ELECTION LÉGISLATIVE DU 8 MAI
(( Scrutin de Ballottage
(X Aux électeurs socialistes.
(( Après avoir insulté, calomnié, sali notre candidat et notre parti, le parti radical ose accaparer les voix socialistes. Il oublie que, dans un placard de la dernière heure, croyant son candidat réélu, celui-ci nous assénait la dernière injure en nous traitant d'anarchistes !
(( Cela s'appelle du cynisme et de l'incohérence dont les électeurs socialistes ne peuvent être dupes.
(( Travailleurs, souvenez - vous qu'après avoir manqué à toutes ses promesses, renié tous ses engagements, M. Besnard a trahi la classe ouvrière en approuvant les tueries de nos camarades à Draveil, à Villeneuve et à Narbonne !
« Socialistes, vous ne pouvez oublier que, renégat de notre parti, lequel fut son berceau politique, ce traître s'est toujours prononcé contre toutes les propositions qu'ont demandées nos députés en faveur des nôtres poursuivis pour la liberté individuelle, pour la liberté d'opinions, pour la liberté de pensée.
(( Républicains, rappelez - vous qu'il s'est nettement prononcé contre la représentation proportionnelle, le seul scrutin de probité, de justice, réclamé par tous les partis et par tous les bons démocrates désireux de mettre un terme au favoritisme et à la corruption.
« Citoyens, que notre réponse soit le coup de balai qui nous débarrassera des misères du scrutin d'arrondissement et nous donnera enfin la véritable République démocratique et sociale.
(( Pour la section de La Riche et par ordre : Le Secrétaire, Fautras. »
L'indigne conduite des radicaux à l'égard des socialistes méritait un châtiment. Ceux-ci auraient dû le leur donner, s'ils avaient eu le sentiment de leur dignité personnelle. Mais non ; leurs chefs, inféodés à la franc- maçonnerie, regardèrent les intérêts du parti comme négligeables. L'anticléricalisme prima tout pour eux. Ils proposèrent à leur vote le candidat le plus éloigné de leur idéal. Leur préférence alla vers lui uniquement parce qu'il était l'ennemi de Dieu et de l'Eglise catholique.
L'ardeur avec laquelle les radicaux anticléricaux déchirèrent ces deux affiches, au nom de la tolérance et de la liberté, prouve nettement qu'ils tenaient beaucoup à ce que la masse des électeurs crût que les socialistes marchaient avec eux. Ils savaient parfaitement à quoi s*en tenir sur l'irréductibilité de l'opposition des électeurs de M. Restiaux. Mais il leur suffisait que Topinion publique fût convaincue du contraire. Ils se chargeaient de faire le reste.
La population d'Indre-et-Loire comptait, en 1901 : 335.541 habitants.
En 1910, l'annuaire indiquait le chiffre de 337.916, soit une augmentation de 2.375 unités.
La première circonscription de Tours renfermait, en 1902 : 29.271 électeurs inscrits. Au scrutin du 8 mai 1910, leur nombre s'élevait à 32.674, soit une augmentation de 3.403.
Tandis que la population entière du département augmentait de 2.375 personnes (hommes, femmes et enfants), la première circonsci'iption de Tours était favorisée de 3.403 électeurs nouveaux! Avec de pareilles mathématiques , on s'explique comment le parti radical obtint 12.042 voix, le 24 avril 1910, alors qu'en 1902 il n'en recueillait que 9.868.
Dans ces conditions, le vote des absents et des morts ne nécessitait-il pas le tirage des 1 200 cartes d'électeurs, l'avant-veille du scrutin ?
Si M. Faure avait été sincère, n'aurait- il pas dû soutenir M. Drake, puisqu'il était partisan comme lui de la représentation proportionnelle et de la liberté d'enseignement? Les convictions républicaines du candidat libéral n'étaient- elles pas aussi sincères que les siennes? N'avait -il pas servi la République avant lui ?
Rien qu'il dût son élection aux voix des catholiques qui lui avaient donné la majorité sur son conclurent radical, M. Faure a déclaré qu'il fallait avant tout barrer la route à la i-éaction.
