PTOLÉMÉE ÉPI PH AN ES
ao4. Ptolémee , à qui on donna le surnom d'ÉpiPHA ou <V Illustre, n'avait que cinq ans à la mort de son père, auquel il succéda. L'intérêt porta les ministres de ce dernier à tenir, pendant quelque temps, sa mort secrète pour avoir le loisir de s'emparer de la régence. Mais leur dessein ayant transpiré , le peuple se vengea de la supercherie en les mas-' sacrant avec leurs familles. On procéda ensuite- à la nomination d'un tuteur au jeune prince, et le ohoix tomba sur Aristomène d'Acananie , qu'on* déclara en même temps régent du royaume. C'était un vieillard respectable par son expérience et- sa probité. Il eut besoin de toute son habileté pour défendre le royaume contre les entreprises de deux princes également ambitieux, Antiochus le Grand, roi de Syrie, et Philippe, roi de Macédoine. Tous deux s'étant ligués, partagèrent d'avance entre eux la monarchie égyptienne, de manière que le premier, en cédant à l'autre
DËS BOIS d'ÉGYPTE» efy
l'Egypte et la Carie, devait avoir pour lui là Phéhieie et la Célésyrie. Antiochus ayant commencé les hostilités (ao3) dans (a Célésyrie, Aristomène éclata vainement en plaintes sur cette levée de boucliers. Bientôt après, il apprit que Philippe était prêt à fondre sur la Carie. Alors voyant te royaume entre deux feux, il eut recours aux Romains, par Une ambassade, les priant de ses ouvenir de leur ancienne alliance avec les Ptolémées , et leur offrant la tutelle du jeune monarque. Le sénat agréant l'offre, dépêcha trois de ses membres pour aller rétablir la paix entre les trois souverains. Km i lins, le moins âgé de ces députés, s'étant venu
Présenter à Philippe, lorsqu'il faisait le siège d'Abytlos sur H elles pont , lui signifia les ordres dont il était chargé, avec : menace d'attirer sur lui les armes romaines , s'il ne se désistait promp terne nt de ses entreprises contre l'Egypte.
• 9 Jeune homme, lui répondit Philippe, votre âge, votre -» figure, et plus encore le nom romain vous inspirent Pau - » dace avec laquelle vous me parlez. Il vous conviendrait » beaucoup plus de souhaiter que votre république observât » le traité que j'ai fait avec elle. Sachez que si vous corn—
• •» mencez la guerre, vous me trouverez prêt à la soutenir.
• » Je vous ferai voir , avec l'aide des dieux, que la valeur des ** Macédoniens l'emporte sur la fierté présomptueuse des » Romains ». (Tite-Live, 1. XXXI.)
Emilius s'étant retiré, passa ensuite en Egypte, où il acquit tellement l'estime et la confiance de la nation, qu'elle mit son jeune souverain sous sa protection. Antiochus n'ayant pas mieux accueilli que Philippe n'avait fait, l'ambassadeur de Rome qui était venu le trouver, entra, sans différer, a main armée , dans La Palestine, il y fit des progrès si rapides , que bientôt il aurait subjugué tout le pays , si les affaires de l'Asie ne l'eussent rappelé pour soutenu* Philippe contre Attalus, roi de Pergame.
aoo. L'Egypte avait alors, depuis quelques années, un grand homme de guerredans la personne de ScopaS, étolien de naissance, qu'un mécontentement avait porté à quitter son pays pour passer au service de Ptolémée Epipbanes, avec ai* mille hommes qu'.il commandait. Nommé par ce prince, général de ses armées , il entra a*ec l'élite de ses forcés dans là. Célésyrie et h Palestine , tandis ou' Antiochus faisait la .guerre en Asie. La conquête* qu'il fit de plusieurs place* dans ces deux provinces , rieur ouvrit le passage jusqu'à Jérusalem, j)ù il mit garnison dans la fo^rease ^ apr& que* il ; «enwt^
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couvert de gloire et chargé de dépouilles , la route d'Alexandrit. Mais Antiochus, à la sollicitation des Homams, ayant cessé de faire la guerre au roi de Pergaroe, vint en personne, Vannée suivante, dans la Célésyrie, et prouva au général égyptien qu'il ne devait qu'à son absence les avantages qu'il avait remportés dans la campagne précédente. Etant tombé sur lui dans la plaine de Panéas , il tailla en pièces son armée , et l'assiégea lui-même dans Sidon , où il s'était retiré avec ce qui lui restait de troupes, et l'obligea de rendre la place, sous l'ignominieuse condition que lui et ses gens en sortiraient tout nuds. Il prit ensuite Gaza, et lit rentrer sous ses lois toute la Célésyrie et la Palestine.
