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çras certains jours de la semaine ; usage qui s'est établi depuis ce tems là, et qui dure encore. Le 12 mars , la paix est arrêtée au camp d'Orléaus. Le connétable et le prince de Condé la concluent malgré les miuistres. Le 19 du même mois, le roi donne un édit de pacification , daté d'Amboisc , le plus avantageux que les Huguenots eussent encore obtenu eu France. Ce qui les fit irailer si favorablement, était la crainte qu'ils ne traversassent Peiitreprisc qu'on méditait pour recouvrer le Havre sur les Anglais. Le connétable, ayant sous ses ordres le maréchal de Montmorenci , son fils, et le maréchal de Bnssac , va faire le siège de cette place ; et le 28 juillet il force le comte de "Warwick cîc la rendre. Le roi , qui s'était trouvé au siège , s'arrête à son retour à Rouen ; et dans le lit de justice qu'il y tient le 17 août, il y est déclaré majeur. Au mois de novembre , le roi donne un édit pour l'établissement de la juridiction des
Î'uges-consuls des marchands de Paris. Il créa, la même année , e corps des Gardes-Françaises.
Catherine de Médicis avait apporté d'Italie le goût de la belle architecture , et désirait d'élever en France un monument qui effaçât les chefs-d'œuvre de cet art, qu'elle avait vus dans sa patrie. Ses vœux furent satisfaits parla construction du palais desTuileries (») , dont elle posa la première pierre en 1 564- L'ouvrage fut exécuté sur les plans de Philibert de Lorme ctde Jean Bullan, les deux plus habiles architectes qu'il y eût alors en France- Le roi part de Fontainebleau dans le mois d'avril accompagné de celte princesse pour visiter son royaume, en commençant par la Champagne. A sou entrée en Bourgogne , Gaspard deTavannes, commandant de la province, lui fit cette harangue militaire également noble et laconique : Sire , lui dit-il en mettant la main sur son cœur , ceci est à vous ; puis la portant sur la garde de son épée, et voici ce dont je me sers pour le prouver. Arrivé à Lyon dans le mois de juillet , le monarque y fit peu de séjour, parce que la peste y était , ainsi que dans plusieurs villes du royaume j de-là il vint au château de Roussillon, sur le Rhûne. Ce fut en ce lieu qu'il rendit , le 4 (et nou pas le 9 août) une ordonnance par laquelle il fixait le commencement de l'année au premier janvier.
(1^ Ce palais frit aimi nommé du lien où il est situé, et qu'on appelait Tuileries, parce qu'on y faisait de la tuile. H. ne consistait que dans le- gros pavillon carré du milieu, dans les deux corps de logis y qui ont chacun une terrasse du coté du jardin et dans les deux pavillons qui les terminent. Henri IV, Louis XI 11 et Louis XIV l'ont étendu , exhaussé et décoré. Ses proportion» , à ce qu'on prétend , sont moins agréables et moins régulières qu'elles ne l'étaient d'abord ; mais c'est toujours , après le Louvre, le plus beau palais de l'Europe. (Saïuufoix.)
Charles donna au même lieu , cinq jours après , un édit pour modifier les avantages qu'il avait accordés aux Huguenots par IVdit de pacification On croyait qu'ils n'étaient plus alors à redouter, depuis la paix qu'on venait de conclure avec l'Angleterre; mais la politique demandait qu'on satisfit le prince de Coudé, et qu'on l'attachât à la cour , en lui tenant la promesse qu'on lui avait faite de lui donner la lieutenance générale, comme l'avait eue le roi, son frère. On lui manqua de parole , et on eut bien sujet dans la suite de s'en repentir.
L'an i565, le roi continuant son voyage, fait, le premier février , son entrée solennelle à Toulouse , où il était arrivé fa veille incognito. Le 5, il y tient son lit de justice. Le 18 mars , le duc d'Anjou , son frère, y reçoit la confirmation par les mains du cardinal d'Armagnac , et change , par ordre au roi , son nom & Edouard-Alexandre en celui de Henri. Le rpi voulut aussi que le duc d'Alençon, son autre frère, appelé Hercule , prit le nom de François. De Toulouse , Charles se rend à Bordeaux , où il entre le 9 avril. Delà il passe , dans le mois suivant , à Bayonne , où il a une entrevue avec Elisabeth , reine d'Espagne, sa sœur.Ily vit aussi le duc d'Àlbe qui accompagnait la reine d Espagne, et eut, ainsi que sa mère, des conférences avec lut. Etant venu ensuite à Blois , il en sortit sur la fin de l'année pour aller à Moulins. Pendant le voyage du monarque , l'affaire de l'université de Paris et des Jésuites fut plaidée au parlement avec la plus grande chaleur , par les denx plus célèbres avocats, Etienne Pasquicr, pour l'université, et Jean Versorio pour les Jésuites. Les conclusions du procureur-général furent contraires aux derniers ; mais le parlement, ne voulant point juger définitivement, appointa l'affaire.