Pourquoi n'a-t-il pas répudié les voix catholiques avant le strutin ? S'il était logique avec lui-même, il devrait s'abstenir de toucher l'argent que la réaction met par ses impôts dans la caisse goiiveinementale, peiniettant ainsi à celle-ci de fournir 15.000 francs à chaque député. Quand on méprise les opinions des électeurs, doit-on honnêtement recevoir leurs voix et surtout
leur or? Que la démocratie laïque et sociale est donc sensée et délicate 1 Elle exprime sa reconnaissance à l'aide d'insultes ! Vraiment la grandeur d'âme n'est pas la caractéristique du parti socialiste. Ses actes révèlent un égoïsme absolument répugnant.
La Dépêche a donné la note vraie dans son appel aux abstentionnistes : « Que vous soyez socialiste ou radical , vous ne pouvez pas admettre que ce soient les hommes qui s'opposèrent toujours aux idées de progrès qui soient appelés à représenter notre région si démocratique. »
Les socialistes et les radicaux se moquent de leurs principes politiques. Ils sont avant tout anticléricaux. Ils n'ont qu'un but : déchristianiser la France. Serviteurs de Satan, ils ont les mêmes ennemis : les prêtres, les religieux, les évêques, le pape et Dieu.
Il était bon qu'on le sût. Ils ont bien fait de mettre les choses au point. Nous en tirerons notre profit.
Aux yeux de nos adversaires, la lutte électorale engagée à Tours était celle de l'anticléricalisme et du catholicisme.
La Fédération des groupes républicains radicaux et radicaux -socialistes de la première circonscription de Tours l'avouait en ces termes, le 5 mai 1910 :
(( Il ne reste plus en présence que deux armées : celle de la République unie et disciplinée ; celle de la réaction, amalgame disparate de césariens, de cléricaux, de conservateurs, associés uniquement pour abattre et étrangler la Gueuse.
(( Au bloc réactionnaire s'oppose donc le bloc républicain... »
M. René Besnard précisait la même idée dans sa circulaire : « Les divisions disparaissent, les préférences de programmes s'effacent, la lutte est entre la République et la réaction, et c'est pour tout le bloc républicain que je combats.
(( Une seule question se pose : Il faut que le suffrage universel choisisse entre la République et la réaction.
« Bloc contre bloc. »
La Dépêche ajoutait, deux colonnes plus loin :
(( Prisonnier de la réaction, M. Drake n'a pas le droit de se dire répu- McaitQ.
(( Soutenu par les curés , les châtelains , les bedeaux , les sacristains , le Journal d'Indre-et-Loire, la Croix, V Univers, la Réplique, etc., il est avant tout et par-dessus tout l'homme de l'Eglise. »
Dans leur manifeste en faveur de M. Besnard, les sénateurs et députés d'Indre-et-Loire déclaraient que la bataille avait lieu sur le terrain des idées, entre l'esprit romain et l'esprit laïque.
A la réunion du Manège, la note anticléricale avait été solidement établie, d'abord par la lettre de M. Belle, puis par les propres paroles de M. Besnard.
M. le sénateur disait : (c Je me serais adressé à tous mes vieux compagnons de luttes , à tous ceux restés face à face avec la réaction toujours
vivante, et qui semble s'être retrempée par son association avec l'éternelle ennemie, l'Église, attaquant furieusement l'école laïque. »
Le député sortant prononçait ensuite ces paroles :
(( Ma présence constitue ici un acte de foi ré))ublicaine, et je dis à tous les républicains : Faisons bloc contre bloc. Nous avons contre nous les forces coalisées du parti clérical... Nous ne pouvons pas subir de recul.
(( Nous en avons assez d'être attaqués, et nous sommes bien disposés à ne rien céder aux réactionnaires, à batailler et à lutter. Je sais que, depuis douze ans que je mène le combat pour la laïcité, j'ai attiré sur moi bien des haines. C'est mon honneur à moi et, quoi qu'il advienne, je resterai le défenseur de l'indépendance de la pensée.
(( Malgré nos divisions, nous puisons à la même source nos idées, nos tendances ; tous nous voulons défendre la cause de la laïcité et marcher vers le même idéal de justice sociale.
(( La situation est bien nette : d'un côté, la réaction; de l'autre, la République avec toutes ses conséquences.
