‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 3 sur 146 · VI · texte numérisé non relu

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3 CHBONOLOGIE HISTORIQUE

Mauclerc, comte de Bretagne, ne fut pas aussi aise à réduire. Le roi marcha plusieurs fois contre lui , et contre le roi d'Angleterre Henri III , dont il était appuyé'. Louis cependant contraignit ce dernier, en ia5i , de conclure une trêve de trois ans avec la France j ce qui obligea le comte , son allie , de prendre le parti de la soumission ( V. les ducs de Bretagne. ). M. Velli renverse l'ordre chronologique , en mettant cet événement avaut le pre'ce'dent. Il fait une autre faute , dans le même genre, en rapportant à Tan 1227, un autre événement fameux de ce règne, qui n'arriva que Tan 1229. Nous voulons parler du soulèvement de l'université* de Paris , excite à l'occasion d'une querelle qui s'était élevée entre les écoliers et les bourgeois. Quelques-uns d'entre les premiers, ayant été tués par les soldats envoyés pour les réprimer , l'université demanda justice de leur mort à la régente jet, n'ayaut pu l'obtenir, elle cessa ses leçons, et se dispersa , de manière que ses professeurs se retirèrent, les uns à Angers, d'autres à Reims , et plusieurs en pays étranger, sur-tout en Angleterre , où le roi Henri III les avait appelés. Les Dominicains les remplacèrent jusqu'en i23i , que l'université fut rétablie par le roi et la régente , à la demande du pape Grégoire IX.

L'an 1 254 y sur la (in de mai , Louis épouse à Sens Marguerite, fille de Rairaond-Bérenger, comte de Provence. Cette union fut celle de toutes les vertus. La dot de la princesse fut de 20 mille livres , ce qui peut revenir à quatre cent mille livres d'aujourd'hui. L'an 1235, Marguerite est couronnée dans la même ville , le 28 mai. Quelque tems après , le roi tient à Saint-Denis , une assemblée des grands du royaume, pour aviser aux moyens de réprimer les entreprises du elergt, sur la justice séculière. Elles étaient telles , que les officialites envahissaient la connaissance de la plupart des affaires temporelles , et jugeaient beaucoup plus de causes que les tribunaux laïques. L'assemblée écrivit à ce sujet une lettre également forte et respectueuse , au pape Grégoire IX, dont elle reçut une réponse, où il prenait, avec sa hauteur ordinaire , la défense du clergé.

Le mariage du jeune monarque n'avait pas mis le terme à sa minorité. Enfin , le 25 avril de l au 1236 , il est déclaré majeur, ayant alors 21 ans accomplis, âge fixé anciennement , mais non sans exception , pour la majorité de nos rois , aiusi que pour celle de leurs sujets. Mais la reine-mère conserva toujours son influence dans les opérations du gouvernement. A Orléans , dont l'école était fréquentée par des élèves d'un rang très-distingué , la scène de l'université de Paris se renouvela six ans après , comme le marque Mathieu Paris {ad an. 1236.) Thibaut, comte

de Champagne et roi de Navarre , et le comte de Bretagne , y perdirent chacun un neveu ; et d'autres personnes puissantes „ quelques-uns de leurs parents. Irrites de ces pertes , ceux qui étaient le plus à porte'e de les venger , entrent dans la ville , et y mettent le feu. L'évêquc , de son côte' , prenant aussi le parti des écoliers , la mit en interdit. La sédition ne finit que par l'autorité royale que saint Louis interposa.

jusqu'à Notre-Dame, assisté des princes , ses frères , et de là au palais, dans l'ancienne chapelle qu'il fit abattre, et à la place de laquelle on éleva celle qu'on voit aujourd'hui. Quelques années après , saint Louis retira encore des Vénitiens un morceau de la vraie croix , et quelques autres reliques, qu'il reçut avec le même respect.

Grégoire IX, autre ITildebrand , déterminé à déposer l'empereur Frédéric II , après l'avoir excommunié pour une affaire purement temporelle , fit offrir , l'an laîu, la couronne impériale au roi de France , pour le comte d Artois, son frère. Le monarque et son conseil la refusent , mais non pas dans les termes offensants que Mathieu Paris leur met dans la bouche à cette occasion. La sagesse et la modération qui formaient lé caractère de saint Louis , ne lui permettaient pas de rejeter avee outrage une offre de celte nature. M est cependant vrai , que ne voulant donner aucun sujet de plainte n l'empereur, il arrêta les deniers que Grégoire faisait lever en France , pour lui faire la guerre. Ce n'est pas la seule mortification que donna Louis à ce pape. Grégoire s'était déjà plaint, mais inutilement , de l'ordonnance qu'il avait publiée en i2?5 , pour réprimer, par la saisie

lier» , dans l'exercice de leurs fonctions. Ce prince connaissait les limites des deux puissances , que Grégoire s'appliquait à confondre.

L'an 1241 , le 24 juin, Louis tient à Saumnr une cour plénière , qui fut nommée la nonpareille , à raison de sa magnificence. Il y donne la ceinture militaire à son frère Alfonsc , et l'investit du comté de Poitou, de celui d'Auvergne , et des terres de l'Albigeois , cédées en 1229 par le comte de Toulouse. Le roi conduit ensuite son frère à Poitiers , où. il reçoit les hom-

