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18 Chronologie hjstomqce
marquée , leur accorda divers privilèges , par une ordonnance datée du mois, d'avril 1298. Il abolit, enlr'autrcs choses , dans le pays, toute servitude àe corps ou de casalage, qu'il changea en un cens annuel de 12 deniers tournois par chaque sesleréo de terre : il accorda en un mot à tous ses sujets immédiats , qui habitaient dans ces sénéchaussées , une pleine liberté : et telle est , suivant D. Vaissèle , l'époque de l'abolition de la servitude dans cette partie du Languedoc (T. IV , p. 98).
Le terme de la trêve étant expiré , la mierre recommence , l'an 1299, avec la Flandre. Le comte Gui , poussé à bout, vient se remettre , au mois de juin de l'an i5oo , par le conseil du comte de Valois , à la discrétion du roi , qui le retient prison- ■ nier avec ses deux fils , et se rend maître de la Flandre , qu'il réunit à la couronne , déclarant que le comte Gui avait mérité par sa félonie la confiscation de son domaine. La prudence de* mandait sans doute qu'on ménageât de uouveaux sujets et qu'on* leur fit goûter par de bons traitements le joug auquel ils étaient forcément assujettis. Le contraire arriva. Les Flamands, irrités de la conduite tyran nique de Jacques de Chatillon , comte de S. Paul , leur gouverneur , se révoltèrent , l'an i3o2 , et ayant pris les armes, ils remportèrent, à Courlrai, le 11 juillet, une victoire éclatante , où le comte d'Artois périt avec plus de 20000 hommes. De ce nombre furent , le connétable , le chancelier, les deux maréchaux de France , le comte de Dreux , seigneur du sang , les comte d'Eu , d'Aumale , d'Angoulème, de Dammartin , et plus de 4000 chevaliers , dont les vainqueurs suspendirent les dépouilles sanglantes dans l'église de Courtrai. ( roy. Gui de Dampicrrc , comte de Flandre) A la nouvelle de cette défaite , Philippe assemble le ban et l'arrière-ban , impose le cinquième sur tous les revenus de ses sujeU , et augmente le prix des monnaies. Le roi d'Angleterre soutenait tou-
Î'ours les Flamands. L'an idoî , par traité du 20 mai , avec la "ranec , ils les abaudonne et s'accommode avec Philippe , qui lui rend la Guicnne. Nous ne parlons pas ici du fameux démêlé de Philippe le Bel avec le pape Boniface VIII. On peut en voir les principales circonstances dans la chronologie des conciles , et à l'arlicle de ce pape. Il nous suffira d'observer ici que l'assemblée nationale, qui se tint, à ce sujet, à Paris le 10 avril i3o2 , (N. S. ) fut la première, sous la troisième race, ou les députés du tiers-état furent admis. Les précédentes n'étaient composées que des prélats et des barons. On a depuis nommé ces assemblées des Irois ordres les états généraux. L'année suivante , ordonnance fameuse , pour la réformation des abus qui régnaient alors dans l'administration de l'état. Elle est datée du lundi d* après la mi-Caresme , 18 mars de Tan i5o2. (N.S.) Far le soixante-deuxième article, le roi dit qu'il se propose d'or-
donner qu'on tiendra deux fois Fan , pour durer chaque fois l'espace de deux mois ■ le parlement a Paris , l'échiquier à Kouen, et les grands jours à Troycs. Mais ce projet n<« s'exécuta, suivant Pasquier, que l'an i3o4 , ou i3o5 ; et depuis ce tems , le parlement devint sédentaire à Paris. Le roi chaque fois nommait ceux qui devaient le composer. Outre les pairs qui seuls y entraient de plein droit , deux sortes de personnes y étaient appelées , les gentilshommes et les gens de loi qu'on choisissait parmi les clercs et les bourgeois qui s'adonnaient à la jurisprudence. Lorsque le duel judiciaire, suivant la remarque d'un habile homme , était reçu dans les tribunaux , le plus ignorant magistrat e'tait un juge compétent , puisqu'il suffisait de donner gain de cause au champion qui était vainqueur. Mais depuis que saint Louis eut proscrit cette manière absurde de rendre la justice , alors on tut obligé de consulter les lois t de s'instruire des coutumes, d'examiner les titres pour décider les affaires contcnticuscs en connaissance de cause : genre de travail dont étaient incapables les seigneurs, ignorants pour la plupart jusqu'à savoir à peine signer leur nom. Pour les diriger dans leurs fonctions, il fallut donc leur associer des légistes charges de leur faire le rapport des affaires sur lesquelles ils devaient prononcer. On les nomma conseillers-rapporteurs , et les nobles eurent le titre de conseillers-fumeurs » Mais bientôt ceux-ci se retirèrent , dégoûtés d'une profession également pénible et sérieuse , pour se livrer aux exercices militaires et aux plaisirs. Il y eut alors deux sortes de noblesse , celle d'épéect ccHe de robe.
