‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 140 sur 146 · PHILIPPE V · texte numérisé non relu

PHILIPPE V

L'an 1700 , Philippe V, duc d'Anjou , deuxième fils de Louis, dauphin de France, et de Marie-Anne de Bavière, né à Versailles e »9 décembre i665, appelé à la couronne d'Espagne le 2 octobre « 700 , par le testament de Charles II > qui rappelle dans cet acte les droits de Marie-Thérèse d'Autriche , aïeule de Philippe, esi déclaré roi d'Espagne à Fontainebleau le ifinovcmbre, et le 24 à Madrid ( 1 ). Ce fut à la première de ces deux proclamations que Louis XIV lui dit ce mot sublime: Mon fils , il rty a plus de

• Pyrénées. Il part, le 'J décembre suivant, accompagné du duc dt; Bourgogne et du duc de Bcrri > qui le quittèrent aux frontières d'Espagne, et fait son . entrée solennelle à Madrid le 14 avril 1701. Toutes les puissances de l'Europe , excepté l'empereur, confirment l'élection de Philippe : mais bientôt (le 7 septembre 1701 ) l'Empire , l'Angleterre et la Hollande , forment une ligue , dans laquelle entrèrent depuis la Savoie , le Portugal et le roi de Prusse, pour détrôner ce monarque. On peut voir,sur Louis XIV,

• les événements de la longue guerre que Philippe eut à soutenir avant que d'être paisible possesseur de l'Espagne. Elle fut terminée par le traite d'Ulrecht, signe , le 1 1 avril 1715 , par la France , l'Angleterre , le Portugal, la Hollande , la Prusse et la Savoie, et le i3 juillet suivant, par l'Espagne vis-à-vis l'^ngle-

• terre , à qui elle céda Gibraltar et Minorquc ) par le traité de

(1) Leduc de Bourgogne, depuis dauphin , dit un jour à l'occ&rion de cette proclamation : Vnil 1 mon frète tt Anjou roi tf Espagne ; pour moi je terai loi ih France. Mais je plains ce pauvre Bcrri {ton. autre frère) \que deviend» «i-il ? Moi f repartit le duc de Bcrri , qui riait présent, je serai prince J'Orange , ex je vous ferai enrager tous Us deux.

des nois d'espacne. ;6l5

Rastadt , signé, le 6 mars de Tannée suivante , par l'empereur ; et enfin par le t rai le , sigué le i5 février 1715 entre l'Espagne et le Portugal; ce qui mit fin au fameux congrès d'Utrccht. Pendant le cours de cette guerre , dont on a donne le détail à l'article déjà cité, les Maures, à la sollicitation et avec l'aide des Anglais, assiégèrent en 17 07 la ville d'Oran qui faisait partie de la domination espagnole depuis la conquête qu'en avait faite le cardinal Ximenez en 1609. Philippe, malgré la situation critique de ses affaires , donna ordre au comte de Santa-Cruz d'y conduire du secours. Mais au lieu de prendre la route d'Afrique , le lâche alla livrer ses galères et ses troupes à la flotte anglaise j ce qui fut cause que celte place importante tomba , au mois de janvier 1708, entre les mains des infidèles ( d'Avrigni ). Le marquis de Val de Cennos s'embarque avec les pricipaux habitants et ce qu'il y avait de meilleur clans Oran, et ne se retire en Espagne qu'après avoir laissé sept cents hommes dans le fort d'Almers qui défend le port de Mazalquivtr , m ai g qu'il fallut rendre ensuite. Philippe avait épousé par procureur à Turin , le 1 1 septembre 171 1 , Mafue-Louise-Gabriklle, fille du duc de Savoie, épouse chérie qu'il perdit le 14 février 1714. Inconsolable de cette perte , le roi quitte son palais , et se retire dans celui du duc de Mediua-Celi , abandonnant les soins du gouvernement au cardinal del Giudice. La princesse des Ursins ( Anne-Marie de la Trémoiilc, veuve du duc de Braciano , de la maison des Ursins) que la reine avait amenée en Espagne et qu'elle avait fait nommer Camarera Maj'or , était alors dans la plus haute faveur , jusque-là qu'elle se fit accorder par le roi la souveraineté du comté de Luxembourg. Sou crédit n'expira point avec la reine, sa protectrice. Le roi continua de l'honorer de sa confiance la plus intime. Sans être admise aux conseils, elle présidait à toutes les délibérations qui s'y prenaient Les ambassadeurs trairaient avec elle , les ministres lui rendaient compte de leurs desseins , les généraux même d'armée la consultaient , et il faut avouer qu'elle avait des lumières et une force d'esprit peu ordinaires à son sexe. Philippe, dont elle avait relevé le courage dans les tems le» plus orageux , s'en reposait sur elle pour le choix d'une nouvelle épouse. Parle conseil d'Alberoni, ce prêtre italien qui avait suivi le duc de Vendôme en Espagne , elle persunda au roi d'épouser Elisabeth, fille d'Edouard Farnèse, frère de François, duc de Parme et de Plaisance, née le iri octobre 169 ».. Elisabeth n'était point telle qu'Alberoni l'avait peinte à la princesse , qui comptait sur une âme faible et sans talents qu'elle pourrait gouverner à son gré ; elle ne tarda pas à revenir de son erreur. La première chose qu'Elisabeth fit en arrivant en Espagne, et avant même son entrée à Madrid , fut de lui ordonner de sortir du

