FERDINAND IV
1295. Ferdinano IV , fils de Sanche III et de la reine Marie , né le 6 décembre 1285, est proclamé roi dans l'église de Tolède, après les funérailles de son père , et l'est une seconde fois dans les états tenus à Valladolid. Les premières années du règne de Ferdinand furent très-orageuses, et tout semblait conspirer à lui faire perdre la couronne. L'an 1296 , l'infant D; Juan , oncle de Ferdinand , se fait proclamer roi à Léon : Alfonse de la Cerda , l'ainé des deux fils ae D. Ferdinaud, est proclamé roi de Castillc à Sahagun; le roi de Grenade porte le fer et le feu dans l'Andalousie , et taille en pièces une armée commandée par l'infant D. Henri j le roi de Portugal se jette dans la Castille m? celui d'Arr.gon s'empare d'Alicante , et de plusieurs places du royaume de Murcie ; mais la reine Marie fait face à tout , et se conduit avec tant de fermeté et de sagesse , qu'elle assure la couronne à sou fils. L'an i3o5, elle fait épouser à ce monarque Constance , fille de Denis , roi de Portugal. La Castiile était toujours menacée par l'Aragon. Le roi Deuis , l'an i3o5, ménage un cougrès entre Ferdinand , son gendre , et le roi d'Aragon. Il se tint à Campillo,
Jiois chrétiens de Majorque.
Jean II, marquis de Montserrat , en 1 558. Ils firent, l'un et l'autre ( le frère et la sœur) , des efforts inutiles pour obtenir la restitution du royaume de Majorque et de ses dépendances. Pierre fut inébranlable à toutes les sollicitations, et ces domaiues demeurèrent toujours depuis unis à la couronne d'Aragou { Voj\ Jeanne première, reine de Naples).
568 CHKONOLOCIE HISTORIQUE
et le roi de Castille y fit la paix avec l'Aragonais en lui cédait uue partie du royaume de Âlurcie. Pour ne laisser aucun sujet de discorde , on y convient de s'en rapporter à l'arbitrage des deux rois de Portugal et d'Aragon , touchant les prétention* d'Alfonse de la Cerda, qui était pour lors en France. Les deux rois médiateurs arrêtent qu'Alfouse quittera le titre de roi , et qu'on lui assignera un certain nombre de villes pour subsister. Ferdinand fit, Tau i3og, une conquête importante sur les Maures par la prise de Gibraltar, place beaucoup moins forte alors qu'elle ne l'est aujourd'hui. Le 17 septembre ae l'an i3ia, fut le terme des jours de Ferdinand. Ce prince mourut subitement à Jaen , laissant de Constance , son épouse, Alfonse son successeur , ci Eléonore, qui épousa Alfonse IV, roi d'Aragon. La reine Constance finit ses jours le 17 novembre i3id. Ferdinand IV, a été surnommé Y ajourné, parce que dans un accès de colère , il lit jeter, dit-on, du haut d un rocher deux gentilshommes qui, avant ue d'être précipités, l'ajournèrent à comparaître devant Dieu ans trente jours, et qu'il mourut au bout de ce terme. Ce siècle, dit un homme d'esprit , était celui des ajournements. Clément V et Philippe le Bel , avaient été aussi ajournés (en i3i4 ) > par le grand-maître des Templiers. Quoi qu'il en soit de ces contes , Ferdinand était aussi violent et emporté que Philippe le 1kl était vindicatif.