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mages de ses vassaux. Hugues X de Lusignan , comte de la Marche, ayant refusé de rendre ce devoir à sou nouveau suzerain , s'attira, l'année suivante, les armes du roi. Près de succomber , il appelle le roi d'Angleterre à son secours. Henri III , ayant débarqué à Royans , sur la Garonne , envoie déclarer la guerre au roi de France, et s'avance avec une bonne armée sur les bords de la Charcute. Louis marche à l'ennemi campé sous Taillebourg , l'attaque le 21 juillet , le met en fuite , et le poursuit jusqu'à Saintes, où le lendemain, il le défait entièrement, dans une Sanglante bataille. Henri s'enfuit jusqu'à Blaye. Le comte de la Marche , se voyant alors sans ressource , vient s'humilier au camp , près de Pons , devant le roi , qui a la bonté de Iqi pardonner. ( Voy. Hugues X , comte de la Marche. ) Louis fit grâce de même au comte de Toulouse , qui avait pris les armes contre lui. L'an 124$, ce monarque, poursuivant ses conquêtes sur les Anglais, arrive à Blaye. I*a contagion se met dans sou armée; il tombe malade lui-même. Henri, profitant de ces conjonctures , lui fait demander une t rêve de cinq ans , à laquelle il consent , aux conditions qu'il gardera ses conquêtes , et que l'Angleterre lui paiera cinq mille livres sterlings , pour le dédommager des frais de la guerre. Le traité fut signé à Bordeaux , le 7 avril. ( Hymer. ) Louis, alors devenu plus puissant qu'aucun de ses prédécesseurs , donna ses soins pour abolir un usage qui

Eouvait occasionner, et occasionnait réellement de grands troules. Plusieurs seigneurs possédaient , en même- tems , des fiefs en France et des fiefs en Angleterre , ou dans les terres du monarque anglais , situées en deçà de la mer ; ce qui les rendait à la fois vassaux des deux couronnes. Lors donc qu'elles étaient en guerre , ils se croyaient libres d'embrasser le parti de. celle dout ils espéraient plus d'avantage , en remettant néanmoins à l'autre les fiefs qu'ils tenaient d'elle , pour les garder tout le tems que la guerre devait durer. De là , il arrivait que le roi ne pouvait compter sur la fidélité de ses vassaux , ni les empêcher d'entretenir des intelligences avec son ennemi. Pour extirper cet abus, Louis les ayant assemblés , leur ordonna de renoncer aux fiefs qu'ils avaient en France, ou à ceux qu'ils avaient en Angleterre, déclarant qu'il. ne voulait pas que ses vassaux eussent d'autres seigneurs que lui : et tous se soumirent à cette loi.

L'an 1244 1 au mois de décembre, nouvelle maladie de Louis à Pontoisc j elle le conduit aux portes de la mort. Dans cet état , il fait vœu d'aller à la Terre-Sainte , reçoit la croix des mains de Pévêque de Paris , et ordonne de prêcher la croisade. Pour engager les seigneurs de sa cour à le suivre , il se servit d'une pieuse adresse. C'était une ancienne coutume de nos rois , de

DÉS ItOIS DE FRANCE. 5

Faire , la veille de Noël , des livrées à leurs courtisans , c'està-dire , de leur livrer des capes fourrées , dont ils se couvraient sur-le-champ , pour aller à la messe, qui se disait avant le jour. Le saint roi , cette année , fît broder secrètement des croix sur toutes les livrées j et afin que , dans la distribution , les courtisans ne s'en aperçussent pas, on eut soin de n'éclairer les appartements qu'autant qu'il fallait pourse conduire. Mais, en entrant dans l'église, chacun fut bien surpris de se voir croisé. On se prêta aux vues du monarque, et on l'appela un adroit pécheur d'hommes. L'an 1 248 , après avoir été prendre congé , comme on parlait alors , des SS. Martyrs , le 12 juin, à Saint-Denis, il se met en route , accompagné des deux reines et de ses frères , Robert, comte d'Artois, et Charles, comte d'Anjou , pour accomplir son vœu. Sa mère le quitte à Cluni. En passant à Lyon , il a un long entretien avec le pape Innocent IV, sur la déposition de l'empereur, qu'il désapprouvait , se confesse à lui , et reçoit sa bénédiction. S'étant embarqué à Aigues-Mortcs , le 25 août , il va Dasser l'hiver en Chypre , arrive devant Damiclte , la clef de I Egypte , le 4 juin |249 > me* en m*lc 'cs infidèles le lendemain , et entre dans la place , qu'ils avaient abandonnée après y avoir mis le feu. La consternation où se trouvaient les Sarrasins demandait qu'on marchât droit au Caire , dont la conquête aurait entraîné celle de toute l'Egypte sans tirer l'épée. On aima mieux , contre l'avis du monarque , rester en repos sur le territoire de Damicttc , en attendant un renfort considérable , qu'Alfonsc , comte de Poitiers et frère du roi , devait amener de France. Cette inaction fut la perte des troupes. L'abondance et l'oisiveté les précipitèrent 'dans le désordre et !a débauche. Il y avait , suivant Joinville, des lieux de prostitution jusqu'à Ventour du pavillon royal , qui éloient tenus par les gens du roi. Le comte de Poitiers , étant enfin arrivé avec le convoi qu'on espérait , l'armée se mit en marche le 20 novembre , pour le Caire. Mais des combats , dont elle sortit victorieuse , et d'autres obstacles qu'elle surmonta , non sans de grandes peines, retardèrent sa marche. L'année suivante (1 25o), le 8 février , jour des Cendres , son avant-garde , commandée par le comte d'Artois , taille en pièces un corps de Sarrasins , au passage du Nil. Fier de cet avantage , le comte poursuit les fuyards , entre avec eux dans la Massoure , et y est mis à mort par l'ennemi, qui s'était rallié. La captivité du roi fut la suite de cette affaire. Il est pris le 5 avril suivant à Charmasac, chargé de fers et mis en prison à la Massoure. La reine , sa femme , apprenant cette nouvelle à Damielte , accouche trois jours après, d'un fils qu'elle nomme Jean Tristan ( Voy. les Sultans d'E^ ffîpte. ). Le 5 mai de la même année , Louis obtient sa déli-

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vrance , en donnant pour sa rançon Damiette , et 4q° mille livres (i)Y>our celle des autres prisonniers. Reconduit à Damiette avec ses frères , il emmène de là en Palestine les débris de son armée, réduite à 6mille combattants, de plus de 35 mille qu'il avait amenas de France , et va descendre au port de Saint- Jean-d'Acre, où il est reçu avec de grandes réjouissances. De là il renvoie en France ses deux frères , Alfonse et Charles , résolu de rester quelque tems dans le pays , pour mcllre en état de défense les places qu'y conservaient les clirc'tiens , comme aussi pour satisfaire sa dc'votion, en visitant les saints lieux.

