‹ L'art de tromper, d'intimider et de corrompre l'électeurChapitre 73 sur 79 · R. DUFRESNE · texte numérisé non relu

R. DUFRESNE

(( 57, rue Jules- Charpentier, Tours. »

Le citoyen Restiaux ayant vivement combattu M. Besnard pendant la période électorale, la Toiiraine Républicaine donna à entendre que les électeurs du candidat socialiste ne voteraient pas pour le candidat radical au second tour de scrutin.

La Fédération socialiste s'empressa d'adresser à la Dépèche une nouvelle communication, qui parut le 2 mai 1910.

PARTI SOCIALISTE FÉDÉRATION D'IADRE-ET-LOIRE — SECTION FRANÇAISE DE L'INTERNATIONALE OUVRIÈRE

(( La commission administrative de la Fédération socialiste d'Indre-et- Loire, considérant que le journal du candidat de la réaction tente de s'emparer du désistement qu'a fait la Fédération en faveur de la Repu-" blique laïque, démocratique et sociale, tient à déclarer que, lorsque la Fédération a demandé aux citoyens qui ont accordé au premier tour leur -confiance au candidat socialiste de barrer la route au deuxième tour à la réaction, elle a très nettement entendu déclarer qu'elle considérait M. Drake comme en étant le représentant.

(( Pour la commission administrative :

(( Le secrétaire, René Dufresne. »

Trois jours après paraissait, dans les colonnes du même journal, l'appel de M. Emile Faure, conçu en ces termes :

(( Le Devoir républicain. — Quel est, à l'heure présente, le devoir républicain? Comment s'impose-t-il à tous ceux qui se réclament de la

République, quelle que soit la nuance politique par quoi ils se distinguent, et, en particulier , comment doivent l'interpréter et l'accomplir les socialistes de la première circonscription de Tours?

c( Les résolutions votées par la Fédération socialiste d'Indre-et-Loire et par sa commission administrative l'indiquent si nettement, si clairement, qu'il n'est plus permis à un socialiste militant et conscient d'avoir, sur ce point, le moindre doute ni la moindre hésitation.

(( Notre parti invite, en effet, tous ses adhérents à (( faire l'effort indispensable pour barrer la route à la réaction en assurant le triomphe de la République laïque, démocratique et sociale » ; et, afin de couper court à toute interprétation plus ou moins équivoque, il a jugé utile de fournir les précisions nécessaires, en déclarant, sans ambages et tout net, que le candidat de la réaction n'était autre, en l'occurrence, que M. Drake del Castillo.

(( Peut-être ne contestera-t-on pas au seul élu socialiste de ce département, un militant avant tout, puisque voilà bientôt vingt années qu'il prend part à toutes les luttes de son parti , qu'il collabore , à un rang sans doute modeste, mais de toutes ses forces, à son action, vaste, méthodique et continue, quelles que soient les formes qu'elle affecte, et notamment au triple point de vue syndicaliste, coopératiste et politique; peut-être ne lui contestera-t-on pas, dis-je, le droit d'appuyer, de toute l'autorité que lui confère auprès de ses camarades la confiance des républicains socialistes de la deuxième circonscription, les décisions arrêtées et publiées par les organisations dont il relève et qui avaient qualité pour agir comme elles l'ont fait.

(( Oui, j'estime qu'aucun militant socialiste ne doit, dimanche prochain, sous quelque prétexte que ce soit, se dérober à son devoir républicain, tel que l'a défini notre Fédération. L'abstention même ne lui est pas permise; car s'abstenir, c'est encore voter indirectement pour le can<lidat de la réaction.

(( Nous sommes en effet, avant tout, des réj)ublicains. C'est la tradition même de notre parti.

