‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 129 sur 146 · VI · texte numérisé non relu

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de Grenade, et leur enlève les villes d'Archidona el de Gibraltar* Pour terminer ses différents avec le roi d'Aragon, Henri consent de s'en rapporter au jugement de Lonis XI, roi de France , avec lequel il convient d'une entrevue sur la rivière de Btdassoa. Ils s'y rendent l'an 146V Henri, dans cette conférence, étala une magnificence extraordinaire. Louis au contraire y parut, avec toute sa suitt , dans un extérieur des plus négligés. .Leur entretien ne dura qu'un demi-quart d'heure , et le roi de France décida en faveur du roi d'Aragon. Les Français se retirèrent pleins de mépris pour le faste des Castillans, qui se moquèreiitéçaleruent d'eux par un motif tout contraire. Henri à son retour, s'étant aperçu qu'il avait été' joue dans cette affaire par le marquis de Villena , son principal ministre , et l'archevêque de Tolède, oncle de ce dernier, les bannit l'un et l'autre de la cour , et substitua au marquis , dans le ministère , Bertrand de la Cueva , qui se trouva tout à la fois le favori du roi et l'amant de la reine. Toute la Cas* tille fut scandalisée de ce choix. L'an 146^4, une conjn ration, qui se tramait sourdement parmi la noblesse , éclata tout-à-coup en plein jour au milieu de Madrid, où les mécontcntss'étaicnt rassemblés. Henri accourt pour la réprimer : peu s'en fallut qu'il ne fût enlevé. Pour se tirer d'affaire , il s'engage à reconnaître pour son successeur l'infant Alfonse , son frère, et laisse à cinq commissaires le soin de remédieraux troubles du royaume. Il fait plus, il a l'imprudence de remettre Alfonse entre les mains des chefs d* la ligue. Maîtres de la personne de ce prince , ils le mettent à leur tête ; et s'étant rendus, le 5 juin 1463 , dans la plaine d'Avila , ils y procèdent juridiquement à la déposition du roi. Ce fut une scène vraiment théâtrale que cette déposition. Ou dressa dans la plaine un éebaffaud au milieu duquel s'élevait un trône où l'on plaça l'efligie de Henri IV, revêtue de tous les ornements royaux. Après avoir lu à ce simulacre la sentence qui le déclarait indigne de la royauté, on lui en arracha toutes les marques , puis on le précipita du trône , en le chargeant de coups de pied et d'imprécations ; après quoi don Alfonse fut mis à sa place et proclamé roi. L'effet q^ue produisit cette étrange cérémonie , fut entièrement contraire a ce que les conjurés s'en étaient promis. Elle excita l'indignation du peuple qui de toute part s'offrit pour venger l'outrage fait à son légitime souverain. Bientôt Henri se vit à la tète d'une armée de cent mille hommes. Mais au lieu d'employer celte armée à terrasser les rebelles > il se laisse amuser par des propositions d'accommodement, cousent à une trêve, et licencie ses troupes qui , s'étant divisées en compagnies de brigands , répandirent la désolation dans tout le royaume. Henri, par là ranima l'audace des conjurés et eu augmenta le nombre. L'an 1467 t le 21 août , les deux parties se livrent une sanglante

DES ROI* V'ESÏMHE (c*0TILLE ET LÉON.)