(( Nous entendons, nous, continuer la lutte pour la laïcité et entreprendre toutes les grandes réformes promises. »
La lutte pour la laïcité, la lutte contre Dieu, voilà le trait d'union ou plutôt la hase de l'édifice radical ou socialiste. Ceux qui ont plus d'espoir dans le second que dans le premier sont des naïfs. Si l'attitude du citoyen Faure ne les a pas éclairés sur ce point, qu'ils réfléchissent à celle du citoyen Musy dans la circonscription de M. Millerand, à Paris.
(( Plus violemment que le candidat d'opposition, déclarait V Autorité avant le ballottage, il flétrit souvent le Ministre -la -Honte, — comme on l'appelle au XII^, — suppliant ses amis de barrer à tout prix la route à M. Millerand.
ce Plus de deux mille cinq cents voix s'égarèrent sur son nom.
ce On comptait naturellement que M. Musy aurait eu la logique ou le courage d'aller jusqu'au bout.
(( Mais, dès le premier jour, le candidat unifié se renferma dans le plus profond des mutismes.
(( Pendant onze jours il médita...
(C Les millerandistes lui firent la cour,... et, quelques jours avant le deuxième tour de scrutin, M. Musy réapparut. Cette fois, l'homme était transformé.
(( Ce n'était plus le socialiste reprochant au ministre Millerand de s'être enrichi en volant l'argent de la caisse des travailleurs; ce n'était plus le Musy fustigeant le traître à la classe ouvrière...
(( NonI Vis-à-vis de celui contre lequel il blasphémait la veille, il eut une attitude politique tellement louche, que le mot de trahison circula bientôt dans les rangs mêmes des socialistes unifiés.
(( Tandis que la Fédéiation de la Seine le sommait de se retirer, M. Musy s'insurgea contre la décision supérieure de son paili.
(( Il avait décidé de faire passer Millerand, et pour cela il fallait qu'il maintînt sa candidature.
c( Cela n'empêcha pas que plus de mille de ses électeurs reportèrent leurs voix sur le docteur Pécliin.
(( A la section de vote de la rue de Gharenton , tandis que le citoyen Musy s'apprêtait à voter , un ouvrier s'avança sur lui et , après lui avoir flanqué son poing sur la figure, s'écria :
(( — Tiens, Judas ! Voilà pour ta trahison ! ))
a Le soir, place d'Aligre, il fut également rossé.
(( Nous n'insistons pas. Nous enregistrons simplement. »
L'attitude des électeurs de M. Restiaux, à Tours, était aussi sincère et convaincue que celle des partisans de M. Musy. Ils étaient nettement antiministériels. Peut-on s'expliquer que 1.538 d'entre eux aient voté pour le candidat radical, au ballottage ?
Quand, le 10 mai, la Dépêche raconta l'enthousiasme du peuple tourangeau (?) : (( Tous veulent voir, disait -elle, le vainqueur du cléricalisme. )) Qui vint le saluer? MM. Ghautemps, Foucher et Faure. Le député très socialiste d'Ivry, M. Goûtant, venu tout exprès, dit -on, pour décider les ouvriers de son ancienne circonscription , récemment arrivés à Tours, à voter pour René Besnard , remercia les Tourangeaux de l'avoir nommé. Enfin le citoyen Faure déclara (( qu'il aurait cru faillir à son devoir républicain en n'apportant pas au député de Tours son concours absolu et dévoué ».
Les catholiques peuvent -ils avoir confiance en celui qui s'est glorifié si haut d'avoir contribué au triomphe du vainqueur du cléricalisme ?
Le document suivant leur donnera une idée définitive de la situation. Il a paru dans la Dépêche, le 17 mai 1910.
(( Fédération républicaine anticléricale de la deuxième circonscription. —
Appel aux républicains. — Il n'est actuellement personne qui puisse songer à nier la nécessité qu'il y a pour tous les vrais républicains de s'unir, de se grouper, de se fédérer. Nous venons d'assister aux dernières élections à un assaut furieux admirablement organisé de toutes les forces cléricales et réactionnaires contre le parti républicain. Tous nos ennemis se sont rencontrés sur un même terrain d'entente pour chercher à entamer le bloc républicain, qui jusqu'ici avait résisté victorieusement à leurs coups.
