'un projet d'attentat était médité contre Maxime Real, n'a pas voulu s'en faire corpplice , qui l'avertit et lui dit : « Méfiez- vous de l'ombre et du moment où vous prendrez la garde. ))

(( Cette lettre était intéressante. Le gendarme lui dit : « Elle n'a aucune importance, » et il ne la mentionne même pas au procès-verbal. Quelques jours après, un capitaine de la place, chargé de l'instruction, vient de nouveau interroger Maxime Real. Pendant ce temps, tous les journaux de la région, obéissant à un mot d'ordre venu de je ne sais quel chef d'orchestre inconnu , répandent le bruit que c'est le résultat d'une rivalité amoureuse, que Maxime Real a excité sans doute la jalousie de quelques gens qui ont voulu se venger.

(( Il répond à l'officier : (( Votre hypothèse ne tient pas debout ; elle n'est pas exacte. )) L'officier lui-même ne paraît pas tenir compte de ces lettres

anonymes de menaces, car il oublie de les mentionner dans son procèsverbal. Il ne consent à les mentionner que sur l'insistance de Real del Sarte, qui exige qu'il en soit fait mention. J'estime, messieurs, que c'est là une enquête singulièrement menée.

(( Enfin, le soir même de l'attentat, il aurait fallu exercer une surveillance très grande dans tous les mauvais lieux de Toul où les agresseurs avaient chance d'aller. Pas du tout. On attend trois ou quatre jours, puis on fait une razzia dans tous les établissements louches de Toul, non pas pour trouver les agresseurs, mais pour chercher surtout à établir que Real del Sarte était un habitué de ces maisons, — ce qui n'est pas.

(( C'est, il faut l'avouer, une singulière manière de conduire une enquête. Et je vous dirai que, depuis quelques années, il y a vraiment trop de morts mystérieuses, trop de disparitions inexpliquées. Un voile, trop épais pour être l'œuvre du hasard , est jeté trop souvent sur des crimes dont les bénéficiaires sont tout-puissants. (Très bien! très bien! à droite.) Mystère sur la disparition du commandant d'Attel, mystère sur la mort de Syveton... (Exclamations à gauche. — Très hie7i! très bien! à droite.)

(( M. Rouby. — Syveton s'est supprimé lui-même!

(( M. Le Breton. — ... impunité des assassins de l'impasse Ronsin, impunité des agresseurs de M. Leroy -Beaulieu, impunité des misérables qui ont jeté en prison et tenu au secret pendant plusieurs semaines des officiers irréprochables, d'un dévouement admirable, comme le lieutenant-colonel Rollin , le capitaine Dautriche , le capitaine François ; enfin impunité des malfaiteurs qui, pour réduire au silence le commandant Guignet, ont voulu le faire passer pour fou (vives protestations à gauche), et ont voulu l'interner dans une maison d'aliénés pour qu'il mourût dans un cabanon, comme les malheureux dont parlait ces jours derniers un journal, dont le témoignage pouvait gêner certain liquidateur. (Très bien! très bien ! à droite.)

a II faut qu'on sache si Maxime Real del Sarte est aussi un de ces gêneurs qu'un apache peut tuer avec impunité.

(( Des suspicions très graves pèsent sur le commissaire de police Fougères, qui, gardant et épiant Maxime Real del Sarte tous les jours, a négligé de le surveiller précisément ce dimanche, jour de l'attentat. C'est une grave responsabilité pour lui.

ce II y a deux façons d'envisager le rôle de la police : il y a la manière acceptée par tous les honnêtes gens, c'est celle qu'ont mise en pratique la préfecture de police et l'officier de paix du 6*^ arrondissement, M. Thierry, lorsque ce dernier vint, avec des agents cyclistes et des agents de la sûreté , dire à M. Pujo :

(( — Je ne viens pas vous arrêter, je viens i)our vous défendre, parce que je sais qu'on veut vous faire un mauvais coup ! »

(c Dans cette circonstance, M. Thierry a compris que le rôle de la police n'est pas seulement de surveiller les gens qui lui sont signalés, mais de veiller à leur sécurité, quand elle la sait menacée.

({ Malheureusement, il y a une autre façon d'entendre le rôle de la police : c'est celle qu'a mise en pratique le commissaire de Javel, M. Bordes, le jour où il a livré aux coups des cinquante apaches qui l'entouraient les jeunes royalistes qui venaient apporter des secours aux sinistrés de Grenelle. (Très bien! très bien! à droite.)

<( Celui - là les laissa assommer ; l'un d'eux perdit un œil , un autre eut la jambe brisée.

(( Je crains beaucoup que le commissaire spécial de Toul n'entende le rôle de la police comme le commissaire de Javel plutôt qu'à la façon de M. Thierry. »

En cherchant à faire disparaître M. Real del Sarte, le bloc anticlérical a voulu intimider les partis d'opposition et refroidir leur ardeur pour la lutte électorale.

§3. — Attentats contre les candidats et les électeurs libéraux

Les incendies et les assassinats perpétrés contre les catholiques ne sont pas les seuls moyens employés par l'anticléricalisme pour terroriser les populations. Il apprécie d'une manière toute particulière les attentats sur les candidats libéraux et leurs partisans. Les exemples ne manquent pas pour le prouver.

En 1902, la secte maçonnique, ayant décidé de demander l'invalidation du baron Dard, élu député de Béthune, et étant sûre de l'obtenir, organisa des manifestations hostiles contre lui, le soir même de son élection. Des désordres très graves eurent lieu en particulier à Lillers, dans le Pas-de-Calais. Les anticléricaux se ruèrent sur les maisons des agents électomux du baron. La devanture de la pharmacie Payelle fut brisée. Trois coups de fusils tirés du premier étage mirent le comble à l'exaspération, et, malgré les gendarmes à cheval, trois autres maisons furent mises à sac.

Au siège du comité républicain libéral , il ne resta ni une fenêtre ni un seul objet mobilier. Tout fut saccagé.

Un jeune homme , renversé par le cheval d'un gendarme , fut blessé au front.