bataille où l'archevêque de Tolède , le plu» ardent des conjures , est dangereusement blessé. La nuit termina le combat qu'elle laissa indécis. Alfonse étant mort le 5 juillet 1468, les rebelles offre nt la couronne à Isabelle , sœur de roi, qui a la générosité de la refuser. Mais regardant comme illégitime Jeanne , fille de la reine , elle demande et obtient d'être nommée princesse des Astu ries , et reconnue en cette qualité pour héritière de la couronne de Cas tille et de Léon. Le roi lui - mémo acquiesce aux désirs «de sa sœur par un traité que les rebelles lui font signer , traité par lequel il répudiait sa femme , déshéritait sa fille , et les renvoyait toutes deux en Portugal. Isabelle, assurée du troue, se vit bientôt recherchée par différents souverains. Le roi de Portugal la demandait pour lui-même , le roi d'Aragon pour Ferdinand son fils , le roi de France pour le duc de Guicnne , son frère. Deux partis se forment alors , l'un pour Isabelle , l'autre pour l'infante Jeanne. Le premier , pour fixer les incertitudes d'Isabelle sur le choix qu'elle avait à faire , prend la résolution de faire venir Ferdinand déguisé vers cette princesse , qu'il épousa , l'an 1469, à Valladolid , en présence de l'archevêque .de Tolède. Irrite de ce coup de hardiesse , le roi n'hésite pas à déclarer 4e nouveau Jeanne son héritière , et à conclure son mariage avec le duc de Guietmc, qui la demandait , n'ayaut pu ob- 4e*iir Isabelle. Mais ce prince, après s'être fiancé avec Jeanne par .procureur , se dégoûta d'elle sur les soupçons qu'il avait de son illégitimité, et refusa de l'épouser. Uenn , Tan i474i s* réconcilie avec Ferdinand et Isabelle qui étaient venus le trouver à Ségovie. Mais après un snperbc repas qu'il leur donna, il fut subitement attaqué d'un mal de côté et de violentes douleurs d'entrailles qui le conduisirent au tombeau après quelques mois de souffrances, le 1 a décembre de la même année, dans la cinquante- «tinième année de son âge. Des troubles , des conjurations , des guerres civiles , formèrent le tissu de son règne qui fut de ai ans. Sa+>ie , dit Ferréras, est un grand miroir où les souverains peuvent apprendre ce qu'ils doivent éviter pour régner heureusement.

FERDINAND V, LE CATHOLIQUE, avec ISABELLE,

ROI DE CASTILLE ET d'A&JLGON.

i474»^«ri>inawdV, filsde Jean II, roi de Navarre et d'Aragon, et de Jeanne , fille de Frédéric Henriquez, amirante de Caatille , né le 10 mars 1462 , succède à la couronne de Caslille du chef d'I*ABRM*E dr Castille, sa femme , sœur du roitiewi IV , qu'il avait épousée le 18 octobre 1 469. Ferdinand et Isabelle sont proclamés à Ségovie le i5 décembre, el reconnus par la plupart

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des seigneurs. On rapporte qu'après le festin qai suivit la cérémonie ue leur inauguration , Isabelle fitpre'sent de la coupe d'or, dont elle avait fait usage , à André de Cabrera, gouverneur de Ségovie, et qu'elle fit même un décret qui obligeait les rois ses successeurs, ainsi qu'elle, à faire présent chaque année aux descendants de Cabrera de la coupe d'or dans laquelle its boiraient ce môme jour. Celte faveur n'était point de caprice. Cabrera l'avait méritée en livrant à Isabelle les trésors de la couronne , qui étaient renfermés dans la citadelle de Ségovie. Mais tandis qu'elle triomphait dans cette ville, Jeanne se fit proclamer reine à Placcncia par les intrigues du marquis de Villena. Ce seigneur, l'an 1473 , se ligue avec l'archevêque de Tolède , et engage A1fonse , roi de Portugal , oncle de Jeanne , à s'armer pour les intérêts de sa nièce. Ce prince étant entré, l'an 1476 , a la tête de son armée , dans le royaume de Léon , est battu par Ferdinand, a Toro, et retourne dans ses étals. Jeanne, se voyant abandonnée du plus grand nombre de ses partisans , aima mieux renoncer au monde, que de souscrire aux conditions dures et avilissantes qu'Isabelle lui dicta. Klle prit en eflet le voile dans le monastère de Coimbre, où l'année d'après elle fit profession ( /r. Alfouse V, roi de Portugal.) Pour assurer la tranquillité de la Castilie , au dehors et au dedans, il restait à conclure la paix avec la France. On y réussit, le c) novembre 1478 , après une assez longue guerre. Jean II, roi d'Aragon et de Navarre, étant mort le 19 janvier i4?9i Ferdinand, son fils, lui succède au royaume d'Aragon, et réunit cette couronne à celle de Castilie. II s'était introduit , sous le règne de Henri IV , de grands abus dans le second de ces royaumes. Les états s'assemblèrent à Tolède, l'an 1 180 , pour les réformer. On abolit les grâces imprudemment accordées par le feu roi ; et , d'après l'examen qu on en fit , il revin» à la couronne 3o millions de mnravedis , ,sur lesquels Ferdinand et Isabelle assurèrent des récompenses à ceux qui s'étaient distingués par leur service. On envoie des commissaires dans les provinces pour entendre sur les lieux les plaintes des peuples opprimés par les grands. Celte même année fut l'époque de l'établissement du redoutable tribunal de l'inquisition en Castilie. Le roi et la reine en firent eux-mêmes la demande au pape Sixte IV , guidés en cela par le zèle inconsidéré de Thomas Torquemada , dominicain. Séville en fut le berceau : ce fut là que les inquisiteurs , dont la nomination appartenait au roi , selon la bulle d'érection , commencèrent l'exercice de leur ministère sous la direction de l'impétueux Torquarneda , qui fut nommé , l'an «485, grand inquisiteur : ils le firent bientôt dans d'autres villes • et avec une extrême rigueur, jusqu'à faire mourir par le feu, dans une seule aunée, si i on en croit Mariana, plus de 2000