197. Pour écarter les ombrages que le succès de ses armes pouvait donner aux Romains , il fit agréer pour épouse , au roi d'Egypte, Cléopâtre, sa fille, avec assurance de la Phénicie , de la Célésyrie et de la Palestine, pour la dot de la princesse , lorsque le mariage serait accompli. Se croyant libre alors de suivre tous ses projets , il rassembla toutes ses forces de terre et de mer pour aller subjuguer la Carie, et plusieurs villes de l'Asie mineure , qu'il prétendait avoir appartenu à Seleucus-Nicator , fondateur du royaume de Syrie. Dans le cour de cette expédition qui fut heureuse , un faux bruit se répandit que le roi d'Egypte était mort. Ce qui l'avait occasionné, c'était la perfidie de Scopas, qui, comptant sur la valeur et l'attachement des troupes étoliennés qui l'avaient suivi , se flattait de pouvoir usurper facilement le trône d'Egypte sur un prince encore enfant. Mais le régent Aristomène ayant démêlé ses intrigues , le convainquit de sa félonie dans une grande assemblée de seigneurs. On n'hésita poinUà le condamner, et le lendemain on le fit mourir par le poison, avec ses principaux complices.
196. Le teins de la majorité roi d'Egypte, fixée à Quatorze ans, et de son couronnement étant arrivé, le timon de l'état fut remis par Aristomène entre ses mains. On vit alors les courtisans s'empresser à l'envi de gagner sa confiance. Les j>*us adroits ayant prévalu , leur principal soin fut de l'indisposer 'contre Aristomène, qu'il avait continué dans 1* minore. Hs y réussirent , de manière que son maître le regardant comme un censeur insupportable se défit de lui parle» poison (i*6> ï)ès-lors, les passions du monarque n«
connaissant plus de frein , le préci pilèrent dans la débauche et la cruauté. Plusieurs villes, irritées des vexations que ses officiers exerçaient impunément contre elles, prirent les armes pour leur défense. Ptolémée envoya contres elles Po— lycrate qui avait remplacé Aristomène. C'était un habile général qui s'était signalé surtout à la bataille de Raphia. Jetant mis à la tête de l'armée royale, il pressa si vivement celle dès rebelles, qu'ils députèrenfcqualre d'entre eux , pour renouveler le serment qu'ils avaient enfreint. Ptolémée avait promis de traiter ces députés avec humanité. Mais les ayant en son pouvoir, il. les condamna au dernier supplice, après les avoir traînés dans les rues d'Alexandrie, à la queue de son char.
180. Les discours des tyrans, pour peu qu'il soient ambigus» •ont toujours interprétés en mauvaise part. Ptolémée se préparant à faire la guerre à Séleucus, nouveau roi de Syrie» comme on connaissait le désordre de ses finances* quelqu'un lui demanda où il trouverait des fonds pour cette expédition : « Dans la bourse de mes amis », répondit-il. Cette parole équivoque donna lieu d'appréhender quelques nouvelles concussions de sa part. Pour les prévenir, on abrégea ses jours par le poison , dans la vingt-neuvième année de son âge, et la vingt-quatrième de son règne.
PTOLÉMÉE PHILOMÈTRE,
180. Ptolémée , surnommé Philomethe ou Phij.ométor { l'ami de sa mère ) , succéda ,• en bas âge , à son père Epijtfiané , dont il était fils aîné sous la régence de Cléopâtre, sa mère , princesse au-dessus de son sexe , qui, pendant sept ans , gouverna, dit-on, l'Egypte avec beaucoup de sagesse. On peut néanmoins la blâmer d'avoir confié, l'éducation de «on lils a des hommes pervers, qui ne cherchèrent qu'à l'entretenir dans la haîne du travail, le dégoût des sciences et l'amour des vains amusements* Lorsqu'il eut atteint l'âge de majorité (173), ses ministres l'engagèrent à demander au roi de Syrie, Àntiochns Epiphaues, les provinces de Célésyrie, dePhénicie et de Palestine, qu'An hoc mis le Grand, son père , avait assignées , comme on l'a vu pour dot, à sa fille Cléopâtre , en Ta mariant à Ptolémée Epiphanes. Le roi de Syrie refusant, à l'exemple de son père, de s'en dessaisir, on députa de part et d'autre à Rome, pour remettre la contestation au jugement du sinauXes lettres que cette coza-
afio CHRONOLOGIE HISTORIQUE ^
pagnie écrivît pour réconcilier les deux princes , n'ayant produit aucun effet , le roi de Syrie passa en Ëgypte à la tête d'une armée, qui rencontra celle de Philomètre entre le Mont-( asius et Peluse. J«a bataille qu'ils se livrèrent fut entièrement à l'avantage d'Anliochus (17a). Cependant, par des motifs secrets, il ne profita point de celte victoire, et reprit incontinent la route d'Aqtioche. Mais peu de tems après son relouav, il se trouva maître, sans coup férir, de l'île de Qhypre , que Macron, qui la gouvernait pour le roi d'Egypte, lui livra par mécontentement de Philomètre.
