‹ L'art de verifier les dates, 2 inscriptions des chroniquesChapitre 107 sur 134 · ROYAUME DE PERSE · texte numérisé non relu

ROYAUME DE PERSE

La Perse , appelée dans l'Ecriture Elam , du nom de l'un des fils de Sem, s'étend, du nord au midi, depuis la frontière de Médie jusqu'au golfe Persique. Elle est sé-^ parée de la Babylonie par la Susiane, et bornée à l'orient pas la Caramanie. Les Perses , comme descendans de Sem , conservèrent , plus long - tems que la plupart des antres

Senples , l'ancienne religîba. L'idée . qu'ils avaient de la ivinité ne leur permit point de lui élever des temples i persuadés qu'elle ne pouvait être renfermée dans aucun lieu. Rien âe plus propre, suivant eux, à la représenter* que le feu : de là le culte qu'ils rendaient au soleil , non par rapport à lui-même, mais* comme symbole de la divinité* Ils pensaient même que cet astre était le séjour qu'elle habitait spécialement , et d'où elle répandait ses influences sur tout l'univers. Instruits par la tradition que le diable avait introduit le pécbé dans le monde avec ses suites , ils concluaient qu'il y avait en nous deux principes , l'un du bien et l'autre du mal , sans toutefois les égaler l'un à l'autre, comme ont fait depuis les Manichéens. Ils reconnaissaient un paradis, un enfer et 'un jugement dernier, où tous les hommes devaient comparaître- Leur morale, d'ailleurs, était saine a plusieurs égards et conforme aux lumières de la droite raison. Mais le tems et le commerce des autres nations altérèrent la pureté de la doctrine et au culte qu'ils avaient reçu de leurs ancêtres. Ils devinrent adorateurs des astres et du feu, et imaginèrent le dualisme, ou le dogme pernicieux de l'existence de deux âmes, l'une bonne, l'autre mauvaise dans chaque homme , et tombèrent dans un grand nombre de superstitions, ce qui «'est perpétué jusquà nos jours parmi ceux qu'on nomme dans les Indes Guèbres et Parsis. Cette doctrine se nommait le MagisocTc , du nom

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des prêtres chargés de l'enseigner, qu'on appelait Mages. Leurs mœurs étaient encore plus dépravées que leur doctrine. Ils épousaient, non-*eulement leurs sœurs, mais leurs propres mères.

Le gouvernement des Perses était monarchique et presque despotique dès son origine, comme tous ceux de l'Orient. Les monarques Persans exigeaient de leurs sujets des honneurs qui semblaient les rapprocher de la divinité. Leur sceptre était héréditaire et passait au fils aîné. Les gouverneurs qu'ils donnaient à chaque province se nommaient satrapes.

Chodorlahomor , est le premier roi connu de Perse. Il voulut étendre ses conquêtes jusqu'en Palestine , et étant venu avec quatre rois ses alliés , attaquer ceux de la Pentapole, il prit la ville de Sodome , la pilla et emmena prisonniers les principaux habitans, avec un riche butin. On a vu dans l'Abrégé de l'Histoire Sainte, comment les vainqueurs furent surpris et défaits par Abraham à la' tête d'un petit corps de troupes. Depuis cet échec , les Perses ne tiennent plus de rang dans l'histoire pendant l'espace d'environ quinze siècles. On voit seulement qu'ils étaient tributaires de l'empire d'Assyrie, lorsque Cambyse occupait le. trône de Perse. Ce prince était contemporain d'Astyage , roi des Mèdes, qui fit alliance avec lui, et la cimenta par le mariage de Mandane, sa fille, avec ce prince. Mandane fit Cambyse père de Cyrus , dont la naissance se rapporte à l'an 5j)9 avant l'ère chrétienne, ftien de plus soigné ni de mieux entendu, si l'on s'en rapporte à la Cyropédie de Xénopboe, que l'éducation de la jeunesse persan ne en ce tems là. Elevé à l'école publique dans la classe des enfans, Cyrus devança autant ses compagnons par la rapidité de ses progrès , qu'il les surpassait par la dignité de sa condition. A l'âge de douze ans, il fut amené par Mandane , sa mère , à sort grand-père Astyage , qui désirait impatiemment de le voir , sur ce qu'on rapportait de ses rares qualités. C'était transporter cet enfant dans un nouveau monde. La cour de Persépolis ( c'est le nom de la capitale de Perse) ne respirait que simplicité dans les meubles , dans la nourriture , dans les habillemens. Celle d'Ecbatane offrait unspectacle bien différent. Cyrus fut surpris à la vue d'Astyage, vêtu de pourpre, orné de brasselets d'un grand prix, et dont les sourcils étaient peints. Cette magnificence

et rcl air de. luxe et de mollesse ne l'éblouirent point H dissimula néanmoins ce qu'il en pensait, et se contint dans les homes d'une sage retenue. Ses grâces et la vivacité de son esprit, eue hantèrent Astyage et toute sa cour. On lui donna «1rs maîtres pour continuer son éducation. Les Perses ne connaissaient point l'art de Téquitation , parce que la stérilité du pays, ne permettait pas d'y élever des chevaux 9 et qu'ils ne combattaient qu'à pied. Cyrus apprit en Médie à monter un cheval et à le gouverner. 11 y avait quatre ans qu'il faisait ses exercices avec tout le succès imaginable, lorsqu'une incartade du. fils aîné de Nabuchodonosor, commit les Babyloniens avec les Modes. La guerre étant déclarée entre les deux nations, Astyage, accompagné de Cyaxare, son fils, et de Cyrus, son petit-fils, entra sur les terres de Babylone, à la tête d'une puissante armée. Ce fut alors que Cyrus commença à déployer le germe d'héroïsme qu'il avait dans son cœur. Les Mèdes, en effet, ayant vaincu les babyloniens dans une grande bataille, reconnurent qu'ils étaient redevables en grande partie de cet avantage à sa valeur et à sa capacité.

De retour à Ecbatane, Cyrus fut rappelé par son père, qui, le voyant dans une cour molle et voluptueuse, craignait toujours pour lui les effets de la contagion. Mais il reparut en en Perse tel qu'il en était sorti. Il rentra dans l'école publique de Persénolis , et après être resté encore un an dansla classe des entants, il passa dans celle des jeunes gens, où il s'exerça pendant dix ans à tout ce qui a rapport à l'art militaire. On le mit ensuite dans celle des hommes feits, dont on ne sortait qu'au bout de vingt-cinq ans pour être admis dans celle des vieillards. Son grand père Astyage étant mort pendant cet intervalle, Cyaxare-, son oncle, nouveau roi des Mèdes , le redemanda à Cambyse , pour l'aider à se défendre contre le roi de Babylone et les princes alliés avec lui. Cyrus vint avec trente mille hommes bien aguerris. Cyaxare trouva que c'était bien peu de monde en comparaison de la multitude de ses ennemis. Mais son neveu lui apprit qu'à la guerre la valeur et l'intelligence suppléent au nombre , et qu'il y a une manière de s'armer et de combattre , qui, en multipliant les forces, donne la supériorité aux petites armées sur les grandes. Les troupes asiatiques jusqu'alors, si l'on en excepte les Perses, n'observaient aucune discipline , et combattaient pêle-mêle, l'infanterie confondue avec la cavalerie, et les piquiers avec les gens de trait. De-

plus, il n'y avait que les chefs des bandes, qui fussent revêtus de cuirasses , couverts de casques et de boucliers avec la hache ou le sabre à la main. Les autres n'avaient que des arcs , des frondes, ou des piques, et de simples boucliers d'osier. Cyrus persuada à son oncle d'assigner à chaque corps un rang à part, et de donner au soldat les mêmes armes qu'à l'officier. Tandis qu'on était occupé à les fabriquer, Cyrus faisait faire l'exercice régulièrement à ses troupes , et leur apprenait toutes les évolutions militaires. Lorsque tout fut prêt , il se mit en marche avec Cyaxare pour aller à l'ennemi , qui , de son côté, s'était avancé jusque dans la Médie. Les deux armées, étant en présence, ne tardèrent pas d'en venir à une bataille. Cyrus , malgré l'infériorité du nombre , mit en déroute les Babyloniens , entra dans leur pays , et dirigea sa marche vers un nouveau corps d'armée qu'ils avaient à dix journées du lieu où ils venaient de les battre. C'était là où se trouvaient rassemblés tous les alliés des Babyloniens. Arrivé à la vue de l'ennemi, Cyrus ne jugea pas à propos de l'attaquer dans son camp, qu'il avait fortifié d'un large fossé de circonvallation. 11 attendit qu'il sortit lui-m^me de ses retranchements pour venir le combattre : ce qui ne tarda pas d'arriver. Les Babyloniens commencèrent la bataille par une décharge de javelots et de traits, qui fut en pure perte, parce qu'on était encore trop éloigné de l'ennemi. Alors les Perses voyant qu'ils étaient sans défense, se jettent avec impétuosité sur eux, enfoncent les bataillons, tranchent et abattent tout ce qui se présente, poursuivent sans relâche ces infortunés fuyards, remplissent le fossé d'hommes et de chevaux, et enfin couvrent le champ de bataille de morts et de mourants, parmi lesquels fut trouvé le roi Nériglissor. La désolation qui suivit ce violent assaut fut si grande , que les Babyloniens qui étaient restés dans le camp , quoique égaux, pour le moins, en nombre à l'armée virtorieuse, prirent la fuite , et gagnèrent précipitamment les hauteurs. Les Hircaniens, dans le voisinage desquels cette bataille se donna, profitèrent de l'occasion pour se soustraire à la domination des Babyloniens, dont ils étaient excédés. Ils députèrent sur le champ à Cyrus, pour lui demander à être admis dans son alliance, et lui offrirent, à cette condition , un corps de cavalerie tout prêt à combattre sous ses ordres. La proposition étant acceptée , on se mit en marche le lendemain pour aller à la poursuite de l'ennemi. La surprise où se trouvèrent les Babyloniens , lorsqu'ils revirent l'armée

victorieuse de Cyrus qu'ils n attendaient pas , jette l'époux vante et le désordre dans leur camp. Cyrus ne leur donna pas le tems de se reconnaître , et fondant sur eux avec impétuosité , il tailla en pièces tout ce qui ne put échapper par la fuite. Les rois de Cappadoce et d'Arabie, alliés des Babyloniens , demeurèrent sur le champ de bataille Mais Laborosoarchod , fils et successeur de Neriglissor , eut le bonheur de se sauver. Ce fut un vrai malheur pour ses sujets, dont il était justement détesté. Gobrias et Oadatas, princes babylo— niens , dont il avait fait mourir les deux fils par une basse et cruelle jalousie , l'abandonnèrent après cette défaite pour se donner à Cyrus. Il voulut marcher contre le second; mais Cyrus étant venu à son secours, remporta une nouvelle vie-, toire sur les Babyloniens. Pour se rendre maître de leur empire, il ne lui restait proprement que la capitale à conquérir. Il s'en rapprocha pour la reconnaître; mais le témoignage de ses yeux lui persuada qu'il n'était point encore tems , avec les forces qu'il avait , de tenter une si grande entreprise. Il prit donc le parti de ramener son armée victorieuse en Médie. Tandis qu'il y séjournait , Nabonadius * excité par sa mère, alla trouver à Sardes Crésus, roi de Lydie, pour renouveler l'alliance avec lui contre un ennemi dont il était de leur intérêt commun d'arrêter les progrès* Crésus, entrant dans ses vues, lève une puissante armée pour aller attaquer les Mèdes et les Perses. Mais Cyrus , instruit de tous ses préparatifs, du nombre et de la qualité de ses troupes, lui épargne la peine de sortir de ses états. Il y entra lui-même ( S48 ) avec son armée grossie et renforcée par les secours que les Indiens lui avaient amenés. Après deux victoires remportées sur les Lydiens, il assiège Crésus dans sa capitale, le fait prisonnier, et le dépouille de «on royaume en lui faisant grâce de la vie. Maître de la principale monarchie de l'Asie mineure, il en soumit le reste autant par la terreur que sa présence inspirait , que par la force de ses armes. La Syrie, qu'il attaqua ensuite, fut également contrainte de subir le joug. De là, s'étant avancé dans les provinces septentrionales de I empire de Babylone, il les parcourut en conquérant , et en réduisit ainsi la capitale à ses propres forces pour se défendre. Ce fut alors qu'il vint se présenter devant cette ville immense, ^)ont, après un blocus d'environ deux ans, il se rendit maître (538), par un stratagème, que les auteurs profanes racontent de même qu'il avait été prédit par les prophètes , et dont une provi-

