LOUIS XVI
1774. Louis XVI, né à Versailles, le a3 août 1754» de Louis, dauphin de France, et de Marie -Josephc de Saxe, sa seconde femme, fille de Frédéric-Auguste II, roi de Pologne, parvint à la couronne le 10 mai 1774» La naissance de cet infortuné monarque fut marquée par des circonstances qui semblaient présager sa fin déplorable. Toute la cour était à Choisi au moment où il vit le jour, et la dauphiue élant resiée presque seule à Versailles, aucun prince du sang n'assista, contre l'usage, aux couches de cette princesse; ainsi, Louis commença, sans éclat, et dans une sorte d'abandon , une vie que devait terminer la plus fuueste catas'rophe. Le courrier qui fut chargé de porter à la cour la nouvelle de sa naissance fit une chute dont il mourut sur-le-champ , sans pouvoir remplir sa ruisôiou. Le premier édit
de son règne fut un bienfait; au mois de juin, il dispensa les peuples du paiement du droit connu sous le nom de joyeux avènement ; le secon 1 lut un acte de justice : il rassura les nombreux créanciers de Pétat , et promit d'acquitter la dette publique. Les parlements , dont tous les membres avaient été exilés , furent rappelés à leurs fonctions, le t2 novembre 1774- Bientôt après, le cre'dit national commença de renaître, et faisait concevoir l'espoir «l'une prospérité durable. Ou remboursa vingtquatre millions de la dette exigible , cinquante de la délie constituée, vingt-huit des anticipations; l'intérêt des créances sur les biens du cierge* tomba à quatre pour cent; les actions de la compagnie des Indes et les billet* des fermes générales s'élevèrent à un laux plus considérable. On supprima les peumi abusives, on diminua celles qui étaient peu inerit- es. LVconomie du monarque servit d'exemple. Le premier février 1 77^ >, le roi fait une déclaration relative à l'e'ducalion de* c:lèves de l'e'colc militaire, portant que ceux de ces e'Ièvcs qui se trouvent à la Flèche, et ont atteint l'âge de huit à quatorze ans, seront distribués au nombre de cinquante ou soixante dans dix maisons ou collèges , tenus par des religieux; savoir : chez les Béuédictins, dans les maisons de Sorèzc, de Tiron , Rebais , Beaumont et Pont-lc-Voyc ; chez les Orotoriens , dans leurs maisons de Vendôme » d'Ettlat et de Tournon ; chez les Minimes , dans leur maison de Briennc, et chez les Chanoines réguliers de Pont-à- Mousson. La confection et l'entretien des grandes routes avaient nécessité des corvées qui arrachaient l'agriculteur à des occupations plus pressantes; le roi, par un édit du 12 mars 1776, supprima ces corvées, et les convertit en un impôt pécuniaire auquel doivent contribuer tous les citovens. Le j. juillet 1777, M. Nccker succède à M. Taboureau, dans l'administration des finances. Pour soulager l'indigence et borner les exactions de l'usure, un Monl-dc-Piélé fut établi dans la capitale, au profit des pauvres de l'hôpital général , par lettres du 9 décembre 1 777. Le fi février 1778, traite d'alliance et de commerce fait avec les Etats- Unis d'Amérique; la notification de ce traité, faite à P Angleterre, le i5 mars, est le signal de la guerre entre la France et la Grande-Bretagne. Cette aimée est remarquable par la mort de deux hommes extraordinaires : Voltaire, génie brillant, universel et in< comparable, décédé à Paris, le 5o mai , et J. J. Rousseau , philosophe et écrivain inimitable, mort à Ermenonville , le 1 juillet. Le comte d'Orvillicrs ayant sons son commandement une escadre de trente-deux vaisseaux, rencontre, à la hauteur d'Oucssaut , sur les côtes de Bretagne , une escadre anglaise , commandée par l'amiral Kcppel. Les Français eurent l'avantage, mais les savantes manœuvres de Penncmi empè-