Charles étant à Moulins en 1 566 , y tint , au mois de février , une assemblée de notables , dans laquelle il donna un édit , composé de 86 articles , dont une partie était pour confirmer l'édit de Roussillon , et l'autre pour réformer la justice ; maïs le principal objet qui occupa la reine dans celte assemblée, était la réconciliation des deux partis, à quoi elle ne réussit qu'en apparence. Les Pays-Bas étaient alors violemment agités par la révolte des habitants, irrités de la suppression de leurs privilèges , et effarouchés de la menace que faisait le roi d'Espagne d'établir chez eux l'inquisition. Le duc d'Albe étant arrivé , Fan 1567, pour réprimer les rebelles, on eut lieu de craindre quelque entreprise de sa part sur nos frontières. Ce fut pour la reine un motif , qui lui fut suggéré même par le prince de Coude et l'amiral , de lever des troupes pour se mettre en garde contre la surprise ; mais bientôt cet armement inspira de la défiance à
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ceux -mêmes qui l'avaient conseille. S'étant persuadé, sur quelques indices, qu'il e'tait contre eux, ils se concertèrent pour enlever le roi , dans la vue de se rendre par là maîtres du gouvernement. La cour, informée du complot, se retire du château «le Monceaux où elle e'tait alors , à Mcaux , d'où les Suisses , au nombre de six mille, commandés parle brave colonel Pfiffcr cle Lucarne , ramènent le roi et la reine placés au milieu d'eux , le 29 septembre, à Paris , marchant toujours en ordre de bataille, et toujours repoussant Coudé et Coligni , qui voulaient se éai$ir du monarque. Le prince et l'amiral avant manqué leur coup, n'en deviennent que plus animés à la révolte. Ils envoient de toute part des émissaires, pour exciter les Huguenots à prendre les armes ; ils appellent à leur secours les princes allemands de leur secte ; et bientôt la France est replongée dans les horreurs d'uno deuxième guerre. Ce fut alors que les partisans du prince de Condé ( d'autres disent ses ennemis pour le rendre odieux) firent frapper une médaille , ou jeton , où l'on vovait d'un côté la tête du prince , et de l'autre les armes de France , avec cette inscription , Au roi des Fidèles (Secousse , Aient, de r Acad, des Belles - Lettres , tom. XVII , pag. 107. ) Jcau Casimir, fils de l'électeur Palatin, amène au prince de Condé un secours de huit à neuf millo hommes , qui devaient , à leur arrivée en France , recevoir une somme de cent mille écus ; mais Coudé se trouve hors d'état de satisfaire à sa promesse. Tous les ofliciers et les soldats de son armée , et jusqu'aux goujats, apprenant son embarras, se cotisent d'eux-mêmes, et rassemblent une bouue partie de la somme promise. « Il arriva pour lors , dit Mezerai, ce qu'on n'avait jamais vu.... une armée » en pava une autre. » Par 1 édit de pacification de i565, la ville d'Orléans avait été remise entre les mains du roi. Le 28 septembre 1567 , elle est surprise par les Huguenots, sous la conduite du capitaine la Noue. Ils achèvent d'y ruiner les églises , et entr'autres la cathédrale , qu'ils avaient épargnée dans les
Sremiers troubles. ( Ess, hist. sur Orl.) Le 25 octobre, le prince e Condé s'approche de Paris , à dessein de l'affamer. Le 10 novembre , le connétable de Montmorcnci lui livre bataille dans la plaine de Saint-Denis (1) celte action ne dura que trois quarts d'heure, et chaque parti , en se retirant , s'attribua la victoire.
(*) Le maréchal île la Vieilleville, suivant l'auteur do nos mémoires, osa dira au roi , en parlant de cette bataille : Ce n'est pas voire .) njené qui a qaçuô c< ttc. bataille , ni le prince de Cnn.fJ. — Kl qui donc , reprit Charles IX ? te r^i </' Espagne , dit. le raap'chal. CVtait en çOcl au profit de l'L>j»agne «jua tournaient bons et les niauva:» wxbi de nos guerres civiles.
DES ROIS DE FRANCE* iSr
T.e connétable y reçut huit blessures mortelles , dont la dernière fut l'effet d'un coup de pistolet que Robert Stuart , écossais (le môme qu'on soupçonna d'avoir tué le pre'sident Minard en i5^9) , lui tira dans les reins ; cependant, il eut encore la force de briser la mâchoire à ce dernier du pommeau de sou *^pee, qu'il avait rompue dans le corps d'un cavalier. Avant de sortir du combat ., il vit ses quatre fils arrachera l'ennemi les lauriers dont Us couvriraient son tombeau. Il mourut le surlendemain dans les sentiments d'un héros chrétien , à l'âçe de 74 (et non de 80) ans. II s'était trouvé à huit batailles, et dans quatre il avait eu le commandement souverain , avec plus de gloire que de fortune. La reine-mère, qui ne l'aimait pas, dit , en apprenant le détail du combat : En ce jour j'ai deux grandes obligations au ciel % lune aue le connétable ait vengé le roi de ses ennemis, Vautre que les ennemis du roi Voient défait du connétable. Elle ne laissa pas néanmoins d'honorer publiquement sa mémoire; on lui fit , par ses ordres , des funérailles presque royales , car on porta son effigie à son enterrerement, et les cours souveraines assistèrentà son service. Après toa mort ,, le roi laissa vacante la place de connétable, que la reine-mère demanda en vaiu pour le duc d'A.njou. Tout jeun* que je suis , dit ce inouarque , je me sens assez fort pour porter mon épée. La charge de lieutenant - général du royaume fut donnée, vers le même tems , au duc d'Anjou , pour le dédommager de celle qui lui avait été refusée. Cette année, au mois de septembre , il se tint à Paris une assemblée générale du clergé de France; on y régla, pour la première fois, qu'il s'en tiendrait une semblable tous les cinq ans. Nicolas de Pellevé . archevêque de Sens , y protesta que cette assemblée n7ctait pas en forme de sjrnode , ou concile provincial ou national.