L'an i3o4» Philippe, étant parti de Paris pour la Flandre, le premier juillet, se met à la tête de son armée, et gagne sur les Flamands, le 18 août, la bataille de Mons-en-Puelle , après y avoir couru les plus grands risques. Les vaincus osant offrir au roi , ou l'alternative d'une nouvelle bataille , ou d'une paix honorable , le roi préféra la paix , dont les articles furent réglés l'année suivante. Philippe, de retour à Paris, entre dans l'église cathédrale avec les mêmes armes, et monté sur le même cheval qu'il avait à la bataille , et les offre à la vierge. C'est ce que représente la statue équestre qu'on voit dans la nef de celte église, contre un des piliers à droite. L'an i5o6, l'altération des monnaies , autorisée par un édit du roi , cause à Paris une sédition violente, qu'il appaise eu dissimulant, et dont il se venge ensuite en faisant pendre vingt-huit de ceux qui l'avaient excitée. Pour donner un cours exclusif à ses monnaies, Philippe , l'an 1507, rend une ordonnance , qui suspend l'exercice du droit qu'avaient les hauts seigneurs d'en faire battre. Se voyant ainsi gênés, ils consentirent l'un après l'autre à lui vendre une prérogative dont ils ne pouvaient plus faire usage.
30 CHRO?sOLOGlE HISTORIQUE
Philippe , la même année , fait commencer les procédures contre Tordre des Templiers , accusés des crimes les plus énormes et les plus difficiles à croire. Elles aboutirent à l extinction de Tordre , et au supplice du grand-maitre et des principaux chevaliers du Temple. ( Voyez Jacques de Molay, les conciles de Paris et de Senlis , tenus en \ 5 1 o , et le concile général de Vienne , célébré en 1 5 1 1 et 1 3 1 1. )
T/archevêque de Lyon, Pierre de S-ivoic, depuis qu'il était *\\r son siège, refusait de reconnaître le roi de Franco pour son souveraip. L'an i3îo , Philippe envoie Louis , son fils aine', roi de Navarre, contre ce prélat rebelle qui avait fait ses préparatifs pour soutenir un sie'gc. Mais l'armée française parut à peine aux portes de Lyon, que l'archevêque, reconnaissant la témérité de .sa conduite, vint se remettre entre les mains du comte de Savoie, .son parent, qui s'était joint au roi de Navarre. Pour faire sa paix avec le roi de France -, il fut amené, le •>. i juillet , comme prisonnier, à Paris , où il obtint grâce, à la recommandation de deux cardinaux envoyés par le pane. Le roi de Navarre établit un gouverneur dans Lyon pour le roi de France , après avoir reçu des Lyonnais le serment de fidélité. (Voyez les comtes de Lj onnais et de Fo ri'$ )
L'an i3i2, les tergiversations' qu'emploie Robert, comte de Flandre , pour éluder la demande que le roi lui avail faile de la démolition des places fortes de son comté , déterminent le monarque à Ty contraindre parla voie désarmes. Knguerrand da Mariçni , à l'occasion de celte guerre , levé de grandes sommes d'argent. On altère , par le conseil de deux florentins , les monnaies au point qu'elles n'ont plus que le septième de leur valeur intrinsèque, cl on les fait prendre sur le pied où elles étaient sous saint Louis; ce qui excita dans Paris une nouvelle sédition, qu'il fut difficile d'appaiscr. Le peuple, que ruinait celte varia- * lion continuelle des monnaies , appelait hautement le To'xfaux Yponnaj'eur. S'il ne Tétait pas , sa conduite en produisit un grand nombre, qui, trouvant un gain considérable à contrefaire ces monnaies affaiblies , remplirent la France de mauvaises espèces et en enlevèrent les bonnes. Philippe eut recours au pape pour 1rs réprimer par la voie de Tcxcominunicatiou. Mais pouvait-il se flatter qu'on respecterait des censures qu'il méprisait lui-même?
31 continua donc d'y avoir des faux monnayeurs, et tout concourut à la ruine du royaume.
