OU ROIS DE PHÉNIC1E
JLa Phénicie , que les auteurs profanes confondent arec le pays des Philistins , en est distinguée par les écrivains sacrés* qui donnent pour limites à la première de ces deux contrées le mont Carmel au midi , qui la sépare de la seconde y le mont Liban au nord ; la Méditerranée au couchant , et une chaîne de montagnes au levant. L'origine des Philistins et des Phéniciens est encore plus différente que leur position. Ceux-ci étaient Cananéens , et ceux-là descendaient de Mes*raïm , frère de Canaan. Sidon , fils aîné de ce dernier, fonda sur la Méditerranée la ville de son nom , qui fut lone-tems la métropole de la Pbénicie. Àgénor , prince de Theoes en Egypte , ou du moins l'un des plus qualifiés de cette ville , ayant été obligé de s'expatrier du tems de Moïse , vint s'étaliir à Sidon , et s'y fit estimer au point que les Sidonient lui déférèrent la royauté. 11 avait épousé Tyro, dont il donna le nom à la ville de Tyr , qu'il fonda sur la mer à une journée ou environ de Sidon au midi. Agénor eut d'elle quatre fils, Cadmus , Phénix , Syrus et Cilix , avec une fille , Europe 9 qui fut enlevée parTaorus t roi de Chypre. Cadmus envoyé j>ar son père à la recherche de sa spsur, ne l'ayant pu trouver, passa en Béotic, et y fonda la nouvelle Thèbes. Phénix succéda aux états de son père , qui , de son nom , prirent celui de Phéniciens. Les deux aotresfc frères donnèrent leursnoms aux pays où ils allèrent s'établir. Voilà ce que les écri- <
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vains grecs nous apprennent touchant l'origine des Phéniciens, et il nous parait inutile d'en chercher une autre dans des étymoloçies incertaines tirées des langues originales.
Le territoire de la Phénicie, peu fertile par lui-même et resserré d'ailleurs entre la mer et des montagnes , ne pouvait pas suffire par ses productions aux besoins de ses habitants. La nécessité les rendit industrieux. Ils inventèrent les arts et le commerce pour subsister. C'est à leur sagacité que les Grecs et les Latins font honneur de l'invention de l'écriture alphabétique. Peut-être Agénor apporta-t-il cet art de l'Éçypte , et ses sujets ne firent-ils que le perfectionner. Du 2 moins il est certain que Cadmus le porta en Grèce , d'où il se répandit en Occident. Si les premiers essais de la marine furent tentés par d'autres peuples que les Phéniciens , ont peut également assurer qu'elle dût ses accroissemens à leur habileté.
« Profitant des avantages qu'offraient leurs ports et les » forêts du mont Liban , ils bravèrent tous les périls de la » mer , sans autre guide que les étoiles du pôle , et éten- » dirent prodigieusement leur commerce. Les îles de » Chypre et de Rhodes, la Grèce, la Sicile, la Sardaigne, » reçurent leurs colonies. Us parvinrent jusqu'à l'Espagne » et pénétrèrent dans l'Océan. Cadix devint leur entrepôt. » Ils tiraient de la Bétique en particulier d'immenses ri- » chesses. Surchargés d'argent dans un voyage , ils furent » obligés d'en mettre à leurs ancres au lieu de plomb. Le » commerce enfin les faisait jouir de tout ce qne les autres » peuples avaient d'utile et de précieux. Ils cachaient avec 3v soin le secret de leur navigation , de peur qu'on n'en par- » tageât le profit. Leur voyage autour de l'Afrique dont nous » avons parlé ailleurs ( V» Salomon ) , est d'autant plus ad- » mirable, que leurs vaisseaux ne pouvaient guère s'éloigner » des côtes. La boussole rend facile aujourd'hui ce qui était » alors presque impossible. Le hazard procura aux Phéni— m ciens leur précieuse teinture de pourpre. Un chien de a» berger , poussé par la faim , brise un coquillage, il en a » la gueule teinte ; cette couleur paraît admirable : on trouve » moyen de l'extraire des coquillages de la même espèce et » de l'appliquer aux étoffes ; le pourpre est bientôt l'orne-, » ment des rois. Voilà comme le hazard peut contribuer » aux découvertes de l'industrie. ( Le Bai feux. ) Ces coquil- « lages ne se retrouvent- plus aujourd'hui. »