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personnes. Cependant les A ramonais refusèrent de reconnaître ce nouveau tribunal , et prirent les armes contre les inquisiteurs dont ils tuèrent le chef. La raison qu'ils donnèrent de leur soulèvement , qui dura long-teras , fut que les formes judiciaires de l'inquisition étaient imcompatibles avec leurs libertés. On n'y confrontait pas l'accuse' aux témoins; on ne l'instruisait point de ce qu'ils déposaient contre lui j le malheureux e'tait soumis à la torture, et s il e'tait condamné, ses biens étaient confisqués. ; Zurita.) La conquête de l'île de Canarie est encore un événement de l'an 1480. Elle fut faite pour le compte de la Castillc par Pierre de Vera, après avoir été vainement tentée par Jean de Rexon et Pierre d Algaba , faute de«concert entre eux.

Le sultan Albohacen souffrait impatiemment le tribut que les rois de Caslille avaient imposé à son royaume. Isabelle et Ferdinand I ui en ayant fait la demande pour renouveler la trêve qui était entre les deux royaumes, sa réponse fut, dit-on, que, dans tous les lieux où Von battait monnaie pour le payer, on fabriquait des armes pour s'en affranchir. Quoi qu'il en soit , le murquis de Cadiz ayant fait une irruption subite , l'an 1482, dans ses états , et pris un jeudi, 27 février, la ville d'Alhama , à 7 lieues de Grenade , dont cette ville était comme le rempart , Albohacen tenta jusqu'à trois fois , saus succès, de la recouvrer. Mais tandis qne ses troupes sont occupées à celte expédition , les habitants de Grenade se révoltent , et mettent la couronne sur la tête d'Aboabdali , fils aîné du sultan. Albohacen prend la fuite , et se réfugie à Malaga auprès d'Abdoullah-Zagal , son frère. Guerre eutre le père et le filsj elle occasionne la ruine des Maures. Le nouveau sultan , voulaut faire face aux Chrétiens en même-tems qu'à son père, va mettre le siège devant Lncènc. Les Chrétiens volent au secours de la place, obligent les Maures à lever le siège, les attaquent dans leur retraite le 21 avril i433, les mettent en déroute , et preunenl leur roi prisonnier. Les Maures , paur ue pas laisser le trône vacant , y replacent Albohacen ; mais Ferdinand, dans la vue d'entretenir la division parmi eux , rend au jeune sultan la liberté. Grenade refusant de le recevoir, à cause des conditions honteuses auxquelles il s'était soumis , il se retire à Almérie. Ferdinand prend son parti , et lui fournit de l'argeut et des troupes. Il rentre lui même sur les terres des Maures , et remporte des avantages si considérables sur ces infidèles , au'ils se déterminent, l'an i4^5 , à mettre sur le trône Abdoullah- Zagal , frère a" Albohacen , comme le seul homme capable de soutenir leur monarchie sur le penchant de sa ruine ; mais toute son habileté ne peut arrêter les progrès des armes chrétiennes. Ferdinand , marchant de conquête eu conquête , prend le 9 dé-