L'an ia53, Louis apprend à JafFa , et non à Sidon, comme le marque Joinville, la mort de la reine Blanche , sa mère, décédée le premier de'cembre 1252 à Paris, à l'abbaye de Maubuisson qu'elle avait fondée en 1256. Cette princesse , vraie héroïne, avait elle-même formé le roi, son fils , à la vertu et au gouvernement. Louis fut très-sensible à celte perte. L'an i a54 > il part du port le 24 avril , veille de S. Marc , pour son retour. Il aborde en Provence le 1 1 juillet , parcourt le bas Languedoc , et arrive le 7 septembre à Paris. Au mois de décembre suivant , il reçoit en cette ville le roi d'Angleterre avec une magnificence vraiement royale. L'an 1 259 , dans une assemblée des e'tats du royaume , tenue à Abbevillc , il fait avec ce prince , le 28 mars , un traité par lequel il lui rend , outre ce qui lui restait au-delà de la Garonne , le Querci , le Limosin, l'Agénois , et la partie de la Saintongc, au-delà de la Charente , à la chaçgc d'en faire horomage-lige , et de renoncer à toutes le^ autres provinces que ses ancêtres avaient possédées en France. Ce traité, quoi qu'en disent certains politiques, est un monument . illustre de la modération et de la sagesse de S. Louis. Je sais bien y dît- il , au rapport de Joinville , que les devanciers au roi <P Angleterre ont perdu tout par droit la conquête que je tieing ; et la terre que je li donne , donné'je pas pour chose que je sois tenu à li ne à ses hoirs , mes pour mettre amour entre mes en/ans et les siens , qui sont cousins germains ; et me semble que ce que je li donna employé-je bien , parce au il n était pas mon home , *i en entre mon hommage. Cependant « la restitution « que fit S. Louis ne lui valut pas l'amitié du roi d'Angleterre , « comme il s'en était flatté ; mais elle lui soumit ce prince. « Henri reconnut les appels ; cet exemple en imposa à la va- « nité delà nation; et aucun seigneur n osa affecter une indé-

(r) Le Blanc avant fait l'évaluation de cette somme de 4<>° mille livres a la monnaie de son lem* t trouve qu'elle valait 3 million* 897 mille 3og livre» 7 sous 6 deniers , ce qui revient à plus de 7 million* de nu< jour».

« pendance dont un aussi puissant vassal que Henri III ne <c jouissait pas dans ses domaines i> ( M. de Mably ). L'avantage toutefois égalait-il la perte?

Depuis rétablissement de In monarchie française le duel judiciaire faisait partie de la législation , et suppléait au défaut de preuves daus les affaires portées devant les tribunaux. Le juge ne pouvant démêler le droit des parties , leur ordonnait en dernière analyse de se battre. Celle qui succombait en matière civile était condamnée à l'amende ; de là le proverbe : Le battu paie V amende. Mais en matière criminelle le vaincu élait pendu mort ou vif. L'an 1261 ( N. S. ) , Louis frappé de l'absurdité de cette loi , tint à la Chandeleur un parlement dans lequel il l'abrogea par une ordonnance qui n'eut à la vérité lieu que dans ses domaines ; encore y fut-elle mal observée après sa mort. On trouve encore des exemples du duel judiciaire au xvr» siècle. S.- Louis fit d'autres réformes importantes dans l'administration de la justice. Il établit le premier la justice du ressort; et les peuples opprimés par les sentences arbitraires des juges des baronuies , eurent la faculté de porter leurs plaintes à quatre grands bailliages, royaux créés pour les écouter. Il fit entrer des gens d'étude dans ces tribunaux ainsi qu'aux séances de ses par* lements , où des chevaliers , qui rarement savaient lire , décidaient de la fortune des citoyens. Le religieux monarque se faisait un devoir de rendre lui-même en personne la justice ; et rien n'était plus touchant que de le voir assis au pied d'un arbre dans le parc de Vincennes, au milieu d'une troupe de plaideurs dont l'état demandait une prompte justice , prêtant une oreille attentive à l'exposé de leurs causes , pesant leurs moyens respectifs , et les expédiant sans délai par un jugement équitable. Ce fut la réputation de sa sagesse et de son intégrité qui détermina le roi d'Angleterre et ses barons à remettre entre ses mains la décision de leurs différents. Louis , après un mùr examen y rendit à Amiens , le 23 janvier 1264 (N. S. ) , sa sentence arbitrale. Klle fut rejetée par les barons qui la trouvèrent trop favorable à leur souverain ; vraisemblablement ils s'y seraient soumis s'ils n'avaient pas eu le séditieux comte de Lcyccslcr àleur tête.

Dieu souvent fait céder la justice à la miséricorde envers les coupables» parce que lui seul a le pouvoir de les convertir et de tirer le bien du mal. Il n'eu est pas de même des princes de la terre. Ils ont pour règle invariable de leurs jugements les lois de la justice éternelle dont fe salut de leurs états dépend et auxquelles ils doivent sacrifier les sentiments les pins louables de la corapassiou naturelle. Telle fut l'une des maximes de S. Louis