Sidon était déjà fameuse par son opulence, lorsque Josué
introduisit les Israélites dans la Terre-Promise. Celle ville , ainsi que toute la Phénicic , faisant partie du pays de Canaan y devait entrer dans leur partage. Mais ils ne purent jamais faire la conquête ni de Sidon ni de Tyr , quoiqu'il paraisse jque sous David et Salomon, les rois de Phénicie étaient en quelque sorte tributaires du royaume d'Israël. Tyr demeura long-tems dans l'obscurité. Homère n'en parle point dans le dénombrement qu'il fait des villes célèbres au nombre desquelles il met Sidon. Elle ne commença d'acquérir de la considération que lorsqu'une partie des Sidoniens subjugués par un roi d'Ascalon , vint y chercher un asyle. Les richesses que ces fugitifs apportèrent avec eux , les arts qu'ils apprirent à leurs hôtes, le goût qu'ils leur communiquèrent pour le commerce maritime, élevèrent Tyr en peu de tems à un degré de splendeur qui effaça celle de Sidon ou du moins l'égala. La tille , par la suite , devint la maîtresse de la mère , et fut le siège des rois de Phénicie , lorsque tout ce pays fut réuni sous un même maître; car cela n'eut pas toujours lieu , et souvent ce pays fut partagé entre différents souverains. Josephe , Théophile d'Antioche et le syncelle, nous ont donné le catalogue des rois de Tyr depuis le tems de Saùl, roi d'Israël, jusqu'à la fondation de Carthage. Ces trois écrivains s'accordent entre eux pour le nombre et les noms de ces rois ; mais ils diffèrent pour la durée de leurs règnes. 1
Abibal, contemporain du premier roi d'Israël, ouvre la liste de ceux de Tyr, dont les noms sont parvenus jusqu'à nous. Aucun trait de sa vie n'a passé à la postérité. 11 y a néanmoins de l'apparence , suivant la conjecture d'un habile académicien , que dans le commencement il fut ennemi des Hébreux ; qu'il se ligua contre eux avec les Philistins , et qu'il leur envoya des troupes qui furent battues par Samuel. II mourut dans les premières années du règne ae David.
. io£o. Hiram ou Hi Rom , fils et successeur d' Abibal, commença à régner ^ suivant M. des Vignoles, l'an 36j4 de la période julienne ( io4<> ans avant J.-C. ) ; il fut lié d'amitié avec David. Eupolème dit que ce dernier avait rendu tributaires les Tyriens ; ce qui donne lieu de croire que Davf d avait d'abord été en guerre avec Hiram avant de devenir son ami (io3i). Mais la paix que ces deux princes firent ensemble fut constante, ainsi que l'union qu'elle produisit.
Davi d ayant conquis le royaume d'Kdom , se trouva maître* d'Elath et d'Asiongaber, villes maritimes dans le fond du* golfe Arabique , qui lui facilitaient le commerce de l'Arabie, et qui , par le détroit de Babelmamlel , lui ouvraient la route du golfe Persique, de l'Inde et de l'Afrique. Les Hébrcntf n'étaient point encore exercés a la navigation, et ils entendaient encore moins l'art de construire des vaisseaux. David s'adressa à Hiram , qui lui envoya des Pbéniciens depuis* long-temps instruits dans l'un et dans l'autre genre. Avec" leurs secours , le prince Hébreu équipa une flotte et entreprit quelques voyages dont il rapporta des sommes immenses en or et en argent. David ayant dessein de se bâtir un palais- s'adressa de même au roi de Tyr pour avoir des tableurs de pierres, des charpentiers et des bois de cèdre et de sapin. Les Tyriens étaient dès-lors renommés pour l'architecture. Le temple qu'ils avaient élevé à Hercule dans l'île où* l'on bâtit depuis la nouvelle Tyr, à un demi mille de Tan-' cienne, était alors le plus beau monument de cet art, qui" fut dans l'univers. Hiram satisfit David , et le palais que ses gens construisirent à ce prince dans Jérusalem , fut digne de sa magnificence et de la