ALEXANDRE J ANNÉE
106. Alexanre Jannée, l'aîné des trois frères d'Aristobule, est couronné roi de Judée malgré l'opposition de celui qui le suivait dans Tordre de la naissance. Pour se venger, il fait aussitôt après ce couronnement mourir ce rival. Mais il donne à son autre frère, Absalon , son amitié r qu'il lui conserva toute sa vie.
ioT>. La ville de Ptolémaïde profitant des troubles de la Syrie, avait secoué depuis peu le joug de cette puissance
rjur s'ériger en République. Alexandre trouvant cette place sa bienséance , entreprend de la conquérir , et vient eu faire le siège. Ptolémée Lathyre , roi de Chypre , accourt à la délivrance des assiégés, qui l'avaient d'abord appelé à leur secours , mais qui s'étant ravisés , l'avaient ensuite remercié de ses services. Alexandre lève le siège pour aller au-devant de Lathyre. 11 trompe ce prince, en faisant avec lui un traité qu'il viole presqu'aussitôt par l'alliance qu'il contracte avec Cléopàtre, reine d'Egypte-, mère et ennemie de Lathyre.
104. L'année suivante, Lathyre , pour Se venger ide ta perfidie d'Alexandre et de rinoonstanre des habitants de Ptolémaïde, rentre en Palestine avec de si grandes forces, qu'en même tems il fait assiéger Ptolémaïde par ses généraux , et conduit toi-même une armée considérable en Judée.» Bataille donnée sur les bords du Jourdain* e'hfre Alexandre et lathyre. Le premier est défini avec une perte de trente imite hommes, sans compter les prisonniers qu* Lathyre fit après la victoire. n^u>»
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* 1 ol Alexandre ,< dans son désastre' , a recèurs à la reine d'Egypte, fcllte vient en personne avec une armée commandée par les deux juifs y Gkekîas et ! Ananias. Gelte princesse marche droit a Ptolémaïde , dont elle fa it un nouveau siège 9 qui fut-bien plus durable que le premier t.* »
"102. Chelcias meurt devant cette place; mais Cléopàtre, sans se déconcerter , pousse les travaux avec tant de vigueur , qu'elle force à la fin les assiégé» de se rendre.
Alexandre vient trouver Cléopâtre dans Ptolémaïde avee de riches présens, qu'il lui offre pour gagner ses bonnes grâces. Quelques-uns conseillent à cette princesse de profiter de l'occasion pour se rendre maîtresse de la Judée. Mais le juif Ananias , parent d'Alexandre, la détourne de ce dessein par des raisons d'honneur.
Lathyre cependant ne pouvant faire têle à sa mère , avait fait une descente en Egypte pour s'en emparer en son absence, croyant le pays dépourvu de troupes ; mais il échoua dans cette entreprise.
101. Alexandre Jannée, après un siège de dix mois, se rend maître de Gadara ; il tourne ensuite ses armes contre Amathus , autre place forte au-delà du Jourdain , qu'il prend en beaucoup moins de tems. Mais Théodore , prince de Philadelphie , qui gardait son trésor dans Amathus , le charge inopinément au retour de cette conquête, avec tant de vigueur , qu'il lui tue dix mille hommes , reprend son trésor, et enlève même le bagage d'if lexandre. Ce revers plongea le prince juif dans un profond accablement ; mais il ne le mit pas hors de mesure. Dès qu'il fut rendu à lui-même, il pensa a de nouvelles conquêtes.
ioo. Résolu de se venger de Gaza , qui avait fourni des troupes à Lathyre, il prend Raphia et Anthedon qui servaient comme de boulevards à cette place qu'il bloqua ensuite à son aise.