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thèrent de rendre l'action décisive, ce qui fit dire à M. de Kersaint que. dans ce combat , les Français battirent les Anglais » 01 le général anglais battit le général français. Le 7 septembre , M. de Bouille, gouverneur de la Martinique, forme une expédition et s'empare de la Dominique; mais les An , lais prennent leur revanche, en s'cmparanl des îles de Saint-Pierre et de Miquelon, le 24 septembre, de Pondichéry, dans l'Inde, le 16 octobre, et de l'île de Sainte-Lucie, le 12 décembre. Le comte d'Estaing tente vainement de reprendre cette dernière eu J779. Du 25 an 3o janvier de celte année, le marquis de Vaadreuil , secondé du chevalier du Chauffant, s'empare des établissements anglais au Sénégal. Convention faite, le 12 avril, avec les Espagnols , qui s'engagent à prendre part à la guerre d'Amérique contre les Anglais, et, le 16 juin , la cour de Madrid, d'après les stipulations du pacte de famille fait entre toutes les branches souveraines de ta maison de Bourbon, déclare la guerre à l'Angleterre. Le comte d'Estaing , secondé des amiraux de Vaudreuil, de Grasse et de la Moine-Piquet, s'empare de î'ile de Saint-Vincent , au mois de juin , emporte, de vive force, la Grenade, le 2 juillet , et, le 6, bat l'escadre anglaise sous les ©rJrcs de l'amiral Byron , qui est forcé de se retirer à Saint* Christophe. En Europe, la flotte de Brest met à la voile le 5 juin; elle est commandée par les amiraux d'Orvilliers, de Guichen et de la Touche-Trévillc , et se réunit à la flotte d'Espagne, le 25 juin. L'armée combinée» forte de soixante-six vaisseaux de ligne , fait voile vers la Manche. Les côtes de la Bretagne et de la Normandie présentent l'appareil formidable d'une invasion. Soixante mille hommes s'y trouvent rassemblés 9 et trois cents navires sont frétés pour leur transport. L'alarmo fut générale en Angleterre, mais les vents contraires rendirent ces préparatifs inutiles. En Amérique, M. le comte d'Estaing, réuni au général Lincoln, donnent, le 9 octobre 1779. un assaut infructueux à la ville de Savanuah. M. de Rochnmbeau s'empara de Rhode-Island , le 10 juillet 1780. Les Anglais, qui convoitaient depuis long tems la possession du cap de Bonne-Espérance , expédient le commodore Johnston pour s'en rcudre maître; mais il est prévenu par le bailli de SufFren , qui , parti de Brest avec une encadre supérieure à celle des Anglais , attaque le commodore, le 16 avril 1781, à la hauteur de San-Yaço f l'une des îles du Cap- Vert Les Anglais sont si maltraités dans le combat , qu'ils emploient seize jours à réparer leurs vaisseaux. L'amiral français continue sa roule, et débarque des iroupes au cap de Bonne-Espérance. Le 2 juin, le comte de Grasse s'empare de Tabago par capitulation, après douze jours de siège. Depuis la défaite des Anglais à Ring-Montain , le lord Corn-
wallîs sVlait tenu sur la défensive dans Charles-Town ; ayant reçu de New-Yorck des renforts que lui fit passer le ge'néral C linton » il s'empara de la Caroline septentrionale ; mais Washington , Rocliambeau et la Fayette réunissent leurs forces dans la Virginie; le comte de Grasse aborde dans la baie de Chcsapeack, et débarque trois mille hommes commandés par le marquis de Saint-Simon. Attaqué de toutes parts par des forces si supérieures, lord Corwallis est contraint de capituler; le 18 octobre, il se rend prisonnier de guerre avec toute son armée , au nombre de six mille hommes. Cette perte des Anglais raffermit pour toujours l'indépendance de l'Amérique j elle fut suivie de la prise des îles de Saint- Eustacbe, de Saint-Martin , de Saint-Christophe cl de Monlferrat. Le 6 avril 178?., le bailli deSufTren s'empare de Goudelour, place importante dans l'Inde pour les Français. Le 1a avril, l'escadre française, commandée par le comte de Grasse, est battue par l'amiral Rodncy. Un accident survenu au vaisseau le Zélé , qui, désemparé de son choc, tombait sous le vent, occasionna la perte Je l'escadre. Le comte de Grasse au lieu de sacrifier ce vaisseau à la sûreté de sa marche, fait signal à son armée d'arriver sur les Anglais. Le Zélé fut dégagé par celle manœuvre , mais les Français furent contraints ^'accepter un combat qu'ils devaient éviter. L'ennemi s'empare du Glorieux , de X Ardent, du César , de Y Hector 9 de la Fille de Paris , le plus beau vaisseau qu'où eût encore vu. Ce dernier, monté par le comte de Grasse, fut défendu jusqu'à la dernière extrémité , et il était dans un si mauvais état lorsqu'il amena , qu'il coula bas , ainsi que le Glorieux , en revenant en Europe. Le même jour, M. de Suffrcn et l'amiral Hughe se livrent un combat dans la mer des Indes , où les deux escadres sont également maltraitées. En Europe. Le blocus de Gibraltar est converti en un siège dans les formes. L'Espagne avait rassemblé les moyens les puis formidables pour réduire cette forteresse. Le duc de Crillon, qui commande