‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 107 sur 146 · VI · texte numérisé non relu

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qu'il perdit le i décembre de Tan i549« ^e nionrut au château d'Odos , en Bigorrc. Cetle princesse était spirituelle, savante et protectrice des gens de lettres. Elle avait fait plusieurs pièces de théâtre dans lé goût du tems , mystères et farces . des contes fort licencieux et un traite* spirituel compose' en i533, sous le titre de Miroir de Vdme pécheresse , qui fut censure par les docteurs de Paris, comme infecte' des nouvelles erreurs. Des théologiens protestants qui, fuyant la proscription s'étaient retirés dans le Béarnoùils répandirent les premières semences du Calvinisme, et qu'elle avait écoutés par le désir de tout apprendre, lavaient, à ce qu'on crut, imbue de leur doctrine. Mais à la mort elle dissipa tous les soupçons qu'elle avait occasionnés contre sa foi , déclarant qu'elle ne s'était jamais écartée de celle de ses pères. «Cette reine, dit » Brantôme , prit sa (dernière) maladie en regardant une comète » qui paraissait lors sur la mort du pape Paul III ». On croyait alors que l'apparition d'une comète était l'annonce de la mort de quelque personne éminente eu dignité. Marguerite s'appliqua celle du phénomène qu'elle vit. L'attachement de la reine de Navarre pour le roi , son frère , se manifesta pendant la prison de ce monarque. S'élant rendue à Madrid , elle parla à Charles- Quint et à ses ministres avec une fermeté qui les obligea de traiter leur illustre prisonnier avec les égards dus à son rang. Elle ne servit pas un ingrat. François Ier lui témoigna en toutes rencontres sa reconnaissance. Il ne l'appelait jamais que sa mignone. Le roi , son époux , lui survécut environ six ans. II mourut à Pau le 25 mai 1 555 , ne laissant de son épouse que Jeanne d'Albrct , si fameuse par son zèle pour la prétendue réforme. Lorsque Marguerite mit cette princesse au monde (l'an i5?8), les Espagnols, par une froide raillerie, dirent : Miracle* la vache a fait une brehis , faisant allusion aux armes de Béarn, qui sont deux vaches. Le roi Henri fut quelque tems chancelant dans la foi j mais il eut le bonheur, suivant Sponde , de mourir dans le sein de l'église catholique. Ce prince avait l'âme vraiment royale. Charles-Quint, après avoir traversé la France, disait qu'il n'y avait rencontré qu'un seul homme , qui était le roi de Navarre.

ANTOINE de BOURBON et JEANNE d'ALBRET.

i 555. Antoinede Bouuron, ducdeVendome, né le 22 avril i5t S, de Charles de Bourbon et de Françoise d'Alcnçon, succède avec Jeanne d'A.i,uhet, son épouse, fille et unique héritière de Henri d'AIbret, à la couronuc de la Basse-Navarre, c'est-à-dire de la petite portion de ce royaume qui est eu-deçà des Pyrénées. Jeauuc d'AIbret avait d'abord épousé, le i5 juillet 1 S4 1 , Guil-

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lnume , duc tic Clèvcs , qui l'abandonna presque aussitôt pour faire sa paix avec l'empereur, contre lequel il s'était déclare'. Jeanne se maria en secondes noces, le ?o octobre ; S48 . à Moulins , avec Antoine de Bourbon , descendant de p^re en fila de Hubert de Clermont, cinquième (ils de .Saint-Louis. Ce prince fit une singulière spéet ialion pour reruuvrrr le royaume de Navarre. Il envoya une ambassade en Afrique au roi de Fez, pour lui propo>er une alliance et lui faciliter 1rs moyen* de recouvrer le royaume de Grenade «pie ses ancêtres avaient conquis et possède , à condition que l'africain lui ferait instituer la Navarre ou l'aiderait a s'en emparer. Mais tout ce beau projet s'en alla en fumée. Antoine était dès-lors engage' dans les erreurs du fenis. 8a O iiime qni dans la suite les embrassa avec tant d'ardeur et les Soutint avec tant d'opiniAtrcté , lui conseillait , suivant Brantôme,

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le duc de Bourgogne. L'an i5fk», mandé aux étals d'Orléans , Antoine s "y rend , le 5i octobre, avec le prince de Coude, son frère, qui avait reçu le même ordre. L'accueil se'rieux et glace que le roi leur fit, justifia la répugnance avec laquelle ils étaient venus. Au sortir de l'audience, on donne des gardes pour quelques jours an roi de Navarre, et on conduit en prison le prince de Coude La perte de l'un et de l autre était, disait-on, arrête'e. Taudis qu'une commission , établie contre le droit inbèrcut aux princes du sang de n'être jugés que parla cour des pairs, instruit Je orocès du second , le premier est appelé' à la chambre du roi , et s'imagine que c'est pour y être assassine. Dans ce préjugé, il dit à un de ses gentilshommes en entrant dans la chambre : S'ils me tirent , portez ma chemise toute sanglante à mon fils et à ma femme ; ils liront dons mon sang ce au ils doivent faire pour me venger. Le coup est manque, ou plutôt ce fut une vaine terreur. On achevé la procédure contre le prince de Coude , laquelle finit par une sentence de mort. Les promoteurs de ce jugement en pressent l'exécution ; mais la reine jugea propos de temporiser. Le roi meurt sit ces entrefaites. La scène alors change. Le prince est remis en liberté; le roi, son frère, prétend à la régence, et se laisse duper par la reine qui l'engage à se couten er de la licutenatice générale du royaume. L'an 1 56 1 , Antoine assiste au colloque de Poissi. L'éloquence solide et brillante que le cardinal de Lorraine étale a cette assemblée , jointe aux divisions qu'il aperçoit parmi le s chefs des Huguenots, commence à l'ébranler ; des vues d'intérêt, qu'on lui suggère achèvent de le décider à rentrer dans le sein de i'égltse. Il s'unit à ce qu'on nommait alors le Triumvirat . coron^sé du duc de Guise ,