cembre 1489 , après sept mois de siège, la ville de Baça, lapins forte place du royaume de Grenade. Alors le sultan Zagai, désespërant de conserver ce qui lui restait, vient le remettre, avec sa personne , à Ferdinand , qui le reçoit avec honneur , et lut Assigne des revenus et des terres conside'rables pour son entretien. (Zagal passa l'année suivante en Afrique, et fixa son séjour à Tréme'cen . où sa postérité* subsiste encore de nos jours. ) Quelques villes néanmoins , défendues par Abdallah , neveu de Zagal, firent encore de la résistance. Il fallut employer les armes pour les soumettre, fcnfin , l'an 149* » Ferdinand achève la cou* quête du royaume de Grenade par la prise de la capitale qui s« rend le a janvier, après plus de 8 mois de siège, suivant M. Cardonne : don François-Marie Crespo (diction- de los homùres Jr tntigorcs di Espana) met la reddition de cette place au 25 novembre précédent , et l'entrée que les deux rois (comme on nommait Ferdinand et Isabelle) y firent , au 6 janvier suivant. C'est ainsi que l'Espagne se vit entièrement délivrée du joug des Maures , qui possédaient Grenade depuis plus de 800 ans. Cette glorieuse expédition mérita à Ferdinand le titre de Catholique , qui lui fut donné par Innocent VIII , et confirmé par Alexandre VI : (ce titre nrétait cependant point nouveau; il avait rte donné anciennement à Récarfcde pour avoir ramené les Goths, qni étaient Ariens , à la foi de l'église; Alfonse 1 avait aussi porté le titre de Catholique.) Ferdinand et Isabelle rendent un édit celte même année pour obliger les Juifs à recevoir le baptême 00 à sorlir dans quatre mois de leurs états. Cent soixante et dix mille familles , selon quelques écrivains espagnols , cent vingt miiie , suivant d'antres , et trente mille scalement, selon le calcul le plus modéré et le plus vraisemblable , sortirent de l'Espagne à cette occasion , cmporlaut avec elles des richesses immenses ; car les Juifs s'étaient saisis de toutes les branches du commerce,, que l'indolence des Espagnols leur abandonnait. Plusieurs de ces malheureux feignirent de se convertir plutôt mie de quitter letir patrie. Mais les cachots , les bûchers même ne l'inquisition retentirent bientôt de leurs plaintes. On continua de punir dans leur postérité , jusqu'au règne heureux de Charles III, le mal«lieur et Timposture des pères. Cependant un étranger faisait , loin de l'Espagne, de nouvelles conquêtes pour le compte de Ferdinand et d'Isabelle. C'était Christophe Colomb, Génois , qui , s'étant présente , l'an 1491 , à ces deux monarques , après avoir été rejeté du roi de Portugal , leur exposa le dessein qu'il avait d'aller fiiire la découverte d'uu nouveau monde à l'Occident ; et, sur le plan qu'il mit sous les yeux de leur conseil , obtint trois vaisseaux avec lesquels il partit. Des îles Canaries on il mouilla, il arriva en trente-trois jours , nou sans avoir ■beaucoup souffert