l'armée combinée de France et d'Espagne , en pousse le siège avec la plus grande adivilé. Toutes les machines que le génie de la destruction avait jusqu'alors inventées pour la réduction des places , ne pouvaient guère être employées avec succès contre un rocher de mille pieds d'élévation , que l'art et la nature avaient rendu inexpugnable. On imagina des batteries flottantes. Cette nouvelle invention de M. d'Arçon, ingénieur français , donna aux assiégeants une grande confiance dans ses résultats. Qu'on se figure des carcasses de gros navires, renforcées, d'un côté , de six pieds d'épaisseur de bois, pour les rendre impénétrables aux boulets , recouvertes d'une charpente que les bombes ne pouvaient pénétrer, arrosées de tous
sens par des canaux d'eau courante , pour obvier à l'embrasement j et portant depuis neuf jusqu'à vingt-quatre bouches à feu , on aura une idée de ces fameuses batteries, destinées a battre les deux môles, et successivement les autres fortifications de la plate. Ces batteries , au nombre de dix , viennent sVmbosser au centre des fortifications de Gibraltar , et ouvrent leur feu le i5 septembre, à dix beures du malin. Cent quatre-vingttreize bouches à feu, que le duc de Crillon avait fait monter, battaient en même tems tous les ouvrages des Anglais sur la moutagne. Mais outre que la fausse attaque de terre cessa trop tôt, le gênerai Elliot , gouverneur de la place, fit diriger une si effroyable grêle de bombes, d'obus et de boulets rouges d'une nouvelle invention sur les batteries flottantes, qu'elles devinrent en peu de tems la proie des flammes. Cette tentative infructueuse , qui coûta des sommes immenses et bien des bommes , détermina les Espagnols à convertir de nouveau le sie'ge en blocus.
Le 5 septembre 1783 , la paix est signée à Versailles entre la France, l'Angleterre, les Etats-Lnis d'Amérique et l'Espagne. L'invention des are'ostats ou ballons, date de cette anne'e. Mais les accideuts qui suivirent le succès despremières expe'ricnccs aréosta tiques, de'couragèrent bientôt les inventeurs, et détruisirent l'illusion qu'on s'était faite de cette navigation dangereuse. Le 20 mai 1784* la paix est signc'e à Paris, entre l'Angleterre ctla Hollande. Le 25 août , l'infortune' la Pérousc s'embarque à Brest, et en part avec les deux vaisseaux V Astrolabe et la Boussole, montes par un grand nombre de savants, pour faire des découvertes dans les mers du Nord, et en reconnaître les côtes. Le 10 novembre , la France et la Hollande signent, à Fontainebleau , un traite' d'alliance.
Des l'an 1774» le roi Louis XV avait commandé un collier de diamants de la plus grande richesse, qu'il destinait à une femme que la dissolution des mœurs avait introduite à la cour. Le monarque étant mort tandis qu'on travaillait au collier, et Manon du Barri, à qui il était destiné , ayant été reléguée dans un monastère, ce riche bijou, estimé deux millions , reste entre les mains des joailliers de la cour. Quoique la vente / d'un objet aussi cher fût difficile , ils ne voulaient cependant
foint le dépecer, parce qu'une partie de sa valeur consistait dans art avec lequel les diamants étaient symétrisés. Une intrigante, qui se prétendait issue de la maison de Valois, cl se faisait appeler dans le monde comtesse de la Moihe-Valois , persuaJe au cardinal de Rohan que la reine veut faire , à Pinsu du roi , l'acquisition du collier \ lui fait voir des lettres de la reiue , dont l'écriture était contrefaite , qui le chargent de cette em-
pletle. Le cardinal , persuade que la route du ministère s'ouvrait devant lui , se hàla de repondre à la confiance qu'on lui témoignait; il fait l'acquisition du collier au nom de la princesse, pour le prix de un million six cent mille livres, et le remet luimême dans les mains de l'entremetteuse. Au bout de six mois , le cardinal observant que la reine n'avait pas encore porté le collier, éprouve quelqu'inquie'tudc ; il engage les joailliers à écrire à la reine , non pour hâter le paiement, mais pour exprimer leur reconnaissance. Quelques jours après, le cardinal est arrêté et mis à la Bastille; mais l instruction du procès , qui dure six mois , prouve qu'il était de bonne foi. L'intrigante est condamnée, le 1 1 juin à la flétrissure, et à passer le reste
de ses jours à la Salpétrière.