Les Protestants de France n'avaient point d'allié plus fidèle et plus zélé que l'électeur palatin. L'an i568, il fai* passer , au mois de février , un nouveau corps de troupes au prince de Condésous la conduite de Wolfgang , duc de Deux-Ponts. Ce corps consistait en sept mille hommes de cavalerie , appelés Reilret , et six mille hommes de pied, nommés Lansquenets. Cétait , dit Brantôme parlant du palatin , un jeune homme très-courageux et très ambitieux. Le piflage des lieux où il passa , fut tout le fruit de son expédition. Les Toulousins , forment, le 12 mars une association contre les Huguenots, sous le nom de croisade , et prennent pour devise ces paroles : Eamus nos , moriamur cum Christo. Ils avaient déjà fait quelque chose de semblable en i565 ; et cela servit de modèle,
1 8a Chronologie historique
dit M. Bossuet, a la grande ligue qui pensa ruiner Vétat. {Varies éleci. palat. et les ducs de Deux-Ponts ) La paix se h* cependant avec les Huguenots, le 27 mars, à Loojtimeau: elle fut nommée la paix fourrée , parce qu'elle se fit tout-acoup dans fe tems qu'on croyait les affaires désespérées , et la petite paix , parce qu'elle ne dura que six mois. Au mois de septembre, le prince de Condé, averti par le maréchal de Tavannes que la reine veut le faire arrêter, reprend les armes . et entre le 19 dans la Rochelle, où Jeanne d'Albret, reine de Navarre , vient le joindre avec ses enfants. Lé a5 du même mois, édit par lequel le roi déclare qu'il ne veut qu'une religion en France , et ordonne à tous les ministres de sortir du royaume. Ce fut le signal du renouvellement de la guerre. Les Huguenots , encouragés par les secours qu'ils venaient de recevoir d'Angleterre , joints à ceux qui leur avaient été envovés d'Allemagne, se croyent également en état d'attaquer et de se défendre. Bataille de Jarnac sur la Charente, gagnée , le 1 3 mars 1669, Par *e auc d'Anjou , sous la conduite de Gaspard de Tavannes , que la reine mère lui avait donné pour guide. Le prince de Condé , après y avoir combattu en héros , ayant un bras en écharpe et la jambe cassée d'un coup de pied de cheval , est fait prisonnier par d'Argence, ot tué de sans froid, à l'âge de 59 ans , par Montosquiou , capitaine des gardes du duc d'Anjou. Les Catholiques établirent en plusieurs lieux une procession annuelle en action de grâce de cet événement. Henri III la supprima par l'édit de pacification de 1677. La reine de Navarre relève le courago des rebelles, et leur donne pour chef Henri, son fils, prince de Béarn , âgé de i5 ans. L'amiral de Coligtu prend le commandement de leur armée , et a tout l'avantage au combat de la Hoche-Abeille, en Limosin, donné le a5 juin. Ce fut là que le prince de Béarn fit ses premières armes. Les vainqueurs ne firent presque aucun quartier , et égorgèrent même les prisonniers qu'ils avaient faits. Un mois après , l'amiral, contre l'avis du prince de Béarn , fait le siège de Poitiers 9 qu'il est obligé de lever le 7 septembre , avec perle de 2000 hommes. Le 3 octobre , il est défait par le duc d Anjou , toujours guidé par Tavannes à la bataille de Moncontour; elle dura bien moins, et fut beaucoup plus sanglante que celle de Jarnac. On compta du côté des Huguenots dix à douze mille hommes de tués , suivant la lettre du roi au parlement de Toulouse. L'amiral était perdu si on l'eût poursuivi j mais le duc d'Anjou le laisse aller, et va faire le siège de S. Jean d'Angéli , qui lui coûta beaucoup de monde. La place à la fin se rendit , le 2 décembre , aa roi , qui était venu à ce siège , le 26 octobre , avec la reine mère.
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L'amiral était prompt à réparer ses pertes. L'an 1670, après avoir désolé plusieurs provinces , il entre en Bourgogne , et se saisit du poste d'Arnai-le-Duc , clans le dessein de porter la guerre aux environs de Pans. Le maréchal de Cossé vient , au mois de juin, pour le déloger , et ne peut y réussir. Troisième paix faite le i5 août, à S. Gcrraain-en-Laye. La nécessité en dicta les conditions qui furent très-avantageuses aux Huguenots. Non-seulement on leur accorda l'entrée dans toutes les charges , mais ils obtinrent de plus quatre places de sûreté ; savoir , la Rochelle , Moutauban , Cognac et la Charité. Cette paix fut appelée la paix boiteuse et mal assise, « parce qu'elle avait » été conclue , au nom dû roi , par les sieurs de Biron et de » Mesme , dont le premier était boiteux , et l'autre portait le » nom de sa seigneurie de Malassise». (Daniel) On pensait alors a. marier le roi. Le 26 uovembre il épouse , à Mézières , Elisabeth , fille de l'empereur Maximilien II.
