PHILIPPE IV
1621. Philippe IV, fils de Philippe III et de Marguerite ^ né à Valladolid le 8 avril i6o5, succède à son père le 3i mars. Le comte d'Olivnrez s'empare de son esprit, et supplante le duc d'Uzéda , qui est arrête' avec le duc de Lhcrme , son père, et le duc d'Ossone , vice-roi de Naplcs. La trêve de douze ans, faite avec la Hollande, étant expirée, la guerre recommence, et se fait avec succès par les Espagnols tant qu'ils ont à leur tête le général Spinola. Le conseil d'Espagne ouvrit eufin les yeux sur le vide que l'expulsion des Maures avait laissé dans ce royaume. L'an 162^ , pour le repeupler il rend une ordonnance portant que ceux qui se marieront à l'âge de 18 ans , seront exempts , pendant quatre ans , de tout impôt ; que ceux qui se marieront avant cttûge-là pourront, sans permission juridique , malgré leur minorité , gérer le.nrs biens et ceux de leurs femmes y que tous ceux qui auront e»j six enfants mâles seront exempts à perpétuité de toute espèce de charges ; et que tous les bieus confisqués seron.l employés à doter de pauvres filles. Pouv perfectionner ca\ ohjet ou ouvrit, l'année suivante , un nouvel avis qui , 6i on j'eût adopté , aurait peut-être rétabli l'Espagne dans l'état le pKu» florissant. Alfonse de Castro Gibafe , régidor de Tolède, proposa dans une grande assemblée , tenue le 28 mars.
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Je projet d'une dime royale, au moyen de laquelle tous les impôt $ étaient réduits à un seul. C'est le même projet qui fut proposé en France sous le même titre au commencement du i8*. siècle, par* le célèbre maréchal de Vauban. Mais ni le régidor , ni le maréchal n'ont été les inventeurs de ce système ; et l'on voit que long-tems avant l'un el l'autre il avait été pratiqué sous les anciens rois de Tolède , lesquels percevaient la dime royale en même-tems qu'on payait la dime ecclésiastique. C'est, dit le P. André-Marc Buriel , ce qui résulte d'un grand nombre de monuments qu'il est difficile d'entendre sans admettre celte supposition. La guerre cependant se faisait avec ardeur tant en Europe que dans le nouveau monde, entre l'Espagne et les Provinces-Unies. La même anné 1624, la flotte espagnole est déT faite , près de Lima , par les Hollandais, qui , depuis trois ans y avaient formé la compagnie des Indes occidentales. Ils font la conquête , vers le même tems , de la Baye de tous les Saints et de la ville de S. Salvador dans le Brésil v taudis qu'une de leurs escadres bat celle des Espagnols près "de Calais. Mais l'année suivante , au mois de juin , Spinola se rend maître de Bréda, dans les Pays-Bas , après un siège de dix mois. Dans le cours de ce siège Spinola avait écrit au roi pour lui en marquer les difficultés. lia réponse lut: Marquis, prenez Bréda. Moi le roi* ( Voy. Louis XIII.)
L'an 163 5 est l'époque du commencement d'une longue cl cruelle guerre entre la France et l'Espagne ; ce furent les Espagnols qui en fournirent l'occasion ou le prétexte , parla prise de Trêves, et l'enlève me ut de l'électeur, qui s'était mis sous la protection de la France. On a touché sur les rois Louis XIII et Louis XIV les principaux événements de cette guerre, où nous eûmes pour alliés les Hollandais avec plusieurs princes de l'empire. Eutre ceux des Espagnols on est étonné de voir les Grisons contre lesquels ils avaient soulevé' , comme on l'a vu cidevant, la Valteline. Mais les intérêts des uns et des autres ayant depuis changé, les Grisons firent, l'an 1659 , une alliance avec l'Espagne sous le titre de capitulât de Milan. Cette dernière puissance vit s'élever dans son sein, l'année suivante, une révolte dont les suites longues et fâcheuses tournèrent à l'avantage de la France qu'on accusa de l'avoir excitée et qui certainement ne contribua pas peu à la fomenter. Le comte-duc (c'est ainsi qu'oit appelait Olivarez , premier ministre d'Espagne,) voyant le royaume épuisé d'hommes et d'argent, s'avisa de faire rendre un édit qui suspendait pour un tems les privilèges de plusieurs
Ï Provinces d'Espagne , pour les obliger de contrihucr toutes éga lement aux besoins pressants de l'état. Les Catalans qui étaient eu possession d'uue immunité totale soit en paix, soit en guerre,
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se soulèvent à cette occasion. Ils font maiu-bassc Sur les Castillans (lui se trouvent parmi eux , et égorgent le comte de Sainte-Colombe , vice- roi , comme i! était près de s'embarquer1 pour se sauver. Le feu de la révolte se répand jusqu'en Portugal, Le premier décembre de cette année , les Portugais secouent le joug de la domination espagnole. Philippe IV fut des derniers à apprendre cette nouvelle. Son ministre prit un tour singulier pour la lui annoncer. Sire , dit il , la tête a tourné au duc de Bragance : il s'est laissé proclamer roi de Portugal : son imprudence vous vaudra une confiscation de 12 millions. Le roi se contenta de dire gravement : Il faut y mettre ordre , sans se déranger de ses amusements ordinaires. ( Y oyez les rois de Portugal!)