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dence singulière , en punition des crimes de Babylonê , avait préparé le succès. Le premier soin de Cyrus , après cettë conquête, fut d'en faire hommage è Cyaxâre, en le faisant proclamer roi deBabylone. Cependant, comme la commandement de l'armée et l'administration des affaires étate ni entre les mains de Cyrus , il fat regardé comme lé vrai souverain de la monarchie qu*il avait conquise. De là vient que dans le canon des rois de Babylone , Ptolénîée mer Cyrus immédiatement après Nabonadius , sans faire mention de Cyaxare.

- Cyrus étant venu trouver son oncle à Ecbatanes pour lui rendre compte de ses succès, l'emmène à Babylone, où il lui avait fait préparer un palais. Ils n y furent point oisifs ni l'un ni l'autre. La monarchie des Babyloniens réunie à celle des Mèdes , formait un vaste empire , dont il fallait régler le .gouvernement sur un nouveau plan» C'est à quoi lea deux princes s'occupèrent, et voici ce que l'histoire nous a transmis de leurs opérations. Ils divisèrent leurs états en cent vingt provinces, à la tête de chacune desquelles ils mirent un de ceux qui avaient le mieux servi Cyrus dans ses expéditions. Mais au-dessus de tous ces gouverneurs j obligés de résider dans leurs départemens y on établit trois surintendans qui devaient toujours rester à la cour. C'était à ceux-ci que les autres devaient rendre compte de leur administration pour en faire part au prince et recevoir ses ordres par leur canal. La conformité de Xénophon en cet endroit, comme en plusieurs autres, avec le témoignage des livres saints , fait honneur à l'exactitude de son histoire» Daniel fut du nombre de ces trois surintendans , et même le premier , comme le plus ancien et le plus renommé par sa sagesse dans tout l'Orient. On a parlé ailleurs des persécutions que lui suscita la jalousie des courtisans, et de la manière miraculeuse dont il en triompha. On a raconté aussi l'étonnement que Cyrus lui témoigna de l'état humiliant où les Juifs étaient réduits; la réponse de ce prophète, qui lui montra son nom écrit cent cinquante ans avant sa naissance dans lsaïe* (536), comme celui du restaurateur de cette nation , et l édit que ce prince donna en conséquence pour briser les liens de cette nation et lui. rendre la liberté de retourner en sa patrie. f Hist, Sainte. .

Cyrus avait alors rassemblé depuis peu sur sa tête les trois Couronnes de Babylone, de Médie et de Perse. La mort de II. 4*

Cyaxare , son oncle * qui l'avait déclaré son héritier en toi faisant épouser sa fille unique , Lui avait procuré les deux premières; celle de Cambyse, son père, qui précéda ou suivit dan* un court intervalle de tems Cyaxare au tombeau * * le mit en possession de la troisième. La réunion de ces trois monarchies forma le grand empire des Perses > qui s'étendit encore sous les successeurs de Cyrus. 11 n'en jouit que sept • ans j et , en mourant (S29) , il le laissa dans une profonde paix et dans l'état le plus florissant , à son fils qui suit.

On compte diversement les années du règne de ce prince* Quelques-uns lui en donnent trente, en le commençant au tems où il fut mis à la téte de l'armée des Perses, pour aller au secours de Cyaxare, 55$ ans avant l'ère chrétienne. D'autres ne lui en donnent que neuf , en les comptant depuis qu'il se fut rendu maître de fiabylone , Tan 556 avant la môme époque» D'autres enfin ne lui en donnent que sept, en les faisant partir de la mort de son oncle et de son père. De Cassaodane , son épouse , fille de Pharnaspe , l'un des principaux satrapes de Perse et du noble sang des Achémenides , il laissa plusieurs (ils « dont l'aîné seul lui succéda , les autres furent apanages de gouvernements dans les provinces orientales, et déclarés exempts de tous impôts.

Plusieurs écrivains modernes, fa plupart prolestants, donnent Cyrus pour un prince attaché sincèrement au culte du vrai Dieu. Quoi de plus magnifique, en effet, que cet éloge , que le Seigneur fait de lui long— tems avant sa naisance , en prédisant à son peuple, par P organe du prophète Isaïe , sa délivrance des calamités que ses crimes lui avaient attirées-. C'est moi qui dis à Cyrus : vous êtes mon berger , j'accomplirai, par votre ministère, toutes mes volontés. — — Voici* les paroles que j'adresse à Cyrus , mon oinct , que j'ai pris par la main , pour lui soumettre toutes les nations et mettre en fuite les rois (levant lui. Je marcherai devant toi, et j 'humilierai les superbes de la terre en la présence ; je briserai les portes d 'ai-* foin qu 'on t'opposera , et je briserai les barreaux de fer qui les dé fendront , apn que tu saches que je suis le Seigneur et le Dieu a* 'Israël, qui t'appelle de ion nom. (Isaïe, cap» XL1V et XL V.) Mais ce que le prophète ajoute : tu ne m'as cependant point connu , et non cognovisti nie , détruit l'induction que nos adversaires tirent de cet éloge pompeux , en javeur de la religion

de ce monarque.

5ag. Cambyse , fils aîné de Cyrus, et son successeur, ne

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justifia point par sa conduite la préférence que son père lui avait donnée pour remplir le trône de Perse après lui. A peine y fut-il monté, que, surpris par les accusations calomnieuses des Samaritains contre les Juifs, il fit cesser la reconstruction du temple, sans égard pourl'Editde Cyrus qui l'avait permise. L'année suivante, il céda également aux sollicitations de Phanès d'Halicarnasse , pour aller faire la guerre en Egypte , et cela dans la vue de se venger d'Arnasi*, qui, au lieu d'envoyer à Cyrus, ou selon d'autres, à lui-même , une de ses nlles qu il lui avait demandée , lui avait substitué une fille d'Aptiès. Mais comme il était en marche, sur les frontières de Perse, pour cette expédition , il apprit la mort d'Amasis. Cette nouvelle ne lui fil point changer de dessein; il avance et arrive en Egypte, ou il rencontre l'armée de Psammeuiie, sua esseur d'Amasis, prêleà le recevoir. Alors il s'avise d'un stratagème, qui fut de mettre au-devant de 9es troupes une multitude de chats, de chiens et de brehis , tous objets révérés en Egypte, comme des divinités. Les Egyptiens n'osant tirer sur cette avant-garde, prennent la tuile. Cambyse les poursuit jusque dans Péluse, où il continua le massacre qu'il avait fait des fuyards sur la route. Ceux qui échappèrent a sa fureur, s'étant retirés à Memphis, il envoya sur un vaisseau de Mitylene, un héraut , pour les. sommer de se rendre. (^oa5.) Loin d'obéir, ils mettent en pièces le héraut , sa compagnie et le vaisseau même. Irrite de celte violation du droit des gens, Cambyse assiège Memphis , et l'ayant prise , il fait prisonnier Psarnmenite qu'il confina dans un faubourg, sous bonne garde. De là il passe à Sais , lieu de la sépulture d'Amasis , dont il fait brûler le cadavre et jeter les cendres au vent. Ces succès ne servent qu'à étendre son ambition et à lui inspirer le désir de nouvelles conquêtes. Maître de l'Egypte, il veut encore ajouter à sa domination l'Ethiopie , le pays des Ammonites et celui des Carthaginois. Mais les Phéniciens , qui faisaient une partie considérable de son armée , refusent de marcher contre ces derniers, qui tiraient d'eux leur origine; il les abandonne et se borne aux deux autres nations, en commençant par les Ethiopiens. Une ambassade qu'il envoya à leur souverain , sous prétexte de faire alliance avec lui , mais dans le vrai, pour reconnaître ses forces et les curiosités du pays, n'en imposa point a ce prince. 11 reçut les ambassadeurs avec une hauteur mêlée d'ironie , et les chargea , pour leur maître y d'une réponse, dont celui-ci ne fut

nullement satisfait; elle l'irrita même au point) que sans prendre le tems de la réflexion il emmena précipitamment en Ethiopie son armée , dont il détacha, sur la foute + cinquante mille hommes pour aller brûler le temple de Jupiter Ammon et ravager la Libye ; mais la disette et l'ardeur du climat eurent bientôt détruit ce détachement. Cambyse n'éprouva pas un meilleur sort en Ethiopie. ' J'£s peuples de cette-vaste contrée étaient, suivant Hérodote (1, 111) , les mieux faits de tous les hommes et de la plus belle taille 4 leur esprit était vif et ferme, mais ils prenaient peu de soin de le cultiver, mettant leur confiance dans leurs corps robustes et leurs -bras nerveux. Cambyse leur ayant, pour les 'surprendre , envoyé des ambassadeurs et des présents, tels que les Perses les donnaient , de la pourpre, des bracelets d'or et des parfums. « Us se moquèrent , dit Bossuet , » de ses présents, où ils n'y voyaient rien d'utile a la vie, » aussi bien que de ses ambassadeurs , qu'ils prirent pour ce » qu'ils étaient, c'est-a— dire , pour dos espions. Mais leur

* roi voulut aussi faire un présent à sa mode au roi de » Perse, et prenant en main un arc, qu'un perse eut à » peine Soutenu, loin de le pouvoir tirer, il le banda en >, présence des ambassadeurs , et leur dit : mi ci le conseil que ■» lè roi d "Ethiopie dorme au roi de Perse* Quand les Perses se

* ' pourront servir aussi aisément que je viens de foire , d'un aro V 1 de celte' grandeur et dé celte forme , qu 'Us viennent attaquer

* lés Éthiopiens y et qu'ils amènent plut de troupes que n'en v 'Q'Cûmbjrse ; en attendant qu'Us rendent grâces aux dieux , v qui n'ont pas mis dans le vœur des Ethiopiens le désir dé » s'étendre hors de leur pays. Cela dit, il débanda Parc et le » donna aux ambassadeurs. Cambyse , irrité de cette ré~ » ponse , s'avance vers l'Ethiopie, comme un insensé, sans. » ordre , sans convois, sans discipline, et voit périr son > armée , faute de vivres , au milieu des sables , avant que » d'approcher l'ennemi. » ( Dise, sur rHist. universelle , Hî part. ) Confus de ce terrible revers , il retourne avec les. tristes débris de son -armée à Memphis , où il donna de nouvelles scènes de folie et de eruauté. Ayant repris ensuite 1» route de Perse, il apprit en Syrie, dans la huitième année de son règne, que ses sujets venaient d'élever sur le trône lin mage, qui se donnait pour Stnero'is , son- frère ^ qu'Û avait chargé Prexaspe, son favori , de mettre à mort- Assuré de Pimposture par les preuves que lui en donne Prexaspe * 41 précipite s* marche pour aller déposséder son rival Mai*

en montant à cheval, son épée sortant du {bureau, lui fait à la cuisse une blessure , dont il meurt dans l'espace d'un mois ou environ , après avoir régné sept ans et cinq mois, sans laisser de postérité. Entre ses femmes , il avait épousé sa propre sœur, et ce premier exemple d'un pareil inceste fut suivi par ses successeurs.