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des murmures de son équipage , aux Lucaies , et prit terre à Pile de Guanahani. Les habitants , que son arrivée mit d'abord en fuite et qu'il ramena bientôt par ses bonnes manières , entrèrent en commerce avec les Castillans , qui recevaient d'eux l'or 4 pleines mains en échange des pots de terre cassés et des morceaux de verre et de faïence qu'ils leur donnaient. Le cacique 9 ou chef de ces insulaires , leur permit de bâtir un fort dans l'île, qu'ils nommèreni Hispaniola. Colomb , de retour en Espagne , fut accueilli de ses maîtres avec la distinction qu'il méritait. 11 en repartit au mois de septembre de Tan i49^ avec dix-sept vaisseaux qu'ils lui donnèrent, et découvrit de nouvelles iles , telles qne les Caraïbes et la Jamaïque, dont il prit possession au noni des mêmes souverains. Cependant Ferdinand et Isabelle , pour s'assurer ces conquêtes, crurent devoir s'adresser au pape Alexandre VI qui leur donna , par sa bulle de Tan 1 49^ » l'investiture de tous les pays que Christophe Colomb avait déjà découverts , et de tous ceux que iui ou d'autres Espagnols découvriraient , suivant une ligue qu'on supposait d'un pôle à l'autre ponr*séparer les possessions des Espagnols de celles des Portugais. La reine Isabelle avait alors pour confesseur François Xiraenès , cordelter, qu'elle nomma, Tan 149^, à l'archevêché de Tolède, le plus riche bénéfice d'Espagne.

Les succès de Christophe Colomb dans ses voyages maritimes eicitèreut l'émulation d'Ame rie Vespuce, gentilhomme florentin établi eu bapagne. Etant parti de Cadix , Tan 1497 , avec quatre vaisseaux que le roi Ferdinand lui fournit, il se mit à courir les mers sur les traces de Colomb , aborda dans le couli-r nentdu nouveau monde, et, parles progrès qu'il y fit dans le cours de dix-huit ans, acquit l'honneur, que Colomb semble néanmoins avoir mieux mérité que lui , de douner son nom à la moitié du globe. La même année que Vespuce s'embarqua, Ferdinand ut Isabelle perdirent , le 4 octobre, leur fils unique , Jean , princp des Asiunes , marié à Marguerite , fille de Maximilicn 1 , empereur, qu'il laissa veuve sans enfants. Le ?.5 août de Tannée suivaute, la mort leur enlève encore Isabelle, leur fille aînée, alliée}, i° en novembre 1490 , à l'infant Alfonsc , prince de Portugal ; 2* en 1497 , à Emmanuel , roi de Portugal. Ferdinand , dont l'ambition était insatiable , convoitait encore le royaume de I\a-

{> les. L'un i5oo , ligué avec Louis XII , roi de France , qui avait es mêmes vues, il envoie Pernandez Gousalvc , dit le grand capitaine , à la conquête de ce pays. Gonsalve s'étaul joint au duc de Nemours , général des Français , réussit, l'année suivante .y à dépouiller le roi de Naples, Frédéric III. Les deux monarques vainqueurs devaient , suivant leurs conventions , partager entre