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du connétable et du marécbal de Saint- André. Par leur conseil, il défend les prêches dans les appartements du Louvre. Il députe au pape Pie IV pour lui offrir son obéissance en qualité' de roi de Navarre , e! ce Pontife la reçoit malgré le décret de Jules Ht qui avait dépouillé Jean d'Albret de ce royaume. L'an 1 56a, Antoine marche à la tête de l'armée royale contre le prince de Coudé, son frère, et l'amiral de Coligtii. Il prend Blois et Tours dans le mois de juillet , va faire ensuite le siège de Bourges dont il se rend maître sur la fin d'août, après trois semaines d'attaque. Ces succès lui font prendre la résolution de soumettre la ville de Rouen. Il conduit en diligence son armée victorieuse vers cette place , afin de prévenir les secours qu'elle attendait de l'Angleterre: mais les Anglais le préviennent et y arrivent avant lui. Il ouvre la tranchée devant le fort Sainte - Catherine le 18 septembre , et s'en rend maître le 8 octobre suivant. La ville, attaquée ensuite , était aux abois lorsque Antoine , visitant la tranchée , reçut , le 1 5 octobre , une arquebusade qui lui fracassa l'épaule. Le père Daniel dit que les chirurgiens jugèrent ta plaie mortelle j d'autres prétendent qu'elle ne le devint que par l'incontinence du prince. Quoi qu'il en soit , la ville ayant été emportée d'assaut le 26 du même mois, Antoiue J fil une entrée lugubrement triomphante , porté sur son lit. Delà il voulut se faire conduire en bateau jusqu'à Saint-lVlaur , au-dessus de Paris. Mais son extrême faiblesse obligea de le descendre à Andely, où il mourut le 17 novembre, dans la quaraute-cinquicmç année de son âge. Pour fainr de ce prince un grand homme , il ne lui manqua peut-être qu'un peu plus de force dans l'esprit ; mais ce défaut même fut le salut de l'état. Où en eût été la France s'il avait eu In fermeté de son frère ou l'entêtement de sa femme? Laissons Cdvin , Nezc et leurs fanatiques échos se venger de ce prince déserteur de leur secte, par les injures les plus atroces ; et rapportons u. ns-en plu ol à l'éloge impartial que le sage de Tliou l'ail de sa valeur , de son affabilité, de sa modération et de son amour pour la justice. Il eut de son épouse , entre autres enfants , un (ils qui fut dans la suite roi de France , sous le nom de Henri IV {?'oj\ Antoine, duc de Pendâme).

La même JEANNE D'ALBRET.

L'an i5Ga, Jeannf. d'Almibt règne seule après la mort de son mari. Cette princesse, livrée malheureusement aux fureurs de l'hérésie, devint le principal appui des hérétique* eu France, et soutint, de toutes ses forces, leur parti jusqu'à sa mort. L'an i563, elle fui citée, le 29 septembre, par le pape Pic IV, à comparaître devaut le saint siège, dans six mois, sous peine

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d'excommunication ; ce qui l'inquiéta fort peu. Jeanne se laissa tranquillement excommunier après le terme expire'. Mais la cour de France protesta, dans le mois de de'cembre i563, contre les lettres monitoriales de Rome. Jeanne prit grand soin d'élever son fils Henri, prince de Navarre , dans la religion qu'elle avait embrassée. Elle en pratiquait la morale â la rigueur, et les exercices avec la plue grande régularité. L'an 1567, à la demande des états de Béarn, elle donne, au mois de juillet, un c'dit pour rétablissement du Calvinisme dans son royaume. La reine douairière de France, Catherine, désirait ardemment de marier Marguerite de Valois , sa fille , avec le prince de Navarre. Jeanne d'Albret y consentit, l'an 1672, après avoir long-tems hésité. Il est remarquable que, dans le contrat de mariage, elle prit le titre de mâjesté Jidélissime , qu'elle tenait sans doute des rois de Navarre ses ancêtres, quoiqu'on ne le voie exprimé dans aucun de leurs actes. Jeanne, étant à Paris pour la célébration de cette alliance, y meurt, le 9 ou le 10 juin, à l'âge de quarante-quatre ans. Elle n'avait été malade que cinq jours, et le bruit courut qu'elle avait été empoisonnée de l'odeur d'une paire de gants de senteur, qu'un parfumeur italien, de la cour de Catherine de Médicis , lui avait vendue. Mais les chirurgiens , ayant ouvert son corps , déclarèrent qu'ils n'y avaient trouvé aucune marque de poison. La véritable cause de sa mort était, suivant leur rapport, un abcès qu'elle avait au côté. Cette princesse avait l'esprit orné, des talents rares, et le caractère ferme jusqu'à l'opiniâtreté.

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