52i. Le faux Smerdis, appuyé principalement du mage Patyzithè*s, son frère, fut reconnu pour le véritable auquel il ressemblait beaucoup. Pour accréditer son imposture, il n'omit rien de ce oui pouvait lui concilier l'affection des Perses, se tenant, d ailleurs, renfermé dans son palais pour n'être poirît reconnu. L'illusion subsista pendant sept mois, sans que nul de ceux qui avaient des raisons de douter , osât le manifester. A la fin, dans le huitième mois, elle se dissipa, et voici comment : Otanès, l'un des principaux seigneurs, avait parmi les femmes de l'usurpateur, une fille, nommée Phédyme , qu'il chargea d'examiner pendant que son époux dormirait auprès d'elle, s'il avait des oreilles; car Cyrus les avait fait couper à tous les mages. Instruit par elle , qu'il n'en avait point, il fait part de sa découverte à six autres seigneurs dont il avait la confiance, et tous les sept ayant pénétré dans le palais, massacrent l'imposteur et ceux qui osent le défendre.

5a i . Darius , surnommé Histaspe , du nom de son père ; et l'un des sept conjurés , fut élu par eux , à l'âge de vingthuit ans , pour remplir le trône de Perse , et dut son éleva-* tion à l'adresse d'Ocbarès, son «cuver, oui, dans rassemblée où l'on y procéda, fit hennir son 'cheval le premier au lever du soleil, ce qui décida du trône, suivant la convention que ces conjurés avaient faite entre eux; Le nouveau roi se montra reconnaissant envers ses électeurs , en leur distribuant les meilleurs gouvernements et leur accordant d'autres faveurs. Mais Intapherne , l'un d'entre eux , ayant voulu forcer à coups de sabre , l'entrée de son palais , dans un moment défendu, Darius se crut obligé de le faire mourir avec toute fa famille, complice de ce crime , a l'exception de sa femme et de son fils aîné. / '

Pour s'affermir sur le trône , Darius épousa deux filles de Cyrus, Atosse et Aristone.

517, Les Babyloniens souffraient avec impatience leur

assujettissement aux Perses. Résolus de secouer le joug , ils se révoltent la quatrième année du règne de Darius, après avoir pris toutes les précautions nécessaires pour mettre lent* ville en sûreté. Darius vient l'assiéger et consume vingt mois en pure perLe devant cette place. Zopyre, son, ami , (ils de Megabyse , imagine un stratagème presque incroyable pour l en rendre maître. S'étant fait couper le nez et les oreilles . il va se présenter en cet étal devant Kabylone, disant que Darius la fait ainsi mutiler par haine et s'offrant de les aider pour se venger d'un si cruel traitement. On le croit , on l'admet dans les murs et on le met à 1a tête de la garnison , avec laquelle il (ait diiferentes sorties heureuses sur les Perses. Ayant acquis aintti la pleine confiance des Babyloniens, il avertit Darius, qui se tenait éloigné avec le gros de son armée, du moment où il était à propos de la faire approcher des murs. Elle arrive et pénètre dans la ville par une porte que Zopyre lui avait fait ouvrir, Le vainqueur, après avoir fait empaler cinq mille des plus mutins, fait grâce aux autres, et comme les Babyloniens» pour ménager les vivres, avaient égorgé leurs femmes avec les enfants , il fait venir cinquante mille femmes des provinces voisines, pour repeupler la ville. Les murs de Babylone étaient de deux cents coudées de haut , sur une largeur telle que quatre cavaliers pouvaient s y promener de front. Darius réduisit ces murs au quart de leur hauteur. , 5 14.: Ce succès aveugla Darius et lui fit naître la pensée de porter la guerre chez les Scythes, qui habitaient alors entre l'ister ou le Danube, et le Tan aïs (aujourd'hui le Don), peuples Nomades qui n'avaient aucune demeuré fixe. Le prétexte qu'il prit pour les attaquer, fut le dessein de les punir de l'invasion qu'ils avaient faite cent vingt ans auparavant dans l'Asie mineure , dont ils étaient restés maîtres l'espace de vingt-huit ans. ( Voy. Cyaiare , roi des Mèdes.) Ayant levé, pour cette expédition , une armée de sept cent mille hommes , il se met en marche la neuvième année de son règne, et passe le Bosphore de Thrace sur un pont de bateaux. Les Scythes se sentant trop faibles pour lui résister , reculent à mesure qu'il avance, contents de lui livrer de tems en tems de petits combats, et toujours évitant d'en venir à Une action générale. Darius, après avoir perdu quatre- vingt mille hommes à les poursuivre jusqu'au-delà du Tanaïs , sans rencontrer ni puits, ni fontaines, par le soin qu'ils avaient eu de les boucher , m fourrages , l'herbe se trouvant

détruite ou consumée à mesure qu'il avançait * profite des ténèbres de la nuit pour faire sa retraite, iin partant il laissa Megabyse , son lieutenant , chargé de veiller à la conser-* vatiun des conquêtes qu il avait faites en Thrace. Après avoir repassé le Bosphore avec les débris de son armée , il se rend a Sardes , où pendant le séjour de près d'un an qu'il y fait , il apprend que les Scythes sont rentrés en Thrace, d'où ils ont emporté un butin considérable.

509. De retour en Perse, Darius, incapable de repos^ tourne ses armes du côté de l'orient. Mais avant de s'y transporter, il fait partir, sous le commandement de Scylax de Carie, grand navigateur, une partie de son armée, pour descendre le fleuve Indus. Scylax, avec une Hotte qu'il fit construire, pénétra jusqu'à l'océan méridional, d'où ayant pris sa route vers l'occident , il rentra dans la Perse par la mer Bouge. Darius instruit de la situation et de l'opulence du pays, se met en route pour en conquérir les richesses, et y réussit, de manière qu'il revint triomphant de ce pays, après lui avoir imposé un tribut de trois cent soixante talents, outre uue quantité prodigieuse de pierreries, qu'il en remporta. Megabyse , après la retraite des Scythes, était cependant venu à bout de rétablir les affaires des Perses, en Thrane. Otanès qu'on lui donna pour successeur, vraisemblablement à raison de mort, les maintint sur le môme pied.

5o4» Darius ne paraissait plus occupé que de pensées de paix, lorsqu'au bout de cinq ans, les troubles qui s'élevèrent dans l'île de Naxe, la plus puissante des Cyclades , réveillèrent son ambition. La populace en ayant banni les

Srincipaux habitants, ceux-ci vinrent implorer le secours 'Aristagoras, qui commandait à Milet, pour être rétablis. Aristagoras les ayant bien accueillis, mit dans leurs intérêts Artapherne , frère de Darius , et gouverneur de Sardes. Cè dernier leur envoya, sans différer, une flotte de deux cents voiles, sous la cqp)uite de Mégabaze, mais avec subordination aux ordres d' Aristagoras.

5Ô4. La rivalité qui se mit entre ces deux généraux, fit manquer l'expédition, et Mégabaze eut l'adresse d'en faire tomber la faute sur Aristagoras, que le dépit porta à se révolter. Soutenu par Histiee, que Darius, par défiance de ton crédit, avait rappelé du gouvernement de Milet, pour résider a sa çour , et renvoyé ensuite pour y pacifier les

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troubles, Aristagoras parcourt les villes d'Ionie, qu'il porta à secouer le joue des Perses et à se mettre en liberté. Hisliée les encouragea lui-même par son exemple, en se démettant de son eouvernement de Milet. Toute f lonie s'étant confédérée t la guerre est déclarée au roi de Perse. Aristagoras fait entrer les Athéniens dans celte ligue; mais il ne peut y engager Lacédémone, par le refus de Cléomène, son roi* Cléomèneeut lieu de s applaudir de ce refus, lorsqu'il apprit peu de tems après la victoire des Perses, qui dissipa la confédération. Les Ioniens, quoique abandonnes de leurs alliés, ne laissèrent pas cependant de continuer la guerre. Leur Hotte parcourut la mer Egée et l'Hellespont , où ils sou-* mirent Bizancc , avec d'autres villes , et contraignirent les Cariens et l'île de Chypre de se joindre à'eux. Les Perses T bientôt après, firent une descente en cette île, où ils livrèrent un combat , dans lequel périt le brave Aristagoras les armes a la main. Il fut remplacé par Pythagore , qui avait fait ses preuves de valeur et de capacité. Mais sa prudence le trahit par la défection subite Je ceux de Samos et de l^esbos, clans la défense de Milet, où il s'était renfermé à l'approche d'Artapherne etd'Otane, qui avaient réuni, leurs forces pour faire le siège de cette place. La flotte des Ioniens fut détruite et Milet entièrement ruiné , ainsi que les autres villes de la confédération. Hisliée, qui avait excité le soulèvement expire sur la croix, et la jeunesse milesienne de l'un et l'autre sexe est transportée en Perse.