En 1902, à Marseille, un millier de manifestants se .sont d'abord promenés avec un drapeau rouge. Vers dix Heures du soir, quelques échauffourées se sont produites rue de la Gannebière et sur le quai du Port. Une heure plus tard, quinze cents manifestants se sont dirigés vers le café Martino, ont hué les consommateurs, tiré des coups de revolver vers le café et envahi l'établissement, dont ils ont brisé le mobilier et le matériel. Les consommateurs durent s'enfuir par les étages supérieurs et les toits. Trois d'entre eux furent blessés.

En 1904, le département de l'Hérault eut le record pour les fraudes et la violence.

La campagne électorale avait été très vive et les esprits étaient fort surexcités à Florensac.

Aussi, en prévision de troubles possibles, soixante cavaliers du 17^ chasseurs étaient venus de Béziers sous le commandement d'un capitaine et gardaient les portes de la mairie.

Dès la première heure du matin, de nombreux électeurs arrivèrent et discutèrent avec animation en attendant l'ouverture du scrutin.

Le préfet de l'Hérault, accompagné des délégués des partis en présence, visita la salle du scrutin et, ne constatant rien d'anormal, quitta Florensac.

C'est alors que les bagarres commencèrent.

A sept heures, quinze délégués de chaque parti furent introduits dans la mairie pour former le bureau ; mais ils se trouvèrent en présence d'un bureau tout formé par une cinquantaine d'électeurs qui avaient couché à la mairie dans une pièce isolée. Une bagarre s'est alors produite. Des coups furent échangés.

Un nommé Fal frappa d'un violent coup de pied un nommé Bedin et d'un coup de couteau un nommé Vidal ; il fut saisi et jeté par la fenêtre du premiei' étage. Il tomba dans les bras de ses camarades.

L'urne fut jetée par la fenêtre, et une partie du matériel de la mairie fut brisée.

L'infanterie et la cavalerie, accueillies par des cris divers, ont alors (diargé sous une grêle de pierres et de bouteilles pour dégager la mairie.

Après deux heures de pourparlers, les électeurs qui avaient envahi la mairie l'évacuèrent. Les portes furent fermées, et le vote suspendu.

A huit heures, on recommença à voter; mais, sur la place publique, une grande effervescence ne cessa de régner. A un moment donné, des électeurs, sortis du café en face de la uiairie, rompirent le cordon des chasseurs et envahirent les salles de la mairie. Des coups de feu furent tirés, mais personne ne fut atteint. Le président du bureau et les autres assesseurs eurent juste le temps de se sauver })ar la fenêtre.

Le maire fit aussitôt évacuer la mairie, et le vote tut de nouveau iuterronqiu jusqu'à neuf heures. Dans la rue, on se pressa, ou se bouscula, on s'invectiva. Des renforts furent demandés à Agde, d où quatre-vingts soldats du 17« de ligne furent envoyés ; mais, vers midi, le calme se rétablit peu à peu. On voulut télégra])hier au préfet, mais on s'aperçut que les fils avaient été coupés. Les éleclious ne purent avoir lieu.

A Montagnac (Hérault), de graves désoiulres ont éclaté ii la nouvelle que les adjoints étaient suspendus et (]ue ce serait le secrétaire de la sous-préfecture de Béziers qui })résiderait aux élections. Les électeurs cnvaliirent la mairie; la gendarmerie la fit évacuer, et elle fut occupée pai- cent hommes du 13« chasseurs.

A Saussines et à Villeveyrac (Hérault), il y eut aussi des bagarres sanglantes, et la force armée dul intervenir.

A Servian (Hérault), l'urne a été enlevée et brisée par les ministériels, qui, en présence du succès certain de la liste conservatrice, devinrent de véritables bêtes féroces. L'urne fut sauvée par un gendarme qui, s'étant jeté sur elle pour l'arracher des mains de ces forcenés, fut grièvement blessé.

En 1904, à Marseille, les partisans du socialiste Flaissières, ancien, maire, eurent dès le début du scrutin une attitude menaçante , essayant de terrifier les électeurs.

Vers deux heures de l'après-midi, au bureau de vote de la Grand'Pvue, M. Etienne Ferret, âgé de vingt-six ans, venant de voter, fut violemment pris à partie par des individus qui le soupçonnaient d'avoir voté pour M. Chanot, candidat libéral.

L'un des agresseurs du malheureux Ferret lui porta deux violents coups de couteau, et prit la fuite.

Il n'a pas été inquiété.

Un autre violent incident s'est produit au bureau de vote de la rue Belsunce, entre le président de ce bureau et un scrutateur, qui n'étaient pas d'accord sur le mode de dépouillement des bulletins.

Au cours de l'altercation, un paquet de bulletins de vote a été jeté par la fenêtre.

A Cannes, le dépouillement du scrutin a été marqué par un assez grave incident.

A la section de l'Hôtel-de-Ville, au moment où le bureau s'apprêtait à compter les bulletins, une discussion s'engagea entre plusieurs personnes présentes, et bientôt un véritable tumulte se produisit.

La police fit évacuer la salle et, à la sortie, un serrurier, M. Fabre, fut assez grièvement blessé pour que son transport dans une pharmacie fût jugé nécessaire.

La gendarmerie fut requise, et le dépouillement put être continué.

A Propriano (Corse) , près de Sartène , des scènes violentes se sont produites au moment du dépouillement du scrutin.

Deux personnes furent mortellement frappées, dont un prêtre.

En 1904, à Saint-Quentin, au cours d'une discussion roulant sur les résultats du scrutin de ballottage, plusieurs individus se précipitèrent sur un de leurs contradicteurs et, après l'avoir renversé, se mirent avec un acharnement inouï à le frapper à coups de talon sur la tête. Lorsqu'on put arracher le malheureux à ces forcenés, il portait au crâne de nombreuses fractures par lesquelles le sang s'échappait abondamment. Il fut transporté mourant à l'hôpital.