Le roi part Tan 1 3 1 5 • au mois de septembre, à la tête d'une grande armée pour l'expédition de Flandre, accompagné de ses liU. Il fait peu de progrès dans ce pays , et la même année il at corde une trêve d'un an aux Flamands, par le conseil de
DES ROIS DE FnANCE. 21
Marîgnî et la médiation du cardinal Joscerand. ( Voyez Robert de Bethune , comte de Flandre ) Philippe revient à Paris , et de là se rend à Fontainebleau. Il j mourut, le 29 novembre i3i4» des suites d'une chute de cheval qu'il fit en chassant un sanglier, suivant Villani, Ferreti de Vicence, et Guillaume Ventura , tous trois auteurs contemporains. Bocace et Mcyer assurent la même chose. Philippe c'tait alors dans sa quarante-sixième année, et avait re'gné vingt-neuf ans et cinquante-cinq jours. Son corps fut porle' à Saint- Denis et son cœur à Poissî. Il avait épousé, le 16 août de l'an 1284» Jeanne, reine de Navarrq, morle le 1 avril i5o5 , (N. S ) après lui avoir donne' quatre fils cl trois filles. Les fils sont Louis, qui suit; Philippe, dit le Long, comte de Poitiers ; Charles , comte de la Marche ; et Robert, mort au mois d'août i3o8, et inhume', suivant une ancienne chronique , à Poissi. Les filles sont Isabelle , mariée , à Edouard II, roi d'Angleterre; Marguerite , promise , Tan 1 294 , à Ferdi- , nand , roi de Castxlle , ce qui n'eut pas d'effet ; et Jeanne, morte
}*eune. Philippe le Bel , par son mariage , reunit dans sa nviin , e royaume Je Navarre, avec les comtc's de Champagne et de Bric. Ce prince était le plus bel homme de son tems , brave , . généreux , magnifique, avide d'argent et nullement scrupuleux sur les moyens de s en procurer, libéral en même tems jusqu'à la prodigalité' , dur envers son peuple qu'il accabla de taxes et d'impôts , jaloux de son autorité* qu'il chercha toujours à e'tcndre , implacable dans sa haine, chc'rissant sa famille dans laquelle il semblait avoir concentre' toute son affection , bon père, bon et fidèle époux, bon frère, aimant et cultivant les lettres, dont 11 avait reçu une bonne teinture sous la direction du célèbre Gilles de Rome, son précepteur, de l'ordre de Saint- Augustin , qu'il fit, par reconnaissance, archevêque de Bourges. C'est celui qu'on nomme dans l'école le docteur très-fondé , titre que lui ont mérité ses traités de théologie , où il prouve que Jésus-Christ n'a pas donne de domaine temporel à son église , que le roi de France ne tient que de Dieu son autorité tcHiporcllc , et ne reconnaît de supérieur sur terre que dans le spirituel.
Philippe le Bel ne fut point heureux en brus , comme on le verra aux articles de ses trois fils. On se contentera de dire ici que Philippe et Gautier d'Aunai , convaincus de commerce criminel avec Marguerite et Blanche , épouses des princes Louis et Charles, furent écorchés vifs en i5r4«
Philippe le Bel est le dernier roi de France qui ait fait nsage du monogramme dans ses diplômes. On voit encore dans quelques-uns de ceux-ci les noms des grands-omeiers de la couronne. Ou a aussi des lettres de Philippe le Bel , où se trouve la formule:
Par la plénitude de la puissance royale. C'est peut-être le premier de nos rois qni s'en soit servi. On est redevable à Philippe Je Bel de la légende de nos monnaies, Sit nomen Domini bf.ne— Dic.TUM. Il la fit mettre sur la monnaie qu'il fit frapper le 4 aoiit j^ftg. Le marc d'argent c'tait monte' , en i3o5, à huit livres dix sous ; et en i3r3 , il e'tait revenu par degrés à deux livres quatorze sous sept deniers. Le commerce souffrit beaucoup de cette Variation.
Ce n'est que sous Philippe le Bel que rinaliénabilité dadomaine royal commença à s'établir, encore n'c'tait-ce que pour les choses qui étaient du domaine-lige.
Dans le cartulaire de ce prince (acte 26), on voit des lettres du 10 juillet, parlesqucllcs il accorde au cardinal Pierre Colonne , tous les biens mal acquis de son royaume , par qui que ce soit , il de quelque manière qu'ils fussent possèdes : Sive proprio , sive possessorio , aut executorio sive alio nomine. Nous ne nous souvenons point d'avoir rien vu de semblable dans toute notre " liistoire.