L'inflexible Olivarez , au lieu d'employer les voies de douceur pour apaiser les troubles de la Catalogne, donne les ordres les plus rigoureux au marquis de loz Vêlez pour réduire cette province par la force. Le cruel exécuteur de la vengeance de ce ministre remplit tous les lieux de son passage de meurtres et de destructions ; il saccage la ville de Tortose ; il fait pendre par les pieds le gouverneur de cette place , et livre les habitants à la férocité du soldat. Les Catalans désespérés se donnent à Louis XIII , roi de France, par un traité daté du 20 février 1641 , et Barceloune ouvre ses portes aux troupes françaises. Pour sè venger de la France , Olivarez , fournit des troupes au comte de Soissons , prince du sang , qui s'était révolté. Mais voyant , Tan 1642 , les progrès des Français en Catalogne , il publie une amnistie en faveur de cette province avec le rétablissement de ses privilèges. Les rebelles se moquent de ces offres qu'ils attribuent a la crainte plutôt qu'à la clémence , et n'en deviennent que plus, entreprenants. Les Français se rendent maîtres de Perpignau et de tout le Roussillon. Les murmures s'élèvent de toute part contre Olivarez. On le destitue enfin l'an 1643, lorsque délivré du fatal ascendant du cardinal de Richelieu , il aurait pu ré* tablir les affaires du gouvernement. D. Louis de Haro , neveu d'Olivarez , lui succède au ministère. L'an 1647 * 'e 7 juillet , semblable révolte à Naples , au sujet des impôts. Les rebelles élisent pour chef Thomas Aniello, dit par corruption Masaniello; jeune homme de vingt-quatre ans , pêcheur de sa profession , dont on avait confisqué le poisson faute d'avoir payé les droits de gabelle. Après avoir obligé le vice-roi d'abolir les impôts sur les vivres, après avoir reçu les hommages de tous les ordres de
la ville (1) , après s'être vu l'idole du peuple pendant six jours , . . . ^
(1) Le cardinal archevêque étant Tenu le dernier faire sa visite à Masaniello e* faquin osa bien lui dire : Benç/ic tardi , gradisco ta visita dcl CEnûntr%i4 voéua»
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il fut mis a mort le 16 du même mois par quatre arquebusiers que le vice-roi avait apostés. Le 5 octobre suivant, nouveau soulèvement des Napolitains , excite' par Janvier Àneso , four-> bisseur. D. Juan d'Autriche , fils naturel de Philippe IV, envoyé' pour l'apaiser , entre dans Naples avec des troupes , un flambeau daus une main et l'épe'e dans l'autre , comme si Ton eût voulu mettre tout à feu et à sang. Chacun alors court aux armes , et l'on se bat dans les rues. Les Espagnols craignant d'être accablés, se retirent , les uns dans les châteaux, les autres sur les hauteurs. La ville est assiégée : les rebelles écrivent à H enn de Lorraine , duc de Guise , qui se trouvait à Rome , nour l'engager à venir se mettre à leur tète. II part , s'embarque a Flumicino, et aborde , le i5 novembre , à Naples , où il est
Î>roclanie' généralissime par le peuple. La Frauce avait promis de ui fournir des troupes et des vivres , et lui manque de parole. Néanmoins il se soutient contre les forces de l'Espagne pendant près de 5 mois , et il eut résisté plus long-lems, saus la perfidie de Gennaro Landi , l'un des chefs révoltés , qui, le 6 avril 1648, livra la ville aux ennemis pendant son absence. Le duc tombe entre les mains des Espagnols , eu voulant rentrer dans la place* Il est envoyé prisonnier en Espagne , oit il resta dans un cachot l'espace de quatre ans. L'Espagne était alors délivrée de la guerre avec les Hollandais, qu'elle avait terminée par un traité de paix, signé le 3o janvier 1648 > à Munster ; traité par lequel Philippe IV renonça , pour lui et ses successeurs, à tout droit sur les Provinces-Unies , qu'il reconnnt pour états souverains et pays libres»
Les affaires des Catalans rebelles allaient en décadence depuis que Philippe IV avait envoyé contre eux D. Juan d'Autriche , sou fils naturel. Ce jeune héros, Tan i65a , acheva , Je i5 octobre , la réduction de la Catalogne par la prise de Barcelonne. Ce fut un revers pour la France ; mais elle n'en parut pas plus disposée à faire la paix avec l'Espagne, quoiauc Philippe la demandât avec instance à la reine -mère Anne d Autriche, sa sœur. Les Français rentrèrent, l'année suivante , en Catalogne; mais ils en furent chassés la même année par D. Juan d'Autriche , après avoir été battus devant Girouoe, qu'ils assiégeaient depuis deux mois.