98. Deux ans après , il convertit le blocus en siège. Apollodote , gouverneur de Gaza , la défend avec toute la valeur et l'habileté possibles durant une année entière. 11 eût peutêtre à la fin obligé les assiégeants à se retirer ; mais Lysimaque , son frère, jaloux de sa gloire, forme une conjuration contre lui, et le fait assassiner. Les conjurés, après ce coup, livrent la place à l'ennemi. Alexandre y étant entré (97), fait passer tout au fil de l'épée. Mais les Gazéens vendent cher leur vie, et lui tuent presque autant de monde qu'ils étaient eux-mêmes. Alexandre ne sort de Gaza qu'après en avoir fait un monceau de ruines. Celte ville fut <lans la suite rebâtie par Pompée , après qu'il eut fait la conquête de la Judée, puis par Gabinius;>mais elle ne recouvra jamais son premier état. Pendant l'absence d'Alexandre, les Pharisiens, ennemis de sa famille , s'étaient appliqués, et avaient réussi
Dit L'niSfOfRB 3A1WTE; 1*3
, a le rendre ' méprisable aux yeux du peuple. De retour à- Jérusalem , il ressentit les effets de cette disposition épidémique dans un sanglant affront qu'on lui fit. On célébrait alors la fête des tabernacles. Le dernier jour de cette solennité, dans le tems qu'il se préparait à offrir des sacrifices, le peuple, à l'envi, lui jette à la téte le fruit des branches de citronnier, qu'il portait alors suivant l'usage. Cette inso-» lence fut accompagnée de discours qui étaient assortis. Le pontife irrité commande à ses gardes de faire main-basse sur le peuple ; ce qui fut exécuté avec tant de promptitude et d'ardeur , qu'il y en eut six mille de tués. Alexandre ne voulant plus désormais se fier à ceux de sa nation , prend à sa solde un corps de six mille Pisidiens et Ciliciens, pour leur confier la garde de sa' personne. S'étant remis en cam-
Sagne (94), il va faire la guerre aux Arabes. Il les bat en iverses rencontres, et rend tributaires les Moabites et les habitants de Galaad.
93. En poussant ses conquêtes , il était parvenu aux étals de Théodote , fils de Zénon Cotylas , prince de Philadelphie. Il y entre dans la vue, principalement d'y prendre la forteresse d'Amathus, où étaient les trésors de ce prince qu'il avait pris, et reperdus huit ans auparavant. Théodote fut si effrayé de son arrivée, qu'il s'enfuit aussitôt, laissant la place vide et dépourvue de garnison. Alexandre la fit raser.
cja. Nouvelle expédition d'Alexandre au-delà du Jourdain, contre Obodas, roi des Arabes. Heureuse au commencement , elle devint malheureuse à la fin.; ce prince ayant donné dans un embuscade des Arabes, où il perdit la plus grande partie de son armée.
Révolte des ennemis domestiques d'Alexandre , à la nouvelle de cet échec. H revient en diligence pour apaiser le trouble. Sa présence ne sert qu'à l'augmenter. La guerre civile s'allume; elle dura six ans, et coûta la- vie à plus de cinquante mille rebelles.
87. Quoique toujours vainqueur , Alexandre se, lasse le premier d'une guerre, qui ne tendait qu'à la ruine de soi* propre pays. Il propose aux Pharisiens divers plans d'accommodement , qui sont tous rejetés. 11 leur fait enfin demander se qu'il doit faire pour les contenter. Qu'il s* coupe la
gorge, répondent-ils , c'est Une peine lien légère pour expier tout le sang au 'il a répandu, A cette réponse brutale , Alexandre comprend qu'il n'y a aucune composition à faire avec ces forcenés. Il pousse donc la guerre avec une nouvelle vigueur.
Les rebelles, toujours vaincus, implorent le secours de X>émetrius Euchère, roi de Syrie. Ce.prince vient en Judée avec trois mille chevaux et quarante mille hommes de pied. L'armée d'Alexandre n'était que de vingt six mille hommes , i dont six mille étaient grecs et le reste juifs, de la secte des Sadducéens; car tout ce qui s'appelait Pharisien , était contre lui. Les deux chefs, après avoir essayé vainement de s'eptre-débaucher leurs troupes , en viennent à une bataille décisive. Alexandre , suivant Josephe , zélé pharisien , fat défait, et obligé de chercher son salut dans les montagnes avec un petit nombre des siens. L'auteur du quatrième livre des Macnabées dit au contraire qu'il fut vainqueur, et poursuivit le roi de Syrie jusqu'à Antioche, où il le tint assiégé pendant trois ans; et qu'au. bout de ce terme, Démetrius en étant venu aux mains avec lui , fut tué dans l'action. Il ajoute qu'après cette seconde victoire , Alexandre fut reçu dans Jérusalem avec des démonstrations de joie. Ce qui est certain, c'est que depuis cette bataille, Démetrius, soit par^ mort , soit par retraite, disparut de la Judée, et qu'Alexandre se trouva en forces plus qu'auparavant , pour continuer la guerre contre les rebelles.