(( Et si dans ce département d'Indre-et-Loire nous avons eu le plaisir de voir notre excellent ami René Besnard rester le député de la première circonscription ; s'il a pu se procurer les moyens d'action indispensables pour lutter contre le massif coffre -fort de Gandé, qui, pendant toute la période électorale, a tenu ses portes largement ouvertes; s'il a pu trouver la force nécessaire pour triompher du candidat de tous les châtelains et de tous les curés, c'est grâce à la cohésion de tous les républicains de bonne volonté. Gertes, il n'est pas niable que la personnalité de notre éminent ami a été pour beaucoup dans son succès ; mais ce succès est dû aussi à l'admirable organisation des républicains de cette circonscription, à leur entente
— Tyll —
parfaite, au dévouement de tous les véritables amis de la République.
(( Aussi, nous ne surprendrons personne en disant que nos plus cheis désirs seraient de voir dans tous les arrondissements, dans toutes les circonscriptions électorales, notamment dans la deuxième, une fédération qui réunît, qui groupât autour du même drapeau les militants de tous les partis de gauche, pourvu, bien entendu, qu'ils soient sincèrement dévoués à la Pvépublique démocratique, laïque et sociale.
(( Il n'y a plus guère de départements où il n'existe actuellement déjà quelque organisation du parti républicain; mais ce sont, la plupart du temps, de petites organisations locales. Elles font bien tout ce qu'elles peuvent ; mais leurs efforts sont malheureusement trop limités, et le cercle dans lequel elles se meuvent est beaucoup trop restreint. Les comités comumaux ou cantonaux sont très utiles, ils sont même indispensables; mais ils ne sont pas suffisants, il faut quelque chose de plus. Sans rien })ei(lrede leur autonomie, sans pour cela abandonner aucune de leurs prérogatives, il est nécessaire, à l'heure actuelle, que ceux-ci se réunissent, se groupent, se fédèrent pour devenir en quelque sorte le donjon imprenable d'une citadelle au pied de laquelle viendront toujours mourir les efforts de nos advei-sriires impuissants.
(( A l'heure où une réforme complète de notre système électoial peut se produire, il nous semble que cet appel doit prendre quelque importance.
(( Voilà pourquoi nous demandons avec instance à tous les républicains de bonne volonté, à tous les militants d'organiser, d'abord dans leurs commu.nes, dans leurs cantons ensuite, des comités républicains, afin de ])ouvoir, au mois d'août prochain, constituer définitivement la Fédération républicaine de la deuxième circonscription.
(( Jules JORAN, conseiller général de Chàteaurenanlt; J. MAU- RICE, secrétaire du comité républicain de Château-la-Vallière: Octave PAR^DOU, conseiller d'arrondissement de Vouvray ; Louis PROUST, maire de Neuillé- Pont -Pierre, et Gh. VAVASSEUR, maire de Vouvray. »
Ce document montre jusqu'à la dernière évidence que les anticléricaux ne sont forts que grâce à leur organisation. Chose digne de remaïque : c'est dans celle-ci qu'ils placent leur espoir , le secret de leur puissance. Il faut l'avouer, l'organisation anticléricale est admirable. Nous ne devons pas seulement l'envier, mais la copier.
Organisation anticléricale. — Au congrès maçojini(|ue des Deux-Charentes, tenu en 1899, le F.-. Hul)bard fit cette déclai-ation :
(( Les loges ne peuvent pas descendre ouvertement dans la luUe; elles doivent se tenir dans l'ombre, tenir la main sur les journaux et les associations, et préparer les bases de la campagne j)rochaine. »
Son avis fut paitagé. Les loges fondèrent, en 1885, les groupes fraternels d'études dont raction se })oursuivil en 1889. En 18911, apparut le comité
d'action pour les réformes républicaines. Enfin, en 1902, le comité exécutif du parti républicain radical et radical -socialiste fit une excellente besogne électorale.