A Saint- Affrique (Aveyron), en 1906, M. de Castelnau, réélu avec une majorité de près de 2000 voix, reçut dans la région gastrique un violent coup de pied qui l'eût étendu s'il ne se fût trouvé autour de lui des gens qui le soutinrent.

M. de Castelnau, cruellement blessé, a dû s'aliter aussitôt. Il est mort quelque temps après . La j ustice n'a point inquiété son agresseur, qui est connu .

En 1905, à la Guadeloupe, les électeurs de la commune des Vieux- Habitants, ayant envahi la salle de dépouillement, l'instituteur, président du bureau, ordonna aux gendarmes de faire feu sur eux. Plusieurs électeurs furent blessés. L'un d'eux succomba presque immédiatement. Un autre mourut six jours plus tard.

Le 28 juillet 1906, M. de Ghamaillard , venu avec ses parents et amis pour sauvegarder la liberté électorale dans la commune de Plozevet (Finistère), a été, sans un geste de provocation, lapidé et assommé avec eux pendant un quart d'heure. Sa voiture a été saccagée et pillée. Il est mort des suites de ces coups. Il avait porté plainte contre ses agresseurs, partisans du député anticlérical Le Bail. Aucun d'entre eux n'a été arrêté.

M. Monge, conseiller d'arrondissement de Saint- André (Basses-Alpes), se rendait dans une réunion publique à Argens, où il devait aller défendre sa candidature, lorsqu'en arrivant à La Garde il fut assailli à coups de pierres par quatre individus qui s'étaient dissimulés derrière le parapet du pont de l'Argens.

Grièvement blessé, M. Monge perdit connaissance et ne fut secouru que quelques heures après par des cultivateurs qui se promenaient sur la route où il avait été attaqué.

M. Lorthiois, député de la 2« circonscription de Lille, étant mort le 11 mai 1902, sa famille envoya aux journaux la note suivante :

(( Malgré l'attestation des docteurs Louten et Van Petighem que M. Pierre Lorthiois était mort de la fièvre typhoïde, malgré les suppliantes protestations d'une femme éplorée et de tous les membres de la famille, il a fallu, paraît-il, sur des ordres venus de très haut, s'incliner et laisser transporter le corps à l'amphithéâtre , pour le soumettre à une autopsie dont les résultats ne pouvaient être que négatifs. Ce n'est pas après trois ou quatre semaines que le parquet devait intervenir à propos des brutalités et des violences qui ont été exercées.

(( Ces violences, il faut le dire, parce que c'est la vérité, ont été bien réelles, elles se sont répétées à plusieurs reprises, et de nombreuses personnes pourraient en témoigner.

(( Sans doute, il est impossible d'affirmer catégoriquement que la maladie ne se serait pas produite sans ces violences ; mais il est de toute certitude pour tout esprit non prévenu que ces violences ont pu être la cause occasionnelle de la maladie, et, en tout cas, il est absolument certain qu'elles ont été un facteur de gravité, qui a dû avoir une grande influence sur la terminaison fotale. ^

(( C'est alors que le parquet devait agir; aujourd'hui il est trop tard, et son inertie d'alors n'a d'égale que sa complaisance d'aujourd'hui à s'incliner devant les injonctions féroces des passions politiques. C'est pourquoi tous les membres de la famille, sans exception, protestent pnblicpiement. »

A Lens, en 1908, quatre vendeurs de V Action syndicale, journal des broutchouteux , parcouraient les corons en criant les titres des articles

dirigés contre Basly. Les mineurs s'émeutèrent , criant, menaçant les malheureux colporteurs, qui se réfugièrent chez un de leurs compatriotes, originaire de l'Allier. L'immeuble fut assiégé, et les vendeurs obligés d'en sortir sous les coups. Quinze gendarmes à cheval accoururent au galop et les prirent sous leur protection; mais l'un d'eux, Albert Sauvanet, vingt et un ans, avait une fracture au crâne. Il est mort en arrivant à l'hôpital.

A Béthencourt-sur-Mer (Pas-de-Calais), au cours d'une bagarre, M. Bignard, maire sortant, a été blessé au bras d'un coup de fusil.

Aux élections municipales de 1908, à Mercus (Ariège), de graves incidents ont éclaté au moment de la constitution du bureau. Des bagarres se sont produites. Deux électeurs, frappés à coups de marteau , ont été grièvement blessés.

La même année, à Roubaix, M. Eugène Motte, maire de Roubaix, et ses deux adjoints progressistes, MM. Ghatteleyn, ancien sénateur, et Rousseau, ont été l'objet d'une agression inqualifiable dans une réunion électorale organisée par l'Alliance radicale -socialiste et présidée par M. Garette, ancien maire de Roubaix.

En 1908, également à Marcorignan (Aude), le parti radical-socialiste voulut nommer membre du bureau du scrutin un électeur ne sachant ni lire ni écrire. M. Gastel, maire, s'y opposa, fit évacuer la salle, et on décida de supprimer le vote. M. Ferouil de Montgaillard, chef du parti libéral, descendit péniblement de la mairie ; il fut assailli sur la rue par une quinzaine d'individus armés de bâtons, qui le frappèrent violemment. M. de Montgaillard se défendit énergiquement, aidé par son fils et son gendre. Il ne put échapper aux coups, et reçut des blessures sanglantes. Au milieu de la mêlée, le curé de la paroisse, averti, intervint. Bravement il se jeta au milieu de la troupe sauvage. Suivant les témoins de cette scène, M. de Montgaillard ne sortait pas vivant de cette mêlée sans l'intervention du curé.

En mai 1906, à Nantes, un rédacteur du journal libéral V Express de' l'Ouest, qui assistait à la conférence du candidat blocard, fut roué de coups par les amis de celui-ci et reçut un coup de couteau au flanc droit. Il n'échappa à la mort que grâce à son portefeuille, qui amortit le choc.

Pendant la campagne électorale de 1906, à Montpellier, cinq ou six coups de fusil furent tirés sur la voiture de M. Leroy -Beaulieu, à dix-sept kilomètres de Montpellier, vers onze heures du soir, au lieu dit Les Fenouillettes, près de Belair. Une balle l'atteignit à l'avant-bras.