494- Darfus ayant ainsi pacifié l'Asie mineure , pensa 4 se venger des Athéniens qu'il regardait comme les auteurs d'un incendie qui avait consumé Sardes dans la dernière guerre. Le chef qu'il choisit pour l'expédition qu'il méditait contre eux, fut Mardonius, son gendre, fils de Gobrias, habile général , à qui il ne manquait peut-être que l'expérience de son père pour l égaler- Mardonius ayant traversé la Thrace, avec ses troupes de terre, ^tra dans la Macédoine, tandis que sa flotte la côtoyarFà vue et avançait du même côté. Mais une tempête qui l'accueillit, en doublant le mont Athos, en submergea cent vaisseaux, avec perte de vingt mille hommes. Presque dans le même tems, les Bryges , peuple de Thrace, vinrent de nuit fondre sur l'armée de terre, dont elles taillèrent une partie en pièces. Ce double revers ayant obligé Mardonius de retourner en Asie , Dalis , mède de nation , qui lui fut substitué avec

Arlaphernc, fils d'un général célèbre de même nom, arriva dans PHellespont, avec une armée de cinq cent mille hommes, montée sur six cents vaisseaux. En descendant a terre , il débat a par envoyer, au nom de son maître, des hérauts dans toute la Grèce, pour demander la terre et l'eau , formule dont usaient les Perses envers les peuples qu'ils voulaient subjuguer. La plupart des villes, enrayées d'un si terrible armement, se soumirent. Mais Sparte et Athènes étaient bien éloignées de les imiter. Pour braver les menaces des Perses, les Spartiates ayant saisi les deux hérauts, jetèrent Pun dans une fosse et l'autre dans un puits, en leur disant de prendre à leur gré de la terre et de Peau. Honteux, néanmoins, ensuite, de cette violation du droit des gens , ils voulurent la réparer par des excuses que Darius parut ne pas rejeter. 11 n'en fut pas toute fois moins ardent à poursuivre ses projets sur la Grèce. La flotte persane s 'étant réunie à> Samos , fit voile vers l'île de Naxe , dont la conquête fut suivie de celle des autres îles de la mer Egée. La prise d'Erétrie , dont il se rendit maître après cela, lui ouvrit le chemin jusqu'à la plaine de Marathon , bourgade voisine d'Athènes*

4oo. Ce fut la qu'avec dix mille hommes de pied , sans cavalerie, Miltiade, général des Athéniens, secondé par Aristide et Thémistocle , remporta une victoire éclatante sur les Perses , dont l'armée était dix fois au moins plus nombreuse que la sienne. Les Athéniens ne perdirent que deux cents soldats dans cette journée, et les Perses n'en laissèrent que six mille sur le champ de bataille ; mais poursuivis dans leur déroute, ils en perdirent un bien plus grand nombre en voulant regagner leurs vaisseaux, dont sept furent pris par les ennemis, qui en brûlèrent une quantité bien plus considérable.

Darius plus irrité que découragé par cette défaite, résolut!,

Sour en effacer la honte , de marcher lui-même à la tête e son armée, contre les Grecs. Mais tandis qu'il faisait un nouvel armement pour ce dessein , une révolte des Egyp^iiens , l'obligea de se transporter chez eux , avec toutes ses forces , pour les réduire. C'était l'usage en Perse, que lorsquè le roi allait à la guerre, il nommât auparavant son successeur. Darius s'y conforma d'autant plus volontiers , qu'il était avancé en âge. Il avait six fils , trois d'une première femme f fille de Gobrias, et trois d'Atosse, fille de Cyrus, nés depuis

ou'ii était sur le trône. Artabarzane était l'aîné du premier lit , et Xercès Tétait du second. Tous deux prétendirent à la succession ; mais Xercès remporta, parce qu'il était petitfils de Cyrus, regardé comme le fondateur du nouveau royaume de Perse. Artabarzane , loin de s'offenser de la préférence accordée à son frère , alla le premier lui rendre hommage , en se prosternant devant lui , à la manière des Perses. (486.) La mort ne permit pas à Darius d'entre-

S rendre son expédition d'Egypte. Il cessa de vivre au bout 'un règne de trente-six ans, avant que ses préparatifs fussent achevés.

C'est sous le règne de Darius qu'on place, suivant l'opinion la plus vraisemblable , le fameux Zoroastre , ou Zerdusht, philosophe indien; s'étant rendu à Suze auprès du prince, il vint à bout de lui persuader sa doctrine, et d'en faire un de ses plus zélés prosélytes. Le dogme fondamental de sa religion était l'existence de deux premiers êtres, Tua principe du bien , l'autre du mal , audessus desquels était un Dieu suprême, créateur de la lumière et des ténèbres, et qui par le mélange de ces deux principes , faisait toutes choses comme il lui plaisait. « Mais pour ne pas faire Dieu auteur w du mal, il disait que Dieu n'avait originairement créé » que la lumière ou le bien ; que Le mal le suivait comme » l'ombre suit le corps, et n'était en soi qu'une privation du m bien. Cet Etre suprême et indépendant par lui-même exism tait de toute éternité , et se servait du ministère de deux » anges, l'un qui présidait à la lumière, et l'autre aux tç- » nèbres , et qui de leur mélange avaient formé tout ce qui » existe. Lorsque l'ange de lumière était le plus fort, le bien » l'emportait sur le mal ; et tout au contraire, lorsque l'ange » des ténèbres prenait le dessus. Zoroastre ajoutait que ce » combat des deux anges devait durer jusqu'à la fin du monde; m qu'alors il y aurait une résurrection universelle , et un jour » du jugement où chacun recevrait la récompense de ses » œuvres ; que les deux anges seraient séparés pour toujours, » et que la lumière et les ténèbres ne seraient plus confon- » dus. »

« Cette secte qui subiste encore aujourd'hui dans quelques » endroits de la Perse et de l'Inde, sous le nom de G aura » ou de Guerres y a retenu tous ces dogmes saris aucune va- » nation. Il est visible que Zoroastre avait puisé une partie » de ses idées dans les livres sacrés, et les avait ajustées à » l'ancienne religion des Mèdes et des Perses. Ces peuples

DES ROIS DE PERSE. 38j

m adoraient le feu comme symbole de la divinité, et entre* » tenaient des brasiers allumés sur les montagnes et en- » plein air ; mais comme ces feux étaient exposés à la pluie, » Zoroastre ordonna qu'on élevât des temples pour les y » mieux conserver. Les prêtres veillaient jour et nuit pour »"les entretenir. » (Hardion, Hist. Univ. t. 111, p. 70.) Les sectateurs de Zoroastre lui attribuent un livre qui renferme sa doctrine. Cet ouvrage apporté en France par M. Anquetil , a été traduit par lui dans le recueil qu'il a publié en 1 770 , sous le nom de Zend-Avesta , a. vol. in-4 0 .

485. Xercès après avoir acbevé dans la première année de son règne , les préparatifs commencés par Darius son père contre l'Egypte, se mit, la suivante, èn marche vers ce pays qu'il réduisit dans le cours d'une campagne, et dont il nomma gouverneur Achemène son frère. Enorgueilli par ce succès, il assembla une armée qu'on fait monter a plus de cinq millions de bouches, pour la conduire en Grèce , dans le dessein de laver la honte de la journée de Marathon. Ayant convoqué, avant de partir, les grands et les sages de ses états pour les consulter sur cette entreprise, il ne trouva de contradiction que dans Artaban son oncle ; qui en la désapprouvant hautement s'attira par là des reproches sanglans. Tous les autres s'étaient laissés entraîner par Mardonius qui le premier avait applaudi à la proposition du monarque. La guerre étant résolue, Xercès fait avec les Carthaginois, déjà célèbres par leur puissance et leurs richesses, un traité d alliance par lequel ceux-ci s'engagent à faire la guerre aux colonies grecques établies en Sicile et en Italie , pour les empêcher d'envoyer des secours au reste de la Grèce (481). Xercès après cela part de Suse la cinquième année de son règne ( IV e . de la 74 e . Olympiade), et marche à Sardes où il avait donné le - rendez vous à ses forces de terre , qu'Hérodote fait monter à 783 mille hommes. Il y passa l'hiver, et partit au commencement du printems suivant pour la Grèce (480). Arrivé à l'Hellespont , aujourd'hui le détroit de Gailipoli, il le traversa sur un pont de bateaux de la longueur de sept stades, qu'il avait^fait construire h grands frais. Pour ouvrir à sa flotte un passage en Grèce moins dangereux qu'en doublant le mont Àthos , il avait , si l'on en croit Hérodote , fait creuser, non à travers, mais derrière cette montagne % un canal assez large pour deux vaisseaux voguant de front. Avant de quitter l'Hellespont, il voulut se donner la satis^

faction de contempler toute son année et sa flotte rassemblée près d'Abydos. Etant monté , pour cela , sur ufc édifice , ce spectacle , loin de le charmer , lui arracha des larmes , ea réfléchissant que de tant de milliers d'hommes , il n'en resterait pas un seul en moins d'un siècle.

Les Athéniens , les Spartiates ou Lacédémooiens, alors les deux peuples les plus puissants de la Grèce, voyant approcher Xercès, s'arment de tout leur courage pour lui résister. Thémistocle commandait les premiers, et Léonidas, les seconds dont il était roi. Déterminé à se sacrifier pour le salut de la Grèce , Léonidas alla se poster dans le défilé des Thermopyles , entre la Thessalie et la Locride , avec trois cents des siens, auxquels se joignirent quatre mille hommes d'autres troupes ; c'était un passage de soixante pas dans sa plus grande largeur, et le seul par où Xercès pût pénétrer en Attîque. Le monarque persan l'ayant fait sommer par un héraut de lui livrer ses armes , viens les prendre , lui répondit-il avec une brièveté laconique. Les Perses, après avoir deux fois attaqué ce corps sans succès, ne savaient quel parti prendre , lorsqu'un habitant du pays leur montra un sentier détourné , vers une hauteur qui dominait les ennemis. Etant parvenus là , ils fondirent par derrière sur Léonidas et sa troupe réduite , après qu'il eut congédié les quatre mille qui le soutenaient, à trois cents personnes, qui tous périrent en vendant chèrement leur vie , à l'exception d'un seul. Celui-ci nommé Aristodème s'étant sauvé à Sparte , y fut regardé comme un lâche , et personne ne voulut avoir de commerce avec lui ; mais depuis il répara glorieusement sa faute à la bataille de Platée.