87. Bataille près -de Bethom, entre les deux partis, qui décida tout. Alexandre y remporta une victoire complète. Les vaincus s'elant retirés dans la place , y sont assiégés, et forcés de se rendre , l'année suivante , à discrétion. Huit cents d'entre eux envoyés à Jérusalem , y sont mis en croix dans un même lieu; et pour comble d'atrocité, Ton égorge sous leurs yeux , tandis qu'ils expirent , leurs femmes et leurs enfants. Alexandre, par les fenêtres de son palais, contera-» pie cet affreux spectacle au milieu d'un festin qu'il donnait à ses courtisans.
Effrayés de ces horreurs, les restes des mutins abandonnèrent le pays pour n'y plus reparaître. Leur retraite mit fin à une guerre civile de six ans, et laissa Alexandre libre d'agir contre les ennemis du déhors , après avoir terrassé ceux du dedans.
Antiochus-Denis était alors sur le trône de Damas, eu
DE l'histoire SAINTE. Il5
Syrie, Voulant envahir l'Arabie-Pétrée , il traverse avec sou armée une partie de la Judée , pour prendre le plus court chemin. Alexandre, prévenu de son dessein , craignant pour ses propres états, l'ait faire un grand retranchement depuis Capasarbé, connu depuis sous le nom d'Antipatride, jusqu'à la mer de Joppé , oui était le seul chemin par où l'on pût entrer. Anliochus force le passage, et. pénètre en Arabie, où peu de tems après il est tué. Alexandre alors pense luimême à (aire des conquêtes en Arabie, et surtout à recouvrer les pays de Moab et de Galaad qu'il avait pris autrefois 9 mais qu'il avait été obligé de rendre aux rois arabes pour empêcher qu'ils ne vinssent au secours de ses sujets révoltés. Arétas, maître de Damas depuis la mort d'Antiochus, fait une irruption en Judée, ce* qui oblige Alexandre à revenir sur ses pas.
Bataille entre ces deux princes. Alexandre battu , (ait un traité avec Arétas, qu'il engage à s'en retourner. Libre alors de poursuivre ses conquêtes, il soumet, dans le cours de trois ans , tout le pays où Démctrius commandait , et dont les principales villes étaient Dion ou Dia , Pella , Esta , connue sous le nom de Gerasa , Gaulona , Séleucie et Gamala.
82. De retour à Jérusalem, il s'abandonne à la bonne chère et à l'excès du vin. Son intempérance lui cause une fièvre quarte, qui ne modère ni son ardeur pour les conquêtes, ni son goût pour les plaisirs.
79. Alexandre, épuisé de fatigues et de débauches, meurt sur la frontière des Gérascniens , pendant qu'il assiège le château de Ragaba dans la vingt-septième année de son règne; et la quarante-neuvième de son âge. H laissa deux Gis, Hyrcan et Aristobule ; mais il remit les rênes du gouvernement entre les mains d'ALEXANDRA, sa femme, qui était présente à sa mort. Alexandra cache la mort de son époux jusqu'à ce que la place soit prise, et revient triomphante à Jérusalem, ftllc assemble aussitôt les chefs des Pharisiens , et leur déclare qu'elle veut se gouverner par leurs conseils; alors toute leur haine pour Alexandre se change en regrets ; au lieu des invectives et des injures qu'ils avaient toujours vomies contre lui, ce ne sont qu'éloges et panégyriques où ils relèvent jusqu'à l'exagération les grandes actions du prince défunt. Le peuple, dont ces hypocrites ambitieux disposent à leur gré, devient leur écho. Tout retentit des louanges.
d'Alexandre; et on lui fit une pompe funèbre plus somptueuse et plus honorable qu'aucun de ses prédécesseurs n'en avait eue.