Le 5 juin 1906, M. d'Elissagaray, maire de Pauillac et candidat libéral, pour l'arrondissement de Lesparre, écrivit à M. Clemenceau, ministre de l'Intérieur :

c( Le dimanche qui précéda les élections du 6 mai, une bande d'individus, dont quelques-uns armés de gourdins et de couteaux, saccagea à coups de pieux, de pierres, les portes de la salle de réunion où j'allais parler, blessant plusieurs de mes partisans, parmi lesquels un conseiller général, mon excellent ami Lenourichel.

(( La bande était conduite par le commissaire même de Pauillac. »

Au sortir d'une réunion électorale, tenue à Billancourt (Seine), en 1906, M. Guyot de Villeneuve et ses amis furent attaqués par des apaches, qui lancèrent contre eux une grêle dje pierres, puis tirèrent sept à huit coups de feu. Il y eut deux blessés.

A Brest, le 20 mai 1906, les partisans de Biétry furent littéralement passés à tabac.

A Marsillargues, près de Montpellier, les électeurs qui devaient surveiller le dépouillement de l'urne allaient pénétrer dans la mairie, quand ils furent assaillis par des apaches. L'un d'eux put se réfugier dans un café, que les bandits mirent à sac; l'autre fut roué de coups et piétiné. Il put enfin se rendre à la gare, la figure tout en sang et les vêtements en lambeaux. {Croix, 23 mai 1906.)

A Barcelonnette, M. Camille Guyot de Villeneuve fut assailli par ses adversaires et frappé avec une violence inouïe, pendant que le sous-préfet regardait et s'enivrait du spectacle. {Gazette du Centre, 13 mai 1906.)

La même année, à Wattrelos, 7« circonscription de Lille, on abîma de coups les électeurs de M. Motte ; on dégrada aussi leurs maisons.

A Saint-Ghinian (Hérault), en 1908, la surexcitation fut particulièrement vive. C'est seulement grâce à la présence des troupes demandées par le sénateur Razimbaud que le bureau de vote a pu être formé, sans incidents, à la mairie. Celle-ci était occupée par des forces de gendarmerie importantes, tandis qu'une compagnie du 96*^ d'infanterie, disséminée dans les salles voisines, se tenait prête à accourir au premier appel.

Le bureau de vote était présidé par M. Razimbaud, celui que ses adversaires appellent « le tyran ». Sa liste a passé à 150 voix de majorité.

L'anticléricalisme observe partout la même attitude. Il soudoie ou commet des crimes; puis il accuse ses victimes d'être coupables.

Un excellent prêtre retiré à Valonne (Doubs) écrivait à la Croix, en décembre 1908 :

(( Lors des élections municipales dernières, un certain nombre de blocards, sentant leurs partisans battus d'avance et voulant manifester leur colère, vinrent grossièrement crier devant la maison que j'habite avec ma nièce. Celle-ci porta plainte, dès le lendemain, d'autant que des carreaux avaient été brisés et des menaces proférées. Les gendarmes firent une lente enquête qui releva les noms de trois ou quatre coupables. Puis on n'entendit plus parler de rien. Gomme j'étais allé protester auprès du juge d'instruction, celui-ci trouva moyen de m'inculper : il ût faire une contreenquête, où des blocards se firent faux témoins pour affirmer un fait qui n'existait pas : c'est que j'avais tiré un coup de feu; or, je ne suis pas armél Allégation inutile, du reste, puisque, d'après l'article 329 (Code pénal), j'aurais pu le faire étant en légitime défense; il était nuit noire lors de l'agression des apaches. Néanmoins, malgré mes témoins, malgré la déclaration du ministère public lui-même admettant même que j'étais

en droit de me défendre, je fus condamné à 14 francs d'amende pour tapage nocturne, et mes adversaires n'eurent, eux, que 1 et 2 francs d'amende. Vous pensez bien à l'étonnement et à l'indignation des honnêtes gens. Je vous garantis l'exactitude des faits ci -dessus. Jusqu'ici, aucune suite n'a été donnée à la plainte de ma nièce faite le 20 avril. »

Le parquet eut recours contre ce prêtre aux mêmes procédés dont il s'était servi contre M. Leroy-Beaulieu.

En 191 0', de graves tentatives d'intimidation furent faites dans le Pasde-Calais pour imposer les candidats blocards aux paisibles habitants de ce département.

Le 18 avril 1910, on lisait dans le Courrier du Pas-de-Calais :

(( La manifestation radicale de Monchy-le-Preux. — Le citoyen Pommier avait annoncé qu'il viendrait en personne prendre le commandement des hordes qui devaient venir imposer par la terreur, aux gens de Monchy, l'amour de M. Guérin-Catelain et le dévouement envers M. Loth.

(( Pommier manquait ; mais les soldats étaient venus de partout. Il en était arrivé de Boiry, de Rœux, de Biache, de Vitry, de Gavrelle, de plus loin encore. Tous les chanteurs de Carmagnole ou d'Internationale que ne retenait point le service personnel des deux patrons radicaux s'étaient donné rendez- vous. On reconnaissait parmi eux les gens que les gendarmes avaient amenés jadis pour l'inventaire de l'église de Monchy. Ils étaient venus en bandes conduites le plus souvent par les instituteurs. Ces messieurs qui, nous dit V Avenir, ont pour premier devoir de rester étrangers aux querelles électorales (dernière circulaire de M. Briand), excitaient le zèle de leurs jeunes gens, dont la plupart étaient des éphèbes de seize à dix-huit ans. Puis, s'isolant du commun des mortels, les primaires en goguette burent force chopes pour réparer leurs forces épuisées.

« Le généralissime était M. Hary, maire de Rœux, qui juqu'à dix heures du soir resta sur la place de Monchy , campé comme un dieu Terme , pour se rendre compte de l'entrain de ses séides.