ALFONSE XL
i3i2. Alfonse XI, fils de Ferdinand IV, et de Constance t?e Portugal , âgé seulement d'environ deux ans , succède à la couronne de Castille. La minorité d'Alfonse ne fut pas moins orageuse que celle de Ferdinand, son père , par les divisions f par les cabales, et par les guerres que s'y firent les différents prétendants à la régence j elle est enfin décernée , l'an i3i4» aux infants D. Pedre et D. Juan, par le conseil de la reine Marie, aïeule du jeune roi, qui n'eut plus, depuis ce moment, d'autre autorité que celle <\ui lui était acquise par l'extrême considération dont elle jouissait. On lui confie la personne du roi et son éducation. Les deux régents périssent , l'an i3io,, daus une bataille contre les Maures, qui profitent de leur victoire pour s'emparer de plusieurs places. La Castille est replongée dans le trouble par l'ambition des nouveaux prétendants a la régence. La reine Marie, qui s'était signalée sous trois règnes , par sa sagesse et sa prudence, surtout pendant deux minorités, meurt le premier juin i3a2, regrettée généralement de tous ses sujets dont elle s'était toujours montre'e la mère plutôt que la reine. Alfonse, l'an i3a4i ayant atteint l'âge de quatorze ans, déclare dans les états tenus Valladolid ,
df.s nots d'i.spagne (castii.i l: ET LÉON.) 5#W)
qu'il vcul gouverner par lui-même. Ce prince eut ic malheur de perdre, Tau i553, Gibraltar (jue le gouverneur livra aux Maures, après quoi il se relira en Afrique. Alfonse lit d'inutiles efforts pour reprendre cette place. Mais il eut contre les infidèles d'autre-, succès qui le dédommagèrent de ce revers. L'an i5^o, secouru par le roi de< Portugal et la principale noblesse d'Espagne , il gagtic , le 3o octobre , sur les rois de Maroc et de Grenade , la ce'lebre bataille de Salado, qui coûta la vie à plus de deux cent imita mahométans , outre un nombre prodigieux de prisonniers. On pre'tcnd que cette boucherie couvrit de cadavre* tous les chemins à plus de trois lieues à la ronde, et que le butin immense qu'on y ramassa, fit baisser d'un sixième le prix de l'or. Pourcomble d*- nu rveille, on Blottie «ju»* lei Chrétiens ne perdirent dans l'action qu'environ vingt hommes. Altonsc continue la guerre pendant les années suivantes , gaçnc plusieurs batailles sur mer et sur terre , et force le roi de Grenade , l'an i34^, de lui livrer Algezire par capitulation , après uu long siège. L'année suivante est remarquable par un autre événement. Louis de la Cerda , connu en France sous le nom de D. Louis d'i'^parjne, fils de L). Alfonsc de la Cerda, est couroune', le 14 novembre , roi des Canaries, par le pape Clément VI, dont il se reconnaît vassal et tributaire. Ces îles avaient c'té nouvellement découvertes par des vaisseaux castillans , aragonais et portugais. Le roi de CaitîUe céda, l'an i385 , les droits qu'il avait sur elles à don Louis. Ce lut vers ce tems qu'Alfonse reçut d'Edouard III, roi d'Angleterre, un pre'scnt qui , peu considc'rable en apparence , devint une des principales sources de l'opulence de l'Espagne. C'était un petit troupeau des plus beaux moutons d'Angleterre, dont la race , s'étant multipliée jusqu'à nos jours , produit ces laines excellentes qui rendent l'Espagne en ce genre la rivale de l'Angleterre. Alfonse avait à cœur le recouvrement de Gibraltar. Etant venu BU commencement de Tan 1 55o , en faire le sie'ge , la peste l'enleva le 26 mars de la même année , dans le cours de cette expe'dition. Il avait épouse , l'an 1Î28, Marie, fille d'Alfousc IV, roi de Portugal , et de Béatrix , dont il eut Ferdinand , ne' l'an i332 , mort avant lui, et D. Pedre qui lui succe'da. Alfonse laissa plusieurs enfants naturels d'Eléonorc de Guzman j savoir D. Heuri de Traustamare. D. Frédt;ric , D. Tello , etc. La reine Marie mourut sur la lin de l'an |556 , en Portugal , où elle s'était retirée auprès d'Alfonse IV, son père.