Le F.*. Blatin en fit ressortir l'action puissante et victorieuse après les élections de 1902 : ce C'est à l'organisation du G.\ O.*. de France, à l'organisation excellente de ses loges , à cet attachement profond que nous avons tous pour la République, que nous devons le triomphe. Mais nous le devons plus spécialement, mes F.*., à ces comités de défense républicaine créés par la Mac.*, elle-même; c'est à ces comités politiques plus ou moins avancés, suivant l'état d'esprit des populations, mais partout animés du souffle maç.'., que nous devons le triomphe auquel nous applaudissons. »
L'organisation du parti radical est très puissante. Le comité exécutif, siégeant à Paris, transmet les décisions et mots d'ordre du Grand-Orient aux comités d'arrondissement, et ceux-ci les transmettent aux comités cantonaux ou communaux fédérés. Dans l'espace d'une semaine , tous les comités de France sont avertis de la ligne de conduite qu'ils doivent tenir. Le comité radical anticlérical de chaque localité donne à ses meneurs les instructions reçues, et ceux-ci les exécutent. Il faut savoir, en effet, que le parti a, partout, des meneurs appelés dizainiers, parce qu'ils sont chargés de surveiller et de convaincre dix électeurs qui leur sont désignés.
Ils tâchent de se faire bien voir d'eux, les scrutent en véritables inquisiteurs et font pénétrer les idées biocardes dans leur cerveau. A force de répéter toujours la même chose, ils finissent par convaincre leurs protégés, quand ils n'ont pas beaucoup d'esprit ni d'indépendance. Le paysan tient beaucoup à passer pour un a. bon gars ». Aussi finit-il par dire comme sou moniteur, pour être bien vu de lui. De plus, il croit une chose vraie quand tout le monde en parle. Les meneurs blocards ont l'habileté de répandre le même bruit dans tous les coins de la commune. On en parle bientôt dans toutes les maisons. Le cultivateur regarde alors cette nouvelle cx)mme vraie, parce que (( tout le monde en parle »... Si M. X. ce est élu, disent les meneurs au. moment des élections, nous aurons la guerre )). Deux jours après, c'est devenu parole d'Evangile.
Comprend -on maintenant comment M. Wilson, rejeté du Parlement par ses collègues, a été réélu par ses électeurs? Outre les services rendus à tous, il avait organisé des comités électoraux dans toutes les communes de son arrondissement, et chacune d'elles était dotée de dizainiers dévoués qui, soutenus par son journal, le montraient blanc comme neige à ses électeurs !
On le voit, l'armée anticléricale est admirablement disciplinée et hiérarchiquement organisée. Le Grand-Orient commande à tous les comités d'arrondissement, cantonaux et communaux. Ses serviteurs fidèles agissent ensuite sur la masse des électeurs. L'esprit de ceux-ci est forcément frappé par les arguments invoqués, soit par les meneurs, soit par la presse.
Pour maintenir efficacement l'unité de sa direction et imposer à tousa manière de voir, le Grand-Orient a créé ou acheté des journaux dans
presque tous les départements ainsi qu'à Paris. Chacun d'eux reçoit du comité exécutif les articles directeurs de sa politique et les nouvelles tendancieuses. Le directeur en chef du journal ne s'occupe que des menus détails de la politique. Il n'est, comme l'a dit Jaurès, ce qu'un salarié du parti . ))
Tous les journaux anticléricaux entreprennent le même jour une campagne identique. Le travail du même rédacteur est communiqué à tous. Quelle force est donnée à l'anticléricalisme par cette organisation savante et cette unité de direction ! Il est réellement puissant. Un député ne peut se faire élire sans lui, à moins qu'il ne dispose dans sa circonscription d'une organisation analogue, ce qui est très rare. Il faut tant de labeur pour la réaliser ! Malgré sa répugnance secrète pour les lois présentées , le député ambitieux qui tient à sa réélection vote ce qu'on lui impose ; car il se rend compte que, non soutenu par son parti, il serait battu par son concurrent. M. Clemenceau a mis en évidence cette vérité quand il a déclaré qu'il était ce le prisonnier de son parti ».