Le même jour que se donna le coml>at des Thermopyles, la flotte des Grecs, commandée par Thémistocle, pour Athènes, et par Eurybiade, pour Sparte, remporta , le 20 du moisBoédromion (a3 sept, selon Pelau), une victoire éclatante sur celle des Perses , près de Salamine , à la vue de Xercès, qui d'une éminence la contemplait sur son trône. C'est ainsi qu'ils se vengèrent du malheur d'Athènes, que les Perses venaient de livrer aux flammes. Artemjse, reine de Carie, qui avait accompagné Xercès, avec cinq vaisseaux, lui avait prédit les revers qu'il éprouvait en Grèce ; mais les voix îles flatteurs avaient étouffe la sienne , et ce prince, témoin de l'intrépidité qu'elle avait montrée à la bataille de Salamine , ne put s'empêcher de dire , qu'en cette journée les .hommes étaient devenus des femmes, et .que les femmes

étaient devenues des hommes ; enfin , quarante-cinq jours après sa double défaite, il partit pour regagner l'Hellespont, espérant de le repasser sur le pont qu'il y avait fait bâtir; mais il le trouva détruit par la tempête , et fut obligé de faire le trajet sur une mauvaise barque. Mardonius qu'il avait laissé en Grèce, avec trois cent mille hommes , loin de réparer ses perles , ne fit que les accroître et consommer l'ignominie de ce prince. Tandis qu'il séjournait enThessalie et en Macédoine , les Grecs étaient occupés à rassembler leurs forces dans l'Isthme de Corinthe. (479*) L'année suivante , voyant qu'il marchait dans la Béotie , ils vinrent à sa rencontre au nombre de cent vingt mille hommes, sous la conduite de Pausanias , roi de Lacédémone , et d'Aristide, général des Athéniens. Les deux armées étant en présence dans les champs de Platée, le 3 de BoéJromion (20 de sept, selon Peiau) , se livrèrent une bataille décisive f où Mardonius périt et toute son armée fut taillée en pièces. Le même jour l'armée navale des Grecs remporta une victoire non moins complète sur celle des Perses , près de Myeale , promontoire sur la cote de l'Asie mineure. Xercès apprit ces nouveaux revers , à Sardes , dans le sein des voluptés , où il était plongé. Alors , croyant voir les Grecs à sa poursuite , il reprit en diligence la route de Suze. ,11 passa le reste de ses jours dans la mollesse et la débauche, tandis que les Grecs faisaient sur lui des conquêtes dans l'Asie mineure , et lui enlevaient l'île de Chypre , que ses troupes néanmoins reprirent. Artaban , capitaine de ses gardes et soo favori f délivre la Perse de cet odieux souverain en l'assassinant, comme il était au lit, de concert avec l'eunuque Mithridate, dans la vingt-unième année de son règne.

465. Aitaxercès, surnommé Longubm ain, parce qu'il avait la main droite plus longue que l'autre , troisième fils de Xercès , devint son successeur , étant fort jeune, par la perfidie d'Artabao. Cet officier, après l'avoir engagé à 1 se défaire de Darius , son frère aîné , en l'accusant d'avoir été lui-mOme le meurtrier de son père, profila de l'éloignement d'Hystaspe , son second frère , satrape ou gouverneur de la Bac tri a ne, pour le placer sur le trône. Mais ayant découvert les mauvais desseins de ce scélérat , formés contre lui-même, Artaxcrcès les prévint en l'assassinant de sa propre main. 11 vengea aussi la mort de son père sur

3o,0 CHRONOLOGIE HISTORIQUE'

l'eunuque Mithridate , complice d'Artaban , en le condamnant au supplice^des auges , usité parmi les Perses. Voici ei? uoi il consistait. On enfermait le patient à la renverse entre eux auges renversés Tune sur 1 autre , en laissant passer seulement la tète pour recevoir la nourriture qu'on le forçait de prendre en lui piquant les yeux. Dans cet état, il vivait jusqu'à ce que les vers , engendrés de ses excréments^ lui eussent rongé les entrailles , ce qui n'allait pas au-delà de vingt jours.

4S9. Artaxercès, après avoir défait en deux batailles Hystaspe, son frère, qui lui disputait le trône , envoya sous les ordres d'Achemenides , son autre frère , une armée de trois cent mille hommes contre les Egyptiens , qui s'étant révoltésavaient élu pour roi inarus, prince de Libye, fils du rot Psammetique , que Cambyse avait fait mourir. Les Egyptiens, secondés par les Athéniens, étant tombés sur Aché* menide , frère d'Artaxercès , gagnèrent sur lui une grande bataille , où ce général périt avec cent mille hommes. Ceux qui échappèrent s'étant sauvés à Memphis , y soutinrent un siège de trois ans , pendant lesquels Artaxercès eut le loisir de lever une nouvelle armée. iMégabyse, fils de Zopyre^ nommé pour la commander, livra aux Egyptiens, après avoir dégagé la place , une sanglante bataille , dans laquelle Inarus blessé, perdit un grand nombre de ses gens. Les Perses ayant poursuivi ce prince dans sa retraite, l'assiégèrent aans Biblos , ville située dans une île formée par deux branches du Nil ; il s'y maintint l'espace d'un an et demi. Les Perses étant enfin parvenus jusqu'aux murs de la place, en desséchant un bras du Nil , Inarus la rendit par composition, et consentit, sous promesse de la vie sauve, d'accompagner le général persan jusqu'à Suse.

45o. Lés Athéniens, non contens d'avoir chassé les Perses de l'Europe, voulurent encore leur enlever l'île de Chypre, et dans ce dessein , ils firent partir une flotte de deux cents voiles , sous les ordres de Cimon , fils^de Miltiade , pour cette expédition. Ce général, après s'être rendu maître de plusieurs places et avoir battu Artabaze, qui était venu au secours de Tile , avec une flotte de trois cents voiles , alla faire une descente en Cilicie , où il défit Mégabyse qui commandait une armée de trois cent mille hommes , après quoi il revint en Chypre pour en achever la conquête. Ce fut alors qu'Artaxercès , las d'une guerre si ruineuse fit demander aux Athéniens la paix, et i obtint aux conditions suivantes^

i°. tjue toutes les villes grecques d'Asie jouiraient d'une pleine indépendance ; 2 0 . qu'aucun vaisseau de guerre persan n'entrerait dans les mers qui s'étendent depuis le Pont- Euxin, jusqu'aux côtes de Pamphylie ; 3°. qu'aucun général persan n'approcherait de ces mers , à la distance de trois jours de marche; 4°« que les Athéniens n'attaqueraient plus aucune des possessions du roi de Perse (4id)> Ainsi finit, la quatrième année de la quatre-vingt-deuxième olympiade, la guerre qui durait depuis cinquante - un ans entre les Perses et les Grecs, par une paix aussi honteuse pour les premiers , que glorieuse pour les seconds.

44& Le roi d'Egypte Inarus restait toujours captif à Suse. La reine A me si ris, qui, depuis cinq ans, ne cessait de demander au roi, son fils , que ce prince lui fût livré, obtint enfince qu'elle désirait. L'ayant en son pouvoir, elle le fit meltrc en croix par une perfidie insigne , et fit trancher la tête aux

Saisonniers qui l'avaient accompagné , pour venger la mort 'Àchémenides. Megabyse, indigné de cette atrocité, se relira dans son gouvernement de Syrie , où il ne tarda pas à lever l'étendard de la révolte. Deux armées qu'Artaxcrcès employa successivement contre lui , ayant été défaites , Amytis , sa femme , sœur du roi , vint le trouver avec Artanius , son frère , pour l'engager à rentrer dans le devoir, et ils y réussirent.

4^4. Artaxercès termina ses jours dans la quarante-unième année de son règne , laissant son fils qui suit , le seul qui lui restait d'un légitime mariage. Mais il en avait dix-sept autres nés de ses concubines.

XercÈs II, fils d'Artaxercès , qui l'avait nommé pour lui succéder, ne jouit du trône que l'espace de quarantecinq jours. Sogdien , l'un de ses frères naturels , de concert avec ( eunuque Pharnacès , l'assassina un jour de féle , comme il était pris de vin.

Sogdien s'étant emparé du trône après la mort de Xercès H , voulut encore s y affermir par un autre fratricide. Mais Ochus,sur qui tombaient ses mauvais desseins, s'étant mis en garde , intéressa pour sa défense les grands et les gouverneurs des provinces, qui mirent la couronne sur sa tête, et le proclamèrent roi. Sogdien lui ayant été livré, fut condamné à un nouveau genre de supplice, qui fut ensuite

3û2 chronologie htstomoue

commun en Perse. Ce fut celui de la cendre. Do haut d'une des plus hautes tours , on le précipita la tête la première dans un très-grand monceau de cendres qu'on ne cessa de remuer jusqu'à ce qu'elles l'eussent étouffé. C'est ainsi qu'il périt après six mois et quinze jours de règne, (Ctes. 1. 47 » Diod. SicuL , 1. XII. ).

' Oo.hus, à son inauguration , changea son nom en celui de Darius, auquel on ajouta depuis celui de Nothus ( Machab. 1. 11-, c. i'6. ) Le trône lui fut disputé par Arsite, son frère, appuyé de quelques troupes grecques conduites par Artyphius. fils de Mégabyse. Ce ne fut qu'après one troisième bataille qu'il devint maître de sa personne. L'ayant en son pouvoir , il le fit périr dans les cendres , à la sollicitation de Parysatis, sa femme , et en même tems sa sœur du côté paternel.

4 1 4> Nouvelle conspiration formée contre lui par Pisy thnès » gouverneur de Lydie , à qui Lycon , capitaine Athénien , amena des troupes de sa nation. Thissapherne , envoyé contre ce rebelle , vint à bout de débaucher son armée et de l'engager à recourir à la clémence du roi , qui , loin de lui pardonner, lui fit expier son crime dans la cendre. Ce supplice n'empêcha pas Artoxare, le premier et le plus favorisé des eunuques , d'aspirer au sceptre ; mais trahi par sa femme, il fut livré à la reine Parysatis, qui lui fit souffrir une mort honteuse et cruelle. Amyrtée, qui sous le règne d'Inarus , roi d'Egypte , s'était caché dans le marais de ce pays après la défaite de ce prince, reparut sous le règne de Darius, et s'étant fait adjuger la couronne d'Egypte par un certain nombre de ses Compatriotes et d'Arabes, il tint tête au roi de Perse l'espace de six ans.

De Parysatis , sa femme , Darius avait deux fils , Arsace né avant qu'il montât sur le trône , et Cyrus né depuis qu'il y était parvenu. Celui-ci , qu'il avait fait gouverneur des provinces de r Asie mineure (4$/) ♦ prétendit lui succéder. Plein de cette idée , et se regardant déjà comme pourvu , il avait fait mettre à mort deux fils d'une sœur de son père , parce qu'en paraissant devant lui , ils avaient manqué de se couvrir les mains de leurs manches , suivant le cérémonial qui s'observait alors en présence du roi. H fallut que la reine usât de tout le pouvoir qu'elle avait sur l'esprit de son époux , pour sauver à ce fils la peine du talion qu'il

BBS ROIS DE PEftSB* 3o,3i

Vtrabit lui foire sabir. Darius termina sa carrière après un règne de dix - neuf ans.

4o5. Arsacb, fils aîné de Darius et de Parysatis, prit, en lui succédant, le nom d'ÀRTAXERCÈS , auquel on ajouta le surnom de Mu bmon à cause de son excellente mémoire. Ce furent les prêtres de Bellone qui le sacrèrent suivant l'usage dans le temple de Pasargade. Un de ces prêtres lui ayant appris que Cyrus avait eu le dessein de l'assassiner dans ce même temple , il voulut le faire mourir, et ne fut appaisé que par leur mère Parysalis , qui réussit même à lui faire conserver le gouvernement des provinces maritimes de l'Asie mineure.