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eux le royaume qu'ils avaient conquis en commun. Mais Gonsalve , par ordre de son perfide maître , entreprit d'en chasser entièrement les Français. Ayant altaquéTroja dans la Capitanalr, il est repousse par d'Alègre le 19 juillet i5o2. Canozza , dans U terre de Bari , est rendue , Je 23 du même mois, au duc de Nemours , après quelques, jours de siège et deux assauts. Le 26 août, bataille de Séininare en Calabre , où d'Àubigui défait Antoine de Levé. Mais l'année suivante , Gonsalve ayant reçu des renforts par mer , tant de Venise que d'Espagne , se trouva supérieur aux Français et en état d'exécuter ses desseins. Vers la iniavril, il alla faire le siège de Ruvo , dont il se rendit maître ainsi que de la personne du commandant, la Palisse. Le 21 du même mois, deuxième bataille de Seminare, 011 Robert Stuard d'Aubigni est battu par Hugues de Cardonc , et fait prisonnier aprt'S avoir été blesse'. Le ?8 ( sept jours après cette bataille) (nouvelle victoire des Espagnols , remporte'c à Oérignole, dans la Pouille , sur le duc de JNemours qui meurt quelques jours après de ses blessures. Capoue , Averse , et plus de soixante terres dans la Pouille se soumettent d'elles-mêmes an général espagnol. Appelé par les bnbitanls de Naplcs , qui manquaient de vivres, il entre, le 14 mai, dans cette ville, claltaque les Fiançais , dout une partie s'était réfugiée dans le château-neuf, et une antre dans le château de l'Œuf. Quoiqu'ils n'eussent aucune espérance, on ne peut savoir quand ils auraient été réduits à se rendre , si uu officier de fortune , espagnol de naissance , nommé D. Pedre IVavarro , n'avait employé le terrible moyen des mines Ce fut au siège du château-neuf qu'elles furent employées pour la première fois.Une partie des murss'étant écroulée, la brèche se trouva tout d'un coup énorme : les assiégés, n'y étant pas préparés, ne purent la défendre, et toute la garnison fut passée, le 22 juin , au til de l'épée. Le château de l'Œuf fit la même résistance avec aussi peu de succès. L'exemple de ce qui venait de se passer dans le premier château ne diminua rien de l'intrépidité du commandant du second : c'était un gentilhomme d'Auvergne, nommé Chatagnac, d'une illustre maison qui subsiste encore avec éclatdans cette province. Sans être effrayé du désastre de son collègue, il déclara a ceux qui l'invitaient à se rendre , qu'il était résolu de s'enterrer sous les ruines delà petite place qui lui était confiée. On usa encore contre lui du même moyen , et il fut écrasé sous les débris d'une tour avec presque toute la garnison. Cet heureux et effroyable succès des mines en rendit bientôt l'usage très-commun. Ou en usa dans une infinité de sièges. L'effet en fut toujours trèsmeurtrier , parce qu'on n'avait point encore imaginé les contremines. Le 27 décembre , le marquis de Saluées, général de 'France, est défait près du Garillau. Enfin, le 1" janvier i5o4» l«

tors kois dWàcne (caStit le et ÀnAcois.) 585

royaume de Naplcs est entièrement perdu pour les Français pnr la reddition de Cacte. La même année , la reine Isabelle mcnrt le 26 novembre, laissant, par son testament, Jeanne, sa fil'e ("née le 8 novembre 147g) , héritière de la Castille et des niâ mes qui en dépendaient. Le 5 avril suivant ( jour du vendredisaint ) i on sentit en Espagne un horrible tremblement de terre ; et cet événement fut regarde' par le peuple comme de mauvais augure , parce que le roi et la reine tombèrent lotis les deux malades alors. Le roi recouvra la saute, mais la reine re^ta toujours en danger par la profonde me'lancolic qu'elle nourrissait dans son creur. Plusieurs causes avaient successivement produit en elle cette impression; la mort de son fils Jean, celle de sa fille Isabelle, celle de son petit-fils , et l'aliénation d'esprit de l'ar- Chiduchesse Jeanne, sa fille et son héritière. La reine habcllc et Ferdinand, dit M. Mariette, avaient toujours vécu politiquement ensemble , non comme des époux, dont les biens sont communs sous les ordres du mari , mais comme deux monarques étroitement allies. Ils ne s'aimaient ni ne se baissaient, se voyant rarement, ayant chacun leur conseil, souvent jaloux l'un de l'antre dans l'administration, et néanmoins inséparablement unis pour leurs intérêts , agissant sur les mêmes principes , et uniquement occupes de leur ambition. La mort d'Isabelle occasionna de grands troubles dans la Castille, entre Philippe, r'poux de la princesse Jeanne , et le roi Ferdinand , qui se disputèrent l'administration de la Castille , dont la princesse Jeanne était incapable , à cause de la faiblesse de sou esprit.