L année suivante, Antiochus étant revenu avec toutes sea forces , de terre et de mer, en Egypte , remporta sur Philomètre une nouvelle victoire, dont il usa avec autant de noblesse que d'humanité; car, pouvant tailler en pièces l'armée ennemie, il souffrit qu'elle se retirât, et allât se renfermer dans Alexandrie. Ce fut la seule place qui resta fidèle au roi d'Egypte. A mesure que le vainqueur avançait dans le pays , les peuples venaient en foule se rendre à lui , non moins enchantés de sa grandeur d'âme qu'indignés de la lâcheté de leur souverain. Celui-ci, par une aventure qu'on expliqua diversement, tomba dans sa fuite entre les mains d'Anliochus, qui le traita avec bonté sans néanmoins lui rendre la liberté. Les Egyptiens, pour ne pas laisser le trône vacant pendant sa captivité , lui substituèrent Ptolémée, son frère , surnommé Physcon , bu le Ventru , à cause de la grosseur de son ventre. Cependant, le roi de* Syrie continuait le siège d'Alexandrie* Les ambassadeurs de différentes républiques de Grèce qui se trouvaient en cette ville , s'intéressèrent auprès de ce monarque pour la pacification, de l'Egypte. 11 feignit d'y conseutir à deux conditions : la première que Philomctre serait rétabli et régnerait seul ; la gecondejgu'il garderait pour lui-même la ville de Péluse, qui lui ouvrait la porte pour rentrer quand il le voudrait en Egypte, Les deux frères s'aperce vant qu'il cherchait k fomenter leur discorde , prirent sagement le parti de se réconcilier, pour éviter leur-ruine commune. Antiochus voyant par là ses mesures rompues , partit de sa capitale , où il avait
Sassé l'hiver, et reprit avec une nouvelle ardeur le siège de 'Alexandrie (1^9) Tandis qu'il était occupé à cette expédition , arrivèrent de Rome dans son camp , trois ambassadeur* chargés d'un décret du Sénat pour rétablir la paix entre les royaumes de Syrie et d'Egypte. Popilius^Lenas,, le premier d'entreux , ayant présenté le décret à Anltachu**
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celui-ci , après en avoir pris lecture , dit froidement qu'il en délibérerait avec son conseil , et rendrait ensuite sa réponse. Mais le fier Romain , avec une baguette qu'il tenait à la main , ayant tracé sur le sable un cercle autour du roi , lè somme de se décider avant de sortir de cette enceinte. Un procédé si vif et. si impérieux déconcerte Àntiochus qui promit, après un moment de réflexion , de se conformer au désir du sénat. Il tint parole , et l'Egypte 9 depuis son départ , jouit d'une parfaite tranquillité 1 espace de six ans ( i'63 ). Mais la discorde ayant ensuite brouillé Physcon avec son frère , le second , chassé par l'autre, se rendit à Rome, où il obtint des commissaires pour se faire rendre justice sur les lieux. Arrivés en Egypte , ils adjujugèrent l'île de Chypre avec la Lybie et la Cyrénaïque à Physcon , et le reste du royaume à Philomètre. Ce partage ayant également méconté les deux frères , ils reprirent les armes et cherchèrent mutuellement à se dépouiller. Rome , dont l'intérêt était d'entretenir leurs divisions , parvint à son but , en les obligeant de faire un nouveau partage , qui occasionna de nouvelles hostilités. L'île de Chypre étant alors, tombée dans le partage de Philomètre , son frère rétracta la démission qu'il en avait faite, et s'y rendit à la tète d'une flotte considérable. Mais Philomètre l'ayant devancé , le pressa si vivement dans la ville de Lapitho où il s'était renfermé , qu'il devint maître de sa personne. Ils firent la paix alors, et leur réconciliation fut si solide, qu'elle ne souffrit depuis aucune altération. ( Polyh. in excerpt. Voles. )
Un imposteur , nommé Alexandre Rala , qui se donnait pour le fils d'Antiochus-Epiphanés, et disputait le trône'de Syrie à Démétrius-Soter , trouva dans Ptolemée-Philomtere, dans Atlalus , roi de Pergame , et Ariaralhe , roi de Cappadoce , des protecteurs qui le maintinrent dans son usurpation.