L'an 1571, Charles, désirant cimenter la nouvelle paix, rappelle auprès de lui , par ses invitations , la reine de Navarre et 1 amiral de Coligni. L'une et l'autre se défiant des dispositions de la cour , s'étaient retirés , la reine dans ses états , et l'amiral à la Rochelle. Pour les engager à revenir, le roi fait proposer à la reine de Navarre le mariage de Marguerite , sa sœur, avec le prince de Béarn , et fait dire à l'amiral qu'il veut couférer avec lui sur la guerre qu'il a dessein de porter en Flandre. Tous deux , après s'être assurés de la sincérité des intentions du monarque, défèrent à l'invitation. La cour se rend à Blois pour recevoir la reine de Navarre. On réalisa la proposition qu on avait faite à cette princesse , et les articles du mariage de son fils avec la sœur du roi, furent signés le 11 avril. L'amiral étant arrivé vers le même tems, fut encore mieux accueilli qu'il ne Pavait espéré. Je vous tiens , lui dit le roi , et vous ne nous quitterez pas quand vous voudrez. Voici y ajouta- t-il , le jour le plus heureux de ma vie. On traita avec lux de l'objet pour lequel il avait été appelé. 11 y eut des mémoires pour et contre la guerre de Flandre. Le roi les lut et en conféra avec l'amiral. La guerre fut résolue sur ses avis , et1 le roi lui en fit espérer le commandement. Charles acheva par là de gagner la confiance de Coligni.
L'an 1572 , la reine de Navarre , tandis qu'elle travaille ellemême aux préparatifs du mariage de son fils, est attaquée d'une fièvre dont elle meurt à Paris le 10 juin. Le pnnee de Béarn prend alors le litre de roi de Navarre. Il arrive à Paris avec le prince de Condé , son cousin , et épouse , le 18 août , Marguerite, sœur du roi Charles , malgré la répugnance de
l84 CHRONOLOGIE HiSlORIQUE
celle princesse , qui , dit-on, ne prononça jamaii le oui nécessaire. ( Voy. les rois de Navarre ) La noblesse huguenote était accourue de toute part aux noces de son chef. Le roi
rompre les entraves où le retenait la reine , sa mère , exerrant toujours lés fonctions de la régence sans en avoir le titre, et ne lui laissant que celui de roi. Charles goûla ces remontrances , et commença à le faire sentir, par son refroidissement, à la reine , sa mère , et au duc d'Anjou , son frère , qu'elle s'était comme associé dans le gouvernement. La perte de Coligni fut dès-lors arrêtée entre la princesse et le duc , son fils, comme le seul moyeu de conserver leur autorité. Mais avant que d'eu venir à l'exécution, ils crurent devoir faire part du complot à la duchesse de Nemours , Anne d'Est, qui , malgré sa réconciliation apparente avec l'amiral, le regardait toujours comme l'instigateur de la mort de François de Guise , son premier époux, dont elle désirait ardemment d'être vengée Ce fut par elle que le duc Henri de Guise, son fils, qu'elle avait élevé dans ces dispositions, fut instruit du secret. On choisit pour faire le coup un gentilhomme nommé Maurevers , et non pas Maurevel , connu pour un homme déterminé ; il avait fait ses preuves , il accepta volontiers la commission. S'étant donc posté dans la maison d'un chanoine de Saint-Germain-l'Auxcrrois attaché à la maison de Guise , il attendit le retour de l'amiral qui était allé au Louvre ; et comme il repassait devant le logis du chanoine, le vendredi 2a août, sur les onze heures du matin , pour retourner à son hôtel, rue de Bétisi, il lui tira, d'une fenêtre, un coup d'arquebuse, chargée de deux balles, dont Tune lui cassa un doigt de la main droite , l'autre le blessa considérablement au bras gauche. Le roi, instruit de cet attentat, jure publiquement d'en tirer vengeance , va trouver l'amiral , et n'oublie rien pour le consoler. Mon père, lui dit-il, la blessure est pour vous , et la douleur pour moi, La reine-mère et le duc d'Anjou, qui avaient accompagné le roi dans celle visite , furent très-intrigués d'une conversation secrète qu'il eut ensuite avec l'amiral qui l'avait demandée. De retour au Louvre, ils prièrent le roi, à plusieurs reprises, de vouloir bien leur en dire le sujet. Charles, cédant enfin à leur importunité , leur dit brusquement : M. D. , ce que me disoit Vomirai est bien vrai , que les rois ne se reconnoissoient en Fiance , qu autant qu'ils avoient de puissance de bien ou mal faire à leurs sujets et serviteurs, et que celte puissance et maniement a" aj) aires de tout Pàtat, s'etoient écoulés de mes
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mains , (71/e ce/a me pourroit être quelque jour grandement préjinliciable , et à tout mon royaume , et que je devois jr prendre garde, dont il m'avoit bien voulu avenir , comme l'un de mes meilleurs et plus fidèles sujets , avant que de mourir. Hé bien , M. D. , puisque vous l'avez voulu savoir , c'est ce que me disoit l'amiral. Ce discours , et l'émotion qu'il fit paraître en le tenant, consternèrent la reine et le duc, son fils , au point qu'ils passèrent le reste du jour sans savoir à quoi se résoudre. Mais le lendemain matin , samedi , 23 août , ayant confère' ensemble de nouveau , ils conclurent à faire achever l'amiral, et à y employer la force ouverte , n'y ayant plus d'espérance d'y réussir par la ruse et l'adresse. Là dessus a'étant transportés l'après-dincr dans le cabinet du