Mnémon avait épousé , du vivant de son père , Statira , fille d'Hidarne , l'un des premiers seigneurs de Perse. Elle avait un frère. nommé Teriteuchme , à qui Darius Molhus donna sa fille Amestris en mariage. Celle - ci avait une sœur nommée Roxane, dont Teriteuchme devint amoureux au point de vouloir l'épouser en tuant sa femme Amestris. Darius prévint ce dessein en faisant assassiner Teriteuchme par Udiaste , l'un de ses gardes. Toute la famille d'Hidarne fut livrée à Parysatis, pour exercer sur elle > le traitement qu'on avait voulu faire subir à sa fille Amestris. Cette cruejle princesse fit scier en deux Roxane, la cause innocente du mal. Tous les autres furent décapités , à l'exception 6)e Statira au'elle accorda aux larmes d'Arsace , grâce dont elle eut lieu dans la suite de se repentir. Tel était l'état des choses quand Darius vint à mourir.

Sutira, dès qu'Artaxercès-Mnémpn fut sur le trône v fit expier à Udiaste , par les plus cruels Éourmens, la part qu'il avaie eue à la ruine de sa maison. Parysatis exerça de même sa fureur contre Mithridate , fils d'Udiaste, en l'empoisonnant , quoiqu'il eût détesté le crime de son père. (Ctesias in Persïde.}

Le pardon que Cyrus avait obtenu du roi son frère , n'avait point étouffé en lui les mouvemens de l'ambition. Déterminé a supplanter ce monarque , il engagea Cléarque , général lacédémonien , à lever pour lui une armée de troupes grecques , sous prétexte d'une guerre que les Lacédémoniens se proposaient de faire en Thrace. Le célèbre Alcibiade , athénien , démêla sans peine le but de cet armement. Il s'achemina pour en aller instruire le roi de Perse ; mais sûr la route on trouva moyeu de se défaire de lui. Tissapherne, 11. 5o

Sy4 CHRONOLOGIE HIOTOIIQUE

général persan , ne fut pis moins clairvoyant qu'Àîcibiade, Il parlit de Milet pour aller informer Artaxercès des desseins de son frère. Mais Cyrus parti de Sardes, était dès-lors en marche oour la Perse , a la t6te de treize mille grecs et de cent mifle hommes d'autres troupes barbares. Après une longue et pénible marche, il arriva dans la province et campa dans les plaines de Cunaxa^ où il trouva son frère à la tête de nenf cent mille hommes, prêt à lui livrer bataille. Les deux armées presque aussitôt en vinrent aux mains. Les Grecs attaquèrent avec tant d'impétuosité celle du roi, que l'aile qui leur était opposée ayant été mise en déroute, ceux qui environnaient Cyrus le proclamèrent roi. Mais ce prince ayant observé que dans ce moment Artaxercès faisait un mouvement pour le prendre en flanc , il -court a lui avec six cents chevaux , tue de sa main Artagersès , capitaine de ses gardes , et découvrant ensuite son frère , il s'eorie : Je 4e vois. Piquant aussitôt vers lui, il lui lance son javelot, le blesse é l'estomac et tue son cheval. Tandis qu' Artaxercès est à terre , Cyrus lui fait une seconde blessure, qui ne l'empêcha pas de monter sur un autre cheval. Les gardes du roi voyant son frère prêt à lui porter un nouveau coup , accablent celui-ci de traits dont il fut percé , dans le tems on' Artaxercès le frappait de sa javeline. Les seigneurs attachés à Cyrus ne voulant pas lui survivre , se firent tuer auprès de son corps ; preuve certaine , dit Xénophon , qu'il savait bien choisir ses amis , et qu'il en était sincèrement aimé. Le roi son frère eut la bassesse de faire couper la t&e et la main droite à son cadavre. ,

4o i . La mort de Cyrus jeta les Grecs dans le 'plus cruel «mharras. Ce ne fut que le lendemain de la bataille qu'ils apprirent la triste nouvelle de cet événement, en venant «de repousser Tissapherne , qui avait marché a leur poursuite. Dépourvus de vivres et de bagages, ayant un espace immense à parcourir dans un pays ennemi , des fleuves, des rivières et des défilés sans nombre à traverser, pour regagner leur patrie, réduits au nombre de dix mille hommes tout au plus, rien ne les étonne ; ils osent encore, avec la ner*é -que la victoire inspire , envoyer la couronne a Artaxercès* parce que, disaient-ils, c'était aux vainqueurs à la donner. -Pour réponse, le roi leur fit demander leurs^armes. la réplique fut qu'il n'avait qu'à venir les prendre. Ils font * plus; ils offrent généreusement leur amitié à ce prince. <» On négocia sansïruit; les Grecs .entourés d ? une «rmec

DES ROIS DE PERSK. 3g5

» victorieuse, parlaient avecautant de fierté que s'ils eussent » été dans le centre de leur patrie. Ils s'avancèrent avec une » contenance audacieuse vers 1 armée du roi , qui , étonné » de ce mouvement, leur offrit la paix. On convint de les » escorter; ils avaient plus de huit cents lieues de pays à » parcourir. Ils entreprirent et exécutèrent sans autres pro-»

* visions que leur courage, cette belle retraite, connue » sous le nom de retraite des dix mille. ( Af. Turpin.) » Cléarque la commença ; mais Tissapherne l'ayant fait » assassiner par une lâche perfidie, Xénophon, disciple de

* Soc rate , aussi bon philosophe que grand capitaine , fut x> chargé du commandement, et les Grecs durent en grande » partie leur salut à sa valeur et à sa conduite. 11 a écrit

* lui-même l'histoire de l'expédition de Cyrus et de la re-

* traite des Grecs ; et cet ouvrage , qui a fait l'admiration p de toute L'antiquité, s'est conservé jusqu'à nos jours. » ( Hardion. )

La tranquillité que le départ des Grecs rendit à la Perse j ne s-'étendit point à la cour d'Àrtaxercès. Deux princesses , Parysatis, sa mère , et Slatira t sa femme, y entretenaient le trouble par leurs divisions. La première, à qui le crime ne coûtait rien , trouva moyen, de se défaire de l'autre par le poison. Le roi , qui aimait tendrement sa femme , ne put pardonner à sa mère cette atrocité. L'ayant reléguée à Jôabylorte , il était résolu de ne plus la voir ; mais sa douleur •'étant calmée avec le tems , il eut la faiblesse de la rappeler et de lui laisser reprendre le premier ascendant qu'elle avait sur son esprit.

4oo* Tissapherne , après la mort de Cyrus , fut renvoyé dans son gouvernement de l'Asie mineure , et revêtu de la même autorité que ce prince y avait exercée. Mais loin de travailler à se concilier l'estime et rattachement des villes grecques de son département, à l'exemple de Cyrus , il ne parut occupé qu'à les opprimer. Ayant implore le secours des Lacëdérnoniens , elles en obtinrent on corps de troupes ctttnmarKté par Dencytlklas, habile général et ingénieux à inventer de nouvelles machines de guerre. Tissapherne avait pour collègue dans un département voisin du sien , Pharnatasé, avec lequel il était en discorde. Le général lacédé* raorrien s'en étant aperçu, fit trêve avec le premier, et étant entré dans la province du second , il y m des conquêtes que celui-ci lui abandonna par un traité qu'ils coa#»

durent ensemble. Pharnabase s'étant ensuite renthrala cour de Perse, accusa Tissapherne d'intelligence avec l'ennemi commup. Le roi , par son conseil , 6t équiper sur les côtes de Phénicie erde Syrie une flotte considérable, dont il donna le commandement à Conon , célèbre athénien , qui, banni de sa patrie, s'était retiré en Chypre. Les Lacédémoniens instruits que cet armement était destiné contr'eux, envoyèrent Agés ilas , un de leurs rois , en Asie , pour y faire diversion* Trompé par Tissapherne, qui lui. avait promis que son mai trc laisserait en liberté les villes grecques d'Asie, Agésilas feignit de vouloir envahir la Carie. Mais aussitôt qu'il vit l'élite des troupes persanes entrées dans cette province, il tourna les siennes vers la Phrygie, d'où il remporta un butin immense à Ëphèse , où il passa l'hiver* La campagne suivante , Agésilas ayant fait publier qu'il marchait en Lydie , le général persan regardant ce bruit comme une ruse, crut qu*il en voulait à la Carie , pays montueux , et en conséquence y envoya toute son infanterie , ne se réservant que sa cavalerie. Bientôt il apprit qu' Agésilas était effectivement en Lydie, et se disposait à faire le siège de Sardes. Il y accourt avec toute sa cavalerie. Dès qu' Agésilas l'aperçut, il se hâta de lui livrer bataille avant que son infanterie l'eût rejoint. L'ayant mis en fuite dès le premier choc, les Lacédémoniens pillèrent le pays à leur aise avant de se retirer ($96).

Le roi de Perse ne put pardonner à Tissapherne la déroute que son armée venait d'essuyer. Excité par sa mère Parysatis , ennemie déclarée de ce général , il fit partir Ti~ thrauste , capitaine de ses gardes, avec des ordres secrets de le mettre à mort. Tithrauste l'ayant attiré auprès de lui sous prétexte de concerter ensemble les opérations de la campagne prochaine , lui ût couper la tête qu'il envoya en Perse, où Parysatis, en la contemplant, eut la cruelle satisfaction de voir la mort de son fils Cyrus vengée sur celui qu'elle en croyait le principal auteur.

394. Quelque tems après , Agésilas fut rappelé à Sparte par leSfEphores, pour «défendre cette république contre ses voisins qui s'étaient laissés gagner par l'argent du roi de Perse, pour se déclarer contre elle. En partant, il ne put s'empêcher de dire que le roi de Perse le chassait d'Asie avec trente mille archers. Il entendait par là les monnaies dariqnes sur lesquelles était empreinte la figure d'un archer. A peine avait il passé le Bosphore f que Conon

et Pharnabase vinrent attaquer dans la rade de Cnide avec une flotte de cent vaisseaux, celle de Lacédémone , commandée parPisandre, beau -frère d'Agésilas. Malgré la brave défense de cet amiral , qui était inférieur en forces, la première remporta une pleine victoire qui ruina sans ressource les affaires de Lacédémone en Asie. On vit bientôt les alliés de celle-ci se détacher d'elle , et plusieurs se joindre à ses ennemis. 11 n'y eut de ville que Seste et Abyde qui lui restèrent, fidèles. Conon ayant parcouru les îles Cyclades en vainqueur, revint au port d'Athènes (3g3) avec quatre- - vingt vaisseaux chargés de dépouilles qui furent employées à rebâtir les murs d'Athènes et ceux du port avec le mur qui communiquait de l'un à l'autre. Ce qu'on trouve ici de remarquable , c'est que la ville d'Athènes fut rebâtie par les Perses qui l'avaient détruite , et fortifiée aux dépens des Lacédémoniens qui l'avaient démantelée. (Corn. Nep. in Conon. ) Ces derniers se voyant abandonnés de tous leurs alliés 9 cherchèrent à se venger de Conon , et députèrent à Té ri base , gouverneur de Sardes ,- un de leurs concitoyens nommé Antalcide, pour accuser Conon d'avoir formé le dessein d'enlever aux Perses l'Eolide et l'ionie. Téribase, sur cette accusation , fit arrêter Conon , dont .l'histoire ne parle plus depuis, ce qui a donné lieu à -plusieurs écrivains de dire qu'ayant été conduit à Suse par Téribase , Conon y avait été mis à mort. Mais le silence que garde làdessus Xénophon, son contemporain , rend la chose trèsdouteuse. Téribase , effectivement , s'était rendu en Pérse pour y porter au roi le projet de paix qu'il avait arrêté avec le député de Lacédémone. Le roi l'ayant approuvé , Téribase, à son retour, assembla les villes grecques pour leur en faire la lecture (S87). H portait en substance que toutes les villes grecques d'Asie appartiendraient au roi , que les autres villes resteraient libres et indépendantes ; que le roi rendait aux Grecs les îles de Lemnos , de Scyros et d'Imbros , et gardait celles de Clazomène et de Chypre. C'est ce qu'on nomme la paix d'Antalcidas , traité honteux qui livrait aux Perses tous les établissemens que les Grecs avaient en Asie défendus par Agésilas avec tant de valeur et de succès.