Le 26 septembre 1786 , traité de navigation et de commerce fait entre la France et J'Angleterre. Le 22 février 1787, la première assemblée des notables fut convoquée à Versailles , afin d'aviser aux moyens de combler le déficit des finances du royaume , montant à celte époque à cent dix millions. Le premier mai, le roi forme un conseil de finances, dont M. Lomènie de Brienne, archevêque de Toulouse , c*t nommé le chef. Le 22 juin , édit du roi , portant création d'assemblées provinciales. Le i5 août, le parlement de Paris est exilé à Troyes, pour avoir protesté contre l'enregistrement d'uu nouvel impôt sur le timbre; il est rappelé le 20 septembre 1787. Le nj novembre, le roi tient un lit de justice , pour la création d'uu emprunt de quatre cent vingt millions ; quatre conseillers de çrand'c h ambre s opposent a cet emprunt ; le duc d'Orléans appuie cette opinion; ce prince est conhné au Rainci, le 21 , et deux conseillers sont exilés. Le 25 août 1788 , M. de Brienne donne sa démission , convaincu que les circonstances ne lui permettent pas de faire tout le bien qu'il désire , et conseille au roi de rappeler iM. Necker. Le 27 , à la nouvelle de la démission de ce ministre, les Parisiens brûlent son effigie ?ur le Pont-Neuf aux pieds de la statue de Henri IV ; mais la classe du bas-peuple ne borne point là les démonstrations de sa haine ; elle se porte à la maison du frère de f ex-ministre , dans le dessein d'y mettre le feu : la force-armée ne parvint à la dissiper , qu'après en avoir tué un grand nombre. Cette première émeute est suivie d'une seconde,dont le but est d'incendier la maison du commandant mémo de la force armée, qui, disait-on, avait tiré sur le peuple. Les auteurs de ces différents délits sont punis ; mais dans cette punition , le gouvernement manifeste quelque condescendance
§our cette partie du peuple, qui ne voit dans l'impunité de ses éportements qu'un encouragement à se porter à de nou-
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veaux excès : fatale expérience , qu'on devait bientôt acquérir^ L'effcrvesccuce va toujours en croissant. Le 5 mai 1789, le roi prononce , dans la première séance des élals-géuéraux tenus à Versailles , un discours qui fut universellement applaudi. Le 17 juin fut un des jours les plus mémorables de cette funeste révolution , qui devait bientôt éclater; les états-généraux, sur la motion de l'abbé Sicyes, se constituent en assemblée nationale. Les premiers actes de cette assemblée alarment la cour ; le monarque , pour en prévenir les conséquences, fait annoncer qu'il tiendra une séance royale , motivée sur les innovations que se «ont permises les états- généraux ; et sous prétexte des préparatifs nécessaires à cette cérémonie , on ferme la salle des séances de l'assemblée. Le 20 juin , les députés se présentent à la porte de celle salle , et y trouvent des gardes qui les en repoussent ; Bailli, président de l'assemblée, arrive, et après un moment de délibération , il les conduit daus un jeu de paume , où, après avoir posé en principe que , dans quelque lieu que les députés soient forcés de s'établir , là sera Vassemblée nationale y le président et les membres font le serment de ne point se séparer que la constitution du royaume et la régénération publique ne soient établies et affermies. Séance royale tenue le 25 juin , et déclaration du roi , qui aonullc la délibération du 17 juin, par laquelle les états- généraux ont pris la dénomination Rassemblée nationale. A la suite de cette déclaration , le roi