roi , ils y fireut appeler M. de devers, le maréchal de Tavannes(i), M. de Retz , depuis maréchal et le grnnd-prieur, frère naturel du roi. La reine- mère , prenant la parole , commença par effrayer le roi en lui mettant sous les yeux l'image d'une nouvelle guerre civile plus furieuse que les précédentes, et tout près d'éclater. Elle accusa l'amiral d'en avoir formé le projet dont elle fît le détail. Déjà il a obtenu, disait-elle, des princes protestants d'Allemagne dix mille reitres et six mille hommes do la Suisse, qui sont en marche pour venir se joindre aux levées que les capitaines font dans les différentes provinces de France, tes Catholiques, témoius de ces mouvements, et voyant l'inaction du roi, pensent à former une ligue entre eux et à se donner 1111 chef indépendant , ce qui anéantira l'autorité royale, et va plonger le royaume dans une horrible confusion. Pour détourner les malheurs dont on est menacé, l'unique et infaillible expédient serait de tuer V amiral , chef et auteur de toutes les guerres civiles. Les desseins des Huguenots mourraient avec lui , et les Catholiques, satisfaits et contents du sacrifice d'un , de deux ou de trois hommes, demeureraient toujours en l'obéissance du roi. La reine-mère ajouta beaucoup d'autres considérations , et fut appuyée par le duc d'Anjou et les autres membres du comité secret. 11 n'y eut que M. de Retz qui fut d'un avis contraire. II combatlitpar les plus fortes raisons de politique celui de faire assassiner l'amiral. Mais 011 lui répliqua avec tant de vigueur qu'on lui ferma la bouche. Il se fit alors un chan ment subit dans l'esprit du roi , et si surprenant , que uon c
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^(1) Le maréchal de Tavanncs assure daus ses Mémoires qu'il insista fortement pour faire excepter du massacre le roi «le Navarre et le prince de Conde , et que ton avis prévalut. Le duc de Ncven en dit autant de lui-mJme. Ces deu» témoignages peurent ètte cgalcmcul -vrais, cl rien n'empêche d'y ajoutée loi.
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tent d'embrasser l'oniuiou du comité , il la dépassa de beau- • coup et /tien plus criminellement. Car se levant , il dit avec fureur: « M. D. puisque vous trouvez bon qu'on lue l'amiral, » je le veux, mais ans«i ions les Huguenots de France , afin qu'il » n'en dcnn'inc pas un qui puisse me le reprocher après , et » donnez-y ordre promplement ». 11 sortit en disant ces mots, et laissa la compagnie dans le cabinet , où l'on délibéra sur les moyens d'exécuter l'entreprise. Le reste du jour et une partie de la nuit furent employés aux préparatifs de la scène aflrcuse qui devait se jouer On s'assura du pre'vôl des marchands , des capitaines de quartier , et des autres personnes qu'on jugeait les plus capables de présider à l'exécution. On s'imagine bien que Je duc de (luise ne fut point oublie'. Le dimanche 24 août , fetc de S. BartWlemi , sur les deux heures du matin , il marche droit y avec une escorte d'assassins , à. l'hôtel de l'amiral, où l'un deux , étant entre' des premiers dans sa chambre , le blesse à mort d'un coup de pistolet. Au bruit de ce coup, qui retentit au I, ou vie, la reine mère , et le duc son fils, effrayes , dépêchent un gentilhomme au duc de Guise pour lui défendre d'attenter à la vie de l'amiral. C'était revenir sur ses pas et désavouer tout ce qui avait été arrêté. Il n'en était plus tems. La mort de l'amiral fut le signal du massacre des Huguenots dans tous les quartiers de Paris (1). On poursuivit jusque dans le Louvre ceux qui s'y réfugièreut -, et on les égorgea sous les
(1) Les circonstances qne Ton a rapportée* ju qu'ici des causes île l'assassinat de faillirai de < o'tgni ci do manière de> Huguenots, sont tirées du discourt que le due d'Au|«>u lui-mctuc, devenu roi de fologne, tint a Miron.son
Srcmier médecin , deux jours après son arrivée a (.,raeovîe. La journée de la -Martin Irmi Tarait rein:u euticrcnic u odieux à ceux de ses nouv-aux sujets qui n'étaient pas «1e la religion catholique. D'aillctir* eu traversant l'Atli magne pou se rendre en fologuc, il avnii essuyé dans plusieurs endroits beaucoup de désagréments. On avait exposé ^ous ses yeux des tableaux de ce tragique événe-' ment , des porirai.s de l'amiral , «m il >\ian 1 nt» udu reprocher publiquement, p r i'n ♦en. mes et des enfant;., tout Ici^ang répandu h Paris et dans les meilleures vi!le> «lr> provinces. Ainsi il n'était pa* povtihle qu'il effaçai de son esprit l'impression «le ce massacre. Voilà {Hiorquoi une ■ si î « qu'il >e trouvait ogité par ce* làctieux souvenirs, il envoya chercher, vers les trois heures du matin, )liion, qui logent prèi» de sa chambre, et lui dit : a Je vous ai fait venir ici « pt.ur vous faire part de mes inquiétude* et agitations de ccilc nuit , qui ont m troublé mon repo*. en repensa-, t h l'exécution de la S.-Rarihe!emi . dont « possible n'avfi-vous [»as scu In vérité telle que présentement je veux vous le « dire ». Il lui raconta ensuite l'occasion, les motifs . U cause de cette terrible catastrophe, telles que nous venons de les rapporter en abrégé, et finit en disant : « Voilà , Miron , la vraie histoire de la S. -Barthelemi , qui m'a trouble u cette nuit l'entendement ».