PHILIPPE I, dit LE BEAU, Koi de Castille.

i5o4. Philippe I , fils de Maximilicn , archiduc d'Autriche , puis empereur , et de Marie de Bourgogne , né à Bruges le 21 juillet 147S, marie , le 2i octobre i/\{)6 , avec l'infante Jkàisme, fille de Ferdinand le Catholique et dTsabelie , prend le litre de roi de (..•Mille après la mort de la reine Isabelle. L'an i5o5, Philippe part de Bruxelles, le 8 novembre , avec son épouse, pour se rendre en Espagne :

Lu même FERDINAND/ roi d'Ak^oo.v.

FrnDiifANn avait été déclaré administrateur du royaume de Castille par la reine Isabelle , son épouse ; mais Philippe s'étant offensé de cette disposition et voulant la faire casser, Ferdinand fut obligé d'en venir à un accommodement , conclu le 24 uovembre j5o5, et publié le premier janvier i5oq. Le 18 mars suivant, Ferdinand épouse en secondes noces Gkamaine de Foix. Il obtient, U 20 juin de la même

PHILIPPE I. FERDIDINAND.

il est jeté sur les côtes d'Angleterre, ojli il fait un séjour «le plus de trois mois , pendant lequel Henri VII , roi d'Angleterre , obtint de Philippe qu'il lui livre Polus , comte de Suffolck , le seul oui restait de tous les prétendants à la couronne d'Angleterre. L'an i5o6 , Philippe étant arrivé en Espagne sur là fin d'avril , tous les seigneurs quittent aussitôt Ferdinand pour se joindre à lui.

Il est reconnu roi , couronné quelques jours après , et meurt à Burgos le 25 septembre suivant , âçé de 28 ans , 3 mois et 10 jours , laissant deux princes, Charles et Ferdinand, çt trois princesses , Eléonore , qui épousa Emmanuel , roi de Portugal, et ensuite François I, roi de France , ( morte en Espagne l'an i55S) ; Elisabeth, qui fut mariée, l'an i5i5, à Christiern II , roi de Danemarck , (morte le t5 janvier i52fi), et Marie , alliée, en i52i , à Louis II , roi de Hongrie , ('morte gouvernante des Pays-Bas en 1 558. ) La reine Jeanne , épouse de Pbilippe et propriétaire de la Castille, vécut jusqu'au 12 avril i555.

Elle fut si touchée de la inortde son époux , qui ne l'avait jamais aiiuée , qu'elle en perdit- entièrement la raison; ce qui la fit. appeler Jeanne la Folle.

On racoute. qu'elle parcourut quelque tems l'E^ p.igne f iui-

anpée , une entrevue avec Philippe à des conditions très-humiliantes pour lui ; et , sept jours après , il signe un traite par lequel il renonce à l'administration, de la Castille. Le 5 juillet suivant, deuxième entrevue de Ferdinand avec Philippe , après laquelle il se relire en Aragon. La mort de Philippe lui rendit bientôt l'autorité qu'il avait perdue en Castille , les états de ce royaume l'ayant élu régent pendant la minorité de Charles , son petit-fils. Un prélat , qui joignait à toutes les vertus de son état un génie sublime, brillait alors en Espagne. C'était Ximenès, de cordclier devenu archevêque de Tolède par le choix, comme on l'a déjà dit , de la reine Isabelle dont il avait été le confesseur et le conseil dans les affaires du gouvernement* Ferdinand , l'an i5o? , après lui avoir procuré la pourpre romaine le choisit pour sou ministre. Ximenès , chargé de deux emplois si dissemblables, remplit avec le même xèle , la même capacité, les fonction»

de l'un et de l'autre. Comme évèque , il travailla efficacement à la conversion des Mahométans dont il baptisa près de 3ooo en un jour. Comme ministre , il entra dans tous les détails du gouvernement , et réforma plusieurs abus. Les génies supérieurs , placés dan* un poste éminent, manquent-

DES ROIS D'rSPAGNE (CASTILLE ET ARAGON,) 5??

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