D. PEDRE LE CRUEL.
i55o. D. Pr.nae , fils d'Alfonse XI , et de Marie de Portugal, né à Burgos le 3o août 1 334 > *'ul proclamé roi à Seviile aussitôt
qu'on y eut appris la morl du roi Àlfonse , son père. Le règne de ce prince n'est qu'une suite d'actions barbares et inhumaines, qui lui ont fait donner Je surnom de Cruel. L'an i55T, à la sollicitation de sa mère , il fait mourir Eléonore de Guzman , maîtresse de son père. Sa conduite envers la reine Blanche, fille de Pierre , duc de Bourbon , à laquelle il avait douné sa main le 5 juiu 1 555 , ne fut pas moins atroce. Il quitta trois jours après cou mariage cette princesse, ia plus accomplie de son siècle, et l'envoya prisonnière, l'an i354 , au château d'Arevcllo , puis à Tolède, et de là, l'an i355, au château de Siguença. Le motif <le ce traitement barbare fut la persuasion où ce monarque e'tait que Blanche n'avait pu re'sistcr à l'amour et aux grâces de D. Frédéric, grand-maître de S. Jacques, son frère naturel, qui avait «té la recevoir sur la frontière avec la plus haute noblesse du royaume. Rien n'était néanmoins plus faux. Cette calomnie, l'ouvrage de ia Padilia , maîtresse du roi , s'est , dit un moderne , perpétuée jusqu'à nos jours. Ce qui Ta accréditée, c'est l'imbécille vanité de la maison d'Henriqucz , qui a regardé comme un litre brillant de descendre du fruit incestueux des prétendues amours de la reine avec le grand-mailrc. Mais l'imposture a e'té confondue par tous les écrivains espagnols qui ont prouvé invinciblement que la maison d'Henriqucz était issue de ce même Frédéric et d'une concubine juive appelée la Palomba. Le désir «l'avancer Dicguc de Padilia , frère de sa maîtresse, porta, Pan j354, le roi D. Pedre à faire mourir Jean Nu^nès de Prado, grand-maître de l'ordre de Calatrava , après quoi il fit élire à sa place ce favori. Il épousa publiquement cette même année Jeakhx- Fennandès de Castra , et l'abandonna presque aussitôt , après avoir eu d'elle avant le mariage, l'infant D. Juan. Les ombrages qu'il avait pris contre Frédéric, son frère, furent cause de la mort de ce prince qu'il fit massacrer, l'an i558, en sa présence ; il traita de même D. Juau , son cousin, fils d'Alfonse IV, roi d'Aragon , après l'avoir attiré à Bilbao , sous prétexte de lui faire accorder la seigneurie de la Biscaye par les états de cette province. Eléonore, reine douairière d'Aragou, mère de ce jeune prince , et tante de D. Pedre , est arrêtée par ses ordres l'année suivante , et mise à mort dans le château de Castro-Xeriz. Deux de ses frères naturels, âgés, l'un de quatorze ans, l'autre de douze, lui étant devenus odieux , il les fait étrangler, l'an i36o , dans l'Alcasar ou palais de Sévillc. On montre encore aujourd'hui la chambre où celle exécution se fit. Sa haine contre Blanche de Bourbon, sa femme, n'étant point assouvie par la captivité où îl la retenait depuis sept ans , il la fait mourir secrètement Tan i56i , à l'âge de 25 ans, sans en avoir eu d'enfauls. Marie Padilia, sa concubine, à laquelle il sacrifiait cette épouse, la suivit de près
au tombeau. Celle-ci laissa de D. Pedre quatre enfants, Alfonse, Béatrix , Constance et Isabelle. Le roi D. Pedre venait de terminer alors la guerre qu'il avait avec l'Aragon ; mais il ne pouvait pardonner à Mahomet Barberoussc , roi de Grenade, d'avoir pris le parti des Aragouais dans cette querelle. Mahomet , pour l'apaiser, vient lui rendre hommage à Sc'ville sur la foi d'un sauf-conduit. D. Pedre saisit cette occasion pour Pe'gorgcr rie sa propre main. Nous passons sous silence les meurtres d'un grand nombre de seigneurs dont le sang ruisselait dans toutes les provinces par ses ordres. Tant de cruautés soulèvent tous les esprits , et occasionnent une révolte ; elle éclate l'an i566 , et D. Pedre attaqué par Henri , comte de Transtamare , sou frère naturel , dont il avait fait mourir la mère et le frère , est chassé de sts états avec le secours des troupes françaises , conduites par Bertrand du Guesclin. Le roi de Caslille dans la déroute de ses a flaires a recours au prince de Galles , qui le rétablit, après avoir gagné, le 3 avril 067, la bataille de Najera , ou de Navarctte , dans laquelle Henri fut défait , et Bertrand du Guesclin fait prisonnier, avec le maréchal d'Andrehcn, par D. Pedre, auquel seul ils avaient