(( Ces enfants, bien stylés, firent de leur mieux. Ils poussèrent des : (( Hou ! hou I la calotte ! » Mais ils ne parvenaient pas à couvrir les cris de : a. Vive Taillandier ! » poussés par la population si honnête et si laborieuse de Monchy. »

Déjeunes apaches furent les plus fermes soutiens de la candidature biocarde.

(( Le 17 avril, racontait la Chronique artésienne, vers dix heures du soir, le groupe de l'Amicale laïque du Transloy traversait la rue de Péronne en hurlant des c... et Vive Guérin!

(( Un brave jeune homme de Bapaume, Maurice Benoît, qui sortait de l'estaminet Constantin, se permit un : « Vive la liberté ! Vive Taillandier ! ))

(( Cette riposte transporta de fureur le nommé Templier, du Transloy, et ses

compagnons, qui, après avoir violemment frappé Maurice Benoît, le renversèrent dans la vitrine de l'estaminet Constantin. En tombant, Maurice Benoît brisa la vitrine et se blessa grièvement à la tête.

(( Le coup fait, Templier et sa suite s'enfuirent, poursuivis par desBalpamois indignés. »

Un grand nombre d'actes terroristes furent commis dans l'arrondissement de Béthune dans la quinzaine qui précéda les élections. Le Courrier du Pas-de-Calais les énuméra le 29 avril 1910, à propos de l'acte de vandalisme commis à Bully-Grenay.

(( Acte de vandalisme à Bully-Grenay. Vingt mille briques et douze cents pannes détruites. — Où s'arrêtera la folie de destruction qui semble s'être emparée de plusieurs individus dans l'arrondissement de Béthune? Il y a une quinzaine de jours, on coupait, à Saint- Venant, 1700 espaliers d'une valeur de 1700 francs chez M. Albert Allein, pépiniériste; tout dernièrement, on mettait à sac une chapelle à Douvrin, puis on en démolissait une autre à Gauchy-à-la-Tour. Cette fois, c'est une briqueterie entière qui vient d'être mise au pillage. En se rendant lundi matin sur ses chantiers, en compagnie de son contremaître, M}^^ Juliette Delay, fabricante de briques à Grenay, a constaté que des inconnus avaient brisé, durant la nuit, environ 20000 briques et i 200 pannes.

a Le préjudice causé est considérable. On ignore qui a pu commettre ces déprédations. y>

Des actes d'intimidation vraiment tyranniques furent commis sur des citoyens. Ainsi la veille du scrutin, à Aire, raconte la Chronique artésienne :

(( Un ouvrier agricole , Jérémie Ryckebuch , vingt-huit ans , sa journée terminée, regagnait sa demeure. Il fut accosté par un propriétaire blocard qui habite Lambres.

(( Ce dernier, sans autre préambule, lui enjoignit d'aller chez lui, dimanche matin à sept heures, ajoutant qu'il avait l'intention de le conduire à Aire et de le remettre en mains sûres pour le faire voter.

(( A cette injonction, l'ouvrier répondit qu'il n'avait besoin de personne pour remplir son devoir d'électeur.

(( Cette fin de non-recevoir mit le propriétaire dans une telle fureur, qu'il s'oublia jusqu'à donner un violent coup de poing à Ryckebuch.

«Celui-ci tomba évanoui. Lorsqu'il revint à lui, il avait l'œil tuméfié et une plaie à la joue. »

Le lendemain, jour de l'élection, l'attitude des blocards fut cynique. Le même journal l'annonça eu ces termes à ses lecteurs, le 28 avril 1910 :

(( A Aire, vendredi soir, un honnne politique connu déclara à V estaminet du Peuple que tout vacarme serait permis le joui- du scrutin. La parole ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd, et les parlisaus du juif Lévy en ont largement profité.

d Toute la journée, une bande d'énei'gu mènes a essayé de terroriser les

citoyens paisibles. Maîtresse de la Grande Place, elle outrageait et provoquait tous les électeurs suspects de ne pas voter pour le youpin , et ce avec complicité évidente de la police, qui alla, à un moment donné, jusqu'à arrêter les insultés et les battus.

(( Le but des apaches ainsi mobilisés était d'empêcher les honnêtes gens de voter. Ce genre de propagande entre, du reste, dans les habitudes de Lévy-Ullmann. »

Les manifestations terroristes des apaches à la solde du bloc se continuèrent avant le deuxième tour de scrutin. Le 30 avril, une conférence avait été donnée par le citoyen Dumesnil, en faveur de M. Lévy-Ullmann.

ce Surexcités par les déclamations haineuses dudit citoyen contre l'ordre social et contre tout ce que les honnêtes gens respectent et vénèrent à juste titre, des bandes de jeunes gens se sont rendues, la nuit, devant l'habitation du baron Dard, décédé ainsi que nous l'avons annoncé.

(( Et là, sans pitié pour la baronne Dard, alitée, ces jeunes apaches ont formé des rondes, se démenant frénétiquement au milieu d'un vacarme épouvantable, et hurlant : « Gh' baron Dard, il est crevé ! »

(( Voilà les partisans de l'homme néfaste qui a apporté dans notre région le désordre et la révolution, et qui s'en vante ! »

Le 24 avril, des bagarres ont revêtu à Ghocques un certain caractère de gravité.

(( Des mineurs venus de Bruay pour connaître les résultats de la commune de Ghocques, écrivait encore la Chronique artésienne , ont été accueillis par une bande d'une centaine de manifestants. Des injures on ne tarda pas à en venir aux coups , et une véritable bataille rangée s'engagea , au cours de laquelle il y eut, de part et d'autre, plusieurs blessés. L'ardeur des combattants ne fit que croître. Tout à coup, un ouvrier mineur, M. Aimable Nicolle, demeurant à Ghocques, tomba inanimé, la face ensanglantée ; on s'empressa auprès de lui et on le transporta à son domicile. »

Tels furent les moyens employés par le bloc pour terroriser les électeurs du Pas-de-Galais. Ils ne furent pas inutiles, puisque des libéraux furent battus. Leur victoire eût été assurée, si les catholiques avaient été organisés et énergiques. Il est vraiment humiliant de constater qu'une poignée d'apaches effraye toute une population honnête. Ges individus sans morale agissent non par conviction , mais par intérêt. Ils sont grassement payés. N'ayant que de l'audace, jamais il n'exposeront leur vie pour ceux qui rétribuent leurs services. Ils resteront dans Fombre, le jour où des catholiques vigoureux et décidés s'opposeront résolument à leurs violences.