Mais il e*t certain aujourd'hui que le massacre de la S.-Barthelcmi était on •o\»p prémédité long* leras auparavant; que dès l'an i565, il avait été concerté
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yeux du roi de Navarre et du prince de Condé , qui nVvitèrent la mort qu'en abjurant le Calvinisme. Pcudatit deux jours que dura le carnage , on compte plus de dix mille personnes (1) qui périrent , parmi lesquelles il y eul vingi seigneurs de marque, et environ six cenls gentilshommes. Plusieurs catholiques furent enveloppes dans ce déluge de sang. C'était être huguenot, dit un moderne, que d'avoir de l'argent, une charge enviée, un bénéfice considérable, des ennemis vindicatifs , ou des héritiers affamés. Des couriers avaient été envoyés dans le même tems à tous les gouverneurs des provinces , pour leur ordonner de faire main-basse sur les Huguenots. Plusieurs obéirent ; mais d'autres plus saçcs répondirent qu'ils uc croyaient point que le roi commandât un massacre aussi général , et suspendirent l'exécution jusqu'à nouvel ordre. 11 ne périt qu'un seul homme en Bourgogne , par les sages précautions que prit le comte de Chabot. Le comte de Gordes sauva la Provence ; messieurs de S. Hcrcm , l'Auvergne ; Tanncgui le Veneur, la Haute- Normandie $ Jacques de Matignon, lieutenant de roi en Basse-Normandie , les villes de S. Lô et d'Alençon , etc. (2) Bientôt même (5) la cour dépécha de nouveaux courriers pour faire cesser celte boucherie , laquelle , aprèa avoir été considérée de sang froid , fut blâmée et délestée de tout le monde. Des moyens aussi violents n'étaient nullement propres à détruire l'hérésie , comme on s'eu étail vainement flatté. Il renaissait à cette hydre autant de têtes qu'on lui en coupait. Ceux qui échappèrent à la rage du fanatisme , s'emparèrent
dans le* conférences tenues à Bayonne. cotre la reine Catherine de Mrdicis, le roi Charles IX , son fils et te duc d'Albe , et que le roi de Pologne , alors due d'Anjou , n'avait pu l'ignorer ; mais qu'il était de son intérêt de le nier , pour fie pas effaroucher les Polonais , se* nouveaux sujets, a qui Mon dur, ambassadeur de France, s'était efforcé de persuader que ce prince n'en avait point en connaissance avant l'exécution; c'est ce que M. des Ormeaux a mis en évidence dans une savante divination qui doit paraître a son tang dans les Mémoires de ('Académie des Inscriptions et Belles Lettres.
(1) Hélas! dit le chancelier de l' Hôpital , on précipita des enfanU au Urce mit.
(ï) le Vicomte d'Orthe écrivit de Bayonne au roi : « J'ai communiqué le « commandement de V. Majesté à ses liiicles habitants et gens de guerre de la « garnison; je n'v ai trouvé que bons citoyens et fermes soldats, mais j«* un « bourreau. C'estponrqnoi , eux et moi, supplions 1 tes- hum bleu lent V. Majesté c< vouloir employer en choses possibles, quelque hasardeuses qu'dk» soient, « nos bras et nos vies > .
' (3) Trois jours au moins cependant après cette sanglante exécution. Car K M» aoAt le rot s elunt reudu an puilemeut, y déclara qu elle s'était faite par se* ordres.
l88 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
des pins fortes places du Berri, de l'Aunis , du Poitou , àu Vivarais, des Ce'vennes, du Languedoc , etc. ; et soutenus du de'» s?spoir , ils se deTendircnt mieux que jamais. Ainsi au lien d'une paix solide qu'on s'était proposée , on vit commencer une quatrième guerre civile.
L'an i573, le duc d'Anjou fait au mois de mars le siëge de la Rochelle, 011 commandait le brave la Noue; cette ville était la place d'armes des Huguenots , et se gouvernait en forme de république. Après avoir soutenu neuf assauts , 011 les assiégants perdirent beaucoup de monde, elle consentit , le 24 }um9 a traiter avec le duc; mais les conditions du traite' furent telles que les Bochetais restèrent les plus torts dans leur ville. Au milieu de la confusion qui régnait dans l'état, arriva, le i5 mars, la mort du chancelier Michel de l'Hôpital. C'est à lui qu'on est redevable, suivant la remarque de JVI. le président Héuaut, de nos plot sages lois, et des ordonnances les plus salutaires à l'ordre public. Mais il est singulièrement malheureux pour la nation et pour lui, dit un homme d'esprit, que toutes les inventions modernes du fisc, même celles qu'on a été obligé d'abandonner comme les plus absurdes , les plus vexatoires , les plus préjudiciables au souverain et à la nation , aient toujours élé appuyées de quelques ordonnances de son tems. A l'égard de la religion, il passait pour huguenot dans l'âme , quoiqu'il fût catholique au dehors. On sait ce proverbe qui courait <)e son tems : Dieu nous' garde des patenôtres du connétable, de la messe du chancelier , et dtt curedent de V amiral (1). Le 6 juillet , le roi donne un quatrième édit de pacification, auquel plusieurs villes huguenotes refusèrent de se soumettre. Celle de Sancerre fut de ce nombre; elle était assiégée depuis six mois , et continua de se défendre avec une obstination qui tenait du désespoir; enfin réduite aux abois, elle se rendit à la Châtre le 19 août, après avoir retracé, pendant ce siège, qui coûta quarante mille hommes a la France, toutes les horreurs de celui de Jérusalem. La veille de cet événement ( 18 août) des ambassadeurs de Pologne arrivent à Paris pour annoncer au duc d'Anjou que leur république l'avait élu roi (a). Ce fut la baronne de Retz (Catherine de Clermont) qui
(1) Le connétable dan» son expédition de Guicnnc, di>aît froidement, en récitant son chapelet : Pendez cclnt'-c:t noyez celui-là* Toute la famille du chancelier était hugncnoic. L'amiral, en se curant le» denu, avait ton jour» l'air de méditer quelque entreprise.