Pour affermir son union avec Bala , Philomètre lui donna sa fille Cléopâtre en mariage. Mais s'étant aperçu qu'Alexandre le payait d'ingratitude , W lui retira sa fille pour la donner à Démétrius il , dont il épousa les intérêts. Etant entré , sans éprouver d'obstacle , dans la Phénicie et la Palestine, il s'avança jusqu'à Antioche, dont les habitants prévenus de son arrivée, lui ouvrirent leurs portes. Alexandre , alors occupé à réduire ift Cilicie , étant revenu en diligence , engagea une bataille ( 146), dont Philomètre sortit victorieux , mais avec des blessures qui trois jours après le
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conduisirent au tombeau. Son humanité lui mérita les regrets des Egyptiens. Les arts f les sciences et le commerce fleurirent sous le règne de ce prince.
PTOLÉMÉE PilYSCON.
ï46. Ptolémée Physcon, pour s'assurer le trône d'Egypte, après la mort de Philomètre , son frère , épousa sa veuve t et le jour môme de ses nôces , tua sur son sein le fils qu'elle avait eu de son premier époux. Son caractère était connu dès- lors par d'autres atrocités. Le cours de son règne ne démentit pas les funestes présages qu'elles avalent fournis. Ses débauches lui attirèrent un souverain mépris , et sa tyrannie, monta à, un tel point, qu'elle rendit presque déserte la ville d'Alexandrie. Pour la repeupler, il y appela des étrangers y en leur promettant de grands privilèges. Les artistes et les gens de lettres qu'il avait obligés de prendre la fuite , portèrent le goût des sciences et des arts dans l'Asie mineure et les îles voisines où ils se répandirent. ,f,' > r
Dégoûté de la reine Cléopâtre, dont il avait un fils, pommé, du lieu de sa naissance, Mcmphitis, Physcon là répudia, et peu de tems après , il s'éleva une grande sédition dans Alexandrie , dont le peuple brisa toutes les statues du monarque. Croyant que la reine était auteur de pe soulèvement , il fit dans sa fureur couper en morceaux son fils Memphitis , âgé pour lors de quinze ans , et envoya ce fatal présent à la mère, le jour même de la naissance de cette princesse (129). Un si affreux spectacle fit sur l'esprit de la reitie une impression d'horreur , que le peuple partagea avec elle. On leva contre le tyran une armée", qui eut le malheur «l'être vaincue dans une bataille donnée près d'Alexandrie. Physcon néanmoins usa de sa victoire avec plus de modération qu'on n'avait lieu de s'y attendre ( 127 ). La suite de •on règne , qui fut encore de dix ans , fournit des scènes moins horribles. La débauche abréga la durée de ses jours , dont on place le terme à l'an 117 avant Jésus - Christ. La soixante- ^ seizième année de son âge, et la vingt - neuvième de son règne , depuis la mort de son frère.
Peu de règnes ont été plus tyraniques et plus remplis de crimes que celui de Physcon, Cependant ce prince aimait 4es sciences. Il avait une si guande facilité à parler sur toute aorte de sujets , ciu'on lui donna le surnom de philologiste. U composa une histoire en vingt-quatre livres fort estimé*
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parmi les anciens , et un commentaire très savant sur les oeuvres d'Homère. Il enrichit a grands frais la bibliothèque d'Alexandrie d'une quantité considérable de livres.
PTOLÉMÉE LATHYRE.
117. Ptolémée . surnommé Lathyre, d'un poreau qu'il avait au nez , fils aîné de Ptolémée Physcon , lui succéda en bas âge , malgré Cléopâtre , sa mère, qui voulait faire tomber le sceptre entre les mains d'Alexandre, son second Gis. Mais les grands , quoique cette princesse , par les dispositions testamentaires de son époux , fut pourvue de la régence , s'opposèrent à ce dessein. Elle vint cependant à bout , lors*
3 u' Alexandre fût parvenu à l'âge de majorité , de lui faire onner le gouvernement de l'île de Chypre. Toujours de plus en plus animée contre Lathyre , elle imagina , pour lui ôter la couronne, l'une des plus noires perfidies , en l'accusant d'avoir voulu attenter à sa vie. Pour appuyer la calomnie, elle produit dans une grande assemblée deux de ses eunuques , qu'elle avait engagés à se laisser faire des plaies , prétendant qu'ils les avaient reçues en la défendant contre son fils qui voulait l'assassiner. Le peuple d'Alexandrie , séduit par cet artifice, entra en fureur contre l^athyre, et l'aurait mis en pièces , s'il ne se fût sauvé sur un vaisseau qui mit promptement À la voile pour la Syrie. Lathyre était alors dans la dixième année de son règne. (Pausanias , liv. I , chap. 9. )