consenti de se rendre. Le vainqueur usa dans toute son étendue du malheureux droit de se venger . et traita plusieurs des rebelles avec une excessive cruauté. Mais la retraite du prince de Galles ranima le parti des mécontents. L'an i56S, Henri et du Guesclin, qui, avant été rachetés par le roi de France , avaient rassemblé de nouvelles troupes, rentrent en Castille , prennent rapidement plusieurs places , assiègent Tolède , et remportent surD. Pedre , le 14 mars, devant Monticl, une victoire qui l'oblige à se jeter dans cette place dont ils firent aussitôt le siège. Avant voulu s'échapper ensuite à la faveur de la nuit , il est arrêté et conduit à du Guesclin qui le reçoit dans sa tente. Henri, sou frère , survient et le lue le 2D du même mois. (Les historiens varient beaucoup sur la date et les circonstances de cette mort, que M. Sponde, après Mariana, place au 23 mars. Le P. Daniel met la bataille de Montiel au 1 5 août, et prétend que Mariana s'est trompé ; mais il se trompe lui-même , et la plupart des modernes sont anssi dans l'erreur en rapportant cet événement à l'an 1569). Telle fut la fin du prince le plus cruel dont l'histoire d'Espagne fasse mention. Il était dans la trente-quatrième armée de son âge, et la dix-huitième de sou règne. D. Pedre ne manquait ni d'esprit, ni de courage, ni d'application ; et Ton pense que , si Ton eût soigné davantage son éducation, au lieu d'un tyran et d'un monstre , ou en eût fait un prince aimable et vertueux. Mais d'Albukcrque , son gouverneur , loin de lui apprendre à dompter ses passions naissante», les fortifiait par ses leçons , et lui frayait la route du vice par son
exemple. On rapporte de lui des traits qui montrent qu'il n'e'taît pas toujours inaccessible aux sentiments de justice. Il se plaisait à courir la nuit par les rues. Vnc fois qu'il faisait ce vacarme ténébreux , un garde du guet l'arrêta sans le connaître , et le battit vigoureusement. D.Pcdre se de'fendiletle tua. Les magistrats informent le lendemain. Instruits par une femme que l'auteur du meurtre était le roi lui-même , ils vont lui eu demander justice. Le monarque , pour satisfaire à la loi , fait couper la tète à son effigie. On montre encore , dit-on , à Tolède cette statue tronquée. Pierre ne laissa point d'enfants légitimes, mais il en eut plusieurs de ses différentes concubines , août aucun ne lui succe'da. Ainsi fut éteinte par sa mort la postérité légitime de Raimond de Bourgogne.
HENRI II, dit LE MAGNIFIQUE.
i568. Henri II , comte de Transtamarc , fils naturel d'Alfonse XI et d'Eléonore de Guzinan, est reconnu roi de Castille après la mort de Pierre le Cruel , malgré' les efforts des rois de Portugal, d'Aragon et de Navarre, qui aspiraient à celte couronne. Leduc de Lancastre et le comte de Cambridge, fils d'Edouard III y y prétendirent aussi dans la suite , au nom de Cons** tance et d'Isabelle , filles naturelles de Pierre le Cruel , leurs épouses. Le duc de Lancastre prit même le titre de roi de Cas* tille j mais Henri , vainqueur de tous ses rivaux , conserva (a couronne jusqu'à sa mort , arrivée le 29 ou 3o mai de Tan 1379, après onze ans et deux mois de règne, depuis la mort de D. Pcdre le Cruel. Quelques historiens espagnols disent qu'il mourut empoisonné par des bottines infectées d'uu poison subtil que lui donna un seigneur mahométan , réfugié à sa cour sous prétexte qu'il avait encouru la disgrâce de Mahomet , roi de Grenade. C'est vraisemblablement un conte. Mais ce qui ne l'est pas , c'est qu'il fut extrêmement regretté de ses peuples dont il avait captivé les cœurs et l'estime par son air affable, sa générosité, sa valeur, et son attention à tous les besoins de l'état. Henri avait épouse? , )e 27 mai i55o, Jeanne de Peîjivafiel, qui descendait d'une fille de S. Louis, étant de la famille de la Cerda. Il eut de cette princesse ( morte en 1180 ) , Jean qui lui succéda , et Léonore, mariée, Tan iSyçj, avec l'infant D. Carlos, depuis roi de Navarre sous le nom de Charles III, dit le Noble. Il laissa encore plusieurs enfants naturels j c'est la seule chose que lui reproche, et avec raison , le nouvel historien d'Espagne , qui d'ailleurs représente Henri comme un prince qui réunissait toutes les qualités qu'où peut désirer dans on roi légitime , quoiqu'il ne (ut réellement qu'un usurpateur.