Ï>rononcc un discours où il prescrit aux députés les objets sur esquels ils doivent délibérer; il termine la séance en ordonnant aux députés de se séparer sur-le-champ , et de se rendre le lendemain dans les chambres affectées a chaque ordre. Cette fermeté du mouarque , étonne , ébranle un moment Iç tiers ; mais l'un d'eux ayant fait observer aux autres que Necker n'avait point assisté à cette séance, ils en concluent qu'elle s'est tenue contre son avis ; aussitôt l'espoir succède à la consternation ; les communes, au lieu de se retirer, vont s'installer dans la salle qu'on leur ordonne de quitter ; c'est en vain qu'au nom du roi, le grand-maître des cérémonies vient les sommer de se dissoudre, Mirabeau répond qu'il n'y a que la force et la violence qui puissent les en faire sortir, et ils décrètent que les députés sont inviolables. Le 5 juillet, des troupes entrent à Versailles, et s'y établissent; ces dispositions alarment le peuple et l'exaspèrent ; le renvoi de ces troupes est demandé au roi par l'assemblée nationale, le 9 juillet; et malgré le discours rassurant que le roi fait à ce sujet, la fermentation devient chaque jour plus grande. M. Necker, l'espoir et l'idole du peuple , regardé par la cour comme la cause de l'embarras où elle se trouvait , après avoir reçu les plus grands reproches de la fa-
tnillc royale, eut ordre , le 1 1 juillet, de sortir de France dan* les vingt-quatre heures. Cette disgrâce procédait en partie des résultats fâcheux que son absence avait occasionnes à la séance royale du s5) juin. Cette nouvelle arrive le 1 2 à Paris , cty répand le trouble et la consternation dans les esprits. Les bustes de Decker et du duc d'Orléans , couverts d'un crêpe en signe de deuil | sout promenés dans les rues de Paris. Le prince de Xamhesc, à la tète d'un régiment allemand , charge cet attrou-
Î)cmcnt à la place Louis XV , et poursuit les fuyards jusque dan» es Tuileries. Le malheur vent que de paisibles citoyens qui s'y promenaient, soient confondus avec la multitude, et maltraités ou blessés. Dès-lors la fureur populaire n'eut plus de bornes ; un cri de vengeance retentit de toutes parts : le on enlève trente mille fusils aux Invalides , avec les canons qui s'y trouvent. Des furieux se portent aux barrières , et les incendient 7 le pillage a lieu dans beaucoup d'endroits , et le tocsin porte partout la consternation. Le 14 juillet, des députés de l'assemblée électorale se réunissent à PHôtcl-de-Villc , pour aviser aux moyeus d'apaiser les troubles; mais tandis qu'ils délibèrent, le peuple se porte en foule sur la Bastille qu'il enlève d'un coup de main, et égorge M. de Launav , le gouverneur , qui demandait à être conduit à l*Hôtel-dc- Ville. Ce triomphe du peuple fut suivi de plusieurs autres actes de barbarie. Le prévôt des marchands est tué d'un coup de pistolet sur les marches de l'Hôtel-dc-Ville , et quelques particuliers, devenus l'objet de la iiainc du peuple, sont aussi sacrifiés dans cette journée. Le i5, la uouvelle de la prise de la Bastille ayant porté la consternation à la cour, le roi se détermine à venir à Paris, à l'effet d'y ramener l'ordre. Le 16, Bailli est nommé maire de Paris, et la Fayette, commandant-général de la garde nationale. Le comte d'Artois, frère du roi, le prince de Condé , et une foule de grands , se retirent à Cobientz. I ^enr départ est le signal de l'émigration , qui devint bientôt générale.