78. Alexandra solennellement établie, suivant le testament de son époux , administratrice souveraine de la Judée, fait élever à la dignité de grand prêtre Hyrcan, son fils aîné âgé de trente 'trois ans. Les Pharisiens deviennent alors leî maîtres des affaires. L'une de leurs premières opérations fut de casser le décret qu'Hyrcan l« r . , sur la fin de ses jours, avait rendu pour abolir Leurs constitutions traditionelles ; il les font revivre , et y en ajoutent de nouvelles , dont ils exigent Pohservation avec rigueur. La loi écrite , étouffée sous ce fatras, n'a plus que le degré de force qu'ils veulent lui donner; ils tirent des prisons ceux que l'attachement à leur doctrine y avait fait mettre, et rappellent ceux dont il avait causé l'exil. Se trouvant alors en forces par le retour de ces proscrits, ils usent de représailles envers les Sadducéens, et entreprennent de venger la mort des huit cents Pharisiens qu'Alexandre avait fait crucifier, sur tous ceux qui avaient conseillé cette exécution au prince. Diogène, qui avait eu le plus de part à la confiance d'Alexandre , est une des premières victimes qu'ils immolent à leur vengeance ; sa mort devint comme le signal d'une persécution générale contre les ennemis des Pharisiens. La reine voit chaque jour avec des regrets impuissans les plus fidèles serviteurs de sa maison tomber sous le glaive de leurs ennemis.
73. Quelques chefs de la secte opprimée échappés au carnage, mettent Aristobùle à leur tête, et vont supplier la reine de faire cesser leurs calamités. Alexandra, touchée de leurs remontrances appuyées par son fils , leur confie la garde de plusieurs places du royaume pour les mettre à Tabri de la persécution.
72. Aristobùle , par ordre de la reine sa mère , marche avec une armée contre Ptolémée, fils de Mennée, prince de Chalcis, au pied du mont Liban, qui était le fléau de ses voisins ; mais il ne fait rien de mémorable dans cette expédition , s'étant beaucoup plus appliqué à se concilier les chefs de l'armée pour se procurer la couronne après la mort de sa mère, qu'à repousser l'oppresseur et à faire sur* lui des conquêtes. ; »
DE L'HISTOIRE SAIVTB. 12J
71. Naissance d'Hérode- le -Grand, dit l'Ascalonite du 1 nom de sa pairie. Son père Antipas ou Antipater , avait été fait gouverneur de l'Idumée, où il était né, par Alexandre Jannee, et professait par conséquent la religion JudVique, comme faisaient tous ses compatriotes depuis que Jannée les -eût soumis. Cypre , sa mère , était d'une famille illustre il' Arabie.
71. Siège de Ptolémaïde, formé par Tigrane, roi d'Ar-» tnénie. Alexandra lui envoie une ambassade pour lui demander son amitié. Tigrane sentant que sa présence est nécessaire en Arménie pour mettre ce pays à couvert des attaques des Romains, déjà maîtres d'une partie de la Cappadoce et du Pont , reçoit ces ambassadeurs avec une joie apparente , feint d'abandonner son entreprise en considération de la Reine, et retourne dans ses états.
70. La reine Alexandra meurt à l'âge de ans, princesse d'une grande capacité , et dont le règne eût été sans tache , si elle n'eût pas accordé trop d'empire aux Pharisiens , ou si elle eût pu les contenir. Pendant sa dernière maladie, elle avait déclaré son héritier universel Hyrcan , son fils aîné; mais Aristobule, son second fils, s'étant dérobé de Jérusalem, avait été s'assurer de toutes les places fortes ; ce qui lui fut d'autant plus aisé , que les chefs des garnisons étaient amis de son père.