(( J'entends bien que nous sommes et que nous devons rester un j)arti de classe. Je reconnais volontiers que toute notre action ne doit tendre qu'à un seul but : assurer la réalisation de notre idéal. Mais sans al)andonner de nos principes, sans rien retrancher de notre doctrine, sans redouter méuie d'énerver ou de fausser notre action, nous avons le droit et, en certains cas, le devoir de distinguer parmi les partis bourgeois qui se dressent devant nous en ennemis, tout au moins en adversaires. Et, par exemple, il ne nous est pas possible de traiter de même sorte ceux qui défendent le principe de laïcité et ceux qui le combattent.

(( Dans Téloquent remerciement qu'il adresse à ses électeurs, notre admirable et vaillant ami Jaurès constate que, a partout en France, la réaction baisse, la République monte et le socialisme grandit. »

(( Les socialistes de la piemière circonscription de Tours ne voudront

pas qu'au moment même où, dans notre département, grandit le socialisme, grandisse également et, pour ainsi dire parallèlement , la réaction ; car j'ose affirmer qu'alors la République, elle, cesserait de monter.

(( Si la réaction, en effet, s'empare de cette circonscription, c'est une ère de luttes pénibles, difficiles, hasardeuses, qui s'ouvre pour la démocratie tourangelle; c'est, en particulier pour notre parti, l'arrêt brusque et déplorable de sa croissance ; c'est peut-être l'écroulemeTit et la ruine des magnifiques espérances qu'il a légitimement le droit de concevoir. Si, au contraire, la réaction est une fois de plus refoulée et vaincue, c'est., je n'en doute pas, un vigoureux coup de barre à gauche donné; c'est très certainement, pour cette même démocratie tourangelle et pour notre parti, le plus brillant avenir politique qui se déroule devant eux.

(( Mais les socialistes savent mieux que personne toutes ces choses, et voilà pourquoi le citoyen René Resnard sera, dimanche prochain, l'élu de la première circonscription de Tours.

(( J'ai cru, néanmoins, avoir le droit et même le devoir d'insister sur notre position de combat, bien que, pour ma part, je n'aie jamais pensé un seul instant que nos amis pussent rester sourds à l'appel de notre Fédération.

(C C'est, en effet, l'honneur et la force de notre parti, si admirablement discipliné, d'avoir toujours su, en toutes circonstances, accomplir l'acte ou faire le geste qu'exigeait l'intérêt supérieur de la République.

(( Emile Faure, (( député d'Indre-et-Loire, ))

Le même jour paraissait cet appel de l'ancien parti socialiste de France :

(( Union des comités socialistes d'Indre-et-Loire (ancien parti socialiste de France). — L'Union des comités socialistes révolutionnaires d'Indre-et-Loire avait décidé, au premier tour de scrutin, de laisser la liberté à ses membres de voter au mieux des intérêts de la République sociale.

(( Aujourd'hui, deux candidats se trouvent en présence, la République est aux prises avec la réaction.

(( Avant tout républicains, parce que socialistes, ce serait faire injure à l'Union des comités socialistes révolutionnaires d'Indre-et-Loire que de penser un seul instant qu'ils se laisseront prendre aux flagorneries de celui qui, sous une fausse étiquette, est le représentant des régimes déchus, de la finance cosmopolite et le soutien de l'Eglise.

(( Les appels désespérés de M. Drake ne trouveront à l'Union des comités aucun écho.

(( Le 8 mai , l'Union des comités socialistes révolutionnaires d'Indre-et- Loire engage tous les socialistes à voter pour la République démocratique et sociale, et la réaction sera terrassée.

(( Pour l'Union des comités socialistes révolutionnaires

d'Indre-et-Loire :

c( Le secrétaire, Baugé. »

Tous les groupements socialistes, ainsi que l'élu de la deuxième circonscription, se levèrent pour prendre la défense du candidat radical et l'imposer aux socialistes qui avaient donné leurs voix au citoyen Restiaux. Peut-on imaginer une plus formidable pression? N'était-ce pas les traiter en esclaves? N'avaient-ils pas une expérience politique suffisante poursavoir ce qu'ils avaient à faire, sans qu'on eût besoin de leur dicter la ligne de conduite à tenir ? Ce bluff électoral avait une raison d'être. Il était destiné à cacher les fraudes que le parti radical était résolu à pnitiquer pour le succès définitif de son candidat.