réputation que les Tyriens s'étaient acquise. En contribuant à décorer la capitale de son voisin , Hiram ne négligea pas les embelli ssemens de h sienne. Astarté était une divinité commune aux Phéniciens et au* Philistins. Ceux-ci la nommaient Astharot ; mais elle n'avait point encore de temple chez les premiers Hiram lui en. fit élever un dans Tyr ; il en fit construire un autre à Jupiter Olympien, et fortifia, selon Dius, ancien historien de Tyr, le quartier oriental delà ville, dont il augmenta l'enceinte. Mais l'entreprise la plus importante de ce prince , fut la jonction de Tyr et de l'île voisine, par le moyen d'un mole qui dut lui coûter des sommes et des travaux immenses ; car il paraît certain , et M. des Vignoles l'a fort bien prouvé , qu'if exécuta ce grand ouvrage qui fut dans la suite détruit et puis après renouvelé. L'île était déjà habitée depuis longtems ; mais Hiram en fît une ville par, le grand nombre d'édifices qu'il y ajouta. 11 y eut par là dès le teras ô^Hiram' deux Tyrs , l'ancienne qui était celle du continent , et la nouvelle qui était dans l'île. L'auteur que nous suivons donne au contraire le nom d'ancienne à celle-ci , prétendant qu'elle a été fondée la première ; ce qui ne nous semble pas démontré. Apiès la mort de David, le roi de Tyr apprenant que Salomon, son fils, lui a succédé, envoie une ambassade ai*
Dis rois de tyr. a;«i
nouveau prince pour le complimenter, et lui demander son amitié, comme il avait eu celle de David. Salomon fit à cette ambassade L'accueil le plus flatteur , et renouvela solennellement l'alliance qui avait été entre David et Hiram. Il avait le même intérêt que son père à ménager ce prince, ayant besoin de son aide pour les ouvrages qu'il méditait. Près d'entreprendre L'édifice du temple de Jérusalem , il fit avec Hiram un traité par lequel celui-ci s'obligeait de lui faire abattre et façonner tous les cèdres et les sapins qui lui seraient nécessaires , et de les faire conduire par mer à Joppé , ou les gens de Salomon viendraient les prendre pour les amener à Jérusalem. Salomon, de son côté, s'engageait à fournir annuellement au roi de Tyr une certaine quantité d'huile , <le vin et de blé, denrées que le territoire des Phéniciens leur refusait, et qu'ils ne pouvaient se procurer que par le commerce. Hiram envoya aussi des tailleurs de pierres et des menuisiers à Salomon avec un habile homme qui savait fondre les métaux et les mettre en œuvre , soit pour la sculpr lure, soit pour la ciselure. Il était lils d'une femme israélite ile la tribu de Dan, et se nommait suivant la vulgate Hiram (i) comme le roi. Alexandre Polyhistor l'appelle rîyperos et le syncelle, Sirom. Salomon ne tira pas seulement uq Phénicie des bois et des ouvriers , mais le roi Hiram lui fournit aussi des métaux, cl surtout de l'or jusqu'à la quantité de cent vingt talens, matière que lui apportaient en abondance ses négociaus des pays où ils allaient trafiquer. Après avoir bâti le temple avec les ouvriers d'Hiram, les Tyricus furent employés à élever deux palais , un pour Salomon et i Vitre pour la reine, il n'est guère douteux, quoique l'Ecriture n'en dise mot, que Salomon lit venir aussi de Phénicie des ouvriers pour teindre les étoffes dont il habillait et meublait sa cour (q85). Salomon et Hiram avaient l'un et l'autre îles ports sur la Mer-Houge ; mais il manquait une marine au premier. Hiram lui fournit des ouvriers pour construire des vaisseaux, et des pilotes pour apprendre la manœuvre à ses gens. Lorsqu'il eut une flotte en état , le roi de Tyr eut encore la générosité de lui donner ces mêmes pilotes et d 1 au-
(i) Il est à remarquer que ce nom semble annoncer qucttfue de'- (auttcorporel ; car Hharom , dans la langue hébraïque , signifie un boni me qui a quelque membre trop court , et désigne ordinairement un camus ou un boiteux. .