De graves désordres eurent lieu également à Dunkerque. Les ouvriers du bâtiment, qui étaient en grève, sont entrés en lutte avec la troupe. Gelleci, ayant chargé, blessa plusieurs personnes. Les dockers alors se solidarisèrent avec les grévistes. Des manifestations hostiles eurent lieu devant la gendarmerie. A la gare, les grévistes attaquèrent à coups de boulons les

dragons qui .s'y Iromaient cantonnés. Ceux-ci durent charger pour déblayer la place. Dans la soirée, 500 individus ont assailli les gendarmes et tenté d'incendier la scierie Dubuisson, dont les ouvriers étaient réfractaires à la grève.

La population fut terrorisée, et les élections biocardes s'en ressentirent avantageusement .

Quand donc, au lieu de subir naïvement leur violence intéressée, le peuple se lèvera-t-il pour mépriser et cbâtier les tyrans qui l'oppriment?

En avril 1910, dans l'arrondissement de Saint-Dié, l'automobile qui conduisait M. Bejot, candidat progressiste, à La Bourgonce, où il devait donner une conférence, fut assaillie à coups de pierres par une quinzaine d'énergumènes. Toutes les vitres de l'auto furent brisées et la carrosserie endommagée.

En gare d'Étival, des jeunes gens ont lancé des pierres contre des wagons où se trouvaient des électeui'S allant à la conférence d'un autre candidat progressiste, M. Louis Madelin. Plusieurs personnes ont été contusionnées.

Dans l'Inde, le 15 avril 1910 au soir, une bande d'environ deux cents individus armés de bâtons envahit l'usine Gaudard, voisine de Kirepaleom. Des briques ont été jetées dans l'établissement, et la gendarmerie, pour repousser les manifestants, a dû faire usage de ses armes. Il y a eu cinq blessés, dont deux mortellement.

Vers la même époque, dans la commune des Vieux -Habitants, à la Guadeloupe , il y a eu une échaufifourée. Treize pei'sonnes ont été blessées, dont le secrétaire de la municipalité, qui l'a été très grièvement.

A la Martinique, au Robert, des coups de revolver ont été tirés sur un des candidats, en a\Til 1910.

A Saint-Joseph, une rixe s'est produite, huit personnes ont été blessées.

Le 20 avril 1910, les habitants de Plobannalec adressèrent au préfet du Finistère la lettre suivante :

(L Plobannalec.

ft Monsieur le préfet,

(( Les soussignés, tous électeurs dans la commune de Plobannalec, ont l'honneur de vous demander de prendre les mesures nécessaires pour assurer- la liberté du vote dimanche prochain dans les deux sections de la commune, au bourg et à Lesconil.

ce Vous ne devez pas ignorer qu'en 1906, aucun des cultivateurs inscrits à Lesconil ne put s'approcher de la salle de vote de cette section , ayant été insultés, battus et chassés par les marins -pêcheurs, ce qui se traduisit au dépouillement par ce résultat odieux : M. Le Bail, 231 voix; M. de Servigny, 0.

(( Au bourg, dès le matin, une liande de pêcheurs venant de Lesconil s'empara de la salle de vote et chassa les cultivateurs paisibles qui n «rivaient isolément pour voter. Plus d'une centaine furent poursuivis à coups de pierres et de gaffes jusque dans la campagne. »

a Pour empêcher que de tels actes de sauvagerie ne se renouvellent dimanche, nous vous demandons d'envoyer des forces suffisantes de gendarmerie ou de troupes pour protéger nos personnes. Un ou deux gendarmes ne suffiraient pas.

(( Agréez, etc.. »

Suivaient cent cinquante signatures.

D'autres attentats furent commis au cours de la campagne électorale précédant les élections législatives de 1910. Voici les principaux :

Dans l'arrondissement de Péronne, M. Parsy fut l'objet d'ovations et de triomphes. Les blocards en étaient furieux. Trois apaches de Péronne se postèrent à Doingl dans une rue détournée. Quand, vers onze heures, arriva l'auto ramenant le candidat libéral accompagné du docteur André, ceux-ci assaillirent la voiture sauvagement. Les glaces volèrent en éclats sous les pierres qu'ils lancèrent. Fort heureusement, les deux voyageurs n'ont reçu que quelques morceaux de verre.

Mécontents de l'accueil très sympathique reçu partout par M. Jean Hennessy, républicain libéral, dans la circonscription de Barbezieux, des anticléricaux s'attaquèrent à son château des Plassons, près Montmoreau. Des clôtures furent brisées, et des pierres jetées dans les vitres et sur l'automobile. Le chauffeur fut atteint grièvement à la poitrine.

A Agde (Hérault), au cours d'une réunion électorale donnée par M. Lafferre, radical -socialiste, des incidents tumultueux marquèrent d'abord le discours prononcé par M. Alicot, lorsque celui-ci se vit entouré par plusieurs personnes et reçut un violent coup sous le menton. Il fut blessé sérieusement, car le sang jaillit par les oreilles. Il reçut, en outre, un coup de couteau au genou. M. Louis Landes, frappé d'un violent coup de tête dans le côté gauche, fut renversé et tomba en syncope.

A Quiberon (Morbihan), une mêlée suivie de coups de couteau s'est produite. Un jeune homme, Descot, vingt et un ans, a été grièvement blessé au côté gauche. Un autre, Louis Perrono, dix-neuf ans, ouvrier du port, a eu la gorge transpercée de part en part. Il est mort peu de temps après.