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dans le gouvernement de son royaume. Le pieux monarque avait coutume de lire le psautier tout entier le vendredi-saint. Comme il était occupe' à cette lecture , les parents et les amis d'un criminel détenu aux prisons du Chalelet , vinrent le trouver avec le fils et les frères du roi pour lui demander grâce. S. Louis les voyant met le doigt sur l'endroit du livre , où il en e'tait , et les écoute. » Sire, lui dit celui qui était charge' de porter la paît rôle , c'est aujourd'hui un jour de grâce , jour auquel nôtre » sauveur nous a rachetés, auquel il a pardonné sur la croix au vo- » leur et prié pour ceux qui le crucifiaient. Et vous , sire , vous » nous voyez à genoux devant vous pour vous supplier humblev ment d'imiter l'exemple de nôtre divin modèle , et d'avoir pitié « de ce pauvre gentilhomme qui est dans les prisons de votre Châ- « telet m. Le/roi les ayant ouïs avec un air de bonté leva le doigt de dessus le verset où il s'était arrêté. C'était celui-ci : beali qui cusiodiunt judUium , et faciunt justitiam in omni tempore. Heureux ceux qui gardent les règles de la justice , et qui font en tout tems ce qui est juste (Psal. io5 v. 3). Ayant ensuite un peu délibère^ il. appela ses gens , et leur dit de faire venir le prévôt de Paris et continua sa lecture. Le prévôt étant promptement arrivé , le roi le somme de lui dire sans déguisement le cas du prisonnier, s'il eu était instruit. L'officier alors lui dévoile des faits énormes dont il était informé. Sur cela saint Louis, sans égard pour la solennité du jour, lui ordonne de conduire surle-champ le coupableau gibet poury être pendu. {sîEgidii de musis chron. m. i i , Flandris. Bibl. reg. u° 6271. )

Depuis son retour de la Terre-Sainte Louis méditait une nouvelle expédition contre les infidèles. Il s'ouvrit de ce dessein , Tan 1267 , dans un parlement qu'il assembla à Paris dans les fêles de la Pentecôte , et où il reçut la croix des mains du légat. Chacun s'empressa de s'enrôler sous ses étendards ; mais le départ fut encore retardé de trois ans , pendant lesquels le roi fit ses préparatifs et prit des mesures pour assurer pendant sou absence la tranquillité de l'état. L'an 1269 (î*. S.), au mois de mars , il publia sa Pragmatique Sanction , ordonnance célèbre

Î)ar laquelle il rend aux églises cathédrales et aux abbayes la iberté d'élire leurs prélats , réprime les entreprises du clergé sur l'autorité séculière , et restreint aux nécessités urgentes les impositions que la cour de Rome pouvait mettre sur les églises de France. M. Vclli nous parait avoir dissipé les doutes qu'on a élevés sur l'authenticité de cette pièce. L'an 1270 ( N. S. ) , au mois de février , Louis fait son testament qui contient un nombre prodigieux de legs pieux. 11 nomme ensuite régents du royaume Mathieu de Vcudômc , abbé de S. Denis, et Simon, sire de Nesle , à l'exclusion tacite de la reine, quoiqu'elle ne dût

DES ROIS DE FRANCE. « g

pas être de la nouvelle croisade. Ce fut vers le même teins que parut sou corps de législation , connu sous le titre d'établissement. Bien que très-propres à fixer la jurisprudence universelle du royaume , ces établissements ne furent point publie's comme des lois générales , mais seulement comme un code complet destine' à servir de règle dans les domaines de la' couronne. La sagesse , lYquité et l'ordre qui les distinguent , les firent recevoir favorablement , non pas tout d'un coup , mais peu à peu dans tout le royaume. On pourrait néanmoins être surpris du cinquantième article , où il est dit que si le roi vêott le jugement de sa cour y c'est-à-dire refusait de faire juger un différent entre quelques-uns de ses vassaux , la partie qui se croirait lésée par ce refus , aurait la faculté de poursuivre son droit par les armes , et même de contraindre ses arrière-vassaux de se joindre à lui contre le roi. Mais cet abus tenait à la constitution de la monarchie française , qui , depuis Hugues Capet , ainsi qu'on Ta dit, se gouvernait comme un grand fief. D'autres articles annoncent une sévérité outrée , tels que celui qui décerne la peine du feu contre les femmes qui tiendraient sciemment compagnie aux homicides et aux larrons ; et celui encore c^*:i condamne à la potence quiconque force sa prisoti , fïït-il innocent du délit pour lequel il y a été mis. Mais une législation parfaite pouvait-elle tout d'un coup naître au sein de la barbarie? Louis enfin , après avoir e'te' faire sa prière à S. Denis , se met en route le premier mars 1270 , passe par Melun, Sens f Auxerre , Vezelai , célèbre la Pentecôte à S. Gilles , arrive à Aigues-Mortes au plus tard le 24 juin , s'embarque au port de cette ville le premier juillet avec ses trois fils et 60 mille hommes de troupes , relâche en l'île de Sardaigne, de là cingle vers l'Afrique , et aborde, le 17 du même mois, au port de Tunis , dont il forme aussitôt le siège. Huit jours après il emporte le château ; mais la maladie s'étant mise dans son camp, il en est attaqué lui-même , et meurt , aussi saintement qu'il avait vécu le 25 août , à l'âge de 55 ans , après en aym'r régné près de 44- Ses ossements, rapportés en France, furent transférés de Paris en pompe, sur les épaules de son fils aîné, à S. Denis, le 22 mai 1271. S Louis a réuni toutes les vertus d'un grand saint et les qualités d'un grand roi. C'est le plus parfait modèle que l'histoire fournisse aux princes qui veulent régner selon dieu et pour le bonheur de leurs sujets. Le pape Bonifacc VIII le mit au rang des saints par sa bulle du 1 1 août 1297. Pour juger combien la population en France augmenta sous son règne , il suffit de lire et de peser ces paroles deJoinville dans sa Vie : » Fina- » lement , dit-il , le royaume se multiplia tellement par la bonne » droiture qu'on y voyoit régner , que le domaine , censive , VI. a