D'ailleurs, les loges le proclament bien haut. On lit dans la Chaîne d'union, année 1885 : (( Nous devons rappeler, à ceux qui les oublient, leurs serments de solidarité; juger maçonniquement ceux qui, arrivés par nous et qui sans la Mac.', ne seraient rien, oublient et dénigrent VAlma Mater. »
La franc-maçonnerie s'assure la docilité des candidats qu'elle soutient en leur faisant signer un engagement qui les rend ses esclaves. Nous lisons dans le compte rendu du couvent de 1897 : ce Le couvent demande que tous les candidats aux élections prochaines se réclamant de l'appui de la F.*. M.-. , remettent au vénérable de leur loge une déclaration signée de leurs principes philosophiques et politiques, qui devront être, les premiers, en conformité avec les déclarations récentes du G.*, de l'O.'.j les seconds, au moins conformes au programme politique minimum du congrès des loges parisiennes. ))
La servitude était déjà grande. Elle fut complétée par la décision suivante du couvent de 1898. (( Le couvent invite le G.*. del'O.*. à convoquer à l'hôtel du G. • . 0. • ., chaque fois qu'il lui paraîtra nécessaire, tous les membres du Parlement ,qui appartiennent à l'Ordre , afin de leur communiquer les vœux exprimés par la généralité des M.*., ainsi que l'orientation politique de la Fédération. » Le couvent de 1899 a même réglé que ces réunions auraient lieu au moins une fois tous les trimestres.
Le député et le sénateur ne sont pas les mandataires du peuple, mais de la maçonnerie. Ne lit-on pas, dans \e Bulletin Mac.', de 1889 (p. 267), ces lignes suggestives : « Le franc -maçon doit être citoyen... Mais il doit être franc-maçon d'abord; candidat, conseiller de la cité, député, sénateur, ministre, président de la République ensuite. Il doit sans cesse s'inspirer de ses sentiments maç.-., et plus ses fonctions sont élevées, plus il a le devoir de venir puiser les inspirations parmi les frères. »
Avec une telle discipline, les projets de la secte doivent triompher. Il ne saurait en être autrement. Le Bulletin du G.'. Or. enregistrait cet
aveu significatif en 1893 (p. 506) : (( Nous sommes obligés de nous soumettre à une discipline volontairement conser^tie, par laquelle, lorsque nous recevons l'initiation, nous faisons abandon d'un certain nombre de nos droits et de notre initiative individuelle, au point de vue des choses qui toucbent à la maçonnerie. »
En 1897, les FF.". Mesureur et Bourgeois fondèrent le comité d'action pour les réformes républicaines, afin de préparer les élections de 1898. Voici l'appel qu'ils adressèrent à toutes les loges :
(( Le comité d'action pour les réformes républicaines, convaincu de la nécessité d'une organisation forte et complète du parti républicain en vue des élections générales de 1898, a décidé de faire appel, pour l'aider dans sa tâche, au dévouement de tous les francs-maçons. ))
Généralement, la tactique est très étudiée et savamment conduite. Étant, de plus, fidèlement observée, la victoire est assurée à la maçonnerie. Le F.*. Blanc déclarait, après les élections de 1902 : a Nous avons vu la Mac.", jouer un rôle prépondérant dans nos élections législatives du printemps dernier, et si, en définitive, notre République a été si bien conservée, nous pouvons dire ici que tous nos F.*, ont fait leur devoir dans ce but. »
Quelle humiliante leçon pour nous , catholiques I Que le Fils de Dieu a bien dit vrai, quand il a affirmé que les enfants du siècle étaient plus habiles que les enfants de lumière dans la conduite de leurs affaires I
La franc -maçonnerie concentre tous ses efforts vers l'organisation électorale, afin d'assurer l'élection de ses candidats. Elle leur fait exécuter ensuite, sans l'approbation du peuple, ses plus perfides projets.
Elle a toujours gouverné sans la nation. A-t-elle jamais invité ses adhérents à se rendre tous les trimestres auprès de leurs électeurs, afin de les consulter sur l'orientation politique à donner à leurs votes? Certes non. La secte est donc absolument antidémocratique. Tous ceux qui en font partie ou sont soutenus par elle sont , par le fait même, des autocrates et des adversaires de la souveraineté nationale.
La Mac.*, avouait, dans le Bulletin 4u rite de Misraim (avril 1891) : (( Il est notoire que le Grand-Orient de Finance n'a toujours été qu'une agencp politique électorale. » Cette vérité avait été aussi énoncée précédemment parle F.-. Gonnard, en 1886 : (( Oui, nous faisons de la politique; dans tous nos couvents, que faites -vous, sipon de la politique et de la meilleure? )) Cela montre que si, pour détruire l'Église catholique, une secte auticléricale f£^it de la politique spu principal souci, la société des chrétiens ne pourra se défendre et copabattre victorieusernent ses adversaires qu'en en faisant aussi. Les loges dirigées par le Grand -Orient ont groupé autour d'elles une armée de combattants dont le but unique est de tromper les électeurs droits et confiants, en leur faisant accepter leurs candidats. Il est impossible de ne pas voir dans l'organisation électorale catholique le seul salut possible.