Le roi arriva à Paris le 17 juillet , fatigué des mouvements qui l'entouraient, des meurtres populaires dont la capitale venait d'être le théâtre , ne consultant que son cœur et le désir d'apaiser les esprits , ce monarque se rend à rassemblée à pied, sans armes et presque sans gardes. Là, au milieu de la salle, et debout, il conjura les députés de ramener la tranquillité publique. « Je sais, leur dit-il , qu'on cherche à élever contre moi d'injustes préveutious , je sais qu'on a o>é publier que vos personnes n'étaient pas en sûreté. Des récits aussi coupables ne sont -ils pas démentis d'avance par mon caractère connu ? Eh bien, c'est moi qui me fie à vous » 1 Ce courage , cet abandon font taire pour
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un moment les factions. L'enthousiasme fut extrême, et le pins grand nombre des députes voulurent servir eux-mêmes de gardes au monarque pour le reconduire au château , où le roi reçut du balcon de son appartement les témoignages réitérés de l'affection publique. M Nccker, dont le roi avait promis le rappel dans celte assemblée , revient triomphant à Paris le 28 juillet. Dans la nuit du 4 au 5 août, rassemblée nationale décrète l'abolition de» droits féodaux etdes prérogatives dont jouissaient les classes privilégiées. La liberté de la presse est décrétée le 24 août, mais jamais l'opinion individuelle ne fut moins libre. A Versailles, le 2 octobre, les gardes-du-corps donnent une fête aux officiers du régiment de Flandre; ce banquet , où l'on manifesta , dans des termes énergiques, un dévouement sans bornes à l'autorité royale , et où l'on fit éclater le mépris qu'inspiraient les innovations subversives du nouveau système, alarme aussitôt les zélateurs de la liberté. Le 5 une foule de femmes de la plus vile espèce , attxquelles se joint une multitude d'hommes sans aveu , s'arment de taux, de piques et de toute espèce d'armes et marchent sur Versailles. Les insurgés pénètrent dans les appartements du château, égorgent les gardes-du-corps qui s'opposent à leur violence, et ramènent le roi à Paris j le même jour se forme dans cette ville le club des amis de la constitution , appelé ensuite te club des Jacobins % qui s'est acquis depuis une influence et une célébrité si funestes. Le 2 1 octobre., la cour de Rome consent à la suppression des - annales en France. Le 19 décembre, l'assemblée nationale crée un papier- monnaie sous le nom d'assignats territoriaux, qui, bientôt excédant par leur nombre la valeur de leur hypothèque, deviennent plus funestes au crédit et aux affaires particulières t que ne l'avait été le système de Law. Le i5 janvier 1790 , division du royaume en quatre-vingt-trois départements, subdivisés en districts et cantons. Le 1 5 février , l'assemblée natiouale supprime les vœux monastiques. Le 19 juin, l'assemblée nationale supprime tous les titres , les ordres , les livrées , les armoiries , et toute espèce de distinction féodale j le 21 , insurrection sérieuse tu fort Saint-Pierre de la Martinique. La constitution civile du clergé est décrétée le 12 juillet; le 14, anniversaire de la prise de la Bastille ; quatre cent mille Français réunis au champ de IV] ans y jurent d'être fidèles à la nation , à la loi et au roi , et de défendre jusqu'à la mort la constitution qui s'élevait Jamais serment ne fut plus solennel et plutôt oublié. Le G août , le droit d'aubaine est supprimé. Le duc d'Orléans » qui était parti pour Londres, le 14 octobre 1789, en revient le 7 août 1790; mais son parti était considérablement diminué. Le 3i août, les détails sur l'affaire de Nancy parviennent à Paris. Cette affaire sanglante eut lieu entre les régiments du Roi et de Château*
Vieux (suisse), d'une part, et la garde nationale de l'autre. L'his-t toirc doit consacrer le trait d'héroïsme de Desilles , officier des çhasseurs du régiment du roi. Le marquis de Bouille «Approchant de Nancy pour y rétablir Tordre parmi les troupes insurgées , on Se prépara à repousser ce général. Desilles , voulant empêcher l'effusion du sang, s'attache à la bouche d'un canon auquel U$ soldats de son corps veulent mettre le feu, et ne l'abandonne qu'a* près avoir été percé par les rebelles de plusieurs balles , dont il îneurt le 22 octobre.
M. lVeckcr, dont l'influence diminuait chaque jour, donne sa démission le 4 septembre ; il fut remplacé par M. Valdec de Lessart , assassiné à Versailles au mois de septembre 1792. Le 20 octobre 17QÎ, les tantes dn roi passent à l'étranger', le 22, un décret supprime définitivement les distinctions seigneuriales ) Mirabeau , membre de l'assemblée nationale , homme extraordinaire par ses talents et son génie, meurt le 2 avril 1791 • L'assemblée nationale ordonne un deuil de huit jours en sa mémoire. Ce célèbre orateur , dans l'un des derniers discours qu'il avait prononcés à la tribune, avait pris l'engagement solennel d'y combattre les factieux, de quelque côté qu'ils fussent. Il mourut, et ils triomphèrent : le 4 avril, l'église de Sainte-Geneviève est destinée à recevoir les cendres des grands hommes , sous la dénomination de Panthéon. Celles de Voltaire y sont transportées la même année dans le plus grand appareil , d'après un décret du 3o mai , qui lui décerne ces honneurs. Sur la question si la peine de mort doit être abrogée, l'assemblée décrète le premier juin qu'elle sera maintenue dans le code pénal , mais qu'elle se réduira à la privation de la vie sans torture , et que tout condamné à la peine capitale aura la tête tranchée. Le 21 juin, à deux heures du matin , le roi , avec sa femme , ses deux enfants et sa sœur, sort furtivement des Tuileries et se dirige vers les frontières ; mais le 21 , il est arrêté à Varennes par le maître de poste de 8".-McnehouId. Le roi et la Camille royale rentrent dans Paris le a5 juin à sept heures du soir. Le 27 août, déclaration de Pilnitx, signée entre l'empereur et le roi de Prusse, par laquelle ces princes promettent aux émigrés Français l'appui des puissances de l'Allemagne, si la situation des affaires en France continue à l'exiger.