Les armes françaises faisaient plus de progrès dans les Pays- Bas , et l'Espagne courait risque de les perdre , lorsque le prince de Condé , abandonnant sa patrie , vint se Joindre au comte de Fuensaldagnc , chargé de les défendre. La Frauce avait heureusement un autre héros qu'elle opposa au prince déserteur. C'était le vicomte de Turenne. La guerre se fit cotre ces deux gé-
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néraux avec des succès varias. Elle fut enfin terminée an bout de a5 ans par la paix des Pyrénées , signée par le Cardinal Mazarin , et D. Louis de Haro , ministres , l'un de France , et l'autre d'E«rpagtie , dans l'île des Faisans , le 7 novembre 1659 * entre la France cl l'Espagne. Les deux principaux articles du traite* furent le mariage de l'infante Marie-Thérèse avec Louis XIV, et la cession que l'Espagne fit à la France du Roussillon avec une partie de l'Artois et ses droits sur l'Alsace. Les deux rois, dans une entrevue qu'ils eurent Tannée suivante k Bidassoa , confirmèrent la paix le 6 juin, et le lendemain l'infante Marie- Thérèse, que Philippe, son p«re, avait amenée , fut remise au monarque français , qui l'épousa solennellement le 9 du même mois , à S.-Jean de Luz. Il était de l'intérêt de l'Espagne de finir aussi la guerre qu'elle avait avec le Portugal. Elle s'obstina à la continuer., et eut lieu de s'en repentir.
Un événement plus rare en Espagne que par- tout ailleurs jeta, l'an 1662 , le trouble dans la cour de Madrid. Le marquis de Lichc , fils de D. Louis de Haro , mort l'année précédente , Conspire contre la vie du roi. L'attentat est découvert , et les complices sont punis ; mais le roi fait grâce au marquis , en considération des services de son père. Le marquis de Lichc expia son crime par un sincère repentir , et mérita dans la suite* par ses belles actions, d'être fait vice-roi de IS aples. Philippe cependant préparait un grand armement coutru le Portugal. La reine après avoir vainement demandé la paix , obtient des se» cours de la France et de l'Angleterre , et donne le commandement de ses troupes au comte de Schomberg. Les Espagnols , commandés par D. Juan d'Autriche, prennent Evora le 22 mai it>65, etde-Ià marchent droit à Lisbonne. Mais sur la route ils sont arrêtés par Schomberg qui remporte sur eux une victoire complète. 11» essuient, Tannée suivante, une nouvelle défaite devant Castel-Rodrigo. Pour comble de malheur , Philippe IV «e laisse prévenir par les artifices de la reine, sa femme , contre D. Juan , son fils , le seul capable de réparer les pertes de l'Espagne , lui ôte le commandement des années , et l'exile à Consuegra. L'an i665, nouvelle victoire des Portugais sur les Espagnols , gagnée , le 17 juin , à Villaviciosa. Pm'Iippe IV , accablé par le chagrin et les infirmités, meurt le 17 septembre suivant , âgé de 60 ans , 5 mois et 9 jours, dans la 45" année de son règne. Il avait épousé , i°, le 25 novembre 161 5 , Isabelle, ou Elisabeth, fille de Henri IV , roi de France, (morte le 6 octobre 1644 ,) qui le fit père de plusieurs enfants , dont aucun , excepté Marie-Thérèse , née le 20 septembre i638 , uc lui survit ; 20 , le 8 novembre 1649, Marie-Anne d'Autriche ,
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fille de réulpereur Ferdinand III f (morte le 16 mai 1696 ,) dont il eut Marguerite-Thérèse , née le 12 juillet 1 65 1 , mariée à l'empereur Léopoid ; trois autres enfants , morts jeunes , ci Charles , qui suit. Il eut de plus un fils naturel , D. Juan d'Autriche , qui se rendit célèbre, comme ou l'a vu, sous son règne, et ne le fut pas moins sous le suivant. Philippe IV avait des talents et des vertus qui auraient dû. le faire aimer et respecter ; il ne fut cependant ni aimé ni respecté , parce que l'indolence absorba ses bonnes qualités. Le titre de Grand, qu'Olivarez , son ministre , lui avait donné par anticipation , et qu'il se mit si peu en peine de mériter, ne servit que de matière aux plaisanteries de ses propres sujets. Quand il eut perdu le Portugal , le Roussillon , la Catalogne , les îles Açores , le Mozambique , etc. , ou lui donna pour devise un fossé, avec ces mots : Plus on lui été , plus il est grand» Ce prince était d'une gravité si consUnte , qu'on ne le vil pas sourire trois fois dans toute sa vie.