j) rente et revenu du roi , croissoient tous les ans de moitié' » . Marguerite sa femme lui avait donne' orne enfants ; Louis , mort au mois de janvier 1260 (N. S. ) , à l'âge de î&ans , et inhume' à l'abbaye de Royaumont ( Nangis dit que le corps ayant e'té dépose* d*abord a S. Denis , le roi d'Angleterre , qui s'y trouvait pour lors , l'accompagna de là jusqu'au lieu de la sépulture , et le porta même quelque tems sur ses e'paules pendant la roule avec les autres barons) Philippe qui suit ; Jean , décédé le i o de mars 1248; Jean Tristan , comte deNevers, mort devant Tunis le 3 août 1270 ; Pierre , comte d'Alençon , mort à Salerne en 1284 ; Robert , comte de Clermont , marie' à Béatrix > héritière d'Agnès de Bourbon, et mort en février i5i7 ( c'est la tige de la maison rognante de France ) ; Isabelle , mariée à Thibaut le jeune , roi de Navarre ; Blanche , morte en bas âge l'an 1243 ; une autre Blanche , nëc en Palestine, femme de Ferdinand de la Cerda , 61s d'AlfonseX , roi de Castille ; Marguerite , femme de Jean I , duc de Brabant ; et Agnès , mariée è Robert II , duc de Bourgogne. Leur mère finit ses jours le 20 décembre 12QD , aux Cordelières du faubourg S. Marcel , qu'elle avait fondées , et fut inhumée à S. Denis. Cette princesse, qui - ne mauquait pas d'ambition, avait pris du vivant du roi, soft, mari , et long- tems morne avant qu'il mourut , des mesures assez singulières pour s'assurer la régence du royaume après le décès de ce monarque. Elle avait engagé Philippe, l'aîné de ses fds , a lui promettre avec serment , i° de demeurer sous sa tutelle jusqu'à l'âge de 3o ans , 20 de ne prendre aucun conseiller sans la volonté de sa mère , 5° de lui révéler tous les desseins rwi se formeraient contre elle , 4* de ne faire aucun traité avec Charles , son oncle , 5* de ne découvrir à personne le serment qu'il avait fait. Ces mesures furent inutiles, Philippe se fit relever de son engagement par Urbain IV en 1263. (L'acte que Marguerite fit signer à son fils se trouve , dit le P. Griffet , au trésor des chartes. )

S. Louis commençait Tannée à Pâques dans ses diplômes. Guériu, chancelier de France , étant mort l'an 1227, ce monarque laissa vaquer cette dignité tout le reste de son règne. C'est à S. Louis que remonte l'institution des notaires royaux j il en créa soixante en titre d'office , Tau 1270. Ou lui rapporte aussi l'érection des chartes de maîtres des requêtes. Ils ne Curent d'abord que trois ; iU forent portés dans la suite à quatre-vingts. Par une de ses ordonnances , datée de S. Gilles en juillet 1254 » on vo*t 1ue l'usage était alors daus Le Languedoc d'assembler les trois états du

Eays , lorsqu'il s'agissait des intérêts du peuple. Du temps de S. .ouïs, le nombre des pairs de France étajibiep detenaio* au nom-

brc de douze. Voici Tordre dans lequel Mathieu Paris (ad. an.

y p. 654 ) i lcsuomme : « L'archevêque de Reims, dit-il, oui » sacre le roi d'un crème ce'leste , ce qui Pëlève au dessus des » autres rois , est le premier des pairs et le plus digne. Après lui » viennent l'évêque de Noyon qui est comte palatin , l'évêque j> de Bcauvais qui est comte palatin , l'évêque de Châlons , l'é- » veque de Langres que sa pauvreté ne rend pas indigne de la » pairie , et l'e'vêque de Laon qui *est duc et comte par respect » pour S. Remi. Le duc de Normandie est le premier entre les p pairs laïcs.... puis le duc de Bourgogne , le comte de Flandre , » le comte de Champagne et le comte de Toulouse a . Avant saint Louis , la monnaie du roi n'avait cours que dans ses domaines , et dans ceux de ses vassaux qui voulaient bien l'admettre. Il est le premier qui ait donne atteinte aux droits des hauts seigneurs à cet égard , en ordonnant que ses monnaies eussent cours dans tout le royaume j et pour assurer l'éxecution de celte ordonnance , il se fit attribuer, dans un parlement de 1265 , la connaissance exclusive des contraventions qui y seraient faites , et les amendes ; mais avec la précaution d'engager les barons à lui promettre qu'il n'éprouverait là-dessus aucune opposition de lear part (Brussel. p. 2o3.) Il est aussi le premier de nos rois qui ait eu un principal officier de marine avec le titre d'amiral , emprunté des Arabes. L'opinion commune attribue la fondation du célèbre collège de Sorbonne à Robert de Sorbonne, ainsi surnommé du lieu de sa naissance au diocèse. de Sens* Mais S. Louis y contribua beaucoup plus que lui. Ce fut ce monarque oui donna les maisons et remplacement qui servirent à cette fondation. C'est à S. Louis aussi que se rapporte celle de l'hôpital des quinze-vingts , qui fut commencé l'an 1260. Où l'auteur des Portraits des Rois de France, a-t-il trouvé les deux édils de S. Louis, qu'il cite T. II, p. .49? » Louis, dit-il « fit un édit dans une assemblée générale , par lequel il leur « était défendu (aux seigneurs français) d'épouser des filles « étrangères sans la permission du souverain 1» « par un autre « édit , ajoutc-t-il... il fut statué que ceux qui avaient des fiefs en « France et en Angleterre , choisiraient auquel des deux rois ils te voulaient rendre hommage , et qu'ils ne pourraient plus les « couserver en même temps » ? Ces édits eussent été bien à désirer du teros de S. Louis ; mais nous ne connaissons aucune assemblée où ils ayent été rendus', ni aucun écrivain du te m s qui en ait parlé.

S. Louis est le premier qui fît frapper des agnels. Ils étaient d'or fin et avaient cours pour 12 sous 6 deniers \ leur taille était de 5g \ au marc ;(le Blanc, ibid.) par conséquent le marc d'or

fin devait être , du tcras de ce prince , à 36 1. 19 sous 7 deniers , et l'agnel vaudrait aujourd'hui 14 1. o sous 1 d. Le marc d'argent fin valait 54 sous 7 d . , et le marc d'argent monnaye* 58 sous , son litre étant à 1 1 deniers 12 grains ( ibid). Ainsi les 400 milles livres qu'on donna pour la rançon de ce prince font 137931 marcs 2 gros i5 grains , à raison de 5i I. 4 sous 7 deniers 7^ , et équivalaient à 7,o66,53i 1. 8 sous 4 deuicrs de notre monnaie actuelle. f *

PHILIPPE HT , dit LE HARDI.