Assemblée constituante. La constitution des états généraux en assemblée nationale , fut une mesure décisive contre les ministres et la cour. Les députés curent dès-lors un crédit et un pouvoir dont l'emploi , bien dirigé, pouvait sauver la monarchie et l'état ; mais quelques intérêts particuliers , et plus encore l'effervescence qui agitait alors toutes les têtes, ouvrirent un
chemin trop vaste à la malheureuse révolution qui désola depuis notre patrie.
Celle assemblée supprima les vœux monastiques , les dîmes ecclésiastiques , décréta la constitution civile du cierge' , exclut les ecclésiastiques de toute fouction publique , comme incompatible avec leur ministère» exigea d'eux un serment qui causa an grand schisme politique en France j et décréta que l'élection des évêques et des curés serait désormais faite par le peuple , et à la pluralité des suffrages. Elle fit porter aux hôtels des monnaies l'argenterie de toutes les églises reconnues inutiles au culte.
Elle abolit la noblesse héréditaire, et les titres de ducs» comtes , barons et marquis , ainsi que toutes autres distinctions honorifiques de supériorité ou de puissance , résultant du régime féodal.
Elle supprima les parlements , les cours des aides , les chambres des comptes , et toutes autres cours souveraines et supérieures.
Elle décréta qu'à la nation seule appartenait le droit de faire la guerre et la paix.
Elle mit en vente les biens nationaux et ecclésiastiques , et porta la liste civile à vingt-cinq millions, et le douaire de la reine à quatre millions.)
Elle créa pour douze cent millions d'assignats.
L'abolition des jurandes et maîtrises , celle des droits d'entrée dûs aux barrières, ainsi que la suppression de tout ordre de chevalerie , corporation , décoration ou signe qui pouvait supposer des distinctions de naissance ou de prérogatives, furent en* core l'ouvrage de cette assemblée.
Elle décréta une constitution qui avait pour base la monarchie héréditaire , dont le pouvoir législatif. était confié à une assemble'e de représentants élus par la nation , et le pouvoir exécutif attribué au monarque, dont la personne était déclarée inviolable et sacrée. Le roi vint, le 14 septembre ly$t , au sein de cette assemblée, jurer une acceptation solennelle de cette constitution, et le 3o du même mois il termina les séances de l'assemblée constituante, qui avait déclaré qu'aucun de ses membres ne pourrait être réélu pour l'assemblée législative qui devait succéder.
Assemblée législative. Le \9t octobre 1791, l'assemblée législative succède à la constituante , et commence sa session. L'esprit révolutionnaire continue ses ravages. Le 20 juin 179a, la populace se porte au château des Tuileries , pénètre dans les appartements du roi , et veut forcer ce prince a sanctionner les décrets de l'assemblée sur lesquels il avait apposé son veto* Les
DBS ROIS DE FRANCE* 38q
partisans de la monarchie se montrent dans la Vendée , forment des armées et établissent des camps. Dans toutes les parties de la France les citoyens sont agités, et fes ferments de la révolution éclatent. Enfin arrive la funeste époque du 10 août 179s. Dans la nuit du 9 au 10, le tocsin se fait entendre , on bat la générale. Les Marseillais et le peuple des faubourgs Saint-Marceau et Saint- Antoine sont sous les armes. Le château des Tuileries est investi , les gardes suisses égorgés , le château forcé , et le pouvoir exécutif suspendu. Le 12, le roi et la famille royale sont transportés au Temple , et bientôt ils sont enfermés étroitement dans la tour. Nous abandonnerons ici le cours des événements funestes de la révolution, dont le souvenir glace encore d'horreur et d'effroi tous les esprits , pour consacrer le peu d'espace que nous laisse le plan de cet ouvrage aux derniers moments du plus infortuné monarque y qui fut moins le roi que le père de son peuple.