(?) Le duc d'Anjou ayant écrit au roi , son frère, pour lui faire part de »n élection, Toici la ré nom* qu'il en reçut: c< Mon frère t Dieu nous a fait la grk* « que Yout étc« élu roi de Pologne; j'en suis ai aise que je ne »»h que vont « mander. Je loue Dieu de bon co ur j pardonnez-moi, Taise me garde d'écrire.
DES BOIS DE FRANCE. < ïScf
répondit en latin pour la reine -mère à leur compliment. La reine de Navarre, qu'ils allèrent ensuite harauguer sans qu'elle s'y attendit, leur fit une réponse encore plus élégante dans la même langue. A l'égard des seigneurs français , ils entendaient si peu le latin , qu'il ne s'en trouva que deux qui pussent s'entretenir avec ces étrangers j eucore les avait-on mandés exprès pour soutenir en ce point l'honneur de la noblesse française. Le prince se met en marche , le 28 septembre , pour aller prendre possession du trône qui lui était offert. Il fut accompagné par le roi et la reine jusqu'à Vitri. ( Voyez Henri , roi de Pologne. )
Les deux partis étaient toujours en guerre dans le Languedoc. Il s'en forma, vers ce tems, un troisième qu'on nomma des Mécontents et des Politiques , à la tête duquel étaient le duc d'Àlençnn et les Montmorenci. Plusieurs religionnaires se joignent à eux. La rji ne-mère , avertie, l'an 1574, que les Polilitiques veuleut enlever le duc d'Alcnçon à Saint-Germain-en- Laye, de concert avec lui-même, le fait arrêter le mardi gras avec le roi de Navarre, et le ramène à Vincennes, où elle les tint si serrés y dit Brantôme, qu'ils ne purent sortir ; et de là, quelque tems après, les ayant transférés à Paris, au Louvre, elle grilla pour un matin leurs fenêtres , aux moins celles du roi' do Navarre (fui étoit logé le plus bas. Les maréchaux de Montmorenci et de Cossé sont arrêtés pareillement le samedisaint, pour avoir voulu délivrer les princes , et enfermés à la Bastille. Thoré etMéru , frères du premier, se retirent k Strasbourg avec le prince de Condé. Le So avril , la Mole et Coconas, deux des principaux conjurés , ont la tête tranchée. « L'amour et » la jalousie , dit un Mémoire du tems , fireut périr ces deux. » gentilshommes. Ils étaient aimés de deux princesses , qui por- » tèrent leur affection si avant, qu'après leur mort elles firent • embaumer leurs têtes, et chacune garda la sienne parmi les » autres marques de leur amour ». Le maréchal de Daraville , gouverneur de Languedoc , prend ses sûretés. Montgommeri , «*près avoir ravagé la Normandie avec une armée composée de religionnaires nationaux et anglais , est assiégé, par Matignon, commandant de la province, dans la ville deDotnfront, pris et amené, par ordre de la reine-mère, à Paris. Le parlement le condamna à perdre la tète (1), et le 2.6 juin il fut exécuté. C'est
« Je ne sais que dire. Mon frère, j'ai reçu voire lettre; je suis votre bien bon « frèr«et ami ». Quoi de plut touchant que le désordre de cette lettre! Qu'il serait à souhaiter que les rois en écrivissent souvent de pareilles! (Gal.Pliilos).
(1) il avait onze enfants, neuf garçons et deux filles, qui furent déclares, par l'arrêt de sa comdaamatîon, viUiuis, intestablcs et incapables >h f/otsédii:
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ainsi que Catherine de Médicis vengea la mort de son époux , en faisant périr celui qui en était malheureusement Fauteur. Pendant ces expéditions , le roi termina , le 5o mai , jour de la Pentecôte, à Viuccnnes, une vie de vingt-quatre ans moins vingthuit jours , et un règne de treize ans et demi , qu'on peut véritablement appeler un règne de sang. Sou âge néanmoins demande quelque indulgence , et ne permet pas de le juger à la rigueur. S'il eut de grands défauts , on vit briller, à côté , de grandes qualités, qui, développées avec le teins , et fortifiées par l'expérience , eussent vraisemblablement fait disparaître ces taches, il avait en effet reçu de la nature uu excellent esprit et de rares ta'ents : il était brave , intrépide , doué d'une pénétration mer-
faisait heureusement des vers. Sa passion dominante était la chasse , et i! composa sur celle du cerf un Traité, dont Brantôme fait l'éloge; mais la séduction, dont ii était environné , corrompit ce naturel heureux. La reine-mère le forma elle-même dans l'art de feindre et de dissimuler. Le maréchal de Retx , Albert de Gondi , petit-fils d'uu meunier de Florence , le pervertit du tout , dit Brantôme f et lui fit oublier et laisser la belle nourriture aue lui as oient donnée le brave Cipierre et Carnavalet. Ce favori pernicieux lui apprit surtout à jurer , blasphémer et se parjurer. D'autres, par leurs conseils sanguinaires , tournèrent l'impétuosité de son caractère à la cruauté.