6i4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

royaume j ce qui fut exécute sans délai (*> te a4 décembre de Ja même année 1714, le mariage de Philippe et d'Elisabeth est célébré à Madrid. Alberoni succéda à la faveur et au crédit de la

Îirincesse disgraciée. Les preuves qu'il, donna de sa capacité pour es affaires le firent élever, en iyi5, au rang de principal ministre , après avoir fait congédier le cardinal del Giudice. qui lut faisait ombrage. Il débuta dans ce poste par la correction de plusieurs abus et par des réformes importantes dans les finances <et dans l ordre militaire qu'il mit snr le pied de celui de France. I>a poupre romaine manquait encore à son ambition. Pour 1 obtenir il flatta le pape en faisant rendre à son nonce en Espagne la clef et les papiers de la nonciature , qui lui avaient élé 6 tés. Le roi et la reine l'ayant appuyé de leur recommandation , il fut nommé cardinal , le 1 a juillet 1717, malgré l'opposition du car- ■dmal del Giudice qui était à Rome. Alberoni s'ouvrit alors an roi du grand dessein <ju il avait de le remettre en possession des anciens domaines de l Espagne en Italie. Mom de son consentesnent, la même année il fait partir une flotte destinée en apparence pour le secours dèsVénilions contre les Turcs. Elle s'arrête sur les cètes de Sardaigne le 22 juillet , et y met à terre huit mille hommes sous les ordres du marquis de I*eydc, qui . en moins de deux mois , fait la conquête de toute cette ilesur l'empereur à qui elle appartenait par le dernier «traité de pacification. l>a Sicile , cédée par le même traité au duc de Savoie, était un antre objet de la convoitise du ministre. L'an 17*8, ayant équippé une nouvelle flotte , il en donne encore le commandement an

m (t) Ce fin a Xadraquequ* la reine tronro ta princesse dc$ Ursins, qoi, « après le* premiers re^ects, lai dit qu'elle arrivait trop lard dan» une nuit »i «« froide, et qu'elle nViait pasoii.se h lu mode. \jà reine, choqués de la maa nière dont ta princeuc lui faisait uoe leçon qot lui paroi déplacée , ordonne «« * haute voix au commandant des çardes-do -corps, qui l'eeeortait, d'éloigner « celte folie de sa prépuce, de ta mettre dans un carrosse , et de la condtrre « hors des terre* de l'Espagne. La princesse eut besoin deheauceupde force d'es- « prit pour soutenir ce coup, et la reincencore pins pour avoir osé le tenter av»at « même d'avoir vu le roi Oo loi obéit sur-le-champ sana attendre le jour, et « dans la nuit 1a plus troide d'un hiver trevrigourénx on conduisit la -princesse « dans son propre camu«e , par des chemins fort incommodes, jmqu'H la irrm- « tière d'Espagne, escortée d'un garde qu'on lui donna. Ainsi «ortii d'Espag»?, « comme prisoonrèrc , celle qni était venue dansi'éclaL et la pompe d'une Ca- « tuaient rnayor , gouvernante du prince des Asturtesel des inïanls... 1*. roi « apptouva ce qui s'était fait , ordonnant que ta princesse desdrnns eonritioii « ion voyage jusqu'h ce qu'elle fût «ortie d'Espagne , et que ■Von remit -à eon « écuyer m» meubles.'ses oijoux, ses papiers, et ce qu'elle «v>ait-laissc à Madrid • (iVtwî. du M. de S. Philippe, T. tll, p. 4> «M**) La princesse , «près avoir tenté viiinement de s'établir a Taris, puis à Geucs , se relira à Avignon , d'an étant passée à Rouie elle y mourut en 4723»