Henri datait ordinairement ses diplômes de la seule ère d'Espagne avec le jour du mois Celui par lequel il donna le duché de Molines à Bertrand duGuesclin, pour le rëcompenser des secours qu'il lui avait donnés, est ainsi date' : Dado este privilégia en muy noble cibidad de Sevila , quarto dias de Majro , Era de mill et. quatro siendos et siei annos j ce qui revient au 4 mai i368 de J.-C. Les historiens modernes se trompent donc en rapportant lé commencement du règne de Henri II , et la fui de celui de son prédécesseur , à Tan i36g.
JEAN I
13^0. Jean I , fils de Henri H et de la reine Jeanne, né à Epi la le 20 août i358 , succède à son père le 20 ou 5o mai, et le 25 juillet il est couronné solennellement avec Lbonore d'Aragon, son épouse. L'an i383 , se tinrent à Ségovie les corlès ou états-généraux , où l'on abrogea l'ère d'fcspague pour adopter celle de l'Incarnation. Le roi Jean, Tan i384 , porte la guerre en Portugal , appelé à cette couronne par son droit et par la reine Eléonore , veuve du roi Ferdinand , mort l'année précédente. Il est reçu dans plusieurs places, et met le siège devant Lisbonne ; mais s'étant brouillé avec Eléonore , il est obligé de se retirer. Ayant repris courage et renforcé ses troupes , il reutre , l'année suivante dans ce royaume , d'où il est chassé pour toujours par la perte de la bataille d'Aljubarrotta, qui assure la couronne à Jean , son compétiteur. Les Portugais à leur tour viennent l'at- taquer dans ses propres états. Un autre ennemi s'élève ensuite contre loi. L'an i3ob*, le duc de Lancastre, à la sollicitation et avec l'aide des Portugais , débarque eu Galice* s'y fait proclamer roi de Castillc , et s'empare de quelques places : mais l'année suivante la paix se fait entre les deux rivaux à Bayonne , où l'on arrête le mariage de Henri, fils aine du roi , avec Catherine, H Ile du duc de Lancastre et de Constance, l'une des filles de D. Pedro le Cruel. Ce traité fut confirmé, l'an i588, par les états de Castille. L'infant D. Henri prit alors le titre de prince des Asturics , qui a toujours été porte depuis par les héritiers présomptifs de la couronne deCastille. L'an i3po, le roi Jean tient les états à Guadalajara, dans lesquels, entr'autres règlements, on fixe , à sa prière, les sommes qui devaient être employées pour l'entretien de sa maison. Ce prince vertueux et bienfaisant meurt la même année , dans sa trente-troisième année , le «^octobre, d'une chute de cheval qu'il fit dans une espèce de tournoi. Jean laissa de la reine Léoxore, fille de Pierre IV, roi d'Aragon, qu'il avait épousée le 18 juin 137.5, deux fils; Henri, qui fut son successeur , et Fcrdiiiaud, né le 27 novembre i58o , qui fut déclaré, l'an i4<2»
héritier de la couronne d'Aragon. Après la mort de L^onore »' arrivée le 18 août i38a , Jean s'était remarié, au mois de mai i585, à Béatrix , fille de Ferdinand, roi de Portugal , dont il ne laissa point d'enfants.
