ALBIN
193. Dec. Claudius Septim Albinus , nalif d'Adrumet , en Afrique, d'une famille illustre, gouverneur de la Grande- Bretagne , fut reconnu césar par Sévère, tandis que celui ci avait en tête Julien et iSiger. Mais après la mort de ces deux rivaux, Sévère le déclara ennemi de la patrie. Albin prit alors le titre d'empereur, passa dans les Gaules , et livra une grande bataille à Sévère , dans les plaines de Trévoux , le ic) lévrier iqy. Yaincu , mis en fuite, et poursuivi iuscju'à JAon , Albin s'y tua le même jour. (Muralori. j Sa tète fut apportée à Rome , au bout d'une pique.
i^. CAR AC ALLA.
211. M. AuR. Sever. Anton. Caracali,a, fils aîné de Sévère, né à Lyon le 4 avril 188 , fait césar par son père en 196 , et auguste vers le 2. juin 198, fut salué empereur avec Géta , son frère, par les soldats , le 4 février 211. Ces deux princes étaient de caractères trop opposés pour qu'ils pussent régner paisiblement ensemble. Géta , maigre les précautions qu'il [)rit
Eour se garantir des embûches que lui tcntiait Caracalla, devint ientôt la victime de son ambition et de sa barbarie. Apiès l'avoir mis à mort entre les bras de sa mère, qui fut teinte de son sang, Caracalla veut engager le célèbre jurisconsulte Papinien , que Sévère avait fait préfet dn prétoire, à excuser ce forfait devant le sénat. Sacliez ^ lui dit ce grand homme, quil est plus aisé de commettre un parricide que de l 'excuser. D 'ailleurs , c'est se souiller d'un second meurtre que d accuser un innocenl après lui avoir ôtéla <>ie. L'empereur, irrité de celte réponse , le fit décapiter. Il conçut dès-lors une haine mortelle contre tous les gejis de lettres, qu'il poursuivit jusques dans les provinces. Sa fureur s'étendit même sur leurs écrits , qu'il (it ramasser pour les jeter au feu. Au milieu des horreurs qui souillaient son règne , il fit une chose que saint Augustin a beaucoup estimée, en lui supposant un bon principe. L'an 2.12. , ou environ, il donna un édit pour faire tous les sujets libres de l'empire citoyens romains , avec les privilèges attachés à celte qualité ; ce qui a fait dire au poète Rutilius , dans son Itinéraire ;
Fecisli patriam diversis gentibus unam ; Lrbeiii feciati (juse prius orbis erat.
D'-S IMPEREURS ROMAINS. 2o5
Cotle faveur extraordinaire ne prenait cepen<!ant pas sa source «îans les sentiments d'une âme généreuse. Elle iut dictée par une avarice sordide, parce que les citoyens, dit Tillemont , j»ayaient beaucoup de droits dont les autres étaient exempts , comme le vingtième et le dixième des successions. Caracalla , tout lâche qu'd était , avait la manie de vouloir être compare aux plus giands capitaines, tels qu'Achille et Alexandre. Pour mériter ces beaux noms , qu'il n'hésitait pas à se donner, il
f»assa , l'an 216 , avec son aiinée en Orient, où ses généraux lui ircnt remporter quelques avantages sur les Partbes. Mais, dans ce voyage , il fit un acte de barbarie, qui confirma les qualifications odieuses f[ue ses cruautés précédentes lui avaient acquises. Etant à Alexandrie , il fut témoin de quelques raillciies que le peuple lâcha contre lui sur la mort de Géta. Transporté de colère , il ordonne aussitôt à ses soldats de faire main-basse sur cette multitude. Le carnage fut si grand, dit-on, que la pleine fut inondée de sang , et que le Nil , la mer et les rivages voisins en furent teints pendant plusieurs jours. Ce fut une de sp.s dernières atrocités. L'année suivante, 217, la terre se vit délivrée de ce monstre , le 8 avril, par la main de Martial , cen— tenier des prétoriens, qui l'assassina entre Edesse et Carrhes , après un rogne de six ans et deux mois depuis la mort de son père. Il avait épousé, l'an 2o3 , Justa Fulvia Plautilla , fille de Plautien, qu'il fit tuer, l'an 211 , dans l'île de Lipari , où il l'avait reléguée en 204, après l'arrêt de mort prononcé, comme on l'a dit, contre son père. On pourrait appeler Caracalla, suivant la remarque de Montesquieu, non pas un tyran , mais le destructeur des hommes. Caligula, Néron, Domitien , ajoutet-il, bornaient leurs cruautés dans Rome : celui-ci allait promener sa fureur dans tout l'univers. En effet , il s'abreuva de sang dans les Gaules, en Asie et en Egypte. Cependant il fut regretté des soldats , parce qu'il les coniblail de ses libéralités.