DES ROIS D* ES PAC NE. Gl5

marquis de Leyde qui fait une invasion dans cette ile sur la fin de juin. L'amiral Bing , envoyé par le roi d'Angleterre au secours du duc de Savoie, gagne sur les Espagnols, le 1 1 août suivant, une bataille navale qui ruina leur marine , sans pouvoir néanmoins les contraindre d'évacuer la Sicile. Toujours également vaste et ferme dans ses desseins, Alberoni met en mer deux nouvelles flottes , l'une pour rétablir le préteudant en Angleterre , l'autre pour appuyer en Basse Bretagne une conjuration qu'il y avait excitée contre le régent. La première , ayant été dispersée par la tempête , ne put débarquer en Ecosse qu'un régiment auquel se joignirent deux mille hommes de troupes nationales ( Cette petite armée fut bientôt dissipée). L'arrivée de l'autre fut préveuue par la punition des Bretons séditieux , dont une aventure singulière avait éventé le complot. ( Voj. Louis XV, roi de France. )

Ces entreprises cT Alberoni déterminèrent la France , l'Angleterre , l'empereur, et quelque tems après la Hollande , à former contre l'Espagne ce qu'on nomma la quadruple alliance. Eu conséquence , l'an i7iQt la France déclare la guerre à l'Espagne le 2 janvier. L'armée française , sous les ordres du duc de oerwick, s'étant" avancée vers les Pyrénées , assiège Fontarabie défendue par le duc de Lyria, fils de ce général , qui l'affermit lui-même dans son devoir , en l'exhortant à servir son prince comme il le devait. Le roi se met en marche avec la reine et son ministre , pour venir au secours de la place ; mais avant qu'il arrive , elle est obligée, le it» juin , de capituler. La ville de Saint-Sébastien subit le même sort le n août, et le château d'Urgel le 28 du même mois. Les Anglais de leur côté s'emparent du port de Vigo , dont ils emmenèrent six vaisseaux, et clans le même tems on apprend que les Espagnols ont été battus en Sicile par le général Merci. Tous ces désavantages, arrivés coup sur coup, retombent sur Alberoni, et engagent le roi à se rendre aux instances du régent de France , qui demandait l'exil de ce ministre.

L'an 1719» le 5 décembre, disgrâce du cardinal Alberoni. Le roi , par uue lettre écrite de sa main, lui enjoint de sortir de l'Espagne dans le mois. Pendant la courte durée de son ministère orageux , Alberoni avait trouvé moyen de ranimer l'industrie et l'activité des Espagnols pour l'agriculture , le commerce et les arts. L'Espagne aurait changé de face s'il eût régné plus longtems. Le 17 février suivant, le marquis de Peretti-Landi signe à la Haye l'accession du roi d'Espagne à la quadruple alliance. Philippe en conséquence donne ordre à ses troupes d'évacuer la Sicile dont les Impériaux se mettent en possession ; la Sardaigne est remise en échange de ce royaume , le 18 août , au duc de

616 cintprsoLOGiE historique

Savoie. Les troupes rappelées de Sicile sont employées à la défense de la ville de C.euta, en Afrique , assiégée depuis vingt ans parles Maures. Le marquis de Leyde délivre enfin la place après avoir vaincu les infidèles en divers combats. L'an 1721, la paix, entre l'Espagneet PAngletcrrc , est signée le i5 juiu à Madrid. Pour cimenter l'union de l'Espagne avec la France , Philippe , conformément aux désirs du régent, fait conduire à Paris l'infante Marie-Anne- Victoire , sa fille, qui n'avait pas encore quatre ans; pour être élevée auprès de Louis XV à qui elle était destinée. Dans la même année mademoiselle de Montpensier , fille du régent , épouse le prince des Astnrics , et Tannée suivante , mademoiselle de Beaujolais, son autre fille, est accordée à D. Carlos, fils aîné de la reine d'Espagne. Philippe, l'an 172$, publie un nouveau recueil de lois , qui fut imprimé en quatre vol. in-folio. Des maladies , des scrupules, et la mélancolie qui en était la suite , faisaient sentir à Philippe le poids de la couronne , et lui inspiraient le dessoin de sVn démettre. Il l'eflectua , l'an '7^4 » en résignant, par un décret du m janvier, la royauté à D. Louis, son fils aine , après quoi il se retira avec la reine a S. Ildcfonse pour y vaquer aux affaires de son salut.

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