Indigné de l'attitude des meneurs du parti socialiste, M. Restiaux fit placarder l'affiche suivante. Elle rendit manifeste l'hypocri^sie de ces chefs socialistes, qui sont avant tout et seulement libres- penseurs. Si leur républicanisme était sincère, auraient-ils tenu une conduite aussi autocratique ? Dans toute démocratie véritable, le peuple ne doit-il pas être le souverain et ses représentants ne doivent-ils pas être ses serviteurs? A la Fédération socialiste de Tours, les rôles sont intervertis. Les meneurs gouvernent avec le préfet, et les adhérents doivent obéir en esclaves.

Par son affiche, M. Restiaux a sauvé la dignité et l'indépendance des socialistes tourangeaux qui luttent pour l'amélioration du sort des travailleurs. Mais il a couvert de honte les traîtres du parti qui sont les plats laquais de la Franc-Maçonnerie. Cette affiche était conçue en ces termes :

(( Explications nécessaires. — Mon désistement, que d'accord avec la Fédération d'Indre-et-Loire j'ai accepté, se trouve à l'heure actuelle si dénaturé , si méconnaissable , que , pour éviter toute fausse interprétation , le devoir m'oblige à rétablir la vérité :

(( Le soir du 26 avril, la Fédération se trouvait en présence de deux ordres du jour, l'un demandant le désistement pur et simple, l'autre nominatif en faveur de M. Besnard.

(( Ce dernier fut rejeté à l'unanimité. Le seul voté fut celui communiqué à la presse le 28 avril par le secrétaire fédéial, avec la réserve qu'aucun des candidats en présence au deuxième tour ne serait autoi-isé à en faire usaj^o par affiches à son bénéfice.

(( Les camarades Ménard , jnésident, et Dufresne, secrétaire, en léiiioigneront.

(( J'ajoute que, les 28 et 29 avril, des démarches furent faites près de moi par différents membres du comité radical, ainsi que pai- un attaclié à la préfecture d'Indre-et-Loire, pour me demander ma signature aïitoiisajit M. Besnard à se .servir de mon désiste uien t.

(( Respectueux des décisions de la Fédéi'alion, jf, refusai tuiiiiin-iil.

(( Et maintenant que, par suite d'une manœuvre niaUioiuièle, on me force malgré moi à sortiide la rdserve que je m'étais imposée, qu'il me .soit permis d'exprimer ma pensée aux nombreux amis coiuius et inconnus (jui, croyant à un dési.stement «le ma paît en faveur d'un candidat radical, m'adressent des reproches immérités.

« Si, en soldat discipliné de mon parti, je m'incline devant la décision de la Fédération d'Indre-et-Loire en retirant ma candidature; si, comme socialiste, j'oublie les injures et les calomnies des radicaux; si même, pour un jour, j'oublie que leur candidat s'est formellement prononcé contre la représentation proportionnelle, réforme que notre parti déclare urgente et nécessaire, comme syndicaliste, je n'oublie point et aucun travailleur ne doit oublier que M. Besnard a approuvé, par ses votes, la conduite des gouvernants coupables des pires méfaits envers tout le prolétariat.

(( Ce sont là des souvenirs douloureux que je garde au cœur et qui me feront toujours combattre ceux qui, par leur servilité, se sont faits les complices de Glemenceau-le-Rouge , de même qu'ils recommenceraient demain la même besogne criminelle en soutenant le renégat Briand.

(( Eugène Bestiaux. »

Une importante section du parti socialiste tourangeau fit poser cette autre affiche au même moment.

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