Charles était susceptible d'amitié. Il le prouva par l'attachement qu'il eut jusqu'à la fin pour sa nourrice , quoiqu'elle fût calviniste ; il le prouva par sa tendresse pour ses frères On a vu ci-devant la lettre qu'il écrivit au duc d'Anjou sur sa promotion au trône de Pologne. Celte lettre si touchante ne fut pas l'effet d'un mouvement passager. Quelques jours avant sa mort, Char- •les , contemplant le portrait de Henri , versa des larmes , et dit
(Gai. Philos. ). Son affection ponr son peuple se manifesta , Van 1 574 , par la diminution- qu'i! fit d'un tiers des tailles. Il était disposé à lui donner bien d'autres marques de sa bienfaisance , s'il eût joui d'une plus longue vie. Voici comme un écrivain du lems parle de sa figure ». H était grand de taille , mais un peu voûté , » avait le visage pâle , les veux jaunâtres , bilieux et menaçants ,
» le nez aquilin et lje col un peu de travers» . {Mcm. de Castelnau, T. III, p. a5). Charles ne laissa d'enfant légitime qu'une fille, née le 27 octobre 1672, qui mourut à cinq ans et demi. A la naissance de cette princesse, Charles fit inviter, par une ambassade extraordinaire , Elisabeth , reine d'Angleterre , d'en être la marraine. Le baron de Worchester, qu'elle nomma pour la représenter à cette cére'monic , apporta une cuve à baptiser d'or massif. (Sàint-Foix) La veuve de Charles s'étant retirée à Vienne , y mourut dans un monastère de S1 -Claire, qu'elle avait fait bâtir Tau 1 592 , âgée seulement de trente-huit ans. Cette princesse , qui n'avait paru qu'un instant à la cour de France , s'y était concilié tous les cœurs. On disait d'elle que dans la plus grande jeunesse, elle avait toutes les vertus de l'ancien tems : Prisci moris vel /wvenili cet aie fœrnina. (De Thou) Le roi Charles eut aussi de Marie Touchct un fils naturel, nommé comme lui, qui fut grandprieur de France , comte d'Auvergne et duc d'Angoulêmc. ( V. les comtes <£ A\tv. ) Les obsèques de ce monarque furent aussi tumultueuses que l'avait été son règne. Il s'éleva tant de disputes entre les différents corps qui y assistèrent , que le cortège se trouva réduit à cinq gentilshommes. Ce fut M. de Vitn f capitaine des gardes, qui présenta le corps aux religieux de Saint* Denis (i).
Charles IX est le premier de nos rois qui ait autorisé les secrétaires d'état à signer pour lui eu certaines occasions. Un jour qu'il allait jouer à la paume , le secrétaire d'état Villeroi lui ayant présenté plusieurs dépêches à signer, signez mon père , lui dit-il : S'gnez , pour moi. Hé hien ! mon maître, reprit Villeroi . puisque vous me le commandez , je signerai.
Le marc d'or était sur la fin du règne de ce prince , à 200 livres , et le marc d'argent à 17. L'intérêt de l'argent fut porté , sous ce règne, à 20 pour 1 00, du moins c'est à ce dernier taux que le roi faisait ses emprunts. Un des amusements de la cour et de la ville , sous le règne de Charles IX , était une espèce de loterie établie sons le nom de Blatuju*. Elle fut ouverte erl 1 563 , et i5G4 , dans le cloître de S. Germain l'Auxerrois. Le billet dii
(1) Ou Tait ainsi parler Viiri a celle occasion dans les vers suivant» :
Prenez , Messieurs de S. Denis, Le corps do roi <jui fut jadis Le plus grand prince de la lerrc.
Bien que je sois homme de guerre, l'arlant ne vous étonnez pas Si le remets entre vos brus.
LYvctjue qui l'avoilcn garde, àest amuse à la moutarde..
jeune prince de Navarre (. depuis notre grand roi Henri IV ) fut lu plusieurs fois , et remporta plusieurs lofs ; il y avait mis pour devise ces mots grecs : H NIKAN H AI1O0ANEIM (vaincre ou mourir). La reine Catherine voulut savoir de lui-même ce
3 ue cela signifiait; mais quoique enfant il ne le voulut jamais ire : elle le sut d'ailleurs , et défendit qu'on lui enseignât désormais dépareilles sentences , plus propres , disait-elle , à le rendre opiniâtre qu'à régler ses mœurs.
On se servit encore, pendant le commencement de ce règne , des coins de Henri H j c'est pourquoi l'on trouve des espèces d'or et d'argent frappées en i56i , qui portent le nom et l'image de ce prince , quoiqu'il soit mort l'an i55o,. Si ces mortuaies de Henri 11, frappées pendant les règnes de Frauçois II et de Charles IX, passent à la postérité, elles pourront faire naître des difficultés entre les chronologistes pour l'année de la mort de Henri II. ( Le Blanc. )