1270. Philippe III , surnomme* le Hardi , et aussi C«ur de Lion, ( Corn. Zanfliet. ) fils aine' de S. Louis , ne' au mois de mai 1245 , fut proclame' roi dans le camp devant Tunis, le 25 août 1270, aussitôt après la mort de sou père, et, le 27 du même mois, il reçut les hommages des princes et des seigneurs, de larmée. L'un de ses premiers actes fut d'envoyer, au mois de septembre , des lettres à Mathieu de Vendôme , abbé de S Denis, et à Simon de Nesle , établis regents du royaume par le roi saint Louis , pour les confirmer dans cet emploi. Au mois d'octobre suivant , il rend une ordonnance en forme de testament , par laquelle il statue qu'au cas qu'il vienne à mourir avant que l'aine* de ses fils ait achevé sa quatorzième année ; Pierre d'Alcnçon , frère de sa majesté , aura la régence jusqu'à ce que ce prince ait atteint l'Age de quatorze ans accomplis. (Pommeraie , Hist. des archevêques de Rouen » p. /fi\ .) Philfppc , quoique malade, continuait cependant le siège de Tunis , avec Charles , roi de Sicile , son oncle , arrivé au moment de la mort de S. Louis. Mais après avoir tenu trois mois devant cette place , et remporté une victoire sur les infidèles , il conclut Une trêve de dix ans avec le roi de Tunis, se rembarque le 28 novembre, et aborde , le 5o du même mois , non sans peine , en Sicile , ayant essuyé, dans la traversée , une horrible tempête , qui submergea une partie de ses vaisseaux, avec perte de quatre à rinq mille personnes, et de tout l'argent qu'il avait tiré des Sarrasins, pour la trêve qu'il leur avait accordée. ( Aîurat. Ann. ) L'année suivante, il arrive à Paris le 21 mai . porte le corps de son père , le lendemain , à S. Denis , se rend ensuite à Reims , où il est sacré le 1 5 août, selon Nangis, le 3i , suivant Corn. Zanfliet, par l'évêque de Soissons, lc,siége de Reims étant vacant.

Alfonsc , comte de Toulouse , et Jeanne , sa femme , étant morts sans enfants, au mois d'août 1271 , le roi Philippe , neveu d'Alfonse , se porte pour héritier de ce comté, de î»cs dépendances et de tout ce qu'Alfonse tenait de la couronne de France. Se; commissaires', en conséquence, prirent possession , en jon nom , de cette ricuv succession , et reçurent le serment

DES ROIS DE FRANCE. l5

de fidélité des principales villes dont elle était composée. Mai* x dans cet acte, elles eurent soin d'insérer la re'servc de leurs libertés ou privilèges , comme firent aussi les nobles de la province. L'Agénoi* ayant été compris dans cette prise de possession, Henri III, roi d'Angleterre, e'erivit è Philippe pour lui demander la restitution de ce pays conformément au traité de paix qn'il avait conclu avec le feu roi. Philippe ne se pressa pas de satisfaire sur ce point le roi d'Angleterre, et ce ne fut qu'aux instances d'Edouard , fils et successeur de Henri , qu'il se dessaisit de l'Agénois par le traité de paix qu'ils conclurent ensemble, le a3 mai 1279, dans la ville d'Amiens. Philippe , étant parti de Paris au commencement de février 1272, arrive à Toulouse , le 25 mai , suivi d'une armée nombreuse , qu'il ameuait pour châtier la révolte de Roger-Bernard , comte de Foix. Etant entré sur les terres de ce rebelle , il le réduisit à venir se remettre entre ses mains , et l'emmena lié et carotté à Carcassone , où il le fit enfermer dans une des tours de la cité. ( F, Bernard III , comte de Foix. )

Dans la succession d'Alfonsé , le pape Grégoire X réclamait le comtat Venaissiq, que Raimond VII , comte de Toulouse , avait cédé, Tan 1229, à l'église de Rome polir obtenir son absolution, et qu'elle lui avait restitué quelques années après pour éviter le reproche de cupidité. Philippe, l'an 127/f , après avoir tenu le parlement de la Chandeleur, se rendit à Lyon auprès du pontife, et le mit en possession, avança fin d'avril, de cette belle portion du patrimoine des comtes de Toulouse , dont l'église romaine a toujours joui depuis sans contradiction (1). Le roi se réserva seulement la moitié de la ville d'Avignon , que son successeur échangea ir> ans après avec Châties II, comte de Provence et roi de Sici^ ( Vaissète).

L'an 1275, ordonnance de Philippe , rendue au parlement de Noël, portant défense aux officiers de justice d'inquiéter les églises , touchant les acquisitions pelles avaient jusqu'alors faites. dans les terres de ceux des barons qui , par la longue patience des rois , per longam palientiam , sont dans la possession , tant de leur chef que de celui de leurs prédécesseurs , d'aumôner publiquement et ouvertement des biens fonds aux églises , et de leur accorder qu'elles puissent garder leurs acquêts , sans avoir demandé le consentement du roi, et sans que le roi ou ses prédécesseurs aiqnt réclamé contre ies acquisitions ainsi faites dans les terres desdils baron» ou de leurs prédécesseurs (Brussel,

(1) Avignon et le cotntai Ycnaiftio oui etc rt'unii U la Franco If \ \ septembre 1791. (iVoie i!t l'éditeur.)

l4 CHRONOLOCIE HISTORIQUE

p. 66a.) C'est que, dans la règle ordinaire, les seigneurs ne pouvaient démembrer ni diminuer leurs fiefs , sans la permission du suzerain.