très mariniers pour la conduire au pays d'Ophir ou de Tharsis, d'où elle rapporta des richesses immenses. (V. Salomon. )
Tant de services reçus du roi de Tyr, furent assez mal reconnus par Salomon. Vingt villes de la Galilée qu'il lui donna étaient si pauvres et si misérables, qu'Hiram étant allé les visiter, ne put s'empêcher de dire avec indignation : Est-ct-là , mon frère, lé présent que vous me faites? Il paraît même, par l'Ecriture qu'il n'en voulut point, et les rendit. Ce mécontentement n'altéra point cependant l'amitié qui était entre ces deux princes. Dius , cité par Josephe , nous apprend qu'ils s'envoiaient réciproquement des énigmes, et que celui qui ne pouvait pas en saisir le mot, payait à l'autre une amende. Josephe (I. I, contra Ap.), dit que de son tems on conservait à Tyr plusieurs des lettres, que ces deux princes s'écrivaient. Cet historien, suivi par Théophile d'Àntioche et le syncellc, ne donne a Hiram que trentequatre ans de règne, et cinquante-trois de vie. Mais, ou il y a de l'altération dans les chiffres de Josephe, ou bien il faut distinguer deux Hiram , père et fils , qui se sont succédés dans le royaume de Tyr, et dont le premier aura régné trente ans , et le second trente-quatre ; car celui qui était contemporain de Salomon, ne put guères mourir plutôt que Tan 976 avant Jésus-Christ. Cependant, l'écrivain sacré, Josephe et les autres historiens, ne parlent que d'un seul Hiram, roi de Tyr , le même qui fut ami de David et de Salomon , et qui fournit à l'un et à l'autre les matériaux et les ouvriers dont il eurent besoin pour les ouvrages qu'ils avaient entrepris. Sicut egisticum David paire mco, mandait au commencement de son règne Salomon à Hiram , et mishti ei ligna cedrina , ut adificaret silndomum in auâ habitaret : sic jac mecum , ut œdifice/n domum nomini Domini Dei met. (Parai. II, c. Il, v. 3, 40 Voilà bien clairement le même roi de Tyr, qui avait contribué à bâtir le palais de David et le temple de Salomon.' Or, il y a quarante ans d'intervalle entre l'une et l'autre construction ; car la première est rapportée dans l'Ecriture, immédiatement après la prise de la forteresse de Sion , événement qui tombe dans les premières années du règne de David. Dira-t on que le récit de cette construction est fait par anticipation? Mais on ne gagne rien à cette défaite, qui n'est imaginée que pour reculer le commencement du règne d'Hiram , jusque vers la fin de celui de David. L'Ecriture , en effet, ne donnç-t-elle pas clairement à entendre que ces deux princes ont vécu long- tems ensemble , lorsqu'elle dit
DES ROI 5 DE TYllk *»l
«ro^Hiram avait été de tout tems ami de David ? Fuerat amirus David Hiram omtie tempore. ( Heg. III, c. V, v. i.) De tout* cela, concluons qu'il n'y a eu qu'un seul Hiram, roi de Tyr v dont le règne a été de soixante-quatre ans, et la vie de quatre-vingt-trois.
976. Baleazar ou Bazor , fils *t successeur d'Hiram , régna sept ans, suivant Josephe. Après lui vient :
969. Abd a strate, son fils , dont le règne fut de neuf ans. Il fut tué par le fils aîné de sa nourrice, qui s'empara du trône , et Hoccupa l'espace de douze ans.
946\ Astarte, fils de Beleas tarte, supplanta l'usurpateur à son tour, et régna douze ans.
9S6. AsERiM et Phelès , l'un et l'autre frères d' Astarte, régnèrent successivement après lui, le premier neuf ans, et le second huit mois. On prétend qu'Aserim périt de la main, de Phelès*
926. Ithobal paraît ensuite dans la liste des rois de Tyr, donnée par Josephe. C'est le même que l'Ecriture ( Reg. lll t c. XVI , v. oi), nomme Ethbaal. 11 avait une fille nommée Jésabel , qu'Achab, toi d'Israël, épousa. Cette princesse apporta de son pays , dans le royaume de son époux, le culte impie de Baal, qu'elle y fit adopter par le roi et par le plus ■grand nombre de ses sujets. Le seigneur, irrité de l'idolâtrie de son peuple > arrêta les pluies et les rosées dans Israël, ce qui causa dans ce pays une sécheresse, dont la durée fut t suivant S. Luc ( c. IV, v. 26), et S. Jacques. (c V, v. 17) de trois ans et demi. Ge fléau se fit sentir aussi en Phénicie ; mais il dura moins , si l'on s'en rapporte à un passage de Ménandre, cité par Josephe (Anl .VUl, i.H.) Du tems d'Ithobal , y est-il dit , il y eut une grande sécheresse, qui dura depuis le mois d'hyperôêretée (Septembre) jusqu'au même mois, de l'année suivante* Ce prince fil faire de ferventes prières , qui furent suivies d'un grand tonnerre. Sur quoi Josephe ajoute : Ces pa-
qu'il y avait déjà deux ans et demi que ,raël était affligée de ce fléau , lorsqu'il commença en Phé- -nicie. A l'égard des prières ordonnées par Ithobal et de leur 11. 36
efficacité prétendue, on sait à quoi Ton doit s'en tenir sur ce trait. Le règne de ce prince fut , suivant Josephe, de trentedeux ans. Il mourut par conséquent six ans avant son gendre, le-roi d'Israël. Ménandre, dans Josephe, lui attribue la fondation de Botrys en Phénicie, entre Byblbs et Tripoli , et celle d'Auza en Lybie , ou en Afrique.
894* Badezor, successeur d'ithobal, son père, régna six ans, et fut remplacé par Matgene ou Mettinus, son fils, dont le règne fut de neuf ans. 11 laissa, en mourant, deux fils, Pygmalion et Barca, avec deux filles, Elise et Anne. • - : «