HENRI III , dit LE MALADIF.
1390. Henri III, fils aîné de Jean et de Léonorc, né le 4 octobre 1379, monte sur le trône à l'âge de onze ans. Sa minorité fut agitée par les débats de différents seigneurs qui prétendaient à la régence. Henri les termina l'an 1393, en se saisissant des rênes du gouvernement, quoiqu'il n'eût pas encore quatorze ans acoomplis. Il commença dès-lors à faire les délices de ses sujets par ses excellentes qualités. S'étant fait rendre compte des revenus de l'état et de leur emploi , il s'aperçut qu'ils avaient été pour la plus grande partie dissipés ou aliénés. Dans les soins qu'il se donna pour les recouvrer et les faire revenir à leur légitime destination , il n'épargna pas ses proches, et modéra les pensions trop fortes qu'ils s'étaient fait adjuger. Il résulta de là des cabales et des révoltes qu'il vint à bout d'étouffer , non sans beaucoup de peines. Le Portugal, en i3<^6, ayant rompu la paix avec la Castille par des hostilités, Henri lui fait face , et soutient nue guerre de trois ans qui u 'eut aucun événement remarquable. Les pirates d'Afrique étant venus ensuite insulter les côtes de Castille , Henri , J'an 1400 , envoya contre eux ses flottes qui firent la conquête de Te tua u. Un impôt, appelé moneda , qui tombait principalement sur les paysans , faisait déserter les campagnes. Henri, dans les états qu'if tint , l'an 1401 , à Tordésillas , le supprima, et fit plusieurs règlements pour mettre un frein à l'avarice des juges et des receveurs des reveuus de la couronne. Frappé de la réputation du fameux Tamerlan , Henri lui envova cette même année des arabaladeurs qui furent témoins de la bataille ou ce conquérant fit prisonnier le sultan Bajazct. Tamerlan , sensible à l'ambassade du roi de Castille, lui eu fit une de son côté, l'an 1402 , chargée de magnifiques présents. Les Maures de Grenade ayant fait , Tan 1406, une irruption subite dans le royaume de Jaen , Henri leur déclara la guerre, et convoqua les états à Tolède pour en obtenir des subsides ; mais il ne put y assister à cause des infirmités qui l'accablaient depuis quelque tems. Elles le conduisirent au toml>eau le 25 ou 26 décembre de la même année , à l'âge de vingtsept ans. Ce prince avait épousé , comme on l'a dit , sur la fin de i3cj3 Catherine, fille du duc de Lancastre; et par Constance, sa mère, petite— fille de Pierre le Cruel, dont il laissa l'infant D. Jean , âgé seulement de vingt-deux mois, et deux princesses, Marie et Catherine , dont la première épousa , l'an 141 5, Al-
PES BOIS D'ESPAGNE (CASTILLE ET LÉON.) HjS
fonseV, roi d'Aragon, et la deuxième, en 1420, Henri d'Aragon , marquis de Villena. Sous le règne de Henri III , Tan 1406, mourut, à 1 âge de cent-vingt aus , le chevalier ttoso qui avait fait cent campagnes , et s'était trouve' à toutes les batailles qui s'étaient données depuis uu siècle en Espagne.