Les grands seigneurs, en écrivant à nos rois , scellaient leurs lettres en or ou en argent. Philippe Auguste avait accordé à l'abbaye de la Sanssaie tous les sceaux d'or de celles qui lui seraient adressées. Philippe le Bel y ajouta les sceaux d'argent des siennes, (t'oyez du Cange , Suppl , t 2, coll. 797)
Ce prince permit le duel en matière criminelle; saint Louis l'avait défendu en toute matière. Ce fut sous son règue , dit-on, que la cavalerie commença à quitter le haubert ou la jacque de mailles , compose'e de petits anneau* de fer , et la cotte d'armes, espèce de soubreveste , pour prendre l'armure complète de fer. - Philippe le Bel est le premier de nos rois qui ait restreint les apanages aux seuls hoirs mâles. Il étendit sur tout le royaume la juridiction de ses baillis , restreinte jusqu'alors aux domaiues du roi. Il y avait, sous son reçue , un bailli à Paris ; nous eu avons la preuve dans des, lettres de ce prince, adressées à i et officier, par lesquelles sa majesté lui déclare , qu'étant informée que plu- * sieurs personnes, sous prétexte de pauvreté ou de retour de la guerre de Flandre , exercent quantité de vols , de pillages et de meurtres, elle lui ordonne de donner tous ses soins pour arrêter de tels désordres par la punition des coupables , et d'enjoindre aux juges et prévôts qui lui sont soumis, de tenir la main à l'exécution de cette ordonnance, sous peine de sévère punition. Ces lettres sont ainsi datées. Actum Parisiis , d>e mercuiii post feslum omnium sanctorum , anno domini millesimo trecentesimo tertio. {Registredes Chartes cotté 55,act. 5a. Recueil de Lena in t £. 399 v. )
M. Robcrtson ( Vie de Charles - Quint , fnlrod. p. 517, itj- 4° ) dit que ce prince fixa , par son ordonnance de juillet i3i 1 , l'intérêt de l'argent à vingt pour cent. Cela est vrai ; mais il faut observer que cette ordonnance existe en latin et en français. Le latin différent du style du parlement, porte, qitinquies quatuor libras , per centum libras. Mais dans le texte français qui parait être l'origiual , il y a cinquante sous pour cent livres , c'est àdire deux et demi pour cent, non pour l'année entière, ma'S pour les termes de foire en foire , qui étaient chacun de deux mois. Hors des foires la même ordonnance fixe l'intérêt à un denier la livre par semaine, quatre deniers par mois , et quatre sous pour Tannée , ce qui revient à vingt pour cent par an. ( Ordonn. du Louvre , t. 1 , p. 4$4* )
Ce fut sous Philippe le Bel et ses enfants , que s'établit la chambre des comptes de Paris. Les nouvelles formes de procédures ayant allongé et multiplié les affaires au parlement , on en tira une chambre qui ne fut occupée qu'à faire rendre compte des deniers royaux , tant pour la recette que pour la dépense de la maison du roi. Cette chambre fut d'abord regardée comme faisant partie du parlement; mais elle en fut ensuite démembrée et érige'e en cour séparée , dont les jugements , d'abord soumis à ISppel au parlement , se sont ensuite rendus en dernier ressort. ( Dupny , V raie origine des parlements. )
D. Martenne ( Thes. Anec. t. 1 , p. 1 196) a publié une ordonnance curieuse , de Philippe le Bel, donnée au mois de jauvier 129/f ( V. S. ) pour régler l'état de sa maison. Le monarque y cuire dans un grand détail de tous les officiers, et marque les appointements qui conviennent à chacun en particulier. On y voit qu'il avait dix conseillers d'état nommés alors clercs du conseil. Tous icèttx nommés, dit- il, ne mangeront point à court, et prendront chacun cinq sols de gaiges quand ils seront à court ou en parlement ; ou leurs manteaux quand ils y seront aux fêtes. Au reste manger en cour, ce n'était pas faire grand'chère , comme on peut le juger par l'article de la fruiterie , où il est dit : Von servira à la table du rojr et de ses frères , du fruit ainsi comme il a été accoutumé , et autres tables , des noix tant seulement , fors que en Caresme , on les servira de noix , figues et raisins. Le fruit était rare alors en France, parce qu'on ne s'y était pas encore applique à la culture des arbres.
Philippe le Bel est le premier roi de France qui ait eu de* troupes étrangères à sa solde.
34 CilROrsOLOClE HISTORIQUE
LOUIS X, dit HUTIN, ROI DE FRANCE ET DE