Depuis trois ans, Evagoras, issu des anciens rois de Sa—' lamine, capitale de Chypre, disputait cette île au roi de Perse, avec le courage et l'habileté d'un grand capitaine. Les Athéniens, dont il était allié, ne purent s'empêcher, malgré le traité qu'ils avaient fait avec la Perse , de lui fournir du

Zçfi CHRONOLOGIE HISTORIQUE

secours. II en reçut aussi Je l'Egypte, et par- la réussît è mettre la flotte et l'année des Perses dans la plus grande détresse. Mais Achoris, roi d'Egypte, lui ayant manqué dans la suite, il fit , après une guerre qui avait conté on-* quante mille talons au* Perses, un traité, par lequel il retint Salami ne , abandonnant le reste de l'île à ses ennemis. ( Iso* craie in koog. )

3^4. Artaxercès ayant terminé la guerre de Chypre , porta ses armes , on ne sait par quel motif, dans le pays dés Cadusiens, peuple situé dans les montagnes qui séparent le Pont** Euxin de la mer Caspienne. L'armée qu'il envoya, trop nombreuse pour être en état de subsister dans un climat stérile , se trouva bientôt réduite a la plus cruelle famine. Te ri base qui ae trouvait dans l'armée persane comme prisonnier, après avoir été supplanté par Oionte , son accusaleur, imagina un stratagème pour le sauver. Les Cadusiens avaient deux rois, campes séparément avec leurs troupes» Ter i base les alla trouver l'un après l'autre, en persuadant à chacun qne son collègue traitait avec l'ennemi. Cette ruse eut l'effet qu'il désirait. Les deux princes rivaux s'empressèrent à l'envi d'aller faire leur paix avec le roi dé Perse, et y réussirent.

• , 377. Il ne restait an roi de Perse, pour assurer sa parfaite tranquillité, qu'à réduire l'Egypte. Il fit pour cet effet dé grands préparatifs , tandis qu'Actions', qui régnait toujours en ce pays , faisait les siens pour se mettre en état de défense. Un grand nombre de Grecs et d'autres troupes auxi- • lia ires vinrent au secours de ce dernier, sous le commandement de Chabrias, athénien. Pharnabase voyant arriver ce général, fit, au nom de son maître , de grands reproches aux Athéniens , d'avoir ainsi oublié les obligations qu'ils lui avaient. En conséquence, on rappela Chabrias, et Iphicrate fut envoyé pour se mettre à la tête des Grecs, qui étaient an service de la Perse. Tandis que ce général formait les Perses à la discipline militaire, Achoris mourut, et eut rapidement trois successeurs, dont le dernier était appelé Nectanebys. La guerre que firent en Egypte les Perses et les Grêcs (374) , après avoir fait des préparatifs immenses, n'eut aucun succès par la mésintelligence des chefs.

36a. Douze ans s'écoulèrent sans qu* Artaxercès parut s*octuper de l'Egypte ; mais à la fin il sortit de son espèce d'éd»

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gourd isseraent. Tacbos régnait alors en Egypte. Ayant fait alliance avec les Lacédémoniens , il en obtint un corps de troupes , commandé par leur roi Agésilas. Tachos ne vit dans ce prince , alors âgé de quatre-vingts ans, qu'un vieillard décrépit, dont la ligure, l'habillement ci les manières contrastaient parfaitement avec le luxe et la mollesse de la cour d'Egypte. Au iieu de lui donner le commandement de ses troupes , Tachos le retint pour lui-même. Mais ayant voulu 1 transporter le théâtre de la guerre en Hiénicîe , il irrita par là ses sujets , qui , s'étant révoltés , lui substituèrent son fils Nectanébys , qui fut le second de son nom. lie roi d'Egypte détrôné , se sauva en Perse, où il fut élevé au commandement des armées.

Parvenu à une extrême vieillesse , Artaxercès pensa a dé* signer son successeur : d'ATOSSA , son épouse , il avait trois fils, Darius , Ariaspe et Ochus, et cent quinze de ses difTé~ rentes concubines. Darius obtint la préférence sur tous ses frères. Mais ce fils dénaturé , sur le refus que fit son père de lui laisser Aspasie , Tune de ses concubines, forma, par le conseil de Téribase , une conspiration contre ses jours. Elle fut découverte par uu esclave , et Darius fut tué de la main de son père , en lui demandant pardon. Téribase périt les armes à la main en se défendant. Ochus avait deux concurrents dans l'esprit de son père, Ariaspe, son frère légitime, et Arsame , né d'une concubine. Il engagea le premier à se donner la mort, en lui persuadant, par ses émissaires, que son père lui préparait un supplice aussi cruel qu'ignominieux. Il se délit du second en le faisant assassiner. Artaxercès fut si pénétré de ce double événement , qu'il ne put y survivre. Sa mort arriva dans^ la quatre-vingt-quatorzième année de son âge , et la quarante-sixième de son règne. Ou fait l'éloge de sa douceur et de son humanité ; mais on ne lui pardonne pas son infâme lasciveté, qui le porta même à

épouser sa propre fille.

359. Ochus, dont le>prénom était Darius, se voyant généralement détesté comme le meurtrier de ses deux frères V tint cachée la mort d'Artaxercès , son père , jusqu'à ce qu'il se vit aifermi sur le trône. Dans cet intervalle, tout s'expédiait au nom du prince défunt, et tout portait l'empreinte de son sceau Enfin , après environ dix mois, croyant son autorité assez bien affermie , il se fit proclamer roi par tout l'empire, et. prit le nom d'ÀRTAXBRGÈs Ochus (en per*

san Ochosveros , ou Achasveros) : mais à peine cette publication eut -elle été faite, que la Syrie, la Phénicie et toute l'Asie mineure, se révoltèrent contre lui. Les principaux chefs de ce soulèvement forent Ariobarzane , gouverneur de Phrygie ; Mausole , roi de Carie; Oronte, gouverneur de Mysie; et Antopradatc, gouverneur de Lydie, auxquels se joignit Datame , le plus brave d'entre eux, gouverneur de Cappadoce. Mais la mésintelligence s'étant bientôt mise parmi ces chefs , les affaires du nouveau roi , qui paraissaient désespérées , se rétablirent en peu de tems. Datame fut le seul qui soutint le poids de la rébellion. S'étant rendu maître de ta Paphlagonie, il s'y maintint jusqu'au moment qu'il fut assassiné par Mithridate, qu'il avait comblé de bienfaits. {Cornet. Nepos in cit. Dutamis.) Ochus alors donna un libre cours à la férocité de son caractère. Pour couper la source des révoltes , il fit main-basse sur tous les princes de sa maison, et n'épargna pas même sa saur Ocha, qu'il fit enterrer vive. Il traita, avec une semblable barbarie, tous ceux qui lui faisaient ombrage. Artabase, gouverneur d'une province de l'Asie , ayant le même sort à craindre , le prévint en secouant le joug de la Perse. Charès , général athénien, avait alors sous ses ordres une flotte et *in corps de troupes grecques. Artabase l'ayant attire dans son parti , défit , avec son secours , une armée de soixante «t dix mille hommes , que le monarque persan avait envoyés contre lui. Mais bientôt après, les Athéniens, intimidés par les menaces de ce prince, se déterminèrent à rappeler Charès. Artabase, abandonné de ses alliés, eut recours auxThébains, qui lui fournirent, sous la conduite de Pammenès, cinq mille nommes, dont la bravoure servit à lui faire remporter deux grandes victoires sur les Perses. (354.) EJle lui eût procuré d'autres avantages , si trois cents talents qui leur furent comptés par ordre d'Ochus, ne les eussent point séduits et engagés à reprendre la route de leur pays. Artabase alors destitué de tout secours étranger, succomba enfin, et fut obligé d'aller chercher une retraite chez Philippe, roi de Macédoine. (Diodor. Sîcul., liv. XVI.)

353. La mort de Mausole, roi de Carie, suivit de près cette désertion. Ce prince, par un abus commun en Orient, avait épousé sa sœur Artemise, qui ne cessa de le pleurer «près l'avoir perdu. Non contente de lui payer le tribut de tes larmes, elle fit publier dans la Grèce un prix considé^

DES ROIS DE PERSE. 4oi

rafale pour son oraison funèbre. Plusieurs orateurs , à l'appât d'une récompense brillante jointe à l'envie de se signaler, se rendirent à tialicarnasse, pour y disputer le prix. De toutes les pièces composées à ce sujet , il ne nous reste que celle d'isocrate, ou d'un de ses disciples sous son nom. Art émise n'en demeura point là ; pour laisser à la postérité un monument éternel de sa tendresse , elle appela les sculpteurs les plus habiles > et leur fournit des sommes immenses pour Construire à Mausole un cénotaphe, tel qu'on n'en avait pas encore vu. Ce tombeau, qui était de marbre, formait un carré long, dont la circonférence était de quatre cent onze pieds sur trente-sept de haut , environné de trente-six colonnes superbes. Ce monument, compté parmi les sept merveilles du monde, a fait donner lé nom de Mausolées à tous les tombeaux dont on a voulu faire l'éloge.

Ochus, fidèlement servi par ses satrapes dans leurs gouvernements , continuait d'irriter , par ses vexations , les peuples qui lui étaient spumis* Les Phéniciens éclatèrent les premiers, et s'étant ligués avec Nectanebys II , roi d'Egypte, ils chassèrent leurs gouverneurs, déclarant qu'ils voulaient recouvrer leur indépendance, Ochus faisait alors des préparatifs pour réduire L'Egypte (35 1). Nectanebys envoya aux Phéniciens Mentor le Khodien , avec quatre mille Grecs,

Ï>our soutenir leur révolte. Bientôt les Cypriots , également as de la tyrannie des Perses , suivirent l'exemple des Phéniciens. Ochus chargea ldriée , roi de Carie , frère et successeur de Mausole , d'armer contre ces rebelles. Le pririte carien mit à la tête de sa flotte Phocion d'Athènes et Evagoras , petit-fils du fameux prince de ce nom , nui avait combattu avec tant de gloire contre les Perses, il servait alors les ennemis de ses aïeux pour recouvrer avec leur protection le trône que Protagoras, son oncle , avait usurpé sur lui. Ces deux généraux éjant descendus en Chypre, entreprirent le siège de Salamine, et échouèrent devant cette place par la brave défense des habitants. Ochus, dans ces entrefaites , était en marche avec trois cent mille hommes de oied et trente mille chevaux pour remettre sous le joug la Ptiénicie et l'Egypte. Mentor, qui était alors à Sinon, effrayé aux approches d'une armée si prodigieuse , traita, par le moyen d'un de ses amis, avec le roi de Perse, en s'offrant non-seulement de le rendre maître de Sidon , mais de passer lui-même à son service avec les troupes grecques qu'il commandait. Ces offres acceptées , il engagea II. 5i

4oa CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Tennès, roi de Sidon, à se remettre à la discrétion d'Ochus; Les Sidoniens ne furent pas d'aussi bonne composition. Sè voyant trahis par leur souverain , ils s'enfermèrent dans leurs maisons, et y ayant mis le feu ils périrent dans les flammes au nombre de quarante mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. Tennès ne recueillit de sa trahison que le mépris et l'indignation d'Ochus, qui le fit égorger sur les débris de la ville qu'il lui avait livrée.