L'an 1276, le roi jperd Louis son fils aîné*. Pierre de la Brosse, qui de barbier de S. Louis e'tait devenu grand chambellan de France, accuse la reine Marie, belle-mère de ce jeune prince, de l'avoir empoisonné. Une béguine de Riveilc, consultée làdessus de'clarc la reine innocente , et une lettre interceptée dont on n'a jamais su le contenu , complète la justification de la reine et la ruine de la Brosse, dans l'esprit du roi. Il est mis en prison , et pendu peu de jours après à la vue et à la grande satisfaction de ceux dont le grand cre'dit de ce favori avait irrité la jalousie. Le monarque dans la suite témoigna , dit-ou , un vif regret de cette exécution.

L'an 1 284 > autre ordonnance de Philippe , datée de la veille de S. Simon et S. Judc, qui fait encore loi de nos jours. Elle porte que les avocats des justices royales jureront tous les ans qu'ils ne soutiendront que des causes justes , qu'ils les défendront avec autant de zèle que de fidélité , et qu'ils les abandonneront , dès qu'ils verront qu'elles sont fondées sur la chicane et la méchanceté- Heureux les peuples si l'esprit de cette ordonnance était aussi bien observé que la lettre ! L'an 1 285 , Philippe se met en marche , au nu is de mars , pour aller faire la guerre à Pierre III , roi d'Aragon , dont le pape avait donné les états , après l'avoir excommunié , à Charles deuxième fiU de Philippe. Pierre s'était attiré les foudres de' Home pour avoir usurpé le royaume de Sicile sur Charles 1 , après le cruel massacre des Français, nommé les vêpres Siciliennes , dont ou le croyait l'un des auteurs ( V. Charles I, roi de Sicile Philippe entre dans Perpignan, qu'il trouve abandonné^, prend d'assaut et. ruine de fond en comble la ville d'£lne , le 25 mai , passe ensuite les Pyrénées par le col Mancana, assiège Grronne , qu'il force à se rendre , après une résista£e de sept mois, repasse les Pyrénées • avec de grandes difficultés , revient malade à Perpignan , et y meurt, le cinq octobre 1285, à l'âge de quarante ans , après un règne de quinze ans un mois et onze jours. Ses ossements furent portés à Saint-Denis. Ce prince , à qui sa simplicité et son peu de défiance nuisirent dans les entreprises qu'il fil au dehors , se fit aimer et respecter de ses sujets par sa bonté , s» libéralité , et son amour pour la justice et la religion. Sans prendre le ton ni l'air impérieux , il se maintint dans la jouissance de tous les droits qui sous ses prédécesseurs étaient devenus des prérogatives de la couronne , et il se les confirmait tous les jours par l'usage. « Il exerçait le droit de ressort sur les justices des pi.is « grands vassaux : il avait seul celui d'établir de uouveaux uvar-

DES I\01S DE FRANCE* l5

« clies dans les bourgs et des communes dans les villes*; il réglait « de son autorite' ce qui concernait les ponts , les chaussées , « et tout ce qui intéressait le public , en un mol il avait la police o générale du royaume. * (Condillac. ) Par sa piété il se montra diçne fils de saint Louis. 11 était d'une frugalité si grande, et si fidèle observateur des jeunes prescrits par l'église , qn'eu cela, dit Guillaume de Nangis, il ressemblait plutôt à un moine, qu'à un chevalier et à un monarque. Il avait épousé i° le 28 mai 1262, à Clermoot , en Auvergne , I ;* j belle , fille de Jacques I , roi d'Aragon , morte d'une chiite du cheval à Cosence , en Calabre , au retour d'Afrique, le 28 janvier 1271 , à l'âge de vingt-quatre ans, après lui avoir donné Louis, décédé Tan 1276, Philippe le Del , qui suit, Charles de Valois , qui forma la première branche collatérale de nos rois 5 et B.obert , mort en bas âge. 2° Marie , fille de Henri III, duc de Brabaut. Celle princesse, qu'il e'pous% au mois d'août 1274 > le fit père de Louis , comte d'E* vreux , souche des comtes d'Evreux , rois de Navarre; de Marguerite , femme d'Edouard I, roi d'Angleterre; et de Blanche, mariée à Rodolphe , duc d'Autriche , fils de l'empereur Albert* La reine Marie décéda le 12 janvier i32i (V. S.) à Murel , près de Meuèeut , et fut enterrée aux. cordeliers de Paris.

On place sous ce règne les premières lettres d'anoblissement* Elles furent accordées en 1272 à Raoul, argentier du roi , originaire de Crépi. Mais il faut observer qu'auparavant , et dès rétablissement de la monarchie , deux choses conféraient de droit la noblesse au roturier : l'acquisition d'un fief, parce (ju'il engageait au service militaire , et le mariage avec une gentille- ' femme (1). Ce n'est qu'en 1579 que la possession d'un fief a cessé d'être un titre de noblesse , et cela en vertu de l'ordonnance de Blois (M. de Mabli. ).

» Le nom de chancellerie, dit Miraumont, {Traité de la Chan- • « cell- fol* 10 et 37. ) a été quelque tems hors d'usage en France, m et presque comme supprimé et aboli , savoir du tems des rois « Philippe Auguste , Louis VIII , Louis IX , et Philippe le « Hardi , comme il appert par les titres et lettres-patentes exm pé"diéea de leur tems , en fin desquelles se trouvent ces mots: « Data vacante cancellaria ,'non toutefois qu'il n'y eût alors u d'ofiieiers qui fissent la charge de chancelier , mais ils n'é- « ta i eut pas ainsi qualifiés , ains porteurs du grand scel du roi « seulement ». Le premier exemple que nous ayons de trois

( t) Cette manière d'acquérir la noblesse par les femmes n'était en uvige qu'en Champagne et en Bric, et ce privilège n'appartenait qu'aux enfants des conjoint* et a leurs descendants. Mais dans les autres provinces, les enfant» d'uue mLcc nwblc ei d'un père plébéien élaicm rofliriew. (iVote dt t éditeur.)