JEAN IL
1406. Jean II, fils de Henri III et de Catherine de Lancastre , ne' le 6 mars 1 4o5 , est reconnu roi après la mort de son père t et couronué à Ségovie le i5 janvier 1407 : la reine mère, et Ferdinand (qui avait généreusement refuse le sceptre qu'on lui offrit au préjudice de son neveu ), sont de'clarés ses tuteurs et re'gents du royaume. Ferdinand ne se contenta pas de maintenir en sûreté* les e'tats de son pupille, il voulut encore les agrandir. Il porta la guerre dans le royaume de Grenade , et en arrivant (l'an 1407 ) il emporta par surprise la ville de Pruna. Il force ensuite le roi de Grenade de lever le sie'ge de Jaën qu'il attaquait avec une arme'e de près de quatre-vingt-dix mille hommes, envoie de toute part des de'tachements qui, ayant pénétre' jusqu'à Malaga , reviennent avec un immense butin , et fait partir , sous les ordres de l'amirante de Castille, une flotte oui met en fuite celle des rois de Tuuis et de Trémécen , que Joseph , roi de Grenade , avait appelés à son secours. Une trêve que celui-ci obtint ensuite , étant expirée, Ferdinand entreprit, lan 14 10 , le siège d'Antcquera, qu'il pritaprès six mois d'attaque. L'an 14^9 un événement inopiné jette le trouble à la cour de Castille. La reine mère est trouvée morte le premier juin dans son lit : cette mort ne fut pas jugée naturelle ; comme si une reine ne pouvait pas mourir subitement ainsi qu'une autre femme! La conduite de Catherine ne lui avait pas mérité l'estime des Castillans. Née paresseuse et indolente, elle s'était laissée gouverner par ses domestiques , surtout par Léonore Lopez, femme habile qui avait pris sur sa maîtresse cet ascendant que tout génie supérieur doit avoir sur un esprit borné. Cette princesse avait d'ailleurs le défaut , si honteux ponr son sexe, d'être adonnée au vin. Le co-régent de Castille, Ferdinand , élevé sur le trône d'Aragon en 1412* l'avait précédée de deux aus au tombeau. Le jeune roi de Castille tenait de la faiblesse du caractère de sa mère. Ce prince ayant épousé, l'an 1420 , Marie d'Aragon , sa cousine , fille du roi Ferdinand , les infants d'Aragon D. Jean et D. Henri , frères de Marie , vinrent s'établirent à la cour de Castille dans l'espérance de s'emparer de toute l'autorité sous un monarque fait pour être gouverné. Mais D. Alvare de Lune était déjà maître de l'esprit du roi. D. Henri, pour l'emporter d'emblée sur ce favori , se sai-
676 CHRONOLOGIE UISTOJUQUE
sit à main armée de la personne du roi , et ëpouse maigre* elle la princesse doua Catherine, sa sœur. Alvarcde Lune fournit au roi les moyens de s'échapper; et, l'an 1422, D. Henri lui-même est arrête' , mis eu prison , et dépouille' de la grande maîtrise de S. Jacques dont il s'était fait pourvoir. Ses partisans s'étaient sauvés avec Catherine , sa femme , eu Aragon. De ce nombre était le connétable Ruys Lopcz d'Avalos, dont la charge fut donnée , Tan i4^5 , à D. Alvare de Lune , que le roi créa quelque leras après comte de S. Etienne de Gormaz. Le roi d'Aragon, Alfonse V, ne vit pas avec indifférence l'emprisonnement de D. Henri, son frere. Il demanda son élargissement avec menace de l'obtenir par la force des armes en cas d'un refus persévérant. Enfin , Tan 1425 , Henri est remis eu liberté , et se retire auprès du nouveau roi de Navarre, son frère. Une ligne puissante se forma , Tannée suivante , contre D. Alvare de Lune dont le crédit augmentait tous les jours. Le roi, pour apaiser les troubles, consent à l'éloigner pour dix-huit mois. Pendant son absence l'ambition de ceux qui voulaient le remplacer auprès du roi , met tout en combustion à la cour. ]l est rappelé , l'an 1428, ponr y rétablir le calme. Son maître , dont il relève le courage, niet à la raison, après trois ans de guerre , l'infant D. Henri , appuyépar les rois de Navarre et d'Aragon. Libre alors de suivre ses projets contre les infidèles , il porta la guerre, l'an i43i, dans le royaume de Grenade , divise alors en factions qui semblaient préparer sa ruine. Vainqueur à la célèbre bataille de Fiçuière où les Grenadins perdirent plus de trente mille hommes , il se retire (on ne sait par quel motif) t sans profiter de cet avantage. Frédéric , fils naturel de Martin le Jeune, roi de Sicile, s'était établi eu Caslille. Perdu de débauches et abîmé de dettes, il s'imagina , pour faire ressource, de s'emparer de l'opulente ville de Sévillc pendant les préparatifs que le roi faisait, l'an 1453, d'une nouvelle expédition contre le royaume de Greuade. Son dessein étant éventé, il est arrêté et secrètement exécuté , l'an 1434, dans sa prison ; ses complices sont écartelcs en public. Jl,c roi de Caslille rentre l'année suivante en Grenade et gagne sur les Maures la bataille de Guadix. Un nouvel orage qui s'élève , J'an 1439 t contre Alvare de Lune , l'oblige à se retirer de la cour. On cabale pour empêcher son retour ; et l'année suivante, l'infant D. Henri , prince des Aslurics, que le roi Jean If, son père, venait de marier avec Blanche, fille de Jean II , roi de Navarre , entre dans le complot. Le monarque s'élant mis en marche , l'an > 44 1 * Polir réduire les mécontents , tombe entre leurs maius à Médina del Campo, et ne s'en retire qu'après avoir sigué un traité par lequel il bannissait pour six ans le connétable. Cet exil , aussi pénible au roi qu'à son favori , fut bieu abrégé à
DES ROIS d'eSPAGJSE (CASH!.! E ET J.ÉON.)