A Quimper, M. Plouzané, blocard, a été élu avec 1.493 voix de majorité contre M. de Servigny, libéral. Dans de nombreuses communes, le vote a été impossible, car les libéraux ne pouvaient pas approcher des urnes. A Peumerit, M. de Servigny a été attaqué, roué de coups et blessé. Averti par télégramme que, dans cette commune, ses adversaires gardaient la salle de vote et empêchaient ses amis d'entrer, il s'y rendit et se dirigea vers la salle du scrutin. Un individu qui n'était pas ivre, arrivant par derrière, lui asséna sur la nuque un violent coup de bâton qui l'étourdit et le renversa. Aussitôt une bande d'anticléricaux se jeta sur lui et le frappa sur tout le corps à coups de sabot. Ses partisans, venant à son secours, mirent en fuite ses misérables agresseurs et le sauvèrent d'une mort certaine. Le vaillant candidat a dû s'aliter.

Deux de ses partisans avaient demandé au préfet d'envoyer des troupes et des gendarmes pour protéger la liberté du vote. Mais celui-ci avait refusé.

Le candidat libéial de la deuxième circonscription de Quimper fit alors afficher la protestation suivante :

(( Aux électeurs honnêtes de tous les paitis.

(( Vous avez vu , dans les élections de la deuxième circonscription , les procédés ignobles et les violences organisées pour assurer le triomphe commandé d'un candidat ministériel.

(( Partout des apaches gardaient les mairies et empêchaient les électeurs de voter. Certains maires étaient les complices de ces apaches qu'ils avaient recrutés et payés, et il était impossible de contrôler les scrutins.

c( Au contraire, partout mes amis se sont conduits loyalement.

(( A Peumerit, j'ai été gravement frappé, et cent cinquante électeurs n'ont pu voter...

(( A Plougastel, deux cents électeurs n'ont pu voter. Le maire changeait ostensiblement les bulletins de ceux qui , pai- hasard , avaient osé approcher l'urne.

(C A Plozévet, on donne 850 voix à M. Plouzané et on m'en accorde 301

(( A Plovan, de même ; des électeurs furent blessés gravement.

C( A Plobannalec, à Treffiagat, à l'Ile-Tudy, à Penmarch, partout mêmes mœurs.

a Le préfet a refusé d'assurer la liberté du vote et assumé la responsabilité de ces brigandages.

(( Les citoyens honnêtes de tous les partis n'ont qu'à flétrir cette élection .

(( Merci à tous ceux qui ont bravé les apaches et ont eu le courage de voter contre le candidat officiel.

(( C'est mon devoir de dévoiler ces fraudes colossales et de poursuivre ceux qui ont frappé les électeurs et les ont empêchés de voter.

(( D'autre part, qu'on poursuive cette affiche, si on l'ose.

« Les électeurs honnêtes de tous les partis sont indignés.

« Henri de Servigny,

« Avocat, Conseiller général. »

Les scandales et les violences qui se sont produits lors des élections législatives de 1910 dans la deuxième circonscription de Quimper doivent combler d'orgueil le député qui en a bénéficié. Si M. Le Bail est arrivé, c'est à la force du poignet de ses amis, qui rouaient de couj)s leurs adversaires jusque dans les salles de scrutin, sous l'œil bienveillant des maires, et les empêchaient d'arriver jusqu'à l'urne, s'ils n'avaient point à y mettre un bulletin au nom du candidat blocard.

C'est ce qui est arrivé notamment dans la commune de Treffiagat , où le lieutenant-colonel Le Gouvello a été assailli au bureau de vote par quatre ou cinq marins exaltés, mais surtout grassement payés. Il s'est défendu énergiquement. La justice l'en a puni en le poursuivant !

Dans la deuxième circonscription de Lorient, de graves incidents se sont produits, le 24 avril 1910, à la section de Penquesten, commune d'Inzenzac.

Des bandes d'apaches à la solde du Gouvernement ont parcouru le pays, menaçant tous ceux qui paraissaient hostiles à la candidature du blocard Esvelin.

M. Lamy, l'honorable candidat libéral, voulant mettre sa responsabilité à couvert, écrivit à M. Guillemaud, sous-préfet de Lorient, pour lui demander de prendre des mesures d'ordre.

Il n'en fut rien, et en fait de police un seul gendarme fut envoyé à Penquesten.

Vers trois heures de l'après-midi, le presbytère fut envahi par les apaches, qui frappèrent brutalement M. l'abbé Gouzerh, curé de Penquesten. Sa bonne fut renversée, piétinée et eut une épaule fracturée.

Plusieurs autres personnes ont été assaillies dans leur maison. Citons MM. Guyonvarch de Kerberic, qui reçut un coup de couteau dans la mâchoire; Le Squer et Kervarrec, qui eurent de nombreuses contusions; Fichoux, cultivateur, qui fut grièvement blessé à l'œil.

Roger, cultivateur, a vu sa maison fouillée de fond en comble.

Un pauvre mendiant de soixante-quinze ans , qui égrenait im chapelet, a été jeté dans un fossé.

M. Lomenech, adjoint de la commune, chef du bureau de vote, a été odieusement frappé dans l'exercice de ses fonctions.

De nombreux électeurs se sont plaints de n'avoir pu voter comme ils l'entendaient, car ils étaient terrorisés par les apaches.

En résumé, le bloc triomphe en Bretagne par la terreur et la fraude.

M. Joseph Python, avocat à la Cour d'appel de Paris, candidat à la députation dans l'arrondissement d'Issoire (Puy-de-Dôme), en 1910, arrivait en automobile au Monjic, bourg important de la circonscription, où il devait donner une réunion publique.

Au moment où la voiture s'arrêtait, place de la Mairie, un groupe d'électeurs menaçants l'entoura, l'insulta et le frappa. Des pierres furent lancées sur l'automobile. Le chauffeur fut assez grièvement blessé au visage.

Dans la nuit du 7 mai 1910, à Béziers, une rixe sanglante eut lieu à la sortie d'une réunion publique. Un nommé Delveil, après une querelle, tira un coup de revolver sur M. Rey, qui fut grièvement atteint à la poitrine. Delveil, blessé lui-même à la jambe, fut laissé en liberté, et Rey fut transporté à l'hôpital dans un état désespéré.