?6 CIÎKONOLOGIE HISTORTQtE

fleurs de lys seules dans l'écu de France, est tiré du contre-sccl que Philippe le Hardi laissa aux régents du royaume, en partant, l'an 1^85, pour la guerre d'Aragon.

Le marc d'argent valait, sous ce règne, deux livres seize sous.

# PHILIPPE IV , dit LE BEL.

1285. Philippe IV , surnomme* le Blj. , ne*, Pan 1268, de Philippe le Hardi , et d'Isabelle d'Aragon , à Fontainebleau , roi de Navarre du chef de sa femme , fut proclame' roi de France le G octobre i?.85 , à Perpignan. 11 ramena l'année en France, et se fit sacrer, le 6 janvier 1286 , (N. S. ) avec la reine son e'pousc, à Reims. De retour à Paris , il fut harangue' , au nom de l'université' , par Gilles Colonne, appelé vulgairement Gilles Boinain , qui avait e'te' son précepteur. La même aunée, dans la semaine de la Pentecôte , Philippe reçoit à Paris l'honpiioge qu'Edouard I , roi d'Angleterre , lui rendit en personne des domaines qu il possédait en France. Au mois d'août suivant, il conclut avec Edouard un traité , par lequel ce dernier renonce au Qucrci , moyennant une rente de 3ooo livres tournois , que Philippe s'engage à lui payer ( Rymer ). Uueirixe qui s'éleva , Pan 1292 , à Rayonne , entre deux matelots, l'un anglais , Pau lie normand , et ou le second perdit la vie, rompit la bonne intelligence qui régnait entre les deux souverains et devint une querelle de nation à nation. Les Normands, pour venger leur compatriote j coururent les mers, attaquant, insultant les vais- . seaux anglais. On leur rendit la pareille avec usure. Les Anglais, enhardis par l'avantage qu'ils avaient eu sur leurs ennemis dans un combat , surprirent la Rochelle qu'ils pillèrent, et rentrèrent dans leurs ports chargés d'un butin considérable. L'an 129% Philippe , après avoir inutilement demandé justice de ces hostilités à Edouard, le fait citer à la cour des pairs, pour y répondre à l'accusation de félonie par lui commise contre le roi, son seigneur. La citation, qui lui assignait pour terme le vingtième jour après Noël , fut faite , suivant le président Hénaut , par deux évoques. Le P. Daniel , suivi par l'abbé Velli , dit qu'elle fut publiée par le seigneur d'Arablai , sénéchal de Périgord , et affichée , par son ordre et en sa présence , aux portes de Libourne qui était de la domination anglaise. Edouard, alors occupé à la guerre d'Ecosse, envoie le comte Edmond , son frère, pour faire ses excuses au roi de France. On amuse à la cour de celui-ci, le pçjncc anglais par des propositions de mariage de la sœur de Philippe le Bel avec Edouard j et cependant on fait partir le connétable de Nesle pour se saisir de tous les domaines des Anglais eu deçà de la nfer. Cette commission s'exécuta sans peine, les Anglais ayant dit-on , livré d'eux-mêmes les places.

Dans le parlement tenu après Pâques , nouvelle citation Taite à Edouard , le mercredi après le mois de Pâques (5 mai) , e% nouveau défaut, il est déclaré contumace et déchu de toutes les terres qu'il avait en France. Edouard , irrité d'un pareil jugement, déclare la guerre à Philippe. Il engage en même tems? à force d'argent , l'empereur Adolphe à lui faire une pareille déclaration. Philippe reçoit de ce dernier une lettre datée de Nuremberg le doux des calendes de septembre, (5i août ) par laquelle il lui redcinjuide l'ancien royaume d'Arles , et surtout le comté de Bourgogne , avec menace de poursuivre ses prétentions par la voie des armes , en cas de refus. Surpris de ce défi , le roi de France mande à l'empereur qu'il lui envoie des ambassadeurs , pour savoir s'il est vraiment de lui , l'assurant d'ailleurs que , dans le cas où il viendrait l'attaquer, il le trouvera toujours prêt à se défendre. On conserve au trésor des chartes en orîginal la lettre d'Adolphe , et un double de celle de Philippe le Bel , avec le sceau royal. ( Jlfss. de Fontanieu , vol. 5o. ) C'est donc une erreur dans Mézcrai, le P. Dauicl , et l'abbé Yelly , d'avoir avancé cjue Philippe , choqué des expressions hautaines de la lettre d Adolphe , lui envoya pour toute réponse , dans uue feuille de papier blanc cachetée , ces quatre, mots : cela est trop allemand. Ils se trompent également lorsqu'ils disent que ce défi fut sans effet. 11 est certain qu'il y eut des hostilités réciproques en Franche-Comté , où les efforts de l'empereur échouèrent. Edouard cependant envoyait un corps de troupes en Guienne , sous les ordres de son neveu , Jean, de Bretagne, comte de Richemont, accompagné de Jean de S» Jean, et d'autres officiers expérimentés. La descente des Anglais se fit à l'embouchure de la Gironde sur la fin de décembre 1294. Après s'être rendus maîtres de Blaye , de Bourg , de Rions, et de la Réolc, ils s'emparent de Bayonne le premier janvier i2cp, puis de Sordcs , et ensuite, le sept avril , de S. Sever-Cap. Mais la plupart de ces places sont reprises la même année, par Charles de Valois , frère du roi. L'an 1296, Robert, comte d'Artois, envoyé par Philippe à la place de Charles de Valois, défait les Anglais , qui, depuis ce tems, n'osèrent tenir la campagne en ce pays là. L'année suivante , Philippe porte la guerre en Flandre , pour punir le comte Gui de son alliance avec l'Angleterre. Le comte d'Artois , qui avait quitté la Gascoguc , bat les Flamands à Furnes le i3 août. Les villes de Flandre se rendent en foule aux Français. Philippe accorde une trêve de deux ans à Edouard et au comte de Flandre. Ce monarque , pour reconnaître les services qu'il avait reçus des peuples des sénéchaussées de Toulouse et d'Albigeois , et la fidéfcté constante qu'ils lui avaient

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