la demande même du prince des Aslurics , qui se laissait aussi / gouverner par Fernandcz, son ministre. La reine Marie étant morte Pan i445, Alvare de Lune, tandis que son maître fait demander pour nouvelle épouse la princesse Radégonde , fille de Charles \ II , roi de France , négocie à son insu son mariage avec Isabelle , fille de Jean , infant de Portugal, et ne Peu informe ( Pan 1447 ), qu a la veille d'accomplir cette alliance. Il se trouve mal de ce choix. La jeune reine , fatiguée du despotisme de ce ministre, excite le roi à se tirer de Pcsclavagc où il les tenait l'un, et Pautre. On lui suppose plus de crimes qu'il n'eu fallait pour le faire périr. Il est arrêté et décapite sur un échaffaud à ValJadolid eu i455. Le faible monarque se repentit ensuite d'avoir sacrifié ce favori à sa fin) me, et le regretta jusqu'à sa mort , arrivée le ai juillet 1/(54» dans la quarante-neuvième année de son âge. De son deuxième mariage il laissa Isabelle, née le a5 avril 14Ï1, qui devint reine de Caslille , et Alfonse , élu roi de Caslille le 5 juin 1465, mort le 5 juillet 1468. Ce prince, avec de la valeur et de la piété , eut tous les vices de la faiblesse, plus nombreux et plus funestes que ceux de la tyrannie. Dominé par des ministres avides et sanguinaires, il gémissait de l'assujettissement où ils le tenaient , et ne pouvait s'en délivrer. La royauté à ses yeux était Pétat le plus dur et le plus accablant; il soubaitait d'être né le dernier de ses sujets , et voulut plusieurs fois descendre du trône pour aller s'euterrer dans un cloître.
HENRI IV , dit L'IMPUISSANT.
1454. Henri IV , fils de Jean et de Marie d'Aragon , né le 6 janvier 1425 , succède , le 21 juillet, au roi, son père , à qui les déportements de ce fils avaient causé beaucoup de chagrin. Séparé, Pan i455, detti.ANCHE deNavarri , qu'il avait épousée en 1440, Henri donna sa main, en i4^5, a Jeanne, fille d'Edouard, roi de Portugal } alliance très-assortie par la ressemblance de9 mœurs- Jeanne aussi voluptueuse que son époux, ne mettait pas plus de mystère que lui dans ses galanteries. L'un et Pautre par là se rendirent également l'objet du mépris de leurs sujets. L'an 1459 , les seigneurs mécontents forment une ligue dans laquelle ils font entrer l'année suivante le roi d'Aragon. Pour ae venger de ce dernier, Henri , Pan 1461 , porte la guerre en Navarre. La reine Jeanne accouche , l'année suivante, d'une fille qui fut nommée comme elle , et qui passa dans Popinion publique pour le fruit de ses amours avec Bertrand de la Cueva ; car on était persuadé que le roi, son époux, était impuissant , non par un vice de conformation , mais par une suite des dérèglements de sa jeuuesse. Henri , la même année , porte ses armes chez les Maures