Organisc^tion catholique. — Grâce à sa puissante organisation, la francmaçonnerie trompe l'électeur, fraude son vote et le terrprjse,
Qui empêche les catholiques de réclamer une loi sur la liberté du vote et de s'organiser pour en assurer l'exécution ? Pour s'occuper de la chose publique, faut-il être un membre de l'Acacia ? Par le fait seul qu'on est citoyen français et qu'on paye des impôts, on a le droit et même le devoir de s'intéresser aux affaires de son pays. Les francs-maçons se sont appuyés sur ce droit pour faire triompher l'anticléricalisme dans les lois. Que les catholiques fassent de même et travaillent au succès de leurs idées. L'avenir de leur pays leur impose l'obligation de lutter avec plus d'ardeur que par le passé.
La bataille a lieu sur le terrain de la légalité. Les adversaires sont : d'un côté, les catholiques respectueux de la liberté et de la propriété; de l'autre, les anticléricaux voleurs, sanguinaires et tyrans. Au fond, c'est l'éternel combat qui continue entre Satan et Dieu. Les troupes de l'ange déchu sont dirigées par des chefs de tous grades, depuis les membres du Grand-Orient jusqu'aux vénérables des loges. Les troupes de Dieu doivent être conduites par les évêques. Posiiit episcopos regere Ecclesiam Dei. Ils sont les chefs donnés par Lui à l'Église, que l'Esprit-Saint proclame (( terrible comme une armée rangée en bataille : terrihilis ut castrorum actes ordinata ». Les prêtres en sont les officiers, et les fidèles les soldats. Pour vaincre, il ne suffit pas d'avoir le nombre; il faut encore avoir la cohésion, l'unité d'action, la discipline. Pour cela, le groupement des catholiques autour de leurs évêques s'impose instamment. Le pape le réclame sans se lasser. A l'œuvre donc I Que de tous côtés se fondent des comités paroissiaux, comme le recommandent tous les évêques. Une fédération de tous ces comités paroissiaux et cantonaux sera ensuite établie. Un secrétariat général des œuvres leur servira de lien. Par son entremise, une vigoureuse impulsion sera donnée au clergé et aux catholiques. Ils y trouveront tous les renseignements indispensables pour la défense religieuse. Le catholicisme pourra alors lutter victorieusement contre l'anticléricalisme et sauver ses institutions charitables, car il sera sérieusement organisé pour le combat.
Dès maintenant, la lutte est engagée. L'armée de Satan marche en avant, bannière déployée. Celle de Dieu peut-elle refuser la bataille? Ce serait de sa part la plus coupable des trahisons. Elle méconnaîtrait formellement l'ordre de Dieu : Estote fortes in hello et pugnate cum antiquo serpente f et accipietis regnum seternum. a Soyez courageux dans le combat, luttez contre l'antique serpent, et vous recevrez le royaume éternel. »
L'histoire offre à notre courage un bel exemple.
.L'anticléricalisme, armé dans la personne des Turcs, menaçait de détruire le catholicisme en Europe. Le pape Pie V fit appel aux rois. Seuls les princes d'Italie et le roi d'Espagne répondirent à ses désirs. Il organisa une flotte et une armée, fournit aux troupes l'équipement, les armes et les munitions qui leur étaient nécessaires et nomma Don Juan d'Autriche généralissime; puis il donna l'ordre de livrer bataille. La flotte tuique fut défaite dans le golfe de Lépante. L'Europe fut sauvée de la barbarie anticléricale, grâce à l'initiative intelligente et généreuse du chef de la catholi-
cité, qui ne fit que son devoir en organisant l'armée qui la sauva. L'anticléricalisme menace encore de détruire la religion en Europe. A la persécution légale, il importe d'opposer une résistance légale. Satan a su trouver des serviteurs assez dévoués pour travailler contre l'Église et les âmes. Dieu trouvera certainement des héros pour reprendre les conquêtes anticléricales et travailler à la réalisation de la prophétie du Sacré-Cœur : (( Je veux régner et je régnerai, malgré Satan et tous ceux qui voudront s'y opposer. »