Ce prince, sur le trône , souvent irrésolu dans ses desseins, faible dans l'exécution de ses volontés , devint dans le malheur un modèle de courage et de fermeté ; calme au milieu des outrages de toute espèce , la grandeur , la sérénité de son âme ne tardèrent point à pousser à bout le crime; un des geôliers , indigné de sa tranquillité , voulut le faire approcher d'une croisée où 011 lui présentait la tête sanglante de madame de Lamballe, princesse dont le nom sans tache fut respecté des libelles révolutionnaires, et dont les assassins même n'osèrent flétrir la mémoire; mais un commissaire empêcha le roi d'avancer. Quelques jours après, on lui demanda le nom du premier, « je l'ignore, répondit- » il vivement , je n'avais pas besoin de le savoir ; mais je me » rappellerai toujours le nom de celui qui s'est généreusement » opposé à ce qu on me présentât de trop près cet affreux spec- » tacle ». Traduit inopinément à la barre de la convention , sans conseil , sans secours , il répondit avec autant de sang froid et de simplicité que de modération sur trente-quatre chefs d'accusation qui n'avaient de rapport entr'eux que l'absurdité la plus grossière et la plus révoltante. On lui reprocha jusqu'à ses aumônes et ses bienfaits , comme autant de movens d'intéresser le peuple à son parti. Sur cette singulière inculpation , le roi répondit : « Mon plus grand plaisir fut de faire le bien ; mais en » général je ne me rappelle pas les dons que j'ai faits ». MM. de Malesherbes , Tronchet et Desèze , chargés par le roi de sa défense , ne purent garantir ce prince infortuné de l'arrêt fatal qu'il subit le 21 janvier 1793. Lorsqu'il fut monté sur l'échafaud, il prononça ces dernières paroles : « Français, je meurs innocent ; » je pardonne à mes ennemis , et souhaite que ma mort soit
» utile au peuple. La France... ». Alors un roulement de tambours couvrit sa voix et l'empêcha de terminer ; il présenta luimême sa tête au bourreajt , et sa mort fut ainsi consommée. L'impartialité qui donne a ce prince toutes les vertus privée* dont un homme puisse s'honorer, lui reproche la confiance aveugle qu'il eut eu ses ministres, lesquels, eu abusant de leur autorité, entravèrent souvent les intentions du monarque. Louis XVI eut le même sort qu'Apis, roi de Lacédémoue, et mérita le même reproche. La mère de ce dernier lui dit: « O mon fils, tu fus bon , clément et vertueux ; mais trop de faiblesse a perdu l'état et toi-même ».
De tout ce qu'on a écrit de ce prince, rien selon nous ne l'a mieux caractérisé que le distique suivant :
« Son coeur ne sut qu'aimer , pardonner et mourir \ m 11 aurait su régner «'il avait au punir. »
Louis XVI avait épousé, comme on l'a dit pins haut, le 18
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archiduchesse d'Autriche, qui subit le même sort que son auguste époux, le 16 oclore 1793. Ils eurent entr'autres enfants:
1° Louis-Joseph- Xavier-François , dauphin de France, né à Versailles le 22 octobre 1781 , mort à Mcudon le 4 juin 1 780 }
a* Charles-Louis, dont l'article suit 5
3° Maric-Thérèsc-Cliarloltc, de France, Madame, née le 19 décembre 1 778 ; mariée r le 10 juin 1799» à Louis- Antoine, duc d'Augoulèine.
LOUJS XVII.
1795. Louis XVII, né à Versailles , le 27 mars 1785, nommé duc de Normandie, jusqu'à5 la mort de son frère, époque à laquelle il lui succéda dans le titre de dauphin; roi de France le ai janvier 179) , par droit d'hérédité ; prince dont l'esprit, l'affabilité et le courage, donnaient les plus belles espérances, mourut en minorité, captif dans les prisons du Temple, non sans de forts soupçons qu'il fut empoisonné, le 8 juin 1795. Sans doute le poison a pu abréger les jours de cet infortuné prince; mais les mauvais traitements qu'on lui fil éprouver , suffisaient seuls pour les terminer. « Ce malheureux eofaut, dit l'Annotateur de » Delille, avait une figure céleste ; mats il avait le dos courbé, * comme accablé du fardeau de la vie. Il avait perdu presque
DES ROIS DE FRANCK» 5gf
a tontes ses facultés morales : le seul sentiment qui lui restât , » était la reconnaissance, non pas pour le bien qu'on lui faisait, » mais pour le mal qu'on ne lui faisais pas.... »