35o. LaPhénicie ainsi réduite t Ochus reçut favorablement les soumissions que vinrent lui faire les ambassadeurs des neuf rois qui dominaient dans autant de villes de Chypre. En laissant à ces princes la pleine jouissance de leur autorité, il ne leur imposa point d autre loi , que l'obligation de reconnaître leur dépendance de sa couronne. Ce qui le rendit si indulgent a leur égard, c'était l'empressement qu'il avait d'aller subjuguer l'Egypte. Parvenu aux frontières du royaume qui lui restait à conquérir , il divisa son armée en trois corps commandés chacun par deux chefs , l'un persan et l'autre grec. Le premier détachement alla camper devant Péluse, ville située à l'embouchure du bras le plus oriental du Nil, , et défendue par cinq mille grecs, que Nectanebys avait à sa solde. Perdant que Lacharès en formait le siège, un autre détachement des Perses, en remontant le Nil, pénétra jusqu'à l'intérieur de l'Egypte. On en vint à une action, où Cl i ni us de Cos, général des troupes égyptiennes, perdit la vie. La garnison de Péluse qui se crut alors perdue, fit son traité avec les Perses, dont une des conditions fut la liberté de retourner en Grèce avec tous ses effets. (Diodor Sicul. , l. XVI.) Nectanebys, perdant alors tout espoir, se sauva, avec tous ses trésors, en Ethiopie, d'où il ne revint plus. Depuis ce tems l'Egypte devint une province de la Perse , jusqu'à la ruine de ce dernier empire. Ochus, après avoir fait démanteler toutes, les places fortes de l'Egypte et pillé les temples , retourna triomphant à Suse chargé de richesses immenses. Mentor le rhodien , qu'il avait nommé gouverneur des côtes de l'Asie , acheva de réduire par la force ou par stratagèmes , les provinces qui n'avaient pas encore subi le joug. Rendu à sa cour, Ochus s'y plongea dans la volupté , laissant le soin des affaires à l'eunuque ftagoas ; mais ce ministre, égyptien de naissance, conserva, malgré la haute faveur dont il jouissait , un violent ressentiment contre son maître , pour les outrages qu'il avait faits aux divinités de son pays. Le taureau , que les Egyptiens

adoraient sous le nom d'Apis , ayant été tué . par ordre de ce prince et servi à la taule de ses gens , Bagoas véngea la mort de cet animal , en faisant empoisonner l'auteur de ce prétendu sacrilège , dans la vingt-unième année de son règne (338). 11 fit plus, après avoir fait enterrer un autre cadavre à la place de celui d'Ochus , il fit hacher le sien pour en faire la pâture des chats , et employa ses os à laire des manches d'épée.

Arses , le plus jeune des (ils d'Ochus , fut le seul de ses enfants à qui Bagoas conserva la vie après avoir exterminé tous les autres. Mais ce ministre , en le plaçant sur le trône, ne lui laissa que le titre de roi , se réservant toute l'autorité <lu gouvernement. Cet état de servitude lassa en peu d'années la patience d'Arsès. Bagoas s'apercevant qu'il voulait exercer les droits de la royaulé, se défît de lui en le faisant assassiner la troisième année de son règne , suivant l'opinion la plus commune (336). Ce qu'il y a de certain , c'est que tous les anciens font durer soixante -neuf ans les règnes, collectivement pris, de Mémon , d'Ochus et d' Arses.

336. Darius , surnommé Codoman , le seul prince qui restât de la famille royale, issu de Darius-Nothus, parson père Ârsame , fut placé sur le trône par Bagoas, qui espérait de régner sous son nom. Il était alors gouverneur d'Arménie, dignité qu'il avait méritée pour avoir tué dans la guerre des Cadusiens, unhravede cette nation, qui avait délié l'armée persane de fournir un champion pour se battre contre lui. {Plutarch. in Ahxandro.)

Bagoas ne tarda pas à s'apercevoir qu'il s'éfait donné un maître actif et vigoureux dans la personnede Darius. Résolu de s'en défaire , il lui fit préparer un poison subtil. Mais le monarque, instruit de son dessein , l'obligea d'avaler la coupe funeste, lorsqu'elle lui fût présentée. Elle fit promptement son effet ,. et par-là ce monarque , en délivrant la Perse du meurtrier de ses rois, crut s'assurer la tranquille possession de sa couronne. Mais il avait loin de lui un rival qui se préparait à lui enlever cette même couronne par la voie des armes. (î'était Alexandre, fils et successeur de Philippe, roi de Macédoine. Arrivé , la troisième année de son règne, à Seste , en vingt jours de marche , avec une armée peu nombreuse , mais toute composée de soldats vétérans , iï

4°4 CHltOttOtOGlE MST6RIQUE .

pasie eti Phrygie , et remporte sur les Perses , qui Faffen>* uaient sur les bords du GranîquC (334) i une victoire qui fè rendit maître depresque toute 1 Asie mineure. Mnémonle rhodien , toujours fidèle à Darius, avait conseillé a ses généraufc d'éviter le combat et d'affamer l'ennemi en ruinantes campagnes. Mais l'opposition intéressée d'Arsife , gouverneur dû pays, l'emporta sur son avis. De l'Asie mineure , Alexandrfe pénétra dans la haute Asie ; Darius faisait alors les plu* rands préparatifs pour venir en personne au-devant de lui. Inémon lui donna un conseil très -sage qu'il approuva; ce fut de transporter le théâtre de la guerre en Macédoine , pour obliger Alexandre à revenir Sur ses pas , ou du moins a renvoyer une partie de ses forces pour défendre ses prç>pres états. Ayant rassemblé dans Prie de Cos la flotte que 1èr monarque lui fournit , Mnémon partit de là pour aller sfe rendre maître des fies de Chio et de Lesbos, qui firent peu dé résistance , excepté la ville Je Milylène , qui soutint un siège , durant lequel il mourut. Sa perte fut u\n coup fatâl pour Darnis qui» n'âyânt personne pour le remplacer, fut contraint de rappeler lès troupes qu-'il lui avait confiées, potir lesemA ployer en Orient. Alexandre cependant marchait à grandes journées au-devant de Darius qui s'avançait, de son côté, à la tête de cinq cent mille hommes, dvec l'attirail du luxé et de la nécessité indispensable dans une si grande armée r et suivi de Sisygambis , sa mère , de Statirà , sa femme, dfe son fils , de ses deux filles et de son sérail. (333.) Les deu* armées se rencontrent vers minuit, près de la ville d'Issus, en Cilicie, dans uti lieu fermé d'un côté, par les montaenes et de l'autre t par la mer. Dès que le jour paraît , le soldat macédonien , impatient de venger ses camarades infirmes , que Darius avait fait massacrer dans Issus, demande à grands cris la bataille, qui s'engage sur-le-champ. La première ligne dès Perses enfoncée , se renverse sur la seconde , et celle-ci sur la suivante , ce qui entraîna une déroute universelle. Darius, monté sur son char, s'étant retiré de là foule avec peine , s'enfuit jusqu'aux montagnes, sans arc, sans bouclier, et sans aucune marque de la TOyauté. Alexandre, après l'avoir poursuivi vainement jusqu'au soir, revient dans son camp , qu'il trouva enrichi des dépouilles de l'ennemi et rempli de prisonniers. La mère de Darius, sa femme et ses enfants lui sont présentés. C'étaient autant d'esclaves, suivant les lois de la guerre. Le conquérant, loin d'user de

©ES ROIS DE PERSE. faS

ses droits, prodigue les attentions et les égards à cette famille infortunée. Il prend entre ses bras le fils de Darius , encore enfant , qui sans s'étonner l'embrassé. ( Quinie Curce.)

33 t. Dernière bataille livrée par Alexandre à Darius , dans l'Assyrie. On l'a toujours nommée d'Arbelle (i), quoiqu'elle se soit donnée près de Gaugamelle , bourg éloigné de quatre-vingt stades d'Arbelles, suivant Quinte-Curce. La victoire fut vivement disputée, mais enfin elle se déclara pour le héros de Macédoine. Darius, poursuivi par son vainqueur , se sauve à Ecbatane , d'où il mande à ses troupes dispersées de venir l'y trouver. Cependant, Alexandre le poursuivait à grands pas. Darius, apprenant qu'il approche, se retire dans la Parthie. hésitant si de là il passera dans la Bactriane. Nabuzardan , chef de sa cavalerie , et Bessus , gouverneur des Bactriens, le voyant incertain, se saisissent de lui , et l'ayant chargé de chaînes dans un char , veulent l'obliger à monter à cheval pour faire avec eux plus de diligence. Sur son refus, ils le criblent de coups et le laissent pour mort dans le chemin. Un soldat Macédonien le rencontre dans un sentier détourné et recueille ses. derniers soupirs , dans le mois hécatortibeon , oui commençait vers le solstice d'été, comme le marqoe Diodore de Sicile (l. XVll.)

' « Darius était lé plus bel homme de son empire, la ré- » gularité de ses traits , la majesté de sa taille lui coftei- » liaient l'amour et le respect de ses peuples ; ses grâces » extérieures étaient encore embellies par les qualités de » l'âme. L'histoire en fait un prince bon et généreux qui n avait les talens propres à gouverner et à faire fleurir un » empire. Son malheur fut d avoir eu une querelle à décider p avec Alexandre, qui se préparait à le chasser du trône « % » dans le temsmême qu'il venait d*y monter. » (M. Turpin.) 6a mort fut le terme de la durée du vaste empire des Perses, qui s'étendait depuis la Méditerranée jusqu'au fleuve Indus * et dont le souverain était qualifié k grand roi ei le roi des rois.

(ii Cette bataille se donna onze jours après l'éclipsé de lune du âo septembre , 33 1 ans avant Jésus-Christ, et par conséquent le 1 er . octobre. C'est ce qui semble résulter d'un passage de Plutarque, relatif à cette bataille. ( Voyei Peiau , de Doctr. temp. ,1. X , c. 36. ( Noie des Editeurs. )

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