Dans l'île de la Réunion , la terreur a été organisée de main de maître par le bloc. La Croix a raconté, le 27 mai 1910, par quels procédés la victoire lui fut acquise.

(( Il est difficile de rien imaginer de plus despotiquement brutal que la conduite électorale de MM. Jullien, gouverneur de la Réunion, et Dubarry, secrétaire général de la colonie, lorsque, dernièrement, il s'est agi pour eux de faire passer le candidat Gasparin.

(( A Saint-Denis, on avait commencé par mettre à la place de la municipalité, sous un prétexte fabriqué, une délégation administrative choisie parmi les fonctionnaires francs-maçons. Les procédés de ceux-ci n'étaient pas très compliqués : ils consistaient à rouer de coups l'électeur qui votait pour M. Le Coq du Tertre et à déchirer les bulletins au nom de ce candidat.

(( A la police avaient été adjoints les douaniers et les agents forestiers. Tous les fonctionnaires, jusqu'aux cantonniers, avaient été mobilisés et mis au service du candidat.

(C Des gens prêts à toutes les besognes payées avaient été constitués en sbires de M. Gasparin ; sûrs de l'impunité, ils terrorisaient les partisans de M. du Tertre.

ce L'élection s'est tout simplement faite sous la menace des gendarmes et douaniers armés de fusils, de gredins armés de bâtons et de fonctionnaires disciplinés donnant des ordres à tout ce monde-là.

ce Ton vote ou des coups , électeur libre I ))

On ne peut douter de l'exactitude de ces attentats. Des documents irréfutables en établissent l'authenticité. Nous citerons ceux qui concernent trois d'entre eux. Le lecteur se rendra compte par lui-même que notre thèse est sérieuse, puisqu'elle est confirmée par des faits certains. Il saura apprécier, comme elle le mérite, la politique tyrannique et sanguinaire de l'anticléricalisme.

§4. — Lettre de M. de Ghamaillard au préfet du Finistère

Nous citerons, pour commencer, la lettre adressée, il y a quelques années, au préfet du Finistère par M. de Ghamaillard, sénateur :

(( Monsieur le préfet,

« J'ai l'honneur de répondre à l'invitation ({ue vous avez bien voulu m'adresser pour le diner que vous oiïniz à l'occasion de la session du conseil général.

«L'attitude (jue vous avez prise dans le Finistère, lors des élections départementales, me fait un devoir de vous dire, par une lettre publi(jue, les motifs de mon refus.

(( Je ne saurais avoir aucun rappoit avec un préfet tel {|ue vous. Non seulement sous votre administration la candidature officielle a sévi à outrance, mais j'ai connu personnellement l'appui (jue vous donnez aux apaches de gouvernement.

(( Le 28 juillet, mes parents, amis et moi, (jui nous étions rendus dans la commune de Plozevet, dans le but unique de tenter de sauvegarder par

notre présence la liberté électorale, qui, depuis longtemps, y est impuné ment violée, nous avons été, sans un mot, sans un geste de provocation, lapidés et littéralement assommés.

(( Une scène de sauvagerie sans nom s'est déroulée qui a duré un quart d'heure; la maison où nous avons pu enfin nous réfugier a été cernée; ma voiture a été saccagée et mise au pillage.

ce De tout cela , vous êtes largement responsable ; de tout cela , vous avez été le complice conscient.

« Prévenu, par une lettre recommandée, des violences qui, d'habitude, terrorisent les électeurs indépendants de cette commune, sollicité d'apporter, à l'exercice du droit de vote, la garantie de la force armée, vous avez refusé de répondre à celui qui avait quelque droit de vous parler au nom du suffrage universel , puisqu'il est adjoint et conseiller d'arrondissement dans le canton où il briguait le mandat de conseiller général ; qui plus est, vous avez eu soin, malgré l'avis qui vous était donné, de ne pas envoyer un seul gendarme à Plozevet, afin que les délits, et même les crimes, puissent y être accomplis plus facilement, et plus facilement rester impunis.

(( Alors que vous assuriez la présence de deux gendarmes dès sept heures du matin à Pouldreuzic et dans d'autres communes où rien n'était à craindre, les libéraux y étant à la tête de l'administration et de la police municipale, vous aviez bien soin d'écarter, ce jour-là, de la commune de Plozevet toute force armée, malgré l'appel loyal fait à votre haute autorité.

(( Grâce à cela , un fanatique du nom de Sébastien Legoff a pu briser sur la tête d'un sénateur la hampe du drapeau tricolore.

(( Grâce â cela, des citoyens qui s'étaient transportés â Plozevet dans un but de moralité électorale, ont failli payer de leur vie cet acte d'une pratique courante.

ce Je doute que la haute intelligence de M. le président du Conseil, que j'interpellerai dès la rentrée sur le fonctionnement du suffrage universel dans la deuxième circonscription de Quimper, puisse admettre la suppression du droit de vote pour toute une catégorie de citoyens.

ce Quant à moi, monsieur le préfet, il me sera peut-être permis de vous donner un conseil : ma place sera libre à votre table le 20 août ; appelez â l'occuper le citoyen Legoff, qui a comblé vos vœux en menant une attaque sauvage contre des citoyens libres, qui a bien mérité du parti radical que vous représentez dans le département et qui est déjà, avec ses complices, le protégé de votre administration.

(( Recevez, monsieur le prétet, l'expression des sentiments que je vous dois et dont vous devinez la nature.

(( De Chamaillard ,

(( Sénateur, d

§ 5. — Attentat contre M. Drake, a Tours

La paisible Touraine fut aussi le théâtre de l'intimidation violente pendant la période électorale de 1906. Les loges voulaient à tout prix l'élection de M. Besnard. Sentant que son échec était certain, elles eurent recours au procédé que la Touraine républicaine a raconté tout au lonj,^ dans son numéro du 28 avril 1906, et que nous reproduisons dans son entier, afin que le lecteur comprenne mieux la tactique électorale des anticléricaux.

M. Drake avait convié ses électeurs à